La simulation de l’aube

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Décembre 2001

Il est 7 heures et il fait nuit noire. La sonnerie du réveil déchire le calme et interrompt votre rêve. Les paupières lourdes, vous dirigez avec difficulté votre main vers l’intrus pour le faire taire. « Encore cinq minutes… », plaidez-vous piteusement. La journée commence mal.

L’heure d’hiver est de retour… avec ses matins noirs et difficiles. Pour beaucoup d’entre nous qui vivons sous la latitude de Paris (la même que celle de Québec, au Canada, ou de Seattle, aux Etats-Unis), cette époque de l’année entraîne avec elle des symptômes de dépression dite «hivernale». Ce syndrome, qui sévit généralement entre novembre et mars, est une minihibernation : sommeil excessif avec réveils difficiles, appétit accru, baisse d’énergie, irritabilité, etc. 10 % d’entre nous traversent alors une véritable dépression, souvent soignée par des antidépresseurs lorsque son caractère hivernal n’est pas reconnu. La plupart ressentent simplement un malaise, qui s’installe à l’automne pour s’envoler au printemps.

Depuis une vingtaine d’années, ces symptômes se soignent très bien par l’exposition à la lumière simulée du soleil : trente minutes devant une lampe spéciale, le matin, au réveil. Mais une nouvelle méthode révolutionnaire vient de naître : la simulation de l’aube. Vous voulez vous lever à 7 heures ? Dès 5 h 30, un appareil tout simple, branché sur une lampe de chevet, déclenche l’éclairage dans votre chambre. Tout en douceur, il simule l’apparition – d’abord très lente, puis de plus en plus rapide – de la lumière de votre nouvelle journée. Vos yeux, même fermés, sont très sensibles à ce signal, qui est le déclencheur du réveil pour l’espèce humaine depuis la nuit des temps. Cela ne fait que quelques siècles que nous tentons de nous libérer de l’emprise de ce rythme que la nuit et le jour ont toujours imposé à nos ancêtres. Ce signal de l’aube, notre cerveau et notre corps y sont parfaitement adaptés. Du coup, le réveil se fait naturellement, sans interrompre un rêve qui aura compris, dès la faible intensité de la lumière, qu’il doit commencer à se conclure de lui-même. Pour ceux que cette douceur inquiète, certains appareils sont dotés d’une «sonnerie de rattrapage»…

Grâce à une étude réalisée durant cinq ans à Seattle, ville la plus pluvieuse des Etats-Unis, le docteur Avery a démontré que la simulation de l’aube est très efficace pour traiter ces fameux symptômes d’hibernation (“Biological Psychiatry”, août 2001). Il semble que le cerveau soit encore plus réceptif à cette méthode naturelle qu’à l’imposition d’une lumière vive et artificielle qui n’a pas été annoncée. En outre, les bénéfices ne sont pas limités à la dépression : des conjoints de patients qui se sont soumis à l’expérience ont décrit qu’ils se sentaient «énergisés» par ces réveils plus conciliants, dont ils bénéficiaient indirectement. Pour ma part, le simple fait que mes rêves puissent être protégés contre un réveil brutal me donne envie d’essayer.

décembre 2001

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