témoignage de Sophie, blessée au Bataclan

Le témoignage de Sophie, blessée au Bataclan a été publiée dans un article de Cécile Deffontaines dans le Parisien.


Sophie, 32 ans, a reçu une balle dans la hanche au Bataclan. Nous l’avions rencontrée en décembre puis en janvier, pour un portrait. Elle nous raconte son année.

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Réparer les vivants

Petit soldat de sa reconstruction, Sophie se bat vaillamment pour “reprendre le contrôle de [s]a vie”. Surtout, ne pas laisser ces criminels déterminer son existence. Elle s’y applique avec volonté. Son corps se répare peu à peu. En février, elle a pu dire au revoir à l’infirmière qui pansait ses plaies. En avril, elle a lâché sa béquille. La centaine de séances de kiné a payé : elle ne boîte plus que lorsqu’elle est fatiguée. “Mais je ne peux pas courir”, lâche-t-elle.

La tête met plus de temps à guérir. La jeune femme confie sans fard ses tourments intimes. Les cauchemars, le sommeil en dents de scie.

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Les images de la mort

Sophie n’est plus la poupée en kit que nous avions rencontrée l’année dernière. C’est elle qui construit, meublant leur tout nouveau chez eux, où le chat prend ses marques. La thérapie par EMDR a marché. De mars à juillet, Sophie a fait ces exercices oculaires destinés aux victimes de chocs post-traumatiques. Grâce à eux, les images de mort du 13-Novembre ont cessé de surgir en flashes incontrôlables. Elles ont été enfouies dans les limbes de son cerveau apaisé. “Maintenant, je ne m’en souviens que si je veux y penser. C’est un sacré soulagement. C’est l’EMDR qui m’a permis de sortir du Bataclan.”

Elle s’est pris l’attentat de Bruxelles, le 22 mars, comme un affreux boomerang. “Je me suis enfermée chez moi dans le noir, à pleurer. Le souvenir de novembre était encore trop frais.” Le 13 juillet, elle avait décidé de regarder le feu d’artifice à distance, de la terrasse d’une copine, à Saint-Denis.

“Avant, j’adorais les feux d’artifice. Mais là, ça a été compliqué : le son ressemblait à des coups de feu, alors j’avais l’impression d’entendre des cris à côté de moi, comme le 13 novembre.”

Le 14, un pressentiment l’assaillait. Cette nouvelle épreuve, elle l’a encaissée. “Le 15, j’ai pris sur moi pour aller travailler. Une résilience s’installe.” Sophie lutte aussi contre l’ambivalence de ses sentiments. “Quand je pense à ‘l’autre’ [Salah Abdeslam, NDLR], je sais qu’il faut le traiter humainement, mais j’ai aussi tellement envie de lui péter les dents… Parfois, je cède à la colère.”

Lire le témoignage de Sophie, blessée au Bataclan sur le site du parisien

 

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