L'utilisation de l'EMDR avec des personnes autistes

L’utilisation de l’EMDR avec des personnes autistes

Mis à jour le 19 décembre 2022

L’utilisation de l’EMDR avec des personnes autistes : Une enquête Delphi auprès de thérapeutes EMDR, un article de Fisher,  N., van Diest, C., Leoni, M., & Spain, D., publié dans Autism

Article publié en anglais – accès libre en ligne

Résumé

L’EMDR (Eye Movement Desensitisation and Reprocessing) est une thérapie psychologique qui peut aider les personnes à traiter les souvenirs et la détresse liés à des événements passés, afin qu’ils aient moins d’impact sur leur vie quotidienne. L’EMDR peut être efficace pour traiter les symptômes du trouble de stress post-traumatique, notamment les cauchemars et l’anxiété. Les thérapies psychologiques nécessitent généralement une adaptation afin d’être plus accessibles et efficaces pour les personnes autistes, mais peu de recherches ont porté sur la meilleure façon d’adapter l’EMDR. Dans cette enquête en ligne, nous avons interrogé 103 thérapeutes EMDR sur les obstacles auxquels ils pensent que les personnes autistes sont confrontées lorsqu’elles essaient de suivre une thérapie EMDR et sur les adaptations qu’ils utilisent dans leur pratique quotidienne. Quatre obstacles ont été mis en évidence : les caractéristiques liées au patient, les caractéristiques liées au thérapeute, les différences dans la relation thérapeutique et les questions plus générales. Les thérapeutes ont identifié une série d’adaptations qui peuvent potentiellement être utiles aux personnes autistes, comme la flexibilité, la communication claire et la prise en compte des différences individuelles.  De nombreux thérapeutes ont souligné l’importance de ne pas faire de suppositions sur une personne en fonction de son diagnostic d’autisme. Dans l’ensemble, les résultats de l’étude suggèrent que les adaptations de l’EMDR sont susceptibles d’être utiles, mais que leur pertinence dépend de chaque personne.

Introduction 

Le trouble du spectre autistique (ci-après, l’autisme) est un trouble du développement neurologique qui se manifeste pendant l’enfance. L’autisme se caractérise par (1) des différences (déficiences) dans la communication et l’interaction sociales et (2) l’engagement dans des modèles restreints ou répétitifs de comportement, d’intérêts ou d’activités (American Psychiatric Association (APA), 2013). La gravité et l’impact des traits fondamentaux de l’autisme varient selon les individus (APA, 2013). Certains individus présentent des traits marqués qui sont remarqués dès la petite enfance ; d’autres présentent des traits subtils qui ne sont diagnostiqués qu’à l’âge adulte. Les hommes sont diagnostiqués plus fréquemment que les femmes, avec un rapport de genre rapporté de 3:1 (Loomes et al., 2017).

Les personnes autistes présentent des taux disproportionnés de troubles mentaux, notamment de troubles anxieux et affectifs, de troubles de l’alimentation, de psychoses et de troubles de stress post-traumatique (TSPT) (pour une analyse, voir Hossain et al., 2020). La complexité de l’évaluation de la santé mentale, due par exemple à l’inaccessibilité des services, à la mauvaise compréhension de l’autisme par les cliniciens et à l’occultation des diagnostics, signifie que les comorbidités sont souvent non détectées ou mal diagnostiquées. La comorbidité de la santé mentale peut avoir un impact négatif sur le fonctionnement quotidien, l’atteinte de l’indépendance et la qualité de vie. Le développement d’interventions accessibles, acceptables et efficaces pour cibler les comorbidités est donc une priorité.

L’autisme et le TSPT

La compréhension des traumatismes et du TSPT vécus par les personnes autistes suscite un intérêt croissant (Peterson et al., 2019 ; Rumball, 2019 ; Stack & Lucyshyn, 2019). Le TSPT peut survenir à la suite de l’expérience directe ou par procuration, du témoignage ou de l’apprentissage d’événements traumatiques uniques ou multiples, qui impliquent  » la mort réelle ou menacée, des blessures graves ou des violences sexuelles  » (APA, 2013). Les symptômes du TSPT comprennent (1) la réexpérience des événements traumatiques (par exemple, par des souvenirs intrusifs, des flashbacks, des cauchemars) ; (2) l’évitement ou la suppression des souvenirs et des indices liés au traumatisme ; (3) des changements négatifs de l’humeur (par exemple, des sentiments d’horreur, de colère, de culpabilité) et de la cognition (par exemple, des croyances négatives à propos de soi ou des autres), difficultés à se remémorer des aspects des événements traumatiques et sentiments de détachement ; (4) hyperexcitation (par exemple, hypervigilance, réaction de sursaut exagérée, mauvais sommeil) ; et (5) détresse et déficience fonctionnelle importantes (APA, 2013).

La prévalence du TSPT dans les échantillons cliniques de personnes autistes est estimée entre 2 % et 17 %, contre 3 % chez les personnes neurotypiques (Rumball, 2019). Cependant, les cliniciens ne dépistent et ne traitent pas toujours les symptômes liés aux traumatismes chez les personnes autistes (Kerns et al., 2020), ce qui peut donc constituer une sous-estimation. Plusieurs facteurs de risqueaugmentent la vulnérabilité au développement du TSPT chez les personnes autistes (Peterson et al., 2019). Il s’agit notamment d’une exposition accrue à des événements traumatiques (par exemple, la victimisation, la maltraitance, l’intimidation), et de l’expérience régulière d’événements qui constituent des  » petits traumatismes  » (c’est-à-dire des événements qui sont traumatisants pour l’individu, mais qui ne répondent pas aux définitions diagnostiques strictes d’un événement traumatique ; Shapiro, 2018). Il est également possible que, pour certaines personnes autistes, il existe une atypicité (ou potentiellement, une spécificité de l’autisme) en termes d’événements interprétés comme traumatiques (Kerns et al., 2015 ; Rumball et al., 2020), par exemple, en ce qui concerne les changements de routine, le non-respect des règles des autres, les difficultés à donner un sens aux événements et les difficultés de traitement sensoriel.

Thérapies psychologiques fondées sur des données probantes pour le TSPT

Les thérapies psychologiques sont le traitement de choix du TSPT chez les personnes neurotypiques, avec un fort soutien empirique pour la désensibilisation et le retraitement par les mouvements oculaires (EMDR ; Lewis et al., 2020 ; National Institute for Health and Care Excellence (NICE), 2018).

L’EMDR a été développée par Francine Shapiro dans les années 1980 comme thérapie pour le TSPT (Shapiro, 1989). Shapiro propose que tous les êtres humains ont la capacité de guérir naturellement, physiquement et psychologiquement, conceptualisée comme un modèle de traitement adaptatif de l’information (TAI). Cependant, si des événements indésirables surviennent et que les individus ne peuvent pas guérir naturellement, l’EMDR peut faciliter le processus. La base théorique de l’EMDR est que les expériences négatives sont stockées sans être traitées dans le cerveau sous une forme sensorielle (avec des images, des pensées, des sensations physiques et/ou des émotions). Comme dans le modèle de représentation double de Brewin (mémoire somatique et narrative) (Brewin et al., 1996), cela affecte l’individu au jour le jour (physiquement, émotionnellement et comportementalement). L’EMDR nécessite l’association d’un souvenir émotionnellement activé avec une stimulation bilatérale alternaternée (SBA ; par exemple, mouvements oculaires, tapotements, sons auditifs). Cela facilite la connexion à le TAI et permet de traiter le souvenir, soulageant ainsi son influence et son impact sur la vie et le fonctionnement quotidiens (Shapiro, 1989).

L’EMDR est un traitement en huit phases : La phase 1 consiste à recueillir l’histoire du patient ; la phase 2 prépare à la régulation émotionnelle pendant le traitement ; les phases 3 à 7 se concentrent sur le traitement actif des souvenirs, la désensibilisation de la détresse et la reconsolidation des souvenirs ; et la phase 8 consiste à réévaluer les souvenirs traités, la présentation ou les symptômes du patient et la réalisation des objectifs thérapeutiques. Le nombre optimal de séances d’EMDR varie. Certaines personnes bénéficient de trois séances pour traiter un seul événement traumatique, tandis que d’autres en ont besoin de beaucoup plus. Il existe également de plus en plus de preuves que l’EMDR peut être efficace pour des troubles autres que le TSPT, notamment les troubles de l’humeur, l’abus de substances, le trouble panique et les symptômes inexpliqués (pour une revue, voir Sepehry et al., 2021 ; Valiente-Gómez et al., 2017 ; van Rood & de Roos, 2009).

L’EMDR pour les personnes autistes

L’EMDR peut être particulièrement adaptée aux personnes autistes pour plusieurs raisons (Fisher & van Diest, 2022). L’EMDR est dirigée par le patient et s’adapte bien aux différents niveaux de capacités cognitives. Les souvenirs n’ont pas besoin d’être mis en mots, ce qui la rend pertinente pour les personnes dont le langage verbal est moins bien développé ou qui ont du mal à interpréter leurs expériences ou leurs mondes internes. Utilisée par des thérapeutes expérimentés, l’EMDR peut être très souple et s’adapter aux différences individuelles. L’EMDR peut être facilitée par la visualisation, l’expérience émotionnelle, les sensations somatiques ou la pensée. L’EMDR peut également être utilisée pour traiter les situations bouleversantes du présent ou celles anticipées dans le futur qui sont associées à la détresse, la colère, la confusion ou la peur. Cela la rend accessible aux personnes qui peuvent ne pas faire facilement le lien entre les expériences passées et la détresse actuelle (Shapiro, 2018).

À notre connaissance, seules cinq études ont examiné la faisabilité et/ou l’efficacité de l’EMDR pour les personnes autistes : une étude de cas d’une femme de 21 ans diagnostiquée avec le syndrome d’Asperger, recevant de l’EMDR pour des symptômes de TSPT (Kosatka & Ona, 2014), trois séries de cas décrivant l’EMDR pour des symptômes de TSPT chez jusqu’à six personnes ayant une déficience intellectuelle, dont au moins une avait un diagnostic d’autisme concomitant (Barol & Seubert, 2010 ; Mevissen et al, 2011, 2012), et un essai contrôlé randomisé (ECR) d’EMDR pour 21 adultes autistes diagnostiqués sans déficience intellectuelle concomitante, présentant des symptômes de TSPT cliniquement significatifs ou un diagnostic de TSPT (Lobregt-van et al., 2019).

Les études présentent certains points communs. À l’exception d’une étude qui proposait trois séances par semaine pendant les huit premières semaines (Kosatka & Ona, 2014), les cliniciens ont délivré le protocole en huit phases de Shapiro ou sa variante néerlandaise très similaire, généralement chaque semaine, pendant un maximum de 17 séances. Des adaptations ont été incorporées à l’EMDR afin de la rendre plus adaptée aux préférences et aux besoins des personnes autistes et/ou présentant une déficience intellectuelle. Il s’agit notamment (1) de consacrer plus de temps à l’établissement d’une relation, à la collecte des antécédents et à la phase préparatoire de stabilisation ; (2) d’opter pour des SBA autres que les mouvements oculaires (par exemple, des buzzers manuels, des casques, des haut-parleurs audio) ; (3) d’utiliser la méthode du récit ; (4) d’utiliser un protocole de traitement pour les enfants plutôt que pour les adultes ; (5) de réduire l’importance accordée à l’identification des cognitions négatives et positives ; (6) que les thérapeutes soient plus directifs pendant le traitement ; (7) de noter les informations ; (8) de proposer des options plutôt que des questions ouvertes (par exemple, suggérer des mots pour décrire les émotions et les sentiments pour les personnes ayant une compétence émotionnelle réduite) ; (9) modifier la durée de la séance ; et (10) la présence d’une autre personne lors des séances (par exemple, un parent). Dans l’ensemble des études, les symptômes du TSPT ont été signalés comme s’étant améliorés après l’intervention, ce qui a été mis en évidence par un changement dans les évaluations des unités subjectives de détresse (SUDS) ou de la validité de la cognition (VoC), ou dans les mesures standardisées d’auto-évaluation.

Justification et objectifs de l’étude

En résumé, les résultats empiriques et cliniques indiquent que les personnes autistes souffrent de TSPT, potentiellement à des taux plus élevés que les personnes neurotypiques. Comme pour les interventions visant d’autres comorbidités de santé mentale, très peu d’études ont porté sur la faisabilité, l’acceptabilité et/ou l’efficacité des thérapies psychologiques pour traiter le TSPT chez les personnes autistes (Rumball, 2019). L’EMDR peut être une option de traitement particulièrement adaptée pour les raisons exposées ci-dessus, sous réserve d’adaptations appropriées pour tenir compte des préférences et des besoins des personnes autistes. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de recherche systématique sur ce que ces adaptations devraient comprendre, et pourquoi. Bien que des recherches antérieures, mais limitées, aient étudié les adaptations d’autres thérapies psychologiques pour ce groupe de patients (par exemple la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ; Kerns et al., 2016 ; Spain & Happé, 2020), l’extrapolation directe des résultats peut poser des problèmes, étant donné certains des aspects distincts de l’EMDR en tant qu’approche.

Cette étude visait à développer un consensus des thérapeutes sur (1) les adaptations de l’EMDR qui sont importantes lorsqu’on travaille avec des personnes autistes, afin que cette approche soit plus accessible, acceptable et efficace et (2) les considérations relatives à l’autisme pour la supervision clinique de l’EMDR. (…)

Résumé des résultats  

Dans l’ensemble, 21 énoncés relatifs aux adaptations ont été évalués comme étant souvent ou toujours incorporés dans la thérapie EMDR avec des personnes autistes, et 6 adaptations ont été jugées importantes ou essentielles pour la supervision clinique EMDR. 57 autres énoncés ont été jugés comme étant parfois incorporés dans la thérapie EMDR et 3 énoncés relatifs à la supervision clinique ont été jugés utiles (voir les tableaux d’information supplémentaires 1 et 2). Trente-sept énoncés n’ont pas obtenu un consensus supérieur à 69% (voir le tableau 3 des informations supplémentaires). Aucun énoncé n’a reçu la mention « à ne pas faire ».

Discussion  

Les recherches émergentes suggèrent que l’EMDR peut être bénéfique pour les personnes autistes, et de nombreuses preuves anecdotiques indiquent que cette méthode est utilisée en clinique, souvent sans grande orientation. Les thérapeutes EMDR décrivent leur propre cheminement, en l’absence de ressources et de formations spécifiques à l’autisme. Cette étude s’est concentrée sur le point de vue des thérapeutes concernant les obstacles à l’EMDR pour les personnes autistes, le développement d’un consensus sur les adaptations importantes pour l’EMDR lorsqu’elle est utilisée avec des personnes autistes et les considérations relatives à l’autisme pour la supervision clinique de l’EMDR.

Les participants ont identifié quatre obstacles principaux qui peuvent entraver l’accès à l’EMDR ou son efficacité pour les personnes autistes, y compris ceux qui sont liés au patient et au thérapeute, ainsi que les différences dans la relation thérapeutique et les problèmes systémiques. À notre connaissance, aucune autre étude n’a examiné spécifiquement les obstacles à l’EMDR pour ce groupe de patients. Cependant, dans une revue systématique récente, Adams et Young (2021) ont synthétisé les données de 12 études examinant les obstacles et les facilitateurs de la thérapie psychologique (principalement la TCC) pour les personnes autistes. Il est important de noter que les études examinées incorporaient des données obtenues de plusieurs parties prenantes, y compris des personnes autistes et des familles. Il existe un certain chevauchement entre les résultats de la revue et les obstacles constatés dans cette étude, tels que la connaissance limitée des thérapeutes sur la façon d’adapter les interventions et les difficultés de communication des patients.

Des obstacles plus larges ont également été mis en évidence dans l’étude, notamment ceux liés aux services (par exemple, le manque de services, les longs délais d’attente) et les problèmes liés aux services/thérapeutes qui ne reconnaissent pas la gravité des symptômes chez les personnes autistes, et donc la nécessité d’une intervention formelle (Adams & Young, 2021). Ces derniers points peuvent être particulièrement importants dans le contexte de l’EMDR, car les données suggèrent que les professionnels de la santé n’interrogent pas systématiquement les autistes sur les symptômes liés aux traumatismes (Kerns et al., 2020), et la nature des événements considérés comme traumatiques peut être idiosyncratique (Peterson et al., 2019). En pratique, cela signifie que certaines personnes autistes peuvent ne pas se voir proposer l’EMDR même si celle-ci est potentiellement indiquée comme option de traitement. Idéalement, les patients devraient avoir la possibilité de discuter en toute connaissance de cause avec les thérapeutes de l’approche thérapeutique qui pourrait leur convenir (Stark et al., 2020), de la raison pour laquelle (par exemple, en fonction des problèmes présentés, des objectifs de l’intervention, des données probantes) et de la manière d’évaluer si c’est le cas. Dans l’ensemble, il y a un élan pour mieux comprendre l’éventail des obstacles qui pourraient affecter l’accès et l’efficacité de l’EMDR pour les personnes autistes du point de vue de toutes les parties prenantes, afin que le parcours de soins puisse être mieux adapté et que les personnes autistes se voient proposer un éventail de thérapies fondées sur des preuves pour traiter les symptômes de santé mentale (Harper et al., 2019).

Les résultats de l’étude montrent que peu de choses peuvent être considérées comme acquises lorsqu’on travaille avec des personnes autistes. Nous savons qu’il existe une hétérogénéité substantielle au sein de ce groupe de patients (Jeste & Geschwind, 2014), et cela se reflète dans nos données. Comme l’a dit l’un des participants,  » pas de généralisation abusive ici « . Les participants ont souligné l’importance d’aborder chaque patient en tant qu’individu.

Le traitement EMDR suit un « protocole standard » scénarisé. Ce protocole standard est appliqué à un large éventail de problèmes psychologiques. De légères variations existent pour des situations particulières, comme la douleur ou les phobies. Les thérapeutes demandent parfois un « protocole pour l’autisme », qui définit exactement ce qu’il faut dire à ce groupe de patients. Nous n’avons pu trouver aucun protocole formel pour l’autisme, bien que nous ayons trouvé deux documents non publiés (Lievegoed et al., 2013 ; Paulson, 2003/communication personnelle), qui présentent des lignes directrices et des adaptations pour travailler avec des personnes autistes.

Les résultats de cette étude suggèrent que le développement d’une boîte à outils ou d’un cadre conceptuel pour travailler avec les personnes autistes pourrait être utile, en mettant l’accent sur la flexibilité et l’adaptation à chaque patient. Encourager les thérapeutes à répondre de cette manière, plutôt qu’en fonction de leur diagnostic, peut être particulièrement important pour ce groupe de patients, car il est prouvé que les préjugés des professionnels sur l’autisme et les personnes autistes peuvent avoir un impact négatif sur la prestation de services (Como et al., 2020 ; Fenouil & Johnson, 2021).

Dans l’ensemble, nous avons constaté que les adaptations utilisées par le plus grand nombre de thérapeutes (c’est-à-dire celles qui ont obtenu un consensus de plus de 80%) étaient des points thérapeutiques généraux, plutôt que spécifiques à l’EMDR. Ces adaptations de base reposaient sur trois principes : la flexibilité, une communication claire et une prise en compte des différences individuelles. Des recherches antérieures sur les enquêtes Delphi ont rapporté des conclusions similaires, selon lesquelles il y avait un plus grand consensus entre les thérapeutes spécialisés dans l’autisme sur les adaptations générales de la structure et du processus de la TCC pour les personnes autistes, plutôt que sur des interventions TCC très spécifiques (Spain & Happé, 2020).

Une question intéressante est apparue dans cette étude concernant la nature du consensus. Il a été demandé aux thérapeutes EMDR d’évaluer la fréquence à laquelle ils pourraient employer des adaptations avec des personnes autistes, en utilisant une échelle de type Likert. La note moyenne de « 3 » était définie comme « Je le fais parfois, en fonction du patient ». Dans une enquête Delphi classique, seule une forte approbation d’un élément est utilisée pour l’évaluation consensuelle (par exemple, Langlands et al., 2008). Pour cette étude, cela signifierait que seules les notes de  » 1  » et  » 2  » seraient incluses (indiquant que le thérapeute fait toujours ou souvent cela). Cependant, étant donné la nature hétérogène du groupe de patients, il a été estimé que des éléments importants pourraient être exclus en se concentrant uniquement sur ces notes. Par exemple, une adaptation pourrait être très importante à considérer pour les thérapeutes, mais seulement lorsqu’ils travaillent avec des personnes qui ont du mal à verbaliser leurs sentiments, ou avec des personnes ayant un handicap intellectuel. De même, certains thérapeutes peuvent travailler principalement avec des personnes autistes qui sont capables d’accéder au protocole EMDR standard avec peu d’adaptations, et cela pourrait éclipser les réponses de ceux qui travaillent avec des personnes nécessitant plus d’adaptations. Nous avons donc également calculé les notes consensuelles les moins conservatrices, y compris « 3 » (voir les tableaux 1 et 2 de l’information supplémentaire). Pour approfondir cette question, nous avons demandé aux participants pourquoi ils avaient évalué les déclarations de cette façon (tableau 5), et ils ont décrit des raisons telles que la flexibilité, l’adoption d’une approche centrée sur le patient, la conceptualisation de cas individualisés et l’utilisation d’une adaptation parfois, mais pas à chaque séance.

Cette approche moins conversationnelle a généré un ensemble de données très différent. Ici, nous avons trouvé des suggestions d’adaptations plus spécifiques à l’EMDR. Les participants ont suggéré des moyens de rendre les phases du protocole EMDR plus accessibles, tout en préservant l’objectif principal de chaque phase. Les adaptations de la  phase 1 incluent la nécessité de construire l’information au fil du temps avec le soutien de l’entourage de la personne, de recueillir des informations avec des aides visuelles si possible et de se concentrer sur les points forts de la personne. La phase de préparation (phase 2) comprenait des suggestions sur la présentation visuelle des informations (par exemple, des images, des diagrammes, des accessoires) et l’intégration d’intérêts particuliers lors de la recherche de ressources (par exemple, des figures de super héros, des personnages de l’histoire). Dans la phase 3, les participants ont approuvé l’utilisation d’aides visuelles et la flexibilité dans la manière d’aborder la cognition positive et négative, ainsi que l’identification des cibles. Au cours de la phase

4, les adaptations ont consisté à être à la fois plus directif et contrôlé (par exemple, avec des tissages plus directifs et des séries de SBA plus courtes), et aussi à être plus orienté vers le patient (par exemple, en permettant aux patients de contrôler la longueur des séries de SBA). Encore une fois, ces différences reflètent potentiellement la nature très variée de ce groupe de patients. Les adaptations incorporées dans les trois dernières phases (installation, clôture et réévaluation) étaient surtout de nature générale, comme le fait de prendre plus de temps pour clôturer les séances et de faire plus de travail cognitif si nécessaire. De nombreux participants ont recommandé de terminer par une activité relaxante et positive et de se concentrer sur la qualité de vie entre les sessions.

Il est possible que certaines adaptations soient liées à des tentatives de limiter la surcharge émotionnelle et sensorielle (par exemple en titrant l’exposition aux souvenirs émotionnels), ce qui correspond aux recherches sur les difficultés de traitement de l’information et de traitement sensoriel rencontrées par certaines personnes autistes (Hazen et al., 2014 ; Mazefsky, 2015). La recommandation d’un temps supplémentaire pour la clôture et la fourniture d’informations concrètes concernant les attentes vont dans ce sens. Les difficultés de généralisation ont également été mises en avant comme une différence possible entre l’utilisation de l’EMDR avec des personnes autistes par rapport à une population non autiste. Dans l’ensemble, les adaptations identifiées ici sont conformes, mais plus complètes, que celles rapportées dans les quelques études d’intervention EMDR pour les personnes autistes (par exemple Barol & Seubert, 2010 ; Kosatka & Ona, 2014 ; Lobregt-van et al., 2019 ; Mevissen et al., 2011, 2012).

La dernière catégorie d’adaptations comprenait celles que moins de 80 % des participants ont déclaré utiliser parfois, souvent ou toujours, comme l’utilisation de techniques d’appoint et de stratégies plus simplifiées (par exemple, un protocole enfant avec des adultes). Compte tenu de l’hétérogénéité de ce groupe de patients, ces adaptations peuvent encore être importantes pour certains. De plus, dans certains cas, un faible consensus peut refléter le fait que tous les participants n’ont pas suivi la formation supplémentaire requise pour utiliser ces approches (par exemple, contraints par les modèles de service), plutôt que de refléter l’utilité ou la pertinence de la technique elle-même.

Enfin, il y avait un haut degré de consensus sur les considérations relatives à la supervision clinique, par exemple, que les superviseurs doivent connaître l’autisme et les conditions (neurodéveloppementales) associées, et que le contexte de supervision doit permettre d’apprécier la pertinence de l’autisme dans la conceptualisation du cas et la relation thérapeutique. Ces résultats soutiennent l’idée qu’une meilleure compréhension de l’autisme peut avoir un impact sur les capacités et la confiance des thérapeutes à travailler avec ce groupe de patients (pour une revue, voir Corden et al., 2021 ; voir aussi, Lipinski et al., sous presse ; Maddox et al., 2019), soulignant le besoin potentiel pour les professionnels de la santé de se voir offrir une formation sur l’autisme dans le cadre de leur formation de base. Au Royaume-Uni, par exemple, la formation obligatoire d’Oliver McGowan à trois niveaux sur les troubles de l’apprentissage et l’autisme doit être déployée pour tous les travailleurs du secteur public et vise à doter les professionnels d’une connaissance et d’une compréhension suffisantes de l’autisme afin qu’ils puissent adapter le style et les interventions en fonction des besoins. Très peu d’études ont examiné l’impact de la formation pour les thérapeutes, mais il existe des preuves provisoires à l’appui (Corden et al., 2021).

En savoir plus 

Références de l’article L’utilisation de l’EMDR avec des personnes autistes : Une enquête Delphi auprès de thérapeutes EMDR :

  • auteurs : Fisher,  N., van Diest, C., Leoni, M., & Spain, D.
  • titre en anglais : Using EMDR with  autistic individuals: A Delphi survey with EMDR therapists
  • publié dans : Autism, 0, 1509-1521
  • doi : https://doi.org/10.1177/13623613221080254
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