Bref, je suis devenu thérapeute EMDR

Bref, je suis devenu thérapeute EMDR

Dans l’article Bref, je suis devenu thérapeute EMDR, Sébastien Gomis, qui a suivi une formation initiale en EMDR  avec notre Institut, raconte son expérience de l’EMDR à Cyrielle Vinet, du site Psycogitatio.

Comment la rencontre avec lʼEMDR a marqué un tournant dans la pratique dʼun psychothérapeute? Sébastien Gomis fait part pour Psycogitatio du récit de son expérience. Psychologue clinicien, il exerce au Centre Médico-Psychologique pour enfants de Villeneuve le Roi et reçoit en cabinet au 10 rue Gassendi, Paris 14ème.

Bref, je suis devenu thérapeute EMDR

Ce fût affaire de hasard. La conjonction fortuite dʼun voyage dʼétude à lʼétranger très attendu mais annulé au dernier moment, de quelques lectures intrigantes et corroborées par les récits de proches, la thérapie dʼun enfant adressé par lʼAide Sociale à lʼEnfance qui patinait sur un passé très douloureux dont rien ne pouvait être dit ni élaboré malgré notre lien de qualité… mʼamenèrent à débuter une formation en Eyes movement Desensitization Reprocessing (EMDR) il y a de cela un an environ.

Eyes wide shut

Jʼétais sceptique avant même de commencer la formation et… je le fus plus encore pendant! Comment un psychologue formé pendant dix ans à lʼuniversité, qui a passé un nombre incalculable de soirées dans les séminaires organisés par diverses écoles de psychanalyse, lecteur avide de livres savants pourrait-il un instant croire que «faire bouger les yeux» puisse aboutir au moindre résultat thérapeutique? Comment voir dans ce protocole autre chose quʼune suggestion grossière, un «truc américain» dérisoire rapporté à la souffrance des patients, et de surcroit si vulgaire au regard des ambitions poétiques de la psychanalyse?

Jʼai donc suivi la formation, incrédule. Des exercices pratiques sont proposés au cours desquels nous occupons tantôt la place de thérapeute ou de patient. Lorsque vint mon tour dʼoccuper la place du patient, je ressentis bien monter des larmes venues de nulle part, quelques sensations corporelles mais je nʼy crus pas. En place de thérapeute, je fus témoin du traitement complet dʼun souvenir mais je nʼy crus pas plus. La formation achevée, je ne me sentais pas de proposer une séance à un patient, je me suis donc lancé dans des expérimentations avec quelques connaissances. Je mʼattendais avec la première «aventurière» à un échec patent mais non, le processus de retraitement du souvenir sʼest bel et bien activé. Je nʼosais toujours pas y croire. Il me fallut plusieurs séances avec plusieurs personnes pour que je me dise que «oui je ne comprends pas, mais ça marche». Il nʼest pas si aisé dʼadmettre quʼun phénomène existe sans quʼon puisse lʼexpliquer. Nous tendons à éliminer de notre horizon perceptuel et cognitif ce pour quoi nous nʼavons pas dʼexplication. «Suggestion», «hasard», «illusion», voire «charlatanerie» sont alors des mots tout trouvés pour évacuer dʼun haussement dʼépaule ce qui dissonne avec notre représentation du monde.

Lʼaventure

Les séances se sont succédées, jʼai pu abandonner définitivement mes doutes et travailler dans un état de disponibilité confiante et sereine. Je constatai avec bonheur que se dissipait entièrement la frustration lancinante que jʼéprouvais en pratiquant classiquement la thérapie par la parole, le sentiment quʼà parler «de» quelque chose, il y a souvent trop de distance, trop de langage, trop dʼexplications entre lʼexpérience douloureuse dont il est question et celui qui sʼen plaint pour que cela suscite le moindre changement. Les souvenirs douloureux évoqués se muent en objets de discours, la chair de lʼexpérience devient froide. Sans expérience émotionnelle correctrice point de changement! Avec lʼEMDR cette question technique sʼest trouvée résolue dʼemblée. Les douleurs du passé remontent immédiatement, lʼémotion est là mais sans que le patient se perde dans les ressentis terrifiants du passé. Un pied dans le passé, lʼautre dans le présent, tous les étages se trouvent mobilisés : le corps, les émotions et la pensée. Il ne sʼagit pas avec lʼEMDR de parler de telle ou telle expérience, ni même de revivre lʼexpérience passée mais de vivre dans la thérapie une expérience nouvelle où se mêlent les émotions et les images du passé, les ressentis corporels et les pensées du présent, les expériences de vie bonnes et mauvaises postérieures au souvenir traité, et chez certaines personnes une riche imagerie métaphorique. Jʼéprouve toujours le sentiment un peu troublant pendant les séances dʼaccompagner le patient dans un rêve. Jʼen retrouve lʼétrangeté, lʼincongruité, la poésie, lʼintelligence et lʼhumour. Lʼexpérience est particulièrement émouvante et intime.

Ce rêve éveillé, ces associations parfois hétéroclites mais liées par un fil invisible, suit toujours, autre magie de lʼEMDR, la même direction, du négatif vers le positif. Le cauchemar devient rêve, le souvenir traumatique dont il était à peine possible de parler se mue en une épreuve passée, désormais inoffensive, et dont la personne a tiré un savoir. Quelle que soit la personne, quelle que soit son histoire, quel que soit le souvenir traité, la direction est toujours la même, du négatif vers le positif. Cela peut sembler dérangeant, immoral pour les expériences les plus tragiques. Comment la perte dʼun enfant, pour prendre un exemple des plus cruels, pourrait-elle être autre chose quʼun malheur? Comment envisager que le traitement dʼun tel souvenir puisse déboucher sur quoi que ce soit de positif? LʼEMDR élimine les perturbations émotionnelles dysfonctionnelles : dans le cas du deuil par exemple, les (auto-)accusations, les ruminations, la culpabilité de survivre à lʼévènement. La thérapie EMDR nʼélimine donc pas le chagrin de la perte, ni nʼefface le souvenir de la personne chère disparue, il reconnecte le patient au mouvement de la vie.

Je me souviens ainsi dʼune séance où le patient se voyait, pendant les stimulations bilatérales alternées, sur la plage de son enfance dire adieu à son frère mort subitement nourrisson, décès qui avait pesé bien lourdement sur son histoire et celle de sa famille, et le voyait sʼéloigner sur un bateau à voile. Nous avions appelé cette séance émouvante et libératrice Bye bye Augustin. Par la suite, ce frère disparu était revenu dans les séances comme un compagnon ou un conseiller, une figure pacifique et bienveillante. Le fantôme sʼétait fait ange gardien.

En finir avec la répétition

Que la thérapie EMDR permette de désensibiliser une expérience traumatique est déjà remarquable. Mais le travail psychique en EMDR va au-delà : il engage un retraitement du souvenir. Non seulement celui-ci perd sa charge émotionnelle mais le processus thérapeutique change la façon dont il est inscrit dans la mémoire. Le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind mettait en scène une jeune femme qui avait décidé après une rupture amoureuse difficile dʼeffacer de son cerveau grâce à une machine mystérieuse tous les souvenirs ayant trait à son petit ami. Vision cauchemardesque mais caressée par quiconque a déjà vécu cette épreuve… Ce nʼest (heureusement) pas ainsi quʼopère lʼEMDR. La personne garde en mémoire son souvenir mais la place et la signification de celui-ci dans sa mémoire se modifie.

Ce processus est dʼailleurs visible sur lʼIRM fonctionnel. Les études pour repérer les effets de lʼEMDR sur le fonctionnement cortical sont nombreuses, je nʼen citerai quʼune : on a demandé à 25 personnes de faire le récit de leur souvenir traumatique; ce récit a été couché par écrit et ensuite lu son auteur. Lorsque la personne écoute son propre récit, on observe à lʼIRMf que le système limbique1, en particulier la région amygdalienne2, et le cerveau droit3 sʼactivent. Les 25 sujets sont traités en EMDR à raison de cinq à dix séances. Une fois le souvenir traité, les sujets écoutent à nouveau le récit de leur souvenir, et ce sont cette fois les aires du langage du cerveau gauche qui sʼactivent, réponse cérébrale normale quand on écoute une parole. Le souvenir nʼest plus engrammé dans la mémoire sensorielle et émotionnelle, il sʼinscrit dans la mémoire sémantique (mémoire des mots).

Le souvenir traité nʼest plus ce kyste aux arrêtes vives qui blesse le narcissisme du sujet. Il ne diffuse plus sournoisement son poison mental, ce «je suis impuissant», ce «je suis mauvais», ce «je ne mérite pas dʼêtre aimé», ce «je nʼai pas de valeur» qui accompagne toujours de façon souterraine le trauma. LʼEMDR casse la malédiction du trauma qui consiste, après avoir été victime des autres ou de la vie, à se faire «bourreau de soi-même»4, et de le répéter en lʼinfligeant aux autres…

LʼEMDR nʼest pas une panacée. Il ne répond pas à toutes les plaintes, on ne peut y recourir aveuglément avec tout le monde mais il permet à certaines conditions, et dans nombre de cas, dʼenvisager ce qui était un tabou dans le champ de la psychothérapie : la guérison.

Lire l’article Bref, je suis devenu thérapeute EMDR sur le site de psychogitatio

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