Attentats : réduire les séquelles psychiques

Attentats : réduire les séquelles psychiques

Un article Attentats : réduire les séquelles psychiques, de Pascale Santi et Sandrine Cabut, publié dans le Monde, rubrique Science et techno.


Comment prendre en charge les blessures psychiques des milliers de personnes endeuillées, blessées, ou témoins des attentats du vendredi 13 novembre, à Saint-Denis et à Paris  ? Les mairies, associations de victimes d’attentats, services de santé mentale… se sont mis en ordre de marche pour assurer un soutien psychologique en urgence. Des numéros de crise ont été ouverts, notamment le 0 800 40 60 05.

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a ainsi déployé un triple dispositif d’une ampleur inédite pour assurer une aide psychologique à son personnel, tandis que des entreprises et leurs mutuelles proposaient aussi une assistance. Objectif de cette mobilisation générale  : apaiser le choc et si possible prévenir les séquelles psychiques, dont l’état de stress post-traumatique (ESPT) est le plus emblématique.

Comment se manifeste l’état de stress post-traumatique ?

Les symptômes, nombreux, peuvent être divisés en trois catégories. Il s’agit de reviviscences répétées de l’événement traumatisant, avec flash-backs et cauchemars. S’y associent des symptômes d’évitement  : maintien à distance des situations et des lieux pouvant rappeler le traumatisme, «  anesthésie  » psychique avec perte d’intérêt pour les activités auparavant appréciées.

Le troisième type de signes cliniques correspond à une hypertonie neurovégétative avec état de tension permanent, anxiété, insomnie… « Formellement, le diagnostic d’ESPT ne peut être porté que lorsque les symptômes durent depuis un mois, mais si une personne a des troubles intenses dans les premières semaines, il ne faut pas attendre que le syndrome soit constitué pour la prendre en charge, avec une psychothérapie adaptée et éventuellement des médicaments  », souligne le professeur Philippe Birmes, du laboratoire du stress traumatique de Toulouse.

(…)

Reconnue comme thérapie des ESPT, l’EMDR (« Eyes movement desensitization and reprocessing  »), un modèle de psychothérapie qui fait appel à des stimulations sensorielles, notamment visuelles, aurait aussi un rôle à jouer en prévention, selon les thérapeutes agréés. «  Durant la phase aiguë d’un traumatisme, le cerveau est submergé d’informations violentes qu’il ne peut traiter. L’EMDR peut aider à leur digestion”. Dès la première séance, les personnes peuvent être apaisées, ce qui les aide à dormir sans médicament. Cette approche est par exemple régulièrement utilisée en Italie, dans des contextes de tremblement de terre  », explique Isabelle Meignant, psychologue à Toulouse. Formatrice en EMDR, elle est à l’origine d’un récent collectif européen pour l’utilisation de cette méthode en situation d’urgence. Ce réseau s’est mobilisé pour proposer gratuitement des séances aux victimes du 13 novembre.

Comment traiter l’ESPT ?

Depuis 2000, cinq sociétés savantes ont émis des recommandations pour sa prise en charge. Le traitement de première intention repose sur la psychothérapie, avec deux techniques qui sortent du lot  : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) centrées sur le traumatisme et l’EMDR. Dans des centres spécialisés comme Lille ou Toulouse, les praticiens ont en particulier recours à des TCC dites « par exposition prolongée  ». «  Le principe de base est de se confronter à la situation qui fait peur pour s’y habituer et devenir moins réactif, décrit le professeur Philippe Birmes. L’exposition, réalisée dans le cadre d’un protocole très précis, est très progressive, d’abord en imagination puis éventuellement in situ.  »

Il insiste sur l’éducation thérapeutique de l’entourage. «  Juste après un traumatisme, les personnes sont souvent soutenues par leurs proches mais, dans les mois et les années qui suivent, un décalage peut s’installer. Pour l’entourage, l’événement est loin derrière, mais le patient, lui, est toujours au jour J et à l’heure H du traumatisme. Pour l’aider à trouver l’aide dont il a besoin, nous sommes amenés à recevoir les conjoints, les amis… »

L’EMDR est également reconnue dans la prise en charge des ESPT constitués. « Dans le cas de traumatismes simples, cette approche peut être efficace en seulement quelques séances, souligne Stéphanie Khalfa (Institut de neurosciences de la Timone, Marseille), qui mène des travaux, notamment en imagerie par résonance magnétique (IRM), pour comprendre par quels mécanismes agit l’EMDR. Quand j’ai commencé mes recherches, il y a six ans, le milieu médical était encore frileux, mais les mentalités s’ouvrent. Nous travaillons avec la CUMP de Marseille, et nous allons démarrer un protocole avec des militaires qui reviennent de zones de guerre. »

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