
Briser le cycle : revue systématique des mécanismes neurobiologiques et des innovations psychothérapeutiques dans le traitement de la dépendance à la kétamine
Mis à jour le 24 janvier 2026
Cette revue systématique croise les données neurobiologiques récentes avec les avancées en psychothérapie – notamment l’EMDR – pour proposer des interventions alignées sur les phases de neuroplasticité.
Des pistes innovantes émergent autour des biomarqueurs (BDNF, VFC), au service de traitements plus personnalisés et efficaces.
Article publié en anglais – accès libre en ligne
Résumé
Cette revue systématique synthétise les données actuelles sur l’usage non prescrit de la kétamine, en mettant l’accent sur ses effets neurobiologiques et les interventions psychothérapeutiques. Les schémas d’abus démontrent l’interaction complexe entre les facteurs neurobiologiques, socio-économiques, démographiques et psychologiques chez les adolescents, les femmes et les polyconsommateurs identifiés comme groupes à haut risque. Les résultats neurobiologiques mettent en évidence une dysconnexion préfrontale-limbique, une neuroplasticité inadaptée ainsi qu’un dérèglement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) comme mécanismes centraux sous-jacents à cette addiction. Cette revue évalue l’efficacité comparative des psychothérapies tout en proposant un cadre innovant qui aligne le moment de l’intervention thérapeutique sur les phases de récupération neuroplastique. De nouvelles données identifient des biomarqueurs, tels que le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) et la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), comme des outils prometteurs pour orienter des interventions personnalisées et adaptées à chaque phase. Les lacunes de la recherche comprennent la représentation limitée des milieux défavorisés et l’insuffisance des données longitudinales sur l’intégration des biomarqueurs et le séquençage des thérapies. Les recommandations proposent un modèle complet fondé sur la neurobiologie qui intègre soigneusement les plateformes numériques, les stratégies adaptées à la culture et les biomarqueurs afin d’améliorer les résultats des traitements.
Introduction
L’abus de kétamine est un problème mondial croissant, dont la prévalence a augmenté de manière disproportionnée chez les adolescents et les populations urbaines au cours de la dernière décennie.Au centre de santé Delamere Health au Royaume-Uni, les cas d’abus de kétamine ont augmenté de 275 % au cours des six derniers mois, 87 % des personnes touchées étant âgées de 30 ans ou moins. Cette hausse reflète des tendances nationales et internationales plus larges, favorisées par l’accessibilité de la kétamine et son utilisation abusive comme automédication pour traiter les traumatismes et la détresse émotionnelle.Si la kétamine est reconnue pour ses applications thérapeutiques, telles que le soulagement rapide des symptômes dans le traitement de la dépression résistante (TRD) et ses puissants effets pharmacologiques, notamment l’antagonisme des récepteurs NMDA et la modulation glutamatergique, ces mêmes propriétés sont à l’origine de son potentiel addictif. Cette dualité souligne le besoin urgent d’interventions ciblées et fondées sur des preuves.
Sur le plan neurobiologique, l’abus de kétamine entraîne de profonds changements structurels et fonctionnels, principalement dans le cortex préfrontal (CPF) et le système limbique. Ces régions sont essentielles pour les fonctions exécutives et la régulation émotionnelle. L’usage chronique perturbe la connectivité préfrontale-limbique, induisant une neuroplasticité inadaptée et une dérégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA), ce qui perpétue les cycles de dépendance. Ces changements sont aggravés par des facteurs socio-économiques et culturels, l’Asie de l’Est enregistrant des taux de prévalence particulièrement élevés chez les adolescents et les citadins. Dans les contextes occidentaux, l’abus de kétamine est souvent associé à la polytoxicomanie et à des vulnérabilités psychologiques préexistantes, ce qui complique encore davantage les voies de rétablissement.
Le paysage thérapeutique de l’abus de kétamine est en pleine évolution, les interventions psychothérapeutiques jouant un rôle central dans le traitement des dimensions neurobiologiques et comportementales. La TCC, les interventions basées sur la pleine conscience (MBIs) et les modalités axées sur les traumatismes, telles que la thérapie par mouvements oculaires et la désensibilisation et le retraitement (EMDR), se sont avérées efficaces pour réduire les rechutes et favoriser la neuroplasticité adaptative. D’importantes lacunes thérapeutiques et de recherche persistent, notamment la sous-représentation des milieux défavorisés, l’intégration insuffisante des biomarqueurs dans les cadres thérapeutiques et le manque de données longitudinales sur les trajectoires de rétablissement.
Objectifs
Cette revue vise à synthétiser les données existantes sur les mécanismes neurobiologiques et psychologiques sous-jacents à l’abus de kétamine et à évaluer les interventions psychothérapeutiques qui s’attaquent à ces mécanismes. Les objectifs de cet article sont les suivants :
- Caractériser les schémas globaux et les données démographiques de l’abus de kétamine en mettant l’accent sur les influences socio-économiques et culturelles.
- Éclaircir les mécanismes neurobiologiques de la dépendance à la kétamine et du rétablissement.
- Évaluer l’efficacité comparative des modalités psychothérapeutiques.
- Découvrir les lacunes de la recherche en proposant un cadre fondé sur la neurobiologie, intégrant des biomarqueurs, des plateformes numériques et des approches adaptées à la culture afin d’optimiser les résultats des traitements.
Ce document a été élaboré dans l’espoir de contribuer à éclairer la pratique clinique, les politiques de santé publique et les orientations futures de la recherche, en comblant le fossé entre les connaissances neurobiologiques et les applications psychothérapeutiques.
Conclusion
La dépendance à la kétamine représente une convergence entre des troubles neurobiologiques et une inadaptation comportementale, avec comme principaux facteurs de dépendance une dysconnexion préfrontale-limbique, une neuroplasticité inadaptée et une dérégulation de l’axe HPA. Cette revue approfondit la compréhension en reliant ces mécanismes à des stratégies psychothérapeutiques spécifiques, par exemple la TCC qui améliore le contrôle exécutif et les approches basées sur la pleine conscience qui modulent les biomarqueurs du stress. L’intégration de biomarqueurs de la neuroplasticité, tels que le BDNF et les mesures de connectivité fonctionnelle, fournit en outre une base pour des interventions de précision. Les recherches futures devraient valider ces résultats auprès de populations diverses en explorant les applications évolutives des technologies émergentes, par exemple le neurofeedback et les dispositifs portables optimisant les résultats de rétablissement. En établissant un pont entre les neurosciences et la psychothérapie, cette revue offre un cadre unique pour traiter la dépendance à la kétamine grâce à des soins personnalisés et fondés sur la neurobiologie.
Cette revue identifie la déconnexion préfrontale-limbique, la neuroplasticité inadaptée et la dérégulation de l’axe HPA comme les principaux mécanismes neurobiologiques à l’origine de la dépendance à la kétamine. Ces connaissances mettent en évidence des points d’intervention critiques pour les modalités psychothérapeutiques. Celles-ci ont démontré leur efficacité dans le ciblage de déficits neurobiologiques spécifiques : la TCC améliore la connectivité préfrontale tandis que les MBI normalisent l’activité de l’axe HPA, réduisant ainsi les rechutes liées au stress. Les thérapies axées sur les traumatismes, telles que l’EMDR, traitent directement l’hyperactivité de l’amygdale et les déclencheurs liés aux traumatismes, offrant des solutions adaptées aux personnes souffrant de TSPT ou d’anxiété comorbides.
Malgré ces progrès, des lacunes persistent dans la recherche. L’évaluation à long terme des trajectoires de rétablissement et de l’évolutivité des traitements fondés sur des biomarqueurs est insuffisante. Les études futures devraient viser à valider ces approches au moyen de plans longitudinaux rigoureux, en élargissant leur applicabilité à diverses populations et en garantissant un accès équitable aux soins.
En savoir plus
Références de l’article Briser le cycle : revue systématique des mécanismes neurobiologiques et des innovations psychothérapeutiques dans le traitement de la dépendance à la kétamine :
- auteurs : Lomas, C. (2025).
- titre en anglais : Breaking the cycle: a systematic review of neurobiological mechanisms and psychotherapeutic innovations in ketamine addiction.
- publié dans : Journal of Addictive Diseases, 1-22.
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