
Une journaliste de la BBC témoigne : L’EMDR après le trauma de la violence en Afghanistan
Mis à jour le 6 février 2026
De l’agression au couteau à la reconstruction : le parcours de résilience de Joya
Ce témoignage illustre comment l’EMDR peut aider à surmonter des traumatismes extrêmes et permettre non seulement la survie, mais aussi la reconstruction d’une vie avec un nouveau sens et un engagement renouvelé.
Article publié en anglais – accès libre en ligne
Le contexte : défendre les droits des femmes en Afghanistan
« Le jour où j’ai été poignardée allait toujours être un souvenir sombre – mais une raison l’a rendu encore pire », commence Joya, ancienne journaliste de la BBC en Afghanistan, dans son témoignage publié dans Metro.
En 2015, alors qu’elle vivait à Kaboul, Joya a été témoin du meurtre brutal de Farkhunda Malikzada, lapidée et brûlée vive par une foule après avoir été faussement accusée d’avoir brûlé le Coran. Elle n’avait que 27 ans.
« Tant que je vivrai, je devrai gérer le traumatisme de ce dont j’ai été témoin cet après-midi-là. Je n’aurais jamais pensé que je serais moi-même attaquée un an plus tard », confie-t-elle.
Une cible pour son engagement journalistique
En tant que journaliste à la BBC Afghanistan, Joya s’était donné pour mission de couvrir chaque développement de l’affaire Farkhunda. « Cela m’a involontairement fait devenir une cible », explique-t-elle.
Son refus de porter le hijab pendant ses reportages n’a fait qu’aggraver sa situation : « J’avais même été suivie jusque chez moi et menacée pour me forcer à quitter mon travail. »
L’agression
Un an après la mort de Farkhunda, frustrée par un système judiciaire qui venait de libérer certains des meurtriers en attente d’appel, Joya a assisté à une réunion de femmes souhaitant manifester en sa mémoire.
« Après cette réunion, j’étais perdue dans mes pensées et je n’ai pas réalisé qu’un homme s’était approché de moi. Son visage était plein de colère et de haine, alors qu’il me criait dessus. La chose suivante que j’ai sue, j’ai senti quelque chose de tranchant dans mon dos – j’avais été poignardée. »
Les conséquences immédiates
« Je me souviens juste de m’être accrochée à lui pour le maintenir en place, pour qu’il ne puisse pas s’échapper », raconte-t-elle.
À l’hôpital, malgré la douleur, ses pensées n’étaient pas pour elle-même : « Je ne pensais pas à moi – seulement à ma famille, et si je pourrais garder mon travail. C’était un sentiment d’impuissance et de solitude. »
L’exil forcé et le TSPT
Après avoir été soignée, Joya est partie en Inde pour se faire soigner, ne pouvant rester en Afghanistan pour sa sécurité. Son agresseur a été libéré, Joya étant trop effrayée pour l’affronter au tribunal : « Je sentais que le système judiciaire allait seulement me blâmer pour ne pas porter de hijab ou prendre son parti d’une manière ou d’une autre. »
En 2016, la BBC l’a informée qu’ils ne pourraient plus la protéger si elle retournait à Kaboul. Soutenue par la BBC, elle a demandé l’asile au Royaume-Uni, qui lui a été accordé.
« Même en m’installant au Royaume-Uni, je suis devenue trop effrayée pour quitter ma maison seule », témoigne-t-elle sur l’impact du trouble de stress post-traumatique sur sa vie quotidienne.
L’EMDR : un tournant dans la guérison
« À cette époque, j’ai suivi une thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), qui aide à traiter les souvenirs et émotions traumatiques. Cela m’a aidée à surmonter ce qui me hantait. »
Cette thérapie a marqué un tournant dans son processus de guérison, lui permettant de retrouver progressivement une vie normale.
Une nouvelle vocation
Le plus difficile à gérer était la culpabilisation des victimes : « Beaucoup de personnes à qui je parlais – même au Royaume-Uni – supposaient que j’étais (ou même Farkhunda) responsable de ce qui s’était passé. »
« J’étais fatiguée de raconter l’histoire de la guerre et de la mort – je voulais aider les gens », explique-t-elle. Elle a donc démissionné de son poste de journaliste pour se reconvertir comme infirmière.
« Aujourd’hui, quand je travaille avec des patients comme infirmière, j’ai l’impression de soigner mes propres blessures ainsi que les leurs. Mais en même temps, j’essaie d’aider à guérir les blessures de mon pays. »
Un engagement qui perdure
Malgré sa nouvelle vie, Joya n’oublie pas les femmes d’Afghanistan : « Pendant que je travaille au Royaume-Uni, je sensibilise sur la difficulté de la situation des femmes en Afghanistan. Elle était terrible quand j’ai été attaquée, mais la situation est encore pire sous le Taliban revitalisé. »
« Quand je me rappelle les souvenirs de mon agression au couteau, c’est comme un film d’horreur pour moi. Je ne peux pas croire que je l’ai vécu et survécu. »
Elle conclut avec détermination : « Je ne m’en remettrai jamais complètement, mais alors que je reconstruis ma vie avec une nouvelle vocation, je n’oublierai jamais ma responsabilité envers les femmes restées au pays. Me battre pour elles, raconter leurs histoires, leur donner vie. »
Aller plus loin
Formation(s) : Formation initiale en EMDR
Dossier(s) : Témoignages de patients en EMDR



