
Éléments communs et différences entre les approches de traitement du TSPT complexe : commentaire à partir de cinq études de cas
Mis à jour le 19 février 2026
Cet article est un commentaire critique portant sur cinq études de cas cliniques publiées dans un numéro spécial du Journal of Clinical Psychology: In Session. Les auteurs (Farina, Dimaggio et Mosquera) analysent les points communs et les différences entre différentes approches psychothérapeutiques dans le traitement du trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C).
Résumé
Le traitement des personnes ayant subi un traumatisme profond et prolongé au cours de leur développement, c’est-à-dire un trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT complexe), peut s’avérer difficile en raison de la complexité et de la gravité de leurs symptômes.
Les principales caractéristiques du trouble de stress post-traumatique complexe, à savoir la dérégulation affective et comportementale, l’altération de l’expérience de soi et les troubles de l’identité, les difficultés relationnelles, les concepts négatifs de soi et les croyances pathogènes négatives, constituent à la fois des objectifs thérapeutiques et des obstacles au traitement.
Les cliniciens doivent donc être conscients de ces difficultés afin de les identifier et d’être prêts à les traiter lorsqu’elles surviennent au cours de la thérapie avec un même patient.
C’est pourquoi les cas cliniques présentés dans ce numéro du Journal of Clinical Psychology: In Session offrent un aperçu très utile de la manière d’aborder ces manifestations du point de vue de différents modèles de psychothérapie.
Après avoir brièvement passé en revue les caractéristiques cliniques et les difficultés thérapeutiques rencontrées avec ces patients, ce commentaire propose une synthèse critique des points communs et des différences entre les différentes approches présentées dans les cas cliniques de ce numéro spécial.
L’objectif est d’aider le lecteur à naviguer parmi les aspects clés du traitement des processus pathogéniques impliqués dans le TSPT complexe et à identifier les différents outils thérapeutiques qui peuvent être applicables aux différentes présentations cliniques.
A retenir pour ma pratique
Principes généraux partagés par les experts
Les auteurs concluent que trois principes généraux sont largement partagés parmi les experts :
- Étant donné la présentation multidimensionnelle du TSPT-C, tout traitement doit inclure et combiner différents outils.
- Flexibilité thérapeutique : les patients avec TSPT-C nécessitent des traitements individualisés puisque leurs histoires développementales et leurs manifestations de souffrance sont différentes.
- Placer au centre la régulation de la relation thérapeutique afin de garantir l’adhésion au traitement et prévenir les abandons, et aussi pour aider les patients à former des idées plus bienveillantes sur soi et les autres, en commençant par leur relation avec leur thérapeute.
Six éléments thérapeutiques communs aux différentes approches
Les auteurs identifient six éléments communs à presque toutes les approches présentées : (1) la régulation des émotions et de l’activation physiologique ; (2) la surveillance continue de l’alliance thérapeutique et sa réparation en cas d’impasse ; (3) le travail sur les croyances pathogènes négatives concernant soi et les autres, ainsi que les émotions négatives associées ; (4) la conscience de la capacité du patient à mettre en mots son expérience intérieure et à raisonner à son sujet, c’est-à-dire son niveau de métacognition, et le travail pour augmenter cette capacité ; (5) le travail sur les souvenirs traumatiques ; (6) l’importance du travail sur la honte traumatique.
Double nature des symptômes DSO
Les auteurs soulignent qu’il est important d’insister sur le fait que tous les éléments psychopathologiques des perturbations de l’auto-organisation (DSO) constituent d’une part des objectifs thérapeutiques. D’autre part, ce sont des facteurs conduisant à une mauvaise réponse au traitement s’ils ne sont pas pris en compte, quelle que soit l’approche thérapeutique privilégiée.
Relation thérapeutique et ruptures d’alliance
Concernant les ruptures d’alliance, les auteurs précisent que les ruptures dans la relation peuvent devenir de grandes opportunités d’apprentissage pour les deux parties. Les thérapeutes doivent être conscients que tôt ou tard des ruptures surviendront, et quand cela arrive, il est important de les identifier puis de réfléchir conjointement avec le patient à ce qui se passe dans l’espace thérapeutique jusqu’à ce que l’alliance soit réparée.
Ils ajoutent également que les thérapeutes ne devraient pas se charger du fardeau de prévenir les ruptures, les incompréhensions et les déclencheurs : cela relève de l’impossible.
Honte traumatique
Les auteurs indiquent que la honte profonde, causée par un sentiment d’indignité et de non-amour, est l’une des caractéristiques les plus marquantes du TSPT-C. La honte, en plus d’être une source de détresse et de problèmes relationnels, est également difficile à aborder en traitement. Une première raison est que la honte traumatique est souvent un trait qui n’est pas adéquatement reconnu par la personne qui en souffre ; une seconde raison est que certains patients ont honte de leur honte et ne l’évoquent pas dans le dialogue thérapeutique.
Culpabilité du survivant
Les auteurs mentionnent la culpabilité du survivant, souvent présente chez ces patients : « Je ne peux pas être heureux et poursuivre mes objectifs d’indépendance et de bien-être si mes parents souffrent et sont déprimés ». C’est une émotion qui peut non seulement entraver les chances de traiter les symptômes post-traumatiques, car la personne ne peut pas accepter de guérir, mais qui maintient également d’autres symptômes souvent présents dans le TSPT-C, comme la dépression ou les obsessions.
Patients ne demandant pas explicitement à traiter le trauma
Les auteurs notent que de nombreux patients avec TSPT-C viennent en thérapie sans demande explicite de traiter le trauma, car ils ne se souviennent pas de souvenirs traumatiques autobiographiques épisodiques et ne sont pas conscients que ceux-ci sont l’une des causes de leur souffrance actuelle. Dans ces cas, il est logique de traiter les souvenirs traumatiques si et quand ils émergent au cours du traitement.
Spécificité des souvenirs traumatiques
Les auteurs précisent que cette distinction a des implications thérapeutiques importantes car lorsque les souvenirs traumatiques sont encodés dans des formats différents — par exemple des récits verbaux détaillés d’épisodes autobiographiques spécifiques versus des patterns implicites de sensations, d’activation physiologique et de symptômes — ils nécessitent des techniques et interventions différentes.
Approche personnalisée versus protocole unique
Les auteurs concluent qu’une stratégie optimale impliquerait d’ajuster les traitements aux différentes présentations de ce groupe hétérogène de patients plutôt que d’adopter un protocole de traitement unique applicable à tous.
Co-thérapies et thérapies intégrées multi-setting
Les auteurs recommandent que les patients avec TSPT-C nécessitent l’utilisation flexible de différents outils psychothérapeutiques ; ceux-ci peuvent être fournis par le même psychothérapeute mais seraient parfois mieux fournis par différents thérapeutes qui communiquent constamment entre eux de manière coopérative.
En savoir plus
Références de l’article Éléments communs et différences entre les approches de traitement du TSPT complexe : commentaire à partir de cinq études de cas : Farina B, Dimaggio G, Mosquera D. Common Elements and Differences Among Treatment Approaches to Complex Post-Traumatic Stress Disorder: A Commentary on Five Case Studies. J Clin Psychol. 2025 May;81(5):379-386. doi: 10.1002/jclp.23773. Epub 2025 Jan 27. PMID: 39871426.
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