
Trauma d’attachement : un numéro spécial
Mis à jour le 8 janvier 2026
Les praticiens EMDR le savent bien : derrière de nombreux tableaux cliniques complexes se cache souvent une histoire d’adversité relationnelle précoce. Le numéro spécial de Clinical Neuropsychiatry, désormais accessible gratuitement, offre une synthèse remarquable des avancées théoriques et cliniques sur le trauma d’attachement. Coordonné autour de l’article fondateur de Benedetto Farina et Adriano Schimmenti, ce volume réunit les contributions de figures majeures du champ traumatique international.
Présentation du numéro en libre accès de Clinical Neuropsychiatry consacré à la théorie de l’attachement dans le traitement des survivants de négligence et d’abus précoces
Articles publiés en anglais – accès libre en ligne
Une reconceptualisation du trauma d’attachement
L’article de Farina et Schimmenti propose une définition élargie du trauma d’attachement, le distinguant des construits apparentés. Les auteurs le conceptualisent comme une condition émergeant au sein des relations d’attachement primaires, caractérisée par des défaillances prolongées dans les soins parentaux et/ou des abus répétés. Ces expériences créent des menaces récurrentes et inévitables, perturbant profondément le développement physiologique, socio-émotionnel et cognitif de l’enfant.
Le second objectif explore le trauma d’attachement comme une dimension psychopathologique transversale pouvant sous-tendre un large spectre de troubles mentaux se manifestant à l’âge adulte, incluant le trouble de stress post-traumatique complexe, les troubles dissociatifs et le trouble de la personnalité borderline. La reconnaissance du trauma d’attachement chez l’adulte pose des défis cliniques en raison de sa nature complexe et envahissante, se présentant souvent avec une constellation de symptômes dans de multiples domaines : dysrégulation de l’activation physiologique, désintégration des processus cognitifs supérieurs, dyscontrôle émotionnel et impulsif, réactions de détachement et de dissociation, représentations dysfonctionnelles de soi et des relations, altérations de la mentalisation, stratégies compensatoires inadaptées et méfiance épistémique.
Le troisième objectif intègre la reconnaissance du trauma d’attachement dans la pratique clinique, en soulignant l’identification de ses impacts à partir de la présentation clinique. La revue met en lumière les interventions thérapeutiques clés : établissement d’une relation thérapeutique sécurisante, régulation des émotions et de l’activation, modification des croyances pathogènes, traitement des symptômes de détachement et des états dissociés du soi, promotion de la mentalisation et de la confiance épistémique, et traitement des mémoires traumatiques implicites et explicites.
Un dialogue entre experts internationaux
La richesse de ce numéro réside dans la diversité des perspectives offertes par les commentateurs. Ken Benau et Onno van der Hart approfondissent les liens entre trauma d’attachement et attachement désorganisé, tout en soulignant les implications pour la pratique clinique passée, présente et future. Jon G. Allen rappelle avec justesse que la complexité du trauma d’attachement exige non seulement des connaissances approfondies, mais aussi une compétence interpersonnelle exceptionnelle : « l’habileté à être humain », selon sa formule.
Frank Corrigan et Hannah Young présentent le Deep Brain Reorienting (DBR), une approche neurophénoménologique qui postule que les traumas d’attachement résultent d’altérations des mécanismes mésencéphaliques d’orientation et de régulation affective. Cette perspective neurobiologique complète utilement les modèles psychodynamiques et relationnels.
Implications pour le travail avec les enfants et les familles
Ana Gomez et Jillian Hosey enrichissent la discussion en abordant les spécificités du travail clinique avec les enfants. Elles soulignent l’importance des conséquences psychologiques et neurobiologiques du trauma d’attachement dans la pratique pédiatrique et appellent à des systèmes de soins attentifs aux dimensions développementales, relationnelles et systémiques.
La dimension corporelle au cœur du traitement
Ruth Lanius propose d’intégrer les modèles de traitement somatosensoriel au cadre conceptuel du trauma d’attachement. Elle avance un modèle neurobiologique hiérarchique qui cartographie les perturbations depuis les circuits sensoriels du tronc cérébral jusqu’aux systèmes limbiques et corticaux. Une implication clinique majeure en découle : la nécessité de prioriser la régulation physiologique avant d’initier des interventions cognitives ou relationnelles de niveau supérieur. Les approches ascendantes (bottom-up), incluant la psychothérapie sensorimotrice, le Somatic Experiencing et le DBR, ciblent le choc, la dysrégulation autonomique et la fragmentation sensorielle qui peuvent compromettre les thérapies verbales traditionnelles.
Vers une intégration diagnostique
Constance Dalenberg et Kenneth Thompson proposent une réflexion nuancée sur l’inclusion diagnostique du trauma d’attachement. Ils suggèrent que les modifications diagnostiques pourraient cibler le dysfonctionnement du système d’attachement lui-même, plutôt que d’inférer la présence d’un trauma. Julian Ford présente le cadre du Developmental Trauma Disorder (DTD), qui identifie six domaines de dysrégulation du soi : affectif, somatique, attentionnel/mnésique, comportemental, interpersonnel et de cohérence identitaire.
Une ressource précieuse pour la pratique EMDR
Pour les cliniciens EMDR, ce numéro offre plusieurs apports concrets. D’abord, un cadre conceptuel intégratif permettant de mieux comprendre les présentations cliniques complexes souvent rencontrées chez les patients ayant vécu des traumatismes précoces. Ensuite, des repères pour l’évaluation clinique, avec l’identification de marqueurs phénoménologiques spécifiques du trauma d’attachement. Enfin, des pistes pour articuler le travail EMDR avec d’autres modalités thérapeutiques, notamment les approches corporelles et la restauration de la mentalisation.
Comme le soulignent Farina et Schimmenti dans leur réponse, l’objectif est d’avancer vers « une approche scientifiquement rigoureuse mais profondément humaine de l’évaluation et de l’intervention pour le trauma d’attachement ». Ce numéro spécial constitue une étape importante dans cette direction.
En savoir plus
Numéro spécial : Attachment Trauma Clinical Neuropsychiatry, 2025, Vol. 22, N° 5
Farina, B., & Schimmenti, A. (2025). The psychopathological domains of attachment trauma: A proposal for a clinical conceptualization. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 351-373. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250501
Cet article propose une revue critique du concept de trauma d’attachement, offrant une définition élargie qui reflète ses dynamiques pathogéniques et ses manifestations cliniques. Le premier objectif est de définir le trauma d’attachement et de le différencier des construits apparentés. Les auteurs le conceptualisent comme une condition émergeant au sein des relations d’attachement primaires, caractérisée par des défaillances prolongées dans les soins parentaux et/ou des abus répétés. Ces relations créent des menaces récurrentes et inévitables, entraînant des perturbations significatives du développement physiologique, socio-émotionnel et cognitif de l’enfant.
Le second objectif explore le trauma d’attachement comme une dimension psychopathologique transversale pouvant sous-tendre un large spectre de troubles mentaux se manifestant à l’âge adulte, incluant le trouble de stress post-traumatique complexe, les troubles dissociatifs et le trouble de la personnalité borderline. La reconnaissance du trauma d’attachement chez l’adulte pose des défis cliniques en raison de sa nature complexe et envahissante, se présentant souvent avec une constellation de symptômes dans de multiples domaines : dysrégulation de l’activation physiologique, désintégration des processus cognitifs supérieurs, dyscontrôle émotionnel et impulsif, réactions de détachement et de dissociation, représentations dysfonctionnelles de soi et des relations, altérations de la mentalisation, stratégies compensatoires inadaptées et méfiance épistémique.
Le troisième objectif intègre la reconnaissance du trauma d’attachement dans la pratique clinique, en soulignant l’identification de ses impacts à partir de la présentation clinique. La revue met en lumière les interventions thérapeutiques clés : établissement d’une relation thérapeutique sécurisante, régulation des émotions et de l’activation, modification des croyances pathogènes, traitement des symptômes de détachement et des états dissociés du soi, promotion de la mentalisation et de la confiance épistémique, et traitement des mémoires traumatiques implicites et explicites.
Allen, J. G. (2025). Conducting effective therapy for attachment trauma requires skill in being human. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 374-378. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250502
Jon G. Allen souligne que Farina et Schimmenti ont synthétisé la littérature florissante sur le trauma d’attachement pour attirer l’attention sur sa prévalence et son rôle omniprésent dans le développement de formes diverses de psychopathologie sévère et chronique. Ces séquelles appellent une approche multidimensionnelle du traitement, comme en témoigne la multiplication des psychothérapies liées au trauma ainsi que des interventions biologiques.
Tout en respectant la complexité du trauma d’attachement, ce commentaire offre une perspective intégrative pour les thérapeutes de différentes orientations. S’appuyant sur des décennies de recherche sur les facteurs contribuant à l’efficacité de la psychothérapie, l’auteur propose une vision distinctive du rôle des facteurs communs qui traversent les diverses formes de thérapie. Ces facteurs concernent largement les qualités des relations patient-thérapeute, particulièrement cruciales dans le traitement du trauma d’attachement. Allen met en lumière cinq facteurs communs : l’attachement, la mentalisation, la confiance, le soin (care) et, non des moindres, le thérapeute lui-même. Comme l’atteste la revue de Farina et Schimmenti, comprendre la complexité et la sévérité de la pathologie associée au trauma requiert une grande quantité de connaissances ; parallèlement, établir des relations thérapeutiques exige un niveau exceptionnel de compétence interpersonnelle : « l’habileté à être humain », pour le dire simplement.
Benau, K., & van der Hart, O. (2025). Attachment trauma re-viewed: A commentary on Farina and Schimmenti (2025a). Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 379-383. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250503
Ken Benau et Onno van der Hart reconnaissent que Farina et Schimmenti ont apporté une contribution majeure à l’approfondissement de notre compréhension du trauma développemental précoce et de ses effets psychosociaux graves et durables, tout en orientant vers des approches thérapeutiques profondément informées par leur riche conceptualisation du trauma d’attachement et leur acuité clinique. L’impressionnante revue et intégration d’une abondante recherche développementale et clinique réalisée par les auteurs les a conduits à proposer une définition sophistiquée mais claire du trauma d’attachement, ainsi que des notions importantes sur sa relation avec l’attachement désorganisé et une vue d’ensemble de son traitement.
Les commentateurs identifient plusieurs points d’appréciation de la conceptualisation des auteurs et de ses applications à la pratique clinique ; offrent des suggestions pour clarifier et développer certaines idées ; et proposent enfin comment « poursuivre la conversation » avec un accent sur la théorie et la pratique cliniques, passées, présentes et futures. Farina et Schimmenti sont vivement félicités pour avoir fourni une base solide à partir de laquelle poursuivre, avec plus de clarté et d’intention, la compréhension et le traitement toujours plus approfondis et porteurs d’espoir des survivants de trauma d’attachement, pour les patients, les thérapeutes et les proches concernés.
Chefetz, R. A. (2025). Some additional curiosity about when adaptation to developmental adversity becomes a trauma. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 384-386. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250504
Richard A. Chefetz considère que le concept de trauma d’attachement est provocateur et stimule un effort pour rechercher des définitions supplémentaires du trauma qui soient plus propices à la compréhension de la blessure mentale survenant chez un individu particulier plutôt que dans une large population où l’accent est mis sur « l’ampleur du choc ». Qu’est-ce qui constitue réellement une expérience de trauma ? Quand l’adaptation normative à l’adversité, qui fait partie du paradigme de l’attachement infantile, franchit-elle la ligne pour devenir un trauma d’attachement ? Y a-t-il des considérations biologiques dans ce type d’événement ou n’y a-t-il que des considérations psychodynamiques, des activités relationnelles ?
Dans cette brève communication, ces questions sont explorées en relation avec une psychologie de l’esprit à états multiples du soi, cohérente avec l’exploration par Bowlby des sous-systèmes ségrégués, du détachement et de la désactivation.
Corrigan, F. M., & Young, H. (2025). The psychopathological domains of attachment trauma: A commentary. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 387-391. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250505
Frank M. Corrigan et Hannah Young soulignent que la contribution de Farina et Schimmenti met en lumière l’impact de la maltraitance infantile sur la santé adulte. Le Deep Brain Reorienting (DBR), une approche neurophénoménologique, propose que les traumas d’attachement dérivent de deux expériences primaires : le choc et la douleur. Le choc, souvent pré-affectif, précède les émotions telles que la peur ou la colère et peut prendre différentes formes (implosif, impact). Lorsqu’il se dissipe, une douleur profonde émerge, liée à la solitude, au rejet et au vide existentiel.
Le DBR vise à ralentir la séquence choc-douleur-affect, séparant ses composantes pour réduire la surcharge émotionnelle et favoriser la régulation. Cela permet de retravailler les croyances pathologiques d’indignité et d’aborder les patterns d’attachement contradictoires. La thérapie traite également les symptômes dissociatifs, différenciés en formes supracorticales, intracorticales, neurochimiques et structurelles, réduisant la fragmentation du soi. En conclusion, le DBR fait l’hypothèse que les traumas d’attachement résultent d’altérations des mécanismes mésencéphaliques d’orientation et de régulation affective, compromettant le développement de l’attachement, la mentalisation et l’estime de soi.
Dalenberg, C. J., & Thompson, K. J. (2025). Diagnostic inclusion of attachment trauma: A commentary on Farina and Schimmenti (2025). Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 392-393. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250506
Constance J. Dalenberg et Kenneth J. Thompson estiment que Farina et Schimmenti offrent une reconceptualisation intrigante du trauma d’attachement comme processus développemental émergeant de défaillances relationnelles, même en l’absence d’événements traumatiques identifiables. Les auteurs soutiennent l’accent mis sur les constellations symptomatiques cliniques — telles que la dissociation, la dysrégulation émotionnelle et le détachement interpersonnel — comme marqueurs de dysfonctionnement lié à l’attachement.
Cependant, ils suggèrent un changement d’accent : tout changement diagnostique pourrait cibler le dysfonctionnement du système d’attachement lui-même, plutôt que d’inférer la présence d’un trauma. Cette distinction s’aligne avec les cadres diagnostiques qui privilégient les patterns fonctionnels plutôt que les hypothèses historiques. Ils encouragent également le développement de principes informés par le trauma spécifiques aux perturbations de l’attachement. Ces raffinements, estiment-ils, augmenteraient la clarté diagnostique et soutiendraient mieux la planification du traitement. L’accent renforcé sur les psychopathologies liées à l’attachement, tel que proposé par Farina et Schimmenti, est précieux mais bénéficierait d’une attention supplémentaire à la question de la mesure fiable.
Dorahy, M. J. (2025). Inferring attachment trauma from clinical symptoms and dynamics: A challenge for scientists, a gift for therapists and their patients. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 394-396. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250507
Martin J. Dorahy observe que Farina et Schimmenti rassemblent une richesse de données de recherche et d’expérience clinique pour relier la littérature sur le trauma d’attachement à des symptômes et dynamiques spécifiques chez les patients adultes. Parmi leurs nombreuses observations et insights, ils suggèrent que le trauma d’attachement devrait être inféré par les cliniciens dans les cas où les patients présentent ces marqueurs phénoménologiques spécifiques, même si les patients eux-mêmes ne sont pas conscients de telles expériences historiques.
Cette théorisation suscite un agenda de recherche qui défie les scientifiques d’investiguer soigneusement sa véracité, pour guider un raisonnement clinique précis. Du point de vue d’un thérapeute avec son patient, le cadrage du trauma d’attachement comme fondement étiologique d’une collection spécifique de symptômes et dynamiques complexes offre un tampon relationnel dans ce qui est souvent un parcours thérapeutique très compliqué. Le don d’une telle théorisation est particulièrement évident dans la gestion des ruptures et des réactions contre-transférentielles pour faciliter la réparation relationnelle et réinstaurer l’accordage empathique. Ce commentaire explore le défi pour les chercheurs et le don pour les thérapeutes et leurs patients que fournit l’inférence causale de Farina et Schimmenti.
Ford, J. D. (2025). Conceptualizing attachment trauma: A developmental trauma perspective. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 397-399. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250508
Julian D. Ford affirme que le trauma d’attachement, tel que formulé avec pertinence par Farina et Schimmenti, implique des expériences traumatiques qui perturbent fondamentalement le lien d’attachement avec les donneurs de soins primaires et entraînent des altérations des capacités fondamentales du soi et relationnelles qui incluent mais dépassent les symptômes de la nosologie psychiatrique formelle.
L’auteur présente un aperçu d’un cadre clinique similairement fondé sur les preuves cliniques et scientifiques des effets néfastes d’une combinaison de victimisation traumatique et de perturbation de l’attachement : le Developmental Trauma Disorder (DTD). Six domaines de dysrégulation du soi sont identifiés par le DTD : affectif, somatique, attentionnel/mnésique, comportemental, interpersonnel et de cohérence identitaire, et les preuves reliant les caractéristiques du DTD au trauma d’attachement sont résumées. Ce commentaire conclut que le trauma d’attachement, tel que formulé par Farina et Schimmenti, offre un cadre important pour permettre aux praticiens, théoriciens et chercheurs de développer des formulations cliniques et des approches de traitement qui reconnaissent explicitement et abordent directement les altérations trop souvent négligées des capacités d’autorégulation fondamentales résultant de la confrontation à la perturbation ou perte traumatique de la sécurité d’attachement.
Gomez, A. M., & Hosey, J. (2025). Attachment trauma and its legacies across development: A clinical commentary. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 400-402. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250509
Ana M. Gomez et Jillian Hosey offrent un examen critique et appréciatif de la contribution de Farina et Schimmenti à la compréhension du trauma d’attachement comme phénomène omniprésent et formateur sur le plan développemental. Elles discutent la proposition des auteurs d’un « cadre du trauma d’attachement » articulé à travers trois objectifs centraux, étendant la conceptualisation du trauma et du trauma d’attachement au-delà des modèles basés sur les événements à travers une exploration de facettes, contributions et précautions importantes.
Des considérations supplémentaires spécifiques à l’enfant concernant l’importance des conséquences psychologiques et neurobiologiques du trauma d’attachement dans la pratique clinique avec les enfants et les familles sont proposées. Ce travail appelle des systèmes de soins attentifs aux dimensions développementales et relationnelles qui abordent les écosystèmes intersubjectifs et systémiques plus larges dans lesquels les enfants se développent. Il conclut par un appel à de futures recherches pour approfondir les compréhensions intersectionnelles et culturellement sensibles du trauma d’attachement à travers diverses populations.
Lanius, R. A. (2025). Overcoming the brain-body disconnect following attachment trauma: A comment on Farina and Schimmenti. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 403-405. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250510
Ruth A. Lanius souligne que le modèle du trauma d’attachement de Farina et Schimmenti recadre l’adversité relationnelle précoce comme un processus transdiagnostique, enraciné développementalement, qui perturbe la régulation émotionnelle, la formation de l’identité et le fonctionnement relationnel. Plutôt que de voir le trauma comme un événement catastrophique unique, leur modèle met l’accent sur les perturbations relationnelles chroniques et inévitables — particulièrement dans la protection, l’accordage et la réparation — comme mécanismes pathogéniques centraux.
Pour renforcer ce cadre convaincant, l’auteure propose l’intégration de modèles de traitement somatosensoriel, qui offrent des mécanismes neurobiologiquement fondés expliquant comment le trauma d’attachement s’inscrit neurologiquement. La dysrégulation des systèmes vestibulaires et somatosensoriels, critiques pour l’orientation corporelle, l’intéroception, la régulation affective et la connexion sociale, peut sous-tendre la fragmentation et la dissociation centrales au trauma d’attachement. Un modèle neurobiologique hiérarchique est proposé, cartographiant les perturbations depuis les circuits sensoriels du tronc cérébral jusqu’aux systèmes limbiques et corticaux.
Une implication clé de ce modèle est la nécessité de prioriser la régulation physiologique avant d’initier des interventions cognitives ou relationnelles de niveau supérieur. Les approches ascendantes (bottom-up), incluant la psychothérapie sensorimotrice, le Somatic Experiencing et le Deep Brain Reorienting, ciblent le choc, la dysrégulation autonomique et la fragmentation sensorielle qui peuvent compromettre les thérapies verbales traditionnelles. En stabilisant le système nerveux et en restaurant l’intégration sensorimotrice, ces méthodes préparent les clients à un travail thérapeutique plus profond et soutiennent la réorganisation des patterns perturbés du soi et relationnels inhérents au trauma d’attachement.
Nijenhuis, E. R. S. (2025). Grasping and treating attachment trauma: A work in progress. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 412-416. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250512
Ellert R. S. Nijenhuis observe que Farina et Schimmenti détaillent et définissent les conséquences potentielles pour la santé lorsque des enfants rencontrent et ne peuvent échapper à des donneurs de soins primaires qui les négligent, les maltraitent et les abusent. Ils définissent le trauma d’attachement dans ce cadre et surmontent ainsi certaines limitations des formulations précédentes.
Inspiré par leur travail important, l’auteur s’efforce de faire quelques points. Étant des écosystèmes, nous devons désirer et nous efforcer d’obtenir l’utile, d’éviter et de nous débarrasser du nuisible, et de laisser tranquille ce qui est inutile. Une partie de la complexité de notre être et de notre devenir est que nous incluons de multiples désirs et efforts, et que ceux-ci peuvent être contradictoires. Par notre nature même, et particulièrement en tant qu’enfants, nous désirons et nous efforçons de nous attacher à nos donneurs de soins primaires, de nous défendre contre la menace, et de gagner du pouvoir pour agir. Que ressentir, penser et faire quand les donneurs de soins dont nous dépendons et dont nous devons apprendre sont en fait nuisibles ou inutiles pour nous, et que le reste de notre environnement ne se soucie pas ou n’intervient pas ?
Le trauma d’attachement est ainsi une blessure écologique qui évolue quand les pouvoirs nuisibles des donneurs de soins et d’autres dépassent de loin notre propre pouvoir d’agir. Étant des écosystèmes, la forme que prend la blessure dépend de cette causalité réciproque. Bien qu’il s’agisse d’une blessure, c’est aussi un effort créatif pour vivre et donner sens à une vie des plus difficiles.
Scalabrini, A., & Mucci, C. (2025). Attachment trauma and its psychopathological domains through the neuropsychodynamic model of self and trauma. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 406-411. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250511
Andrea Scalabrini et Clara Mucci affirment que le modèle du trauma d’attachement de Farina et Schimmenti offre un cadre robuste et transdiagnostique reliant le trauma relationnel précoce aux phénomènes psychopathologiques complexes. Ce commentaire développe leur conceptualisation clinique à travers un dialogue avec le modèle neuropsychodynamique du soi, tel que proposé par Scalabrini, et la théorie psychanalytique du trauma de Mucci, de la régulation affective et de la transmission intergénérationnelle.
Intégrant différentes perspectives de la psychopathologie développementale, des neurosciences affectives et de la psychanalyse relationnelle, les auteurs considèrent les implications thérapeutiques de la restauration de l’intégration du soi versus la désintégration traumatique, de la relationalité affective versus les réactions de détachement, et de la mentalisation versus la dysrégulation de l’activation et des impulsions à travers les systèmes cérébraux, corporels, mentaux et intergénérationnels.
Şar, V. (2025). From attachment trauma to traumatic attachment: Invisible injuries of early childhood and subtle relational codes of self-regulation. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 417-422. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250513
Vedat Şar, s’appuyant sur les contributions récentes de Farina et Schimmenti, avance un cadre plus nuancé pour leur concept de trauma d’attachement en se concentrant sur les mécanismes sous-jacents. La blessure du trauma d’attachement, souvent dissimulée au sein de systèmes familiaux apparemment ordinaires, peut ne laisser aucune trace mnésique explicite tout en se manifestant comme des patterns durables de dysrégulation. Au lieu de cela, elle devient apparente à travers ses conséquences cliniques telles que le TSPT complexe, les phénomènes borderline, les troubles dissociatifs et leurs diverses complications.
Au centre du cadre présenté se trouvent le concept d’encodage relationnel, dans lequel les signaux interpersonnels sont codés pour établir une dépendance interpersonnelle équilibrée, et la modération interne, définie comme la capacité de régulation flexible entre les extrêmes affectifs et relationnels, nécessaire pour surmonter les paradoxes liés au trauma. La vulnérabilité d’encodage due à un codage relationnel déficient ou excessif conduit à l’« attachement traumatique », qui est l’une des conséquences du trauma d’attachement.
En accord avec ces concepts, la Psychothérapie Implicite, comme technique de communication, fournit un cadre clinique pour engager en toute sécurité ces blessures pré-réflexives et non-dites à travers le rythme, la contenance symbolique et l’expérience relationnelle incarnée. La Thérapie Dynamique Dialectique (TDD), comme cadre conceptuel, facilite le rétablissement de la modération interne. L’article pointe vers des voies thérapeutiques transformatives fondées sur la réparation relationnelle incarnée, la confiance épistémique et l’engagement thérapeutique dynamique. Ultimement, l’article plaide pour un modèle post-linéaire du trauma, qui embrasse la complexité, la pensée dialectique et le potentiel réparateur des relations thérapeutiques, tout en insistant sur la nécessité de « déconditionner » le construit surchargé du trauma d’attachement.
Solomon, R. (2025). Attachment trauma: What has been missing in trauma treatment. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 423-425. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250514
Roger Solomon offre un commentaire sur l’article de Farina et Schimmenti en soulignant que le trauma d’attachement n’est souvent pas reconnu par les cliniciens. Par conséquent, la présentation d’une définition complète du trauma d’attachement, accompagnée d’une discussion des processus pathologiques et des composantes du traitement, est opportune.
Des exemples de cas impliquant l’attachement traumatique à un perpétrateur illustrent l’importance de reconnaître et de traiter le trauma d’attachement, qui crée une vulnérabilité face aux perpétrateurs qui exploitent le besoin de connexion. Cette contribution est particulièrement pertinente pour les cliniciens EMDR confrontés à ces dynamiques complexes dans leur pratique quotidienne.
Boldrini, M. P., & Tagliavini, G. (2025). Traumatic developments: Towards an increasingly integrated conceptualization. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 426-427. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250515
Maria Paola Boldrini et Giovanni Tagliavini estiment que la proposition de Farina et Schimmenti, qui dirige l’attention dans le champ du traitement du trauma complexe vers le rôle central du trauma d’attachement, est à la fois opportune et hautement précieuse. Leur contribution invite immédiatement à une réflexion plus profonde et suscite deux ensembles distincts de questions.
Le premier concerne les questions d’évaluation diagnostique : comment les cliniciens peuvent-ils identifier et différencier de manière fiable les caractéristiques spécifiques du trauma d’attachement au sein du spectre plus large des présentations de trauma complexe ? Le second concerne le développement futur de la pratique clinique et de la recherche, appelant à des efforts renouvelés visant à intégrer cette perspective prometteuse orientée vers le trauma d’attachement dans les domaines plus larges de la formulation et de la conceptualisation de cas. Une telle intégration pourrait affiner nos outils diagnostiques et élargir les cadres théoriques et pratiques à travers lesquels le trauma complexe est compris et traité.
Réponse aux commentaires : Schimmenti, A., & Farina, B. (2025). Continuing the conversation for a clinical conceptualization of attachment trauma. Clinical Neuropsychiatry, 22(5), 428-436. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20250516
Dans cet article de clôture, Adriano Schimmenti et Benedetto Farina répondent aux commentaires d’experts sur leur formulation originale du trauma d’attachement. En synthétisant les perspectives critiques des commentateurs, ils affinent les frontières conceptuelles du trauma d’attachement, élaborent les mécanismes du changement thérapeutique et discutent de la nécessité d’un modèle intégré qui couvre la phénoménologie, les dynamiques neuro-somatiques, l’émergence narrative, la motivation existentielle et la co-présence éthique dans les contextes cliniques.
Les auteurs examinent comment la rupture et la réparation se manifestent dans l’interaction clinique, le rôle de la co-régulation somatique dans le remodelage des attracteurs neuraux, l’émergence des récits des patients comme à la fois symptôme et remède, les motivations existentielles conduisant l’attachement et la défense, et l’impératif éthique de la présence clinique avec les individus exposés à la maltraitance infantile. Ils estiment que le développement de ce dialogue peut faire avancer une approche scientifiquement rigoureuse mais profondément humaine de l’évaluation et de l’intervention pour le trauma d’attachement.
Aller plus loin
Formation(s) : Attachement désorganisé, trauma complexe et dissociation



