Cancer et soin de soi : la nouvelle donne

David Servan-Schreiber – Psychologies magazine – Mai 2008

Depuis des années, on entend dire que le cancer est avant tout une maladie des gènes. C’est en partie vrai, mais nos comportements aussi peuvent lutter contre la maladie. Il est avéré que le cancer se développe à partir d’un code génétique anormal. Le plus souvent en raison d’une exposition à des toxines qui attaquent l’ADN (tabac, alcool, radiations, amiante, benzène…). Beaucoup plus rarement à cause des gènes défectueux hérités de ses parents. Il est également exact que le cancer se transmet dans les familles d’une génération à une

C’est pourquoi votre médecin vous demande s’il y a eu des cas dans votre entourage proche lorsqu’il évalue vos risques de développer la maladie. Mais on sait aujourd’hui que cette transmission vient surtout des habitudes de vie qui se perpétuent d’une génération à l’autre, et non des gènes !

De fait, les enfants adoptés à la naissance et dont les parents sont morts très jeunes d’un cancer (avant 50 ans) ont le risque de développer la maladie de leurs parents adoptifs, et non de leurs parents biologiques (« Genetic and environmental influences on premature death in adult adoptees » de T.I. Sorensen, G.G. Nielsen, P.K. Andersen et T.W. Teasdale, in The New England Journal of Medicine, 24 mars 1988) ! Deux études récentes (2) sont venues confirmer le rôle prépondérant de quatre règles d’hygiène de vie très simples en matière de prévention du cancer.

Les personnes qui ne fument pas, boivent modérément (moins de deux verres de vin par jour), font un peu d’exercice (au moins trente minutes quotidiennes, dont la marche), et mangent des fruits et des légumes tous les jours, ont jusqu’à quatre fois moins de risques que les autres de développer un cancer ! Le bénéfice de ces bonnes habitudes est comparable à celui que l’on observe pour les maladies cardio-vasculaires (identique dans l’une des deux études). Les personnes qui observent ces quatre règles vivent en moyenne quatorze ans de plus que celles qui n’en observent aucune !
Pourquoi dit-on à des patients qui ont une maladie du cœur qu’ils peuvent agir et rien à ceux qui veulent éviter un cancer ou en guérir ? Il y a encore à peine quarante ans, on faisait exactement la même erreur avec les cardiaques : on leur disait de se reposer au maximum et de ne faire aucun effort qui risquerait de trop tirer sur leur cœur. En réalité, plus ils se « reposaient » et moins leur cœur allait bien. Aujourd’hui, on leur demande de reprendre une activité physique seulement quelques jours après un infarctus (progressivement, bien entendu), car on sait à quel point c’est bénéfique pour leur santé. Nous sommes très en retard en matière de cancer pour ce qui est de ces règles de vie. Mais rien n’empêche chacun de nous de commencer à se prendre en main dès aujourd’hui. Que ce soit avant ou après l’apparition de la maladie.

Mai 2008

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