Evaluer et prendre en charge le trouble dissociatif de l'identité

Evaluer et prendre en charge le trouble dissociatif de l’identité

Evaluer et prendre en charge le trouble dissociatif de l’identité, un livre, sous la direction d’Eric Binet, avec la contribution de : Laurence Carluer, Hélène Dellucci, Alexandra Deprez, Jan Gysi, Sandra. Mazaira, Dolorès Mosquera, Olivier Piedfort-Marin, Isabelle Saillot, Vedat Sar, Roger Solomon, Emmanuelle Vaux Lacroix, Eva Zimmermann., publié chez Dunod, en mars 2022           

Résumé 

La littérature sur le psychotraumatisme s’est développée de façon exponentielle ces dernières années sans qu’aucun livre de référence en langue française n’ait été consacré au trouble dissociatif de l’identité. Une lacune que cet ouvrage collectif s’est résolument employé à corriger.

L’Association francophone du trauma et de la dissociation (AFTD) a réuni dans ce livre un ensemble de cliniciens et de chercheurs internationaux, qui expliquent différents concepts, théories et approches thérapeutiques permettant de mieux comprendre le TDI. Illustré avec des exemples cliniques, ses différents chapitres ont pour objectif d’élargir les connaissances du lecteur et d’approfondir scientifiquement, cliniquement, leur compréhension de la dissociation et de ses manifestations les plus graves.

C’est l’ambition de cet ouvrage indispensable au public professionnel, novice ou expérimenté, soucieux de contribuer enfin à. Un ouvrage qui, espérons-le, nous fera rattraper un retard et lever les dernières résistances associées à la reconnaissance d’une psychopathologie connue depuis plus d’un siècle.

Sommaire 

Première partie – Généralités sur le TDI

  • Introduire le TDI…
  • Un point de vue historique sur le TDI 
  • Les troubles dissociatifs dans la CIM-11 : un changement de paradigme dans l’histoire de la psychiatrie
  • Neuro-imagerie du trouble dissociatif de l’identité

Deuxième partie – Prise en compte et évaluation du TDI

  • Évaluation et diagnostic du trouble dissociatif de l’identité : outils et méthodes
  • Épidémiologie du TDI
  • Les multiples facettes du TDI : tableaux cliniques et psychopathologie de fond
  • Comprendre l’émergence d’un TDI au regard du développement précoce confronté à l’adversité et au nouveau modèle théorique de l’attachement
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Troisième partie – Prises en charge du TDI

  • Spécificités de l’accompagnement thérapeutique des patients présentant une dissociation tertiaire
  • Trouble dissociatif de l’identité et psychoéducation
  • Utilisation de la thérapie EMDR avec le trouble dissociatif de l’identité
  • Psychotraumatologie et clinique transculturelle : conceptualisation d’un trouble dissociatif de l’identité à forme de possession

Préface 

LA CRÉATION de l’Association francophone du trauma et de la dissociation, en 2015, sera dans les années à venir considérée comme un moment important ayant massivement contribué au développement de la psychologie et de la psychothérapie en France et dans les pays francophones. J’ai eu la chance de participer à ce mouvement et j’ai fait partie du collectif de départ qui était alors convaincu de l’importance de promouvoir les problématiques relatives aux psychotraumatismes et aux troubles dissociatifs.

Aujourd’hui, l’AFTD joue un rôle majeur dans les milieux de la psychologie et cette association reste, à mes yeux, l’une des sociétés savantes les plus saines et les plus dynamiques qui soit. Elle fédère bon nombre de spécialistes qui mettent à la disposition des débutants ou des professionnels, qui connaissent parfois encore mal nos domaines d’investigation, un ensemble de connaissances susceptibles de les éclairer dans la prise en charge des patients dissociés.

On doit reconnaître à l’AFTD un véritable engagement, presque militant, qui consiste à penser que les théories de la dissociation sont porteuses d’une heuristique nouvelle, susceptible d’éclairer de façon plus efficace la compréhension des patients, qui dans leurs parcours de vie ont été confrontés à des situations traumatiques et qui souffrent d’un mal que la psychopathologie a souvent négligé, tant sur le plan théorique que sur le plan des réponses psychothérapeutiques. Il est encore des milieux qui associent la dissociation à la schizophrénie, comme si les connaissances dans ce domaine n’avaient ni bougé, ni évolué depuis un siècle. Au-delà de la diffusion des connaissances, l’AFTD a su se doter, en lien avec l’European Society for Trauma and Dissociation (ESTD), d’un support de diffusion des connaissances scientifiques : l’European Journal of Trauma & Dissociation (EJTD). C’est l’AFTD qui, ici encore, fut à la manœuvre alors même qu’on l’avait dissuadée de s’engager dans une telle voie car on pensait le projet irréaliste. En collaboration avec Elsevier, nous avons alors créé de toutes pièces une revue scientifique dont la finalité est de promouvoir la recherche fondamentale et clinique dans le champ du psychotraumatisme et de la dissociation. Depuis plusieurs années maintenant, la revue publie de façon trimestrielle de nombreux articles. Aujourd’hui indexée, elle est devenue incontournable dans le domaine pour tous ceux qui souhaitent publier leurs travaux de recherche fondamentaux ou cliniques. Oui, les cliniciens aussi sont invités à produire, élaborer, théoriser et problématiser leur pratique clinique. Cela n’est plus l’apanage des seuls chercheurs. La parole est aussi aux praticiens, qui ont peu à peu compris qu’ils étaient en mesure de faire évoluer la discipline et de proposer une pensée complexe qui soit en prise avec la pratique clinique dans le domaine de la psychopathologie et de la prise en charge psychothérapeutique. 

Le livre proposé ici par l’AFTD, qui traite du trouble dissociatif de l’identité (TDI), s’inscrit dans une telle dynamique. Il y a des livres qui passent et que l’on oublie et d’autres qui comptent, que l’on ne range jamais dans sa bibliothèque car ils nous servent. À n’en pas douter, celui-ci comptera ! Il propose pour la première fois un regard sur le TDI. Le TDI intrigue depuis toujours et bien qu’il soit reconnu par le DSM-5 et la CIM-11, beaucoup doutent encore de son existence. Cet ouvrage permet de clarifier les choses et d’apporter des éléments de compréhension sur un trouble trop souvent caricaturé. Le lecteur trouvera ici l’opportunité de mieux comprendre la complexité du TDI. Au fil des chapitres, on ne peut que prendre conscience qu’il s’agit d’une réalité clinique mal maîtrisée qui impacte bon nombre de patients qui sont souvent en errance thérapeutique avec leur souffrance ! Cet ouvrage initié par l’AFTD est donc une occasion unique de faire connaître la nature de ce trouble, sa complexité, son évaluation, tout en posant le cadre d’une réflexion sur sa prise en charge. Saluons la performance de l’AFTD et du Docteur Éric Binet, d’avoir réussi à réunir, dans un même ouvrage, les meilleurs spécialistes internationaux et francophones de la discipline.

Un livre donc, à mettre entre toutes les mains !

Professeur Cyril Tarquinio

Université de Lorraine

Editor-in-Chief of the European Journal of Trauma and Dissociation (Elsevier)

Introduire le TDI… 

Eric Binet, PhD

EN DÉPIT DES PREUVES ACCUMULÉES et de la validité des recherches les plus récentes en imagerie médicale confirmant l’objectivation de sa réalité clinique, le trouble dissociatif de l’identité (TDI) continue en France à être méconnu d’une majorité de professionnels de santé. Certains s’en servent comme d’une cible privi- légiée, considérant cette forme de fragmentation psychologique ni plus ni moins comme l’homoncule de Penfield, sorti tout droit d’une imagination débordante ou d’un scénario hollywoodien. D’autres préfèrent amener le TDI sur un terrain conflictuel et stérile qui oppose une démarche structurale franco-germanique  – courant psychanalytique – et une approche descriptive anglo-saxonne – courant cognitiviste et orienté vers le DSM – tout en oubliant qu’il existe une approche qui combine les deux, si on veut bien prendre en compte les travaux de P. Janet sur la dissociation ayant inspiré S. Freud. Heureusement qu’aucune molécule ne guérit à ce jour le TDI, sans quoi nous aurions également à prendre en compte une théorie du complot commercial. À partir de là, comment expliquer ces barrières continuant de reléguer le TDI et ses souffrances – parfois avec brutalité – hors du champ de la santé mentale ? Cette sous-évaluation serait-elle l’un des derniers héritages du cartésianisme et des tenants de l’unité de la conscience ? Ou serait-elle l’ultime témoignage d’une résistance au démembrement du temple de l’hystérie par ses derniers gardiens ? Temple aux multiples fondations remontant à l’Antiquité, maintes fois reconstruit et maintenant en ruine, mais toujours visité avec un engouement certain par ceux-là mêmes qui associent le TDI à la société du spectacle… Ce qui atteste sans doute d’une vraie difficulté à faire face à l’insupportable, à l’inimaginable associé aux multiples violences extrêmes sur les enfants et aux tout-petits. Face à cette réalité tardivement reconnue, les multiples figures du déni et de la dénégation existent hélas bel et bien (Binet et al., 2007) et peuvent aussi expliquer pourquoi le TDI reste encore impensable, ou de l’ordre de l’intolérable, pour une grande communauté de professionnels.

Cette entité nosographique est maintenant reconnue internationalement dans les manuels diagnostiques, pourtant il demeure de façon indéniable des désaccords sur sa pathogenèse. Divergences qui, soit dit en passant, ne se limitent pas au TDI (comme pour bien d’autres psychopathologies), même si le TDI peut se prévaloir d’être la fraction la plus résistante au consensus. Ces controverses fournissent finalement une nouvelle occasion de vérifier combien il est complexe de rendre compte d’un phénomène dissociatif en psychologie, psychiatrie ou philosophie. Car rarement une construction symptomatique a autant suscité de polémiques au cours de l’histoire moderne de la psychologie, et jamais une conception comme le TDI n’avait mis autant la dissociation en perspective dans la psychologie contemporaine. En réalité, peu nombreux sont ceux à ne pas reconnaître le TDI dans la définition qu’en donne Spiegel (et al., 2011) lorsqu’il parle d’une dissociation pathologique « vécue comme une perturbation involontaire de l’intégration normale de la conscience consciente et du contrôle des processus mentaux ». Cette discontinuité aboutissant à l’émergence de plu- sieurs états de personnalités distincts, d’identités dissociatives, rejoint bien les différents tableaux cliniques qui le composent. Pourtant, nous sommes bien forcés de constater que les cas de TDI passent généralement inaperçus quand on sait que l’âge moyen du diagnostic se situe entre 29 et 35 ans (Maldonado, 2007).

En ne cessant de se renouveler depuis le milieu du XIXe siècle, les débats d’aujourd’hui sur le TDI sont peut-être sur le point de nous faire sortir d’un climat de controverse idéologique où se conjuguent les lacunes des uns et des autres, les croyances de part et d’autre. En apparaissant pour la première fois dans la 4e édition révisée du DSM-IV, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder, de l’American Psychiatric Association en 1994, le trouble dissociatif de l’identité – auparavant désigné dans le DSM-III (1980) et III-R (1987) « trouble de personnalité multiple » – a enfin intégré les diagnostics psychiatriques au niveau international. Cette intégration a également été observée en 1993 dans la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, pour devenir beaucoup plus développée dans une section spécifique de la CIM-11 sur les troubles dissociatifs. Cette nouvelle dénomination et une évolution aussi  (…)

En savoir plus 

Le livre Evaluer et prendre en charge le trouble dissociatif de l’identité existe au format livre et ebook. Parution : mars 2022 – Collection :  Psychothérapies – Editeur : Dunod