Utiliser la thérapie EMDR avec les enfants et adolescents suicidaires

Utiliser la thérapie EMDR avec les enfants et adolescents suicidaires

Utiliser la thérapie EMDR avec les enfants et adolescents suicidaires, un article de Carolyn Settle,  publié dans  le Magazine EMDRIA « Go With That » en mars 2019

Article publié en anglais – accès libre en ligne

Qui peut nier la tristesse et le choc en apprenant la nouvelle qu’une fillette de neuf ans est morte par suicide après avoir subi des railleries et des brimades raciales (Rosenblatt & Burke, 2018) ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Elle était si jeune. Quels étaient les signes ? Quelqu’un l’a-t-il remarqué ?

Les thérapeutes pour enfants et adolescents tentent de naviguer dans les complexités de la vie de nos patients enfants et adolescents et essaient de prévenir de telles tragédies. Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes âgés de 10 à 24 ans. Et, bien que les décès par suicide chez les jeunes enfants soient rares, ils ont augmenté de manière significative au cours des dernières années et ont également augmenté chez les adolescents. On a beaucoup écrit sur le suicide des adolescents, mais on sait peu de choses sur les jeunes enfants et le suicide (Centers for Dis- ease Control and Prevention (CDC), 2018), et encore moins sur l’utilisation de l’EMDR avec les enfants et les adolescents suicidaires.

La thérapie EMDR est connue comme une thérapie efficace pour traiter les traumatismes, mais les thérapeutes EMDR ne sont souvent pas à l’aise pour l’utiliser avec nos patients suicidaires. Dans les formations, les thérapeutes EMDR sont découragés de faire du retraitement avec des patients instables ou suicidaires (Shapiro, 2018). Cela laisse les thérapeutes EMDR dans l’incertitude et avec peu de directives sur la façon d’aller de l’avant avec les enfants et les patients à haut risque.

  • Que doivent faire les thérapeutes pour enfants si un patient est chroniquement suicidaire ?
  • A quel moment, si jamais, les thérapeutes pour enfants peuvent-ils utiliser le retraitement EMDR avec des patients suicidaires pour les aider à se stabiliser ?
  • En quoi les protocoles diffèrent-ils selon le développement des enfants et des adolescents ?

Définir « Désespoir vs Réparation » 

Lorsque l’on travaille avec des enfants et des adolescents suicidaires, il est utile d’avoir un cadre de réflexion sur les facteurs qui influencent les pensées et les comportements suicidaires. Cependant, comme le montre la recherche, les causes du comportement suicidaire sont complexes, ce qui rend difficile pour les thérapeutes de déterminer un traitement standard (Oquendo & Mann, 2008). Un modèle utile que le psychiatre Dr Mark Goulston (2018) a introduit est celui du « des-pair vs. re-pair.« 

Goulston (2018) affirme que les pensées et les actions suicidaires sont influencées par une personne qui se sent dépourvue, qui ne se sent pas associée à quoi que ce soit. Elle est désappariée de l’avenir, d’elle-même, de ses amis et de sa famille, ce qui l’amène à se sentir sans espoir, sans pouvoir, sans utilité, sans valeur et sans signification. Le Dr Goulston parle de ces sentiments comme de « moins ». Lorsque les patients ne sont attachés à rien, ils sont désarçonnés, ce qui entraîne une douleur qui provoque le désespoir. Il recommande aux thérapeutes d’aider à rétablir la déconnexion en aidant le patient à « se sentir senti », c’est-à-dire à se sentir vraiment entendu, et à utiliser la relation thérapeutique pour s’attacher.

L’EMDR est utile parce qu’elle est centrée sur le patient et qu’elle consiste à écouter, et non à donner des conseils. L’EMDR s’attaque au traumatisme qui a un impact sur le trouble et permet aux jeunes de se reconnecter à eux-mêmes et d’intégrer qui ils sont sur le plan émotionnel et physique. Du point de vue du traitement adaptatif de l’information (TAI), les événements traumatiques délient ou séparent les gens de leurs souvenirs et expériences positifs et, par conséquent, de leur avenir. Le traitement des événements traumatiques peut aider les enfants et les adolescents à faire l’expérience de leur sens du lien et les aider à les aider à se réapprivoiser, à réapprivoiser les autres et à réapprivoiser leur vie future.

Considérations relatives au traitement 

Lorsque l’on envisage d’utiliser la thérapie EMDR avec un patient suicidaire, les deux principales lignes d’action sont 1) de rester dans les phases d’anamnèse et de préparation et de se concentrer uniquement sur la stabilisation, le ressourcement et le confinement, ou 2) d’appliquer tout ce qui précède et de commencer à avancer avec l’identification des cibles et le retraitement.

Les thérapeutes ont souvent l’impression que la seule chose qu’ils peuvent faire lorsqu’un patient est suicidaire est de le stabiliser. Bien sûr, la stabilisation est nécessaire. Cependant, il existe des moyens de se concentrer sur la stabilisation et le ressourcement tout en poursuivant le traitement des cibles qui contribuent aux pensées et comportements suicidaires.

L’anamnèse 

Lorsque l’on recueille les antécédents des patients suicidaires et de leur famille, l’évaluation du risque est la première chose à faire : déterminer la sécurité et évaluer les pensées suicidaires actives par rapport aux pensées suicidaires passives. Les pensées actives impliquent un plan, avec une intention et un moyen de commettre l’acte de suicide. Les pensées suicidaires passives sont moins précises et sans plan ou intention spécifique, comme par exemple : « Si je mourais demain, je m’en ficherais. » Les deux types de pensées suicidaires doivent être pris au sérieux. Le site Web National Suicide Prevention (SuicidePre- ventionLifeline.org) propose plusieurs outils utiles pour les profanes et les professionnels (ASIST, 2018).

L’évaluation des risques doit inclure des questions sur l’automutilation et faire la distinction entre l’automutilation et les pensées et comportements suicidaires. De nombreux enfants et adolescents présentent des comportements d’automutilation mais ne sont pas suicidaires. Ils utilisent l’automutilation comme un mécanisme d’adaptation malsain pour faire face à la douleur émotionnelle.

La différence entre l’automutilation et la suicidalité est que le patient qui fait une tentative de suicide a l’intention de mourir plutôt que d’évacuer sa douleur émotionnelle. Les enfants et les adolescents qui manifestent ces deux comportements nécessitent un questionnement attentif de la part du thérapeute afin de déterminer le traitement approprié (Mosquera, 2017).

En plus de l’évaluation des risques, les thérapeutes doivent effectuer une anamnèse psychosociale standard. Il s’agit d’un processus continu qui peut prendre du temps à mesure que le thérapeute en apprend davantage sur le patient et sa famille et que la relation thérapeutique se développe (Adler-Tapia & Settle, 2017, p. 29-54).

Tout au long de l’anamnèse, le thérapeute EMDR est à l’écoute des éléments suivants (Settle, 2018a) :

  • Cibles
  • Les reconnaissances négatives/positives (CN/CP)
  • Les ressources externes/internes
  • Blocages possibles
    • évitement
    • distractions
    • intellectualisation
    • minimisation
    • croyances bloquantes

Planification du traitement

Lorsqu’on envisage d’intégrer l’EMDR dans le plan de traitement d’un jeune suicidaire, il est préférable d’adopter une approche multimodale. Cela comprend des options de traitement, telles que le programme intensif de soins ambulatoires (IOP), le centre de traitement résidentiel (RTC), ou des séances de thérapie ambulatoires 2 à 3 fois par semaine. Sont également recommandés : une évaluation de la médication, une thérapie familiale et une thérapie de groupe. Lorsqu’ils travaillent avec des cas difficiles, les experts conseillent fortement de recourir à une consultation-supervision et/ou à une équipe thérapeutique (Hogberg & Hallstrom, 2008). Une approche multimodale favorise la sécurité et permet au thérapeute de commencer l’Installation de Développement des Ressources (DIR) et la reproductibilité pour aider à stabiliser le patient.

Phase de préparation

Lorsqu’ils travaillent avec des cas complexes, les thérapeutes doivent envisager de commencer par la phase de préparation avant de passer à la sélection des cibles. Tout d’abord, discutez d’un plan de sécurité avec le patient et ses parents ou ses soignants. Il faut pour cela retirer de l’environnement tout ce qui pourrait être utilisé pour s’automutiler.

Les parents et les soignants – ou l’équipe thérapeutique – doivent fournir un soutien 24 heures sur 24 et un œil vigilant à un patient suicidaire. Ensuite, le thérapeute doit passer un contrat avec le patient pour qu’il affirme qu’il préviendra ses parents ou ses soignants et son thérapeute et/ou qu’il utilisera le numéro d’urgence national pour le suicide des adolescents (SuicidePreventionLifeline.org) s’il a envie de se faire du mal. Pendant le retraitement, le thérapeute doit chercher à obtenir un retour d’information à chaque séance et renforcer ce plan à la fois avec le patient, ses parents et ses soignants, ainsi qu’avec l’équipe thérapeutique.

Pour créer un sentiment d’appartenance et de connexion chez l’enfant ou l’adolescent, le thérapeute doit envisager d’impliquer les parents ou les soignants et l’école dans le traitement et de faire participer le patient à une thérapie de groupe. Le thérapeute peut ensuite s’attaquer à tout ce qui est à l’origine du manque d’appariement et de la déconnexion, comme l’abus de drogues et d’alcool, la dépendance aux médias sociaux et à la technologie, l’intimidation et les abus à la maison ou à l’école.

 

Souvent, les préadolescents et les adolescents pensent que la chose qui leur donne l’impression d’être connectés, comme les médias sociaux ou les drogues/alcool, est la chose même qui les détache d’eux-mêmes et des autres. Pour les patients souffrant de toxicomanie et d’addiction, les thérapeutes peuvent utiliser le protocole d’addiction développé par A. J. Popky, membre fondateur de l’Institut EMDR et psychothérapeute, connu sous le nom de modèle DeTUR (Desensitization of Triggers and Urges) (Popky, 2005).

 

L’enseignement de la régulation émotionnelle, de l’ancrage, de la respiration et de la pleine conscience font tous partie de la stabilisation et du ressourcement. La désensibilisation par les mouvements oculaires (EMDR) peut être utilisée pour aider à la régulation émotionnelle. L’EMDR est le protocole original de Francine Shapiro, à l’origine de l’EMDR, qui consiste à désensibiliser un événement perturbateur en revenant à la cible après chaque série de stimulations bi-latérales (SBA) (Shapiro, 2018.). Lorsque l’on utilise l’EMDR pour la régulation émotionnelle, l’émotion qui doit être modulée est la cible (Settle, 2018b).

Diverses applis sont disponibles pour la pleine conscience, l’auto-apaisement et le calmement de l’automutilation. L’appli Calm est une méditation et une pleine conscience. L’appli Calm Harm enseigne aux enfants et aux adolescents des techniques de gestion et de ré- sistance de l’automutilation. En ajoutant quelques séries de BLS pour renforcer l’expérience positive, ces applications peuvent être utilisées pour le contrôle des émotions ou l’auto-apaisement.

Sélection des cibles 

Le protocole EMDR standard à trois volets, ciblant le passé, le présent et la fiction, est une approche thérapeutique efficace pour traiter le traumatisme lié au suicide et favoriser la stabilisation. Non seulement les thérapeutes peuvent cibler et retraiter le ou les incidents déclencheurs qui ont contribué à la tentative de suicide de leur patient, mais ils peuvent également cibler séparément leurs pensées suicidaires, leur tentative de suicide et toute imagerie suicidaire intrusive (van Bentum, et al., 2017). Ces aspects des séquelles suicidaires peuvent être traumatisants pour un enfant ou un adolescent, tout comme les réponses et actions ou non-réponses et non-actions de la famille, des amis et du personnel médical. Tous ces incidents sont des cibles possibles.

Avant de procéder au retraitement des cibles de suicide, il faut tenir compte de la capacité du patient à maintenir une double conscience (c’est-à-dire « un pied dans le présent et un pied dans le passé ») et de la force de la relation thérapeutique. Si le patient n’a pas ces éléments en place, le thérapeute doit prendre le temps d’enseigner ces compétences et de développer ces ressources dans la phase de préparation. Ou, si le thérapeute hésite à cibler les déclencheurs passés ou présents, il peut d’abord installer un modèle futur (FT). Un enfant ou un adolescent suicidaire ne voit pas d’avenir et le fait d’envisager un avenir positif possible et d’installer un TF est à la fois stabilisant et préparatoire au retraitement futur (Greenwald, 1999). Un CE encourage la résilience et peut être renforcé à chaque séance.

Cartographie 

L’un des outils les plus utiles pour développer un plan de traitement/de sélection des cibles et pour obtenir l’adhésion de l’enfant ou de l’adolescent à la thérapie est de dessiner une carte des soucis et des ennuis. Souvent, les enfants et les adolescents ne veulent pas aborder directement les problèmes qui les amènent en thérapie. Ils ne veulent pas parler de ce qu’un adulte considère comme un problème. La carte est constituée des inquiétudes, des préoccupations, des problèmes et des questions de l’enfant ou de l’adolescent. La cartographie est un moyen créatif et efficace de recueillir des informations sur les déclencheurs qui contribuent à l’idéation suicidaire et/ou à la tentative de suicide.

La carte peut inclure des descriptions de situations (par exemple, « Les enfants sont méchants avec moi »), d’émotions (par exemple, l’anxiété), d’images sensorielles (par exemple, la peur du noir ou des piqûres médicales), ou des déclarations/expressions dérangeantes (par exemple, « Je veux tuer cette vie ennuyeuse »). Une fois que l’enfant ou l’adolescent a choisi une cible dans la carte, le thérapeute peut explorer les événements passés, présents et futurs liés à cette cible.

Par exemple, le thérapeute peut demander : « Quand te souviens-tu de la première fois où tu as pensé ou ressenti ‘Je suis stupide de ne pas avoir pris assez de pilules. Je veux tuer cette vie ennuyeuse’ ? ». Puis, en s’informant sur le ou les déclencheurs actuels, il demande : « A quand remonte la dernière fois où vous avez voulu ‘tuer cette vie ennuyeuse’ ? ». Le thérapeute peut ensuite passer au modèle futur en demandant : « Comment aimeriez-vous que votre vie soit ? ». Le thérapeute cible et repro- cède la première fois que le patient a cru la pensée négative, puis le ou les déclencheurs les plus récents, et enfin le CE. (Adler-Tapia & Settle, 2017, p.108-112).

Outils pour les obstacles 

Travailler avec des jeunes activement suicidaires peut présenter des défis uniques car l’enfant ou l’adolescent peut être résistant au traitement. Il se peut qu’il ne veuille pas parler de ses difficultés, de sa dépression, de son automutilation ou de son comportement suicidaire. L’enfant ou l’adolescent peut éviter d’aborder ses problèmes en se plaignant de tout, en minimisant, en détournant l’attention ou en intellectualisant ses problèmes et, au fond, il est désespéré et sans espoir. L’utilisation de tissages cognitifs créatifs et le ciblage des croyances bloquantes (BB) de l’enfant ou de l’adolescent sont un moyen utile de s’attaquer à ces obstacles.

Croyances bloquantes (BB) 

Les croyances bloquantes courantes chez les enfants et les adolescents qu’un thérapeute peut cibler directement sont les suivantes :

  •  » Cela ne marchera pas. Vous êtes mon quatrième thérapeute. « 
  •  » Pourquoi suis-je ici (en vie) ? Je ne pense pas que je devrais être ici. « 
  •  » Si les choses sont importantes, alors elles font mal. « 
  •  » Ce n’est pas grave. Je ne veux pas changer. « 
  •  » Je ne choisis pas de m’aimer. Le fait de me détester me fait faire mieux. « 

Le questionnaire sur les croyances bloquantes de l’enfant et de l’adolescent aide les thérapeutes à identifier rapidement les BB à retraiter (Adler-Tapia & Settle, 2017). Après avoir identifié le BB, le thérapeute peut poser des questions pour cibler les incidents passés, les déclencheurs actuels et le CE (par exemple :  » Quand était-ce la première fois que tu as pensé :  » Me détester me fait faire mieux  » ? « Quand était-ce la plus récente ? » « Comment aimeriez-vous être l’année prochaine ? »).

Les tissages cognitifs 

Appliquer les TC plus rapidement et plus souvent aide les patients suicidaires à accéder aux ressources internes et externes et facilite le retraitement (Spector & Kremer, 2009).

Voici deux tissages cognitifs (TC) créatifs que le thérapeute peut utiliser avec les enfants et les adolescents :

  •  » Si c’était ton ami, que dirais-tu ?  » Ce TC aide le patient à se connecter à sa sagesse intérieure.
  •  » Laisse-moi tenir l’espoir. Je vais tenir l’espoir l’espoir et vous faites le travail.  » Ce TC, créé par le Dr Robbie Adler-Tapia, psychologue agréé, est étonnamment utile avec les enfants et les adolescents désespérés.

Les thérapeutes peuvent également utiliser un TC pour cibler le critique intérieur de l’enfant ou de l’adolescent. Leur critique intérieur est source de honte, d’humiliation et de dégoût de soi. Dans un premier temps, le thérapeute invite le patient à objectiver son critique intérieur en lui demandant : « Qui [ou quoi] dans votre tête vous dit ces choses méchantes ? ». Ensuite, le thérapeute demande à l’enfant ou à l’adolescent de faire un dessin de son critique intérieur. Ensuite, le thérapeute demande au patient d’identifier un ami ou un personnage dans un film ou un livre qui possède la qualité positive dont l’enfant ou l’adolescent a besoin pour défier la partie méchante et haineuse de son critique intérieur. Le thérapeute installe ensuite la qualité positive d’un ami ou d’un personnage avec le protocole DIR. Et enfin, tout en appliquant les SBA, le thérapeute demande au patient de faire dialoguer l’ami ou le personnage positif avec le critique intérieur dans le but que les deux parties collaborent vers une résolution positive (Settle, 2018c).

Considérations relatives aux parents et aux soignants  

Le travail avec les familles d’enfants et d’adolescents suicidaires présente plusieurs difficultés. L’une d’elles est que les parents ou les soignants considèrent les états suicidaires comme un comportement de recherche d’attention. Les enfants les plus jeunes, en particulier, peuvent verbaliser leurs frustrations en disant « Je veux mourir ». Cela amène les parents ou les soignants à ne pas prendre les commentaires de l’enfant au sérieux. Même s’il s’agit de déclarations visant à attirer l’attention, l’enfant crie à l’aide. Le thérapeute doit s’attacher à assurer la sécurité du patient et à enseigner à l’enfant des techniques de régulation des émotions.

Un autre défi est celui des parents et des soignants qui ne sont pas à l’aise pour parler de la suicidalité. Ils ont peur de demander directement si leur enfant ou leur adolescent est suicidaire. Ils ne sont pas non plus à l’aise si le thérapeute leur pose directement la question. Les parents et les soignants craignent que le fait de poser cette question aux enfants et aux adolescents leur « donne des idées ». Et, bien que les enfants et les adolescents puissent utiliser des déclarations suicidaires pour rechercher l’attention ou la manipulation, les études montrent que plus les gens sont conscients et posent des questions sur l’automutilation, plus les thérapeutes et les familles peuvent identifier les jeunes à risque et intervenir (ASIST, 2018). Les enfants et les adolescents vont souvent parler de leurs pensées suicidaires à leurs amis avant d’en parler aux adultes. Sensibiliser les enfants, les adolescents, les parents, les soignants et la société à la recherche d’aide lorsqu’ils entendent une déclaration suicidaire est une intervention importante.

Considérations relatives au développement  

Les enfants de moins de 14 ans sont plus susceptibles de tenter de se suicider s’ils présentent les caractéristiques suivantes

  • immaturité cognitive
  • manque de jugement
  • impulsivité
  • disponibilité d’une méthode
  • circonstances à haut risque
    • pauvreté
    • abus

Il est prioritaire de comprendre et d’aborder ces risques en thérapie. Lorsqu’il applique le protocole EMDR avec de jeunes enfants, le thérapeute doit transmettre l’EMDR en langage enfantin tout en jouant, en dessinant et en utilisant de l’argile, Sandtray et Mapping. (Adler-Tapia & Settle, 2017) Le protocole EMDR standard peut être utilisé avec de jeunes enfants si le thérapeute dispose d’outils pour faire le lien avec le langage du protocole.

Les adolescents sont vulnérables aux actes suicidaires lorsqu’ils entendent parler des suicides de :

  • d’une personne qu’ils connaissent
  • d’autres personnes de leur entourage
  • de pairs suicidaires
  • de suicides dans les médias

Les thérapeutes peuvent utiliser l’EMDR dans toutes ces situations et pour traiter le traumatisme d’entendre parler du suicide d’autres personnes. La thérapie et le traitement EMDR peuvent servir à la prévention du suicide. Les enfants et les adolescents ont un risque plus élevé de suicide s’ils sont confrontés à la dépression et à un comportement agressif et perturbateur, le thérapeute EMDR peut donc garder ces vulnérabilités à l’esprit et rechercher des cibles qui peuvent être liées.

Contre-indications et précautions  

Les contre-indications pour ne pas procéder immédiatement au retraitement sont les suivantes :

  • une tentative de suicide très récente
  • une instabilité médicale
  • une psychose active
  • abus de drogues/alcool (aborder avec les protocoles EMDR drogue/alcool d’abord)
  • dissociation modérée à sévère – un environnement actuellement abusif

Le thérapeute doit appliquer des exercices de ressourcement, de confinement et de mise en sécurité jusqu’à ce que le moment soit venu de procéder au retraitement. Tous les thérapeutes doivent consulter et superviser régulièrement les patients à haut risque.

Appel à l’action  

Les thérapeutes EMDR pour enfants et adolescents sont en première ligne pour traiter les traumatismes et les comportements suicidaires et doivent être bien formés pour faire face à ces problèmes. La thérapie EMDR peut être utilisée comme une intervention précoce et pour aider à stabiliser les patients ayant des pensées et des comportements suicidaires grâce au retraitement. L’utilisation de ressources telles que le site Web National Suicide Prevention et le programme ASIST peut affiner les compétences du thérapeute lorsqu’il les combine avec la thérapie EMDR.

Travailler en équipe avec d’autres cliniciens dans le cadre d’une approche multimodale aide nos patients à progresser vers la santé. Plus important encore, les thérapeutes doivent prendre soin d’eux-mêmes lorsqu’ils travaillent avec des populations complexes et à haut risque.

 

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En savoir plus 

Références de l’article Utiliser la thérapie EMDR avec les enfants et adolescents suicidaires :

  • auteurs : Carolyn Settle
  • titre en anglais : 
  • publié dans : Magazine EMDRIA « Go With That » en mars 2019

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