conférence sur les neurones miroirs

conférence sur les neurones miroirs

Une conférence sur les neurones miroirs de Vilayanur Ramachandran, diffusé dans le cadre des conférences TED.

Le neurologue Vilayanur Ramachandran présente les fonctions fascinantes des neurones « miroir ». Découverts récemment, ces neurones nous permettent d’apprendre des comportements sociaux complexes, dont certaines ont formé les bases de la civilisation humaine telle que nous la connaissons.

La vidéo, en anglais, est sous-titré en français

Aujourd’hui, je voudrais vous parler du cerveau humain, qui est ce sur quoi nous faisons des recherches à l’Université de Californie. Réfléchissez au problème l’espace d’un instant. Voici un morceau de chair, d’environ 1,5kg, que vous pouvez tenir dans la paume de votre main. Mais qui peut appréhender l’immensité de l’espace interstellaire. Il peut apprécier la notion d’infini, poser des questions sur la signification de sa propre existence, et la nature de Dieu.

0:34 Et c’est véritablement la chose la plus étonnante au monde. Le plus grand mystère pour l’Homme : Comment cela est-il arrivé? Comme vous le savez, le cerveau est composé de neurones. Ici, nous voyons des neurones. Il y a 100 milliards de neurones dans un cerveau adulte. Et chaque neurone établit entre 1.000 et 10.000 connexions avec d’autres neurones dans le cerveau. Et sur cette base, on a calculé que le nombre de permutations et de combinaisons d’activité cérébrale excède le nombre de particules élémentaires dans l’univers.

1:01 Donc, par où commencer l’étude du cerveau? Une approche est d’observer les personnes atteintes de lésions dans différentes parties du cerveau, et d’étudier les changement dans leur comportement. C’est de ceci dont j’ai parlé lors du TED précédent. Aujourd’hui, je vais vous parler d’une approche différente qui est de placer des électrodes dans différentes parties du cerveau, et d’enregistrer l’activité de cellules nerveuses individuelles dans le cerveau. Comme si l’on plaçait une cellule nerveuse sur table d’écoute.

1:22 Une découverte récente has été faite par une équipe de chercheurs italiens de Parme, dirigée par Giacomo Rizzolatti et ses collègues, ce sont un groupe de neurones appelés « neurones miroirs », qui sont situés à l’avant du cerveau dans les lobes fronteaux. Il s’avère qu’il y a des neurones appelés « neurones de commande moteurs ordinaires » à l’avant du cerveau, qui ont été identifiés depuis plus de 50 ans. Ces neurones vont s’activer lorsque une personne accomplit une action spécifique. Par exemple, si je fais ceci et saisit d’une pomme, un neurone moteur à l’avant de mon cerveau va s’activer. Si j’étends le bras, et amène un objet vers moi, un autre neurone va s’activer, m’ordonnant d’amener cet objet. Ce sont les neurones de commande moteurs qui sont connus depuis longtemps.

1:59 Mais ce que Rizzolatti a découvert était qu’une partie de ces neurones, peut-être environ 20%, vont aussi s’activer quand j’observe quelqu’un d’autre effectuer cette même action. Voici un neurone qui s’active quand je saisis quelque chose, mais qui s’active également quand je regarde Joe saisir quelque chose. Cela est réellement renversant. Car c’est comme si ce neurone adoptait le point de vue d’une autre personne. C’est presque comme s’il réalisait une simulation de la réalité virtuelle de l’action d’une autre personne.

2:26 Maintenant, quelle est la signification de ces neurones miroirs? Pour commencer, elles doivent être impliquées dans les processus d’émulation et d’imitation Car imiter une action complexe demande au cerveau d’adopter le point de vue de l’autre personne. Donc, cela est important pour l’imitation et l’émulation. Pourquoi cela est-il important? Passons à l’étude de la diapositive suivante Donc, comment imitez-vous? Pourquoi la faculté d’imitation est-elle importante? Les neurones miroir et l’imitation, l’émulation.

2:50 Maintenant, observons la culture, le phénomène de la culture humaine. Si vous remontez entre 75.000 et 100.000 ans en arrière, observez l’évolution des humains, il apparait que quelque chose de très important apparût il y a environ 75.000 ans. Qu’il y eu l’émergence soudaine, et le développement rapide d’un nombre de compétences unique aux humains comme l’utilisation d’outils, la maitrise du feu, d’abris et bien sûr, du langage, et la capacité de comprendre ce qu’il y a dans la tête de l’autre et d’interpréter les comportements de cette personne. Tout cela est arrivé dans un temps relativement court.

3:19 Bien que la taille du cerveau humain avait atteint sa taille actuelle depuis presque 300.000 ou 400.000 ans, il y a 100.000 ans, tout ceci est arrivé très très vite. Et je pense que ce qui arriva fut l’émergence soudaine d’un système de neurones miroirs sophistiqué, qui nous a permis d’émuler et d’imiter les actions d’autres personnes. Et qu’ainsi lors d’une découverte soudaine accidentelle par un membre du groupe, comme l’usage du feu, ou d’un type particulier d’outil, au lieu de disparaître cette découverte s’est répandue rapidement horizontalement dans la population, ou s’est transmise verticalement entre les générations.

3:49 Cela a soudain rendu l’évolution Lamarckienne, au lieu de Darwinienne. L’évolution Darwinienne est lente ; elle prend des centaines de milliers d’années. Un ours polaire, pour se doter de sa fourrure, a mis des milliers de générations, peut-être 100.000 ans. Un être humain, un enfant, peut seulement regarder ses parents tuer un ours polaire le dépecer, se faire un manteau avec la fourrure, et apprendre en un coup. Ce que l’ours polaire a mis 100.000 ans à apprendre, il peut l’apprendre en 5 minutes, peut être 10 minutes. Une fois cette compétence acquise, elle se diffuse en proportion géométrique dans la population.

4:22 C’est le mécanisme de base. L’imitation de compétences complexes est ce que nous appelons culture et est à l’origine de toute civilisation. Il existe un autre type de neurones miroirs, qui est impliqué dans un processus assez différent. Ce sont des neurones miroirs, comme il existe des neurones pour les actes, il y a des neurones pour les contacts physiques. En d’autres termes, si quelqu’un me touche, touche ma main, les neurones du cortex somatosensoriel dans la région sensorielle du cerveau, s’activent. Mais le même neurone, va dans certains cas également s’activer quand je regarde une autre personne être touchée. Donc, je ressens de l’empathie pour la personne touchée.

4:51 La plupart vont s’activer quand on me touche à différents endroits. Différents neurones pour différents endroits. Mais une partie va s’activer quand je regarde quelqu’un d’autre se faire toucher au même endroit. Donc, ici aussi, nous avons des neurones qui participent au processus d’empathie. Maintenant, une question apparait : si je regarde une personne se faire toucher, pourquoi je ne m’y perds pas en ressentant moi-même le contact simplement en regardent quelqu’un se faire toucher? Je veux dire, j’ai de l’empathie pour cette personne, mais je ne ressens pas littéralement le contact. C’est parceque vous avez des récepteurs dans la peau, des recepteurs du toucher et de la douleur, connectés à votre cerveau, qui disent « Pas d’inquiétude, tu n’es pas en train d’être touché. Ressens toute l’empathie que tu souhaites pour l’autre personne, mais ne ressens pas physiquement le contact autrement tu seras perdu et embrouillé. »

5:31 Donc, il y a un signal en retour qui bloque le signal du neurone miroir vous empêchant de ressentir consciemment ce contact. Mais si vous déconnectez votre bras, vous anesthésiez simplement mon bras, avec une injection dans mon bras, qui anesthésie le plexus brachial, pour insensibiliser mon bras, et il n’y a aucune sensation qui rentre, si maintenant je vous regarde en train de vous faire toucher, je vais littéralement le sentir dans ma main. En d’autres mots, vous avez aboli la barrière entre vous et les autres êtres humains. Pour cette raison, je les appellent les neurones Gandhi, ou neurones d’empathie. (Rires)

5:59 Et ce n’est un sens métaphorique abstrait, tout ce qui vous sépare de l’autre, est votre peau. Enlevez votre peau, et vous ressentirez le toucher de cette personne dans votre esprit. Vous avez aboli la barrière entre vous et les autres êtres humais. Et cela est la base de la plupart des philosophies orientales. Il n’y a pas de personnalités entièrement autonomes, déconnectée des autres être humais, inspectant le monde, inspectant les autres personnes. Vous êtes en fait, connectés, pas uniquement via Facebook et internet, vous êtes en réalité littéralement connectés par vos neurones. Et il y a une chaine entière de neurones dans cette pièces, qui parlent entre eux. Et il n’y a pas de réelle distinction entre votre conscience et celle d’autrui.

6:35 Et ceci n’est pas du charabia philosophique. C’est le résultat de notre compréhension de la neuroscience de base. Donc, si vous avez un patient avec un membre fantôme. Si son bras a été enlevé et que vous avez un fantôme, et que vous regardez quelqu’un d’autre se faire toucher, vous le ressentirez dans votre fantôme. Maintenant la chose surprenante est, si vous avez une douleur dans votre membre fantôme, vous serrez la main de quelqu’un d’autre, vous massez la main de cette autre personne, cela atténuera la douleur dans votre main fantôme, comme si les neurones étaient soulagés seulement en regardant quelqu’un d’autre se faire masser.

7:02 Voici la dernière page de ma présentation. Depuis toujours, les hommes ont considéré la science et les humanités comme distinctes. C.P. Snow parle de deux cultures : la science d’un côté, les humanités de l’autre ; bien campées sur leurs positions. Je pense que le système de neurones moteurs est une base à l’interface vous permettant de reconsidérer des concepts comme l’état de conscience, la perception de soi, ce qui vous sépare des autres êtres humains, ce qui vous permet de ressentir de l’empathie, et aussi d’autre chose comme l’apparition de la culture et de la civilisation qui est unique aux être humains. Merci. (Applaudissements)

 

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