
Alliance thérapeutique, intensité du traitement et évolution des symptômes du TSPT : une étude rétrospective d’une psychothérapie centrée sur l’EMDR
Mis à jour le 29 avril 2026
Une étude rétrospective menée aux Philippines sur 138 patients montre que l’alliance thérapeutique et l’intensité du traitement (nombre de séances) prédisent indépendamment l’amélioration des symptômes de TSPT en thérapie EMDR, sans effet d’interaction entre ces deux facteurs.
Accès libre (Cureus est une revue en accès ouvert, en anglais)
En bref
Cette étude rétrospective monocentrique a analysé les données cliniques de 138 adultes diagnostiqués avec un TSPT ayant complété une psychothérapie centrée sur l’EMDR dans une clinique ambulatoire privée aux Philippines entre 2022 et 2025. Les résultats montrent que les scores moyens de symptômes de TSPT ont diminué de 43,7 au départ à 37,8 à mi-thérapie et 30,0 en fin de traitement. L’alliance thérapeutique ne prédit pas le changement précoce des symptômes, mais prédit significativement la réduction globale et l’amélioration en phase tardive. L’intensité du traitement prédit également la réduction des symptômes. Les analyses de modération n’ont révélé aucune interaction significative entre ces deux facteurs, indiquant des effets indépendants.
Résumé de la recherche
Contexte
La psychothérapie centrée sur l’EMDR est un traitement fondé sur les preuves pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT), mais les trajectoires symptomatiques pendant les soins ambulatoires de routine varient considérablement. Les facteurs de processus tels que l’alliance thérapeutique et l’intensité du traitement peuvent influencer les résultats, mais leurs contributions indépendantes et combinées dans des contextes cliniques réels restent incertaines. Cette étude a examiné les relations entre l’alliance thérapeutique, l’intensité du traitement et le changement des symptômes de TSPT dans un contexte ambulatoire naturaliste.
Méthode
Cette étude de cohorte rétrospective monocentrique a analysé les données cliniques collectées en routine auprès d’adultes avec un diagnostic de TSPT confirmé par le clinicien selon les critères du DSM-5, ayant complété une psychothérapie centrée sur l’EMDR dans une clinique psychologique ambulatoire privée aux Philippines entre 2022 et 2025. Les symptômes de TSPT ont été évalués à l’aide de la PCL-5 au départ, à mi-thérapie et en post-traitement. L’alliance thérapeutique a été mesurée à mi-thérapie à l’aide de l’ARM-5. L’intensité du traitement a été définie comme le nombre total de séances de psychothérapie complétées. Des analyses de régression linéaire et de modération ont examiné les associations entre alliance, intensité du traitement et changement des symptômes, en ajustant pour l’âge, le sexe, le type de trauma et le type de thérapie.
Résultats
L’échantillon comprenait 138 patients. Les scores moyens de symptômes de TSPT ont diminué de 43,7 au départ à 37,8 à mi-thérapie et 30,0 en post-traitement. L’alliance thérapeutique n’a pas prédit le changement précoce des symptômes (du départ à mi-thérapie ; β = -0,01, p = 0,878), mais a prédit significativement la réduction globale des symptômes (du départ à post-traitement ; β = 0,61, p < 0,001 ; R² = 0,245) et l’amélioration en phase tardive (mi-thérapie à post-traitement ; β = 0,62, p < 0,001 ; R² = 0,207). L’intensité du traitement a prédit significativement la réduction des symptômes du départ au post-traitement (β = -0,21, p < 0,001 ; R² ajusté = 0,251) et de mi-thérapie au post-traitement (β = -0,26, p < 0,001). Les analyses de modération n’ont montré aucune interaction significative entre l’alliance thérapeutique et l’intensité du traitement à travers les phases de traitement (tous p > 0,10), indiquant des effets indépendants.
Conclusions
Dans la psychothérapie centrée sur l’EMDR en ambulatoire de routine, l’alliance thérapeutique et l’intensité du traitement prédisent indépendamment l’amélioration des symptômes de TSPT. L’alliance apparaît la plus déterminante après l’engagement initial dans le traitement, tandis qu’un plus grand nombre de séances complétées soutient une réduction durable des symptômes. Ces résultats soulignent l’importance de favoriser une alliance de travail solide au-delà des premières séances et de promouvoir une exposition adéquate au traitement pour optimiser les résultats dans les soins ambulatoires centrés sur le trauma en conditions réelles.
Pourquoi cette étude est intéressante
Cette recherche apporte des données en conditions réelles de pratique clinique :
- Contexte naturaliste : Contrairement aux essais contrôlés randomisés, cette étude analyse des données collectées en routine dans une clinique ambulatoire, offrant une validité écologique élevée.
- Deux prédicteurs indépendants identifiés : L’alliance thérapeutique et le nombre de séances contribuent chacun à l’amélioration, sans interaction entre eux : ils fonctionnent comme des processus parallèles.
- Temporalité de l’alliance : L’alliance thérapeutique ne prédit pas les changements précoces mais devient significative pour les phases ultérieures du traitement, ce qui est cohérent avec la structure du protocole EMDR (stabilisation initiale puis retraitement).
- Implications cliniques concrètes : Les auteurs suggèrent de surveiller l’alliance au-delà des premières séances et de favoriser la rétention en traitement pour permettre aux patients de progresser à travers les phases de retraitement.
Analyse méthodologique
Points forts :
- Taille d’échantillon modérée (N = 138) pour une étude rétrospective
- Mesures standardisées (PCL-5 pour les symptômes, ARM-5 pour l’alliance)
- Évaluations à trois temps (pré, mi-parcours, post)
- Analyses statistiques appropriées (régression linéaire, analyses de modération)
- Ajustement sur plusieurs covariables (âge, sexe, type de trauma, type de thérapie)
Limites reconnues par les auteurs :
- Design rétrospectif monocentrique limitant l’inférence causale
- Facteurs non mesurés potentiellement confondants (sévérité initiale, dissociation, effets du thérapeute, fidélité au protocole, facteurs de vie)
- Les patients recevant des interventions adjuvantes (TCC, TCD, ACT) présentaient généralement une complexité clinique plus élevée, ce qui peut expliquer leur amélioration plus lente
Extrait significatif
« Dans le cadre de l’EMDR, le fait que l’alliance devienne plus prognostiquement significative plus tard dans le traitement est également cliniquement cohérent. Les protocoles EMDR nécessitent généralement une stabilisation et une préparation adéquates avant que les clients ne s’engagent pleinement dans le retraitement des souvenirs, et c’est souvent pendant ou après les phases de retraitement soutenu que des changements plus importants dans la sévérité des symptômes émergent. À mesure que les clients progressent vers les éléments plus émotionnellement intenses de l’EMDR, l’alliance peut servir de « contenant » relationnel clé qui soutient l’attention double, l’activation affective tolérable et la persévérance à travers le matériel perturbant. »
En savoir plus
Références de l’article : Peji, R. G. A., & Perez, J. (2026). Therapeutic Alliance, Treatment Intensity, and Symptom Change in Post-traumatic Stress Disorder: A Retrospective Study of Eye Movement Desensitization and Reprocessing-Centered Psychotherapy. Cureus, 18(2), e103603.
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Dossier(s) : la relation thérapeutique en EMDR



