Comment adoucir le traumatisme des victimes du 13 novembre?

Comment adoucir le traumatisme des victimes du 13 novembre?

Une émission Comment adoucir le traumatisme des victimes du 13 novembre ?, dans l’émission Science publique, de Michel Alberganti, diffusée sur France Culture.


Les victimes survivantes des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris restent meurtries non seulement physiquement lorsqu’elles ont été blessées mais également psychologiquement. Pour une part d’entre elles, une aide est nécessaire dans ce domaine afin de limiter les risques d’apparition d’un état de stress post-traumatique (EPST). Comment les prendre en charge ? Avec quelles chances de succès ?

Il y a une semaine, le vendredi 13 novembre 2015, il faisait doux sur Paris. Une série d’attentats a alors ensanglanté la capitale. Le bilan actuel fait état de 129 morts et 352 blessés. Des milliers de personnes proches de ces victimes ont été directement touchées par ce drame. Des dizaines de milliers ou plus d’autres personnes ont appris qu’une connaissance plus lointaine ou des amis d’amis ont été blessées ou tuées. Et des millions de personnes sont restées pétrifiées devant leur écran de télévision face à des images insoutenables. Ce massacre s’est déroulé dans des quartiers, des rues, des restaurants qu’ils connaissent bien. Ou au Bataclan. Des enfants ont assisté à ces scènes diffusées en boucle sur les chaines ‘information en continu. Ainsi, les blessés tout d’abord mais aussi tous les témoins, à des degrés divers, sont concernés, et parfois profondément touchés, par le cauchemar du 13 novembre.

Bien entendu, la vie continue, comme on dit dans les circonstances même les plus tragiques. Mais comment continue-t-elle pour ceux qui restent meurtris par le souvenir de ce qu’ils ont vécu ou de ce qu’ils ont vu ? Juste après les premiers attentats à la bombe de 1995, qui ont fait 8 morts et près de 200 blessés en France, des cellules d’urgence médico-psychologiques, les CUMP, ont été crées pour prendre en charge les blessés psychiques en liaison avec le SAMU. Ce sont elles qui interviennent au plus tôt après les événements traumatisants pour aider les victimes grâce à des entretiens. Ces débriefings ont pour objectif  d’éviter que ne se développe un état de stress post-traumatique, un ESPT. Ce trouble de la mémoire engendre l’intrusion irrépressible de souvenirs des scènes traumatisantes. Il doit se soigner car il provoque des sentiments de désespoir ou d’horreur qui se traduisent par une anxiété pouvant avoir des conséquences sur la santé.

Invité(s) :

  • Marianne Kedia, docteur en psychologie clinique, spécialiste du trauma
  • Aurore Sabouraud-Seguin, psychiatre co-fondatrice avec G Lopez de l’institut de victimologie et directrice du Centre du psychotrauma avec une equipe de psychologues et psychiatres spécialisés dans le traitement du trouble de stress post traumatique, depuis 1995.
  • Gérard Lopez, fondateur Centre Psy en 1995, initiateur des CUMP (Cellule d’Urgence Médico-Psychologique)

Extraits : 36’50

Réponses des invités à la question quelles sont les ” voies possibles pour prendre en charge et aider les personnes à dépasser et à supprimer les symptômes ” de l’ESPT ?

EMDR

L’EMDR ” c’est l’idée qu’on va justement ré-associer, en gros, le cerveau de la peur et le cerveau plus raisonnable. Et cela se fait notamment par le fait de stimuler bilatéralement (…) le cerveau en faisant des mouvements des yeux de gauche à droite ou en tapotant sur les cuisses, par exemple, pour favoriser ça (…) dans un cadre qui inclut le cognitif et le comportemental aussi (…)

Cohérence cardiaque

” Le plus important, au début, c’est d’apprendre aux gens à se relaxer. On a fait des expériences tout à fait extraordinaires. Quand vous prenez un traumatisé dans les heures qui suivent un trauma et que vous faites des exercices, par exemple de cohérence cardiaque, c’est à dire de mettre la respiration et le cœur en cohérence – Et, on a des appareils qui le montrent – Il y a une étudiante qui nous a fait une superbe étude au DU, au Diplôme Universitaire – Et bien cela diminue, ça diminue. (…)

La relaxation, c’est vrai que cela marche très bien et c’est vrai que c’est une technique qui n’est pas intrusive, qui n’oblige pas à se remémorer l’événement. Donc, notamment dans les premiers jours, cela permet à la personne d’avoir un outil qu’elle va pouvoir utiliser toute seule. Et c’est ça qui est intéressant dans la relaxation. On n’a pas nécessairement besoin d’avoir un psy à côté pour faire les exercices et simplement on va réguler la respiration. Moi, j’ai débriefé quelqu’un suite aux attentats. C’est quelqu’un qui a eu un problème de bégaiement dans son enfance et qui a très bien été ré-éduqué au niveau orthophonique et, suite aux événements, le bégaiement est revenu de façon très impressionnante, enfin, beaucoup plus forte en tout cas,  alors qu’avant c’était invisible. On a fait un exercice de relaxation. Dans les minutes qui ont suivi l’exercice, c’était impressionnant de voir à quel point la parole déjà s’était régulée. Ce n’est pas miraculeux non plus, ça veut dire que ça peut revenir, que ça va prendre un petit peu de temps, tant que l’anxiété ne sera pas complétement régulée, mais en tout cas, immédiatement, il peut y avoir une sensation de détente qui est très profitable (…)

Ca donne une sensation de contrôle à des personnes qui ont perdu le contrôle, donc c’est ça aussi qui est important.

Voir pouvez écouter l’émission Comment adoucir le traumatisme des victimes du 13 novembre ? sur le site de France Culture

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