Après s’être rétabli de la Covid-19, un cinquième des patients souffre de troubles psychiatriques

Un article Associations bidirectionnelles entre COVID-19 et troubles psychiatriques: études de cohorte rétrospectives de 62354 cas de COVID-19 aux États-Unis, de Maxime Taquet, Sierra Luciano, John R Geddes, Paul J Harrison, publié dans The Lancet Psychiatry monte qu’àprès s’être rétabli de la Covid-19, un cinquième des patients souffre de troubles psychiatriques.

Les chercheurs de l’université d’Oxford en Angleterre ont suivi les données de plus de 69 millions d’Américains, dont plus de 62 000 cas de Covid-19. Il en sort, que dans les 90 jours qui suivent l’infection, un malade sur cinq développe des troubles psychiatriques : l’anxiété, la dépression, l’insomnie, et même des troubles de stress post-traumatique. C’est le cas même pour ceux qui n’ont pas été hospitalisés, et même pour ceux qui n’ont aucun antécédent psychiatrique. Si on le compare à d’autres affections, comme la grippe, les calculs rénaux ou les fractures, pour la Covid-19, le risque de problème de santé mentale est multiplié par deux.
Pourquoi y a-t-il un plus grand risque chez ces anciens malades ? Est-ce lié aux traitements ? Est-ce que ce sont des symptômes neurologiques inattendus ? Entre les stress psychologiques liés à cette pandémie, les mesures de distanciation sociale, et les effets physiques de la maladie, les causes sont probablement multifactoriels. Selon les auteurs de cette étude, il est urgent d’enquêter sur les causes et d’améliorer le suivi des malades de la Covid-19.

Article publié en anglais – accès libre en ligne

 

Résumé

Contexte

Les conséquences néfastes du COVID-19 sur la santé mentale, y compris l’anxiété et la dépression, ont été largement prévues mais pas encore mesurées avec précision. Il existe une gamme de facteurs de risque pour la santé physique du COVID-19, mais on ne sait pas s’il existe également des facteurs de risque psychiatriques.
Dans cette étude de cohorte du réseau de dossiers de santé électroniques utilisant les données de 69 millions de personnes, dont 62354 avaient un diagnostic de COVID-19, nous avons évalué si un diagnostic de COVID-19 (par rapport à d’autres événements de santé) était associé à une augmentation des taux de diagnostics psychiatriques et si les patients ayant des antécédents de maladie psychiatrique courent un risque plus élevé de recevoir un diagnostic de COVID-19.

Méthodes

Nous avons utilisé le TriNetX Analytics Network, un réseau fédéré mondial qui capture des données anonymisées à partir de dossiers de santé électroniques dans 54 organisations de soins de santé aux États-Unis, totalisant 69 8 millions de patients.
TriNetX a inclus 62 354 patients diagnostiqués avec COVID-19 entre le 20 janvier et le 1er août 2020.
Nous avons créé des cohortes de patients qui avaient été diagnostiqués avec COVID-19 ou une gamme d’autres événements de santé.
Nous avons utilisé l’appariement du score de propension pour contrôler la confusion par les facteurs de risque du COVID-19 et la gravité de la maladie.
Nous avons mesuré l’incidence et les rapports de risque (HR) pour les troubles psychiatriques, la démence et l’insomnie, au cours des 14 à 90 premiers jours après un diagnostic de COVID-19.

Résultats

Chez les patients sans antécédents psychiatriques, un diagnostic de COVID-19 était associé à une incidence accrue d’un premier diagnostic psychiatrique dans les 14 à 90 jours suivants par rapport à six autres événements de santé (HR 2 · 1, IC à 95% 1 · 8– 2 · 5 contre la grippe; 1 · 7, 1 · 5–1 · 9 contre les autres infections des voies respiratoires; 1 · 6, 1 · 4–1 · 9 contre les infections cutanées; 1 · 6, 1 · 3–1 · 9 contre cholélithiase; 2 · 2, 1 · 9–2 · 6 vs lithiase urinaire, et 2 · 1, 1 · 9–2 · 5 vs fracture d’un gros os; tous p <0 · 0001).
Le HR était le plus élevé pour les troubles anxieux, l’insomnie et la démence.
Nous avons observé des résultats similaires, bien qu’avec des HR plus petits, lorsque les rechutes et les nouveaux diagnostics ont été mesurés.
L’incidence de tout diagnostic psychiatrique dans les 14 à 90 jours suivant le diagnostic du COVID-19 était de 18 · 1% (IC à 95% 17 · 6–18 · 6), dont 5 · 8% (5 · 2–6 · 4) étaient un premier diagnostic.
L’incidence d’un premier diagnostic de démence dans les 14 à 90 jours suivant le diagnostic du COVID-19 était de 1 · 6% (IC à 95% 1 · 2–2 · 1) chez les personnes de plus de 65 ans.
Un diagnostic psychiatrique de l’année précédente était associé à une incidence plus élevée de diagnostic de COVID-19 (risque relatif 1 · 65, IC à 95% 1 · 59–1 · 71; p <0 · 0001).
Ce risque était indépendant des facteurs de risque connus pour la santé physique du COVID-19, mais nous ne pouvons pas exclure une possible confusion résiduelle due à des facteurs socio-économiques.

Interprétation

Les survivants du COVID-19 semblent présenter un risque accru de séquelles psychiatriques, et un diagnostic psychiatrique pourrait être un facteur de risque indépendant du COVID-19. Bien que préliminaires, nos résultats ont des implications pour les services cliniques, et des études de cohorte prospectives sont justifiées.

lire l’article Associations bidirectionnelles entre COVID-19 et troubles psychiatriques: études de cohorte rétrospectives de 62354 cas de COVID-19 aux États-Unis en ligne

En savoir plus

Références de l’article :

  •  auteurs : Maxime Taquet, Sierra Luciano, John R Geddes, Paul J Harrison
  • titre en anglais : Bidirectional associations between COVID-19 and psychiatric disorder: retrospective cohort studies of 62 354 COVID-19 cases in the USA
  • publié dans : The Lancet Psychiatry
  •  doi :https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30462-4

 

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