
Efficacité de l’EMDR sur les symptômes du TSPT et le diagnostic chez les patients atteints d’un trouble de la personnalité
Mis à jour le 10 janvier 2026
Laurian Hafkemeijer, Simon Hofman et leurs collègues ont publié deux articles sur les résultats de l’étude TEMPO (EMDR axé sur les traumatismes pour les troubles de la personnalité chez les patients ambulatoires) (Hofman et al., 2022).
L’une de ces publications rend compte de l’efficacité de l’EMDR sur les symptômes du TSPT et le statut diagnostique chez les patients atteints d’un trouble de la personnalité (Hafkemeijer et al., 2025).
Cet article de recherche conclut que l’EMDR réduit considérablement les symptômes du TSPT et s’avère efficace pour toute une série de souvenirs liés à des événements indésirables, quel que soit le diagnostic initial de TSPT. La publication qui l’accompagne évalue l’efficacité de la thérapie EMDR dans la réduction des symptômes des troubles de la personnalité par rapport à une liste d’attente, indépendamment du statut de TSPT. Cet article de recherche a rapporté que l’EMDR était supérieur à une condition de contrôle sur liste d’attente dans la réduction des symptômes des troubles de la personnalité et l’amélioration du fonctionnement de la personnalité et de la régulation des émotions, ce qui a permis à 44,1 % (n = 30) des participants d’atteindre une rémission diagnostique des troubles de la personnalité
Article publié en anglais – accès payant sur le site de l’éditeur
Contexte et objectifs
Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité (TP) rapportent fréquemment une exposition élevée à des événements adverses, notamment dans l’enfance. Compte tenu du lien étroit entre ces événements de vie négatifs et la pathologie de la personnalité, l’évaluation des traitements focalisés sur le trauma dans cette population est essentielle.
Cette étude avait deux objectifs principaux :
- Évaluer l’efficacité de la thérapie EMDR par rapport à une liste d’attente pour réduire les symptômes de SSPT et modifier le statut diagnostique, en distinguant les patients avec et sans SSPT.
- Examiner l’impact de l’EMDR sur différents types de souvenirs d’événements adverses — ceux répondant au Critère A du SSPT (événements impliquant une menace pour la vie ou l’intégrité physique) et ceux n’y répondant pas (négligence émotionnelle, abus psychologique, etc.).
Méthodologie
Participants
- 159 patients ont été inclus et randomisés
- Recrutés dans les cliniques ambulatoires de deux institutions de santé mentale néerlandaises : GGZ Delfland et Parnassia Psychiatric Institute
- Période de recrutement et suivi : décembre 2020 à février 2025
Critères d’inclusion
- Âge ≥ 18 ans
- Diagnostic de trouble de la personnalité confirmé par le SCID-5-PD (Structured Clinical Interview for DSM-5 Personality Disorders)
- Pour les TP « autre spécifié » : présence d’au moins 10 symptômes de TP
Critères d’exclusion
- Maîtrise insuffisante du néerlandais
- QI estimé < 70
Design
- Essai contrôlé randomisé en simple aveugle
- Randomisation 1:1 vers le groupe EMDR ou le groupe liste d’attente
Intervention
- Dix séances bi-hebdomadaires d’EMDR sur 5 semaines
Évaluations
- Diagnostic des TP : Structured Clinical Interview for DSM-5 (SCID-5-PD)
- Symptômes et diagnostic de SSPT : Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5 (CAPS-5)
- Mesures à l’inclusion (T0), post-traitement (T1) et à 3 mois de suivi (T3)
- Analyses secondaires sur l’efficacité de l’EMDR selon le type de souvenir ciblé
Résultats principaux :
L’analyse des données a révélé des interactions groupe × temps significatives, démontrant une réduction plus importante des symptômes de SSPT dans le groupe EMDR par rapport au groupe liste d’attente. Ce résultat s’observe indépendamment du diagnostic de SSPT à l’inclusion.
Chez les patients présentant un SSPT à l’inclusion, des effets de grande taille ont été observés dans le groupe EMDR, avec un d de Cohen de 1,26 en post-traitement (contre 0,28 dans le groupe contrôle). Ces effets se sont maintenus et amplifiés au suivi à 3 mois, atteignant un d de 1,50 (contre 0,69 dans le groupe contrôle).
Chez les patients ne présentant pas de SSPT à l’inclusion, des effets modérés à larges ont également émergé : d = 0,77 en post-traitement (contre 0,18 dans le groupe contrôle) et d = 1,09 au suivi à 3 mois (contre 0,46 dans le groupe contrôle).
Concernant le statut diagnostique, 65,5 % des patients du groupe EMDR ont perdu leur diagnostic de SSPT après le traitement. Ce taux a encore augmenté au suivi, atteignant 73,1 % de rémission diagnostique à 3 mois.
Enfin, l’EMDR a réduit les symptômes associés non seulement aux traumas répondant au Critère A, mais également aux autres types d’événements adverses ne répondant pas à ce critère.
Conclusion des auteurs
L’EMDR réduit efficacement les symptômes de SSPT chez les personnes présentant un trouble de la personnalité, indépendamment du diagnostic de SSPT, et s’avère efficace pour les souvenirs ne répondant pas au Critère A.
Implications cliniques
Pour les cliniciens EMDR
Cette étude apporte plusieurs enseignements importants :
- L’EMDR est efficace chez les patients avec TP, une population souvent considérée comme difficile à traiter et parfois exclue des études sur les traitements du trauma.
- Le diagnostic de SSPT n’est pas un prérequis : L’EMDR produit des effets significatifs même chez les patients ne présentant pas de SSPT formel, ce qui élargit les indications potentielles de cette thérapie.
- Tous les types de souvenirs peuvent être ciblés : L’efficacité de l’EMDR ne se limite pas aux souvenirs répondant au Critère A. Les souvenirs de négligence émotionnelle, d’abus psychologique et d’autres événements adverses peuvent également être traités efficacement.
- Un format de traitement relativement bref : Dix séances sur 5 semaines ont suffi pour produire des effets larges et durables (maintenus à 3 mois de suivi).
Pour la pratique clinique
Ces résultats encouragent les cliniciens à :
- Proposer l’EMDR aux patients présentant un trouble de la personnalité, même en l’absence de diagnostic formel de SSPT
- Cibler un éventail large de souvenirs adverses, incluant les expériences de négligence et d’abus émotionnel qui ne répondent pas aux critères traditionnels du trauma
- Considérer le traitement focalisé sur le trauma comme une option thérapeutique valide pour cette population, en complément ou en alternative aux traitements traditionnels des troubles de la personnalité
En savoir plus
Références de l’article
- auteurs : Hafkemeijer, L., Hofman, S., de Jongh, A., de Roos, D., van Velzen, M., Starrenburg, A., & Slotema, K. (2025).
- titre en anglais : The effectiveness of eye movement desensitization and reprocessing therapy on post-traumatic stress disorder symptoms and diagnostic status in patients with a personality disorder: A randomized controlled trial.
- publié dans : Psychotherapy and Psychosomatics, 1–13.
- doi : https://doi.org/10.1159/000547622
Équipe de recherche : Cette étude a été menée par une équipe de chercheurs et cliniciens néerlandais :
- Laurian Hafkemeijer, MSc — GGZ Delfland, Delft (récipiendaire du Francine Shapiro Award)
- Simon Hofman — Parnassia Psychiatric Institute, La Haye
- Prof. Dr. Ad de Jongh — ACTA (University of Amsterdam / VU University), PSYTREC, et affiliations internationales
- Dr. Dorien de Roos
- Dr. Maaike van Velzen
- Dr. Annemieke Starrenburg — GGZ Delfland
- Prof. Dr. Karin Slotema — Parnassia Psychiatric Institute et Erasmus University Rotterdam
Financements : L’étude a été financée en interne par GGZ Delfland et le Parnassia Group, et en externe par la Vereniging EMDR Nederland, EMDR Europe et l’EMDR Research Foundation.
Aller plus loin
Formation(s) : Formation initiale en EMDR



