Covid-19 : ces personnes qui choisissent de rester confinées, des Hikikomori ?

La crise sanitaire et les confinements subséquents ont bouleversé nos modes de vie. Certaines personnes ont choisi de ne plus sortir de chez elles. Pourquoi ? Comment expliquer ce phénomène ? Peut-on le rapprocher de celui des Hikikomori qui au Japon décident de rester cloîtrés ?

Evelyne Josse nous propose un article Covid-19 : ces personnes qui choisissent de rester confinées, des Hikikomori ? , avec les témoignages de Charline, Galane, Albert, Veerle, Daël, Mireille, etc. (noms d’emprunt).


L’épidémie de Covid-19 et les confinements ont bousculé nos modes de vie. Il semble que certaines personnes aient décidé de vivre en vase clos.

Oui, en effet, ce sont des phénomènes que l’on a pu observer, surtout au premier confinement. Depuis, certaines personnes ont appris à maîtriser leur crainte du risque ou éprouvent à nouveau le besoin de frayer avec leurs semblables après une période salvatrice de retrait social. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Les confinements ont du bon et les déconfinements n’ont pas que des aspects positifs. Il y a quelque temps, j’ai acheté des poules et je les ai isolées quelques jours en volière. Quand je leur ai ouvert la porte sur le jardin, elles ne sont pas sorties immédiatement. La volière était devenue leur refuge et la quitter les stressait. Elles ont dû apprivoiser leurs craintes avant de se lancer hors de leur périmètre de sécurité. Tout comme les poules, nous sommes nombreux à avoir éprouvé une ambivalence entre l’envie et la peur de sortir. Mais certaines personnes ont volontairement prolongé ce confinement imposé par un confinement volontaire.

Comment expliquer cela ?

Il n’existe évidemment pas une cause unique à ces retraits sociaux. C’est une multitude de variables personnelles, antérieures, concomitantes et/ou postérieures au confinement, inhérentes ou indépendantes de l’épidémie, qui contribuent à ce que certains décident de rester cloîtrés chez eux.

Comme vous le soulevez, les personnes à risque de formes graves du COVID-19, d’admission en réanimation ou de décès sont plus susceptibles de continuer à vivre recluses même lorsque les mesures sanitaires s’allègent. Pour celles-là, les précautions sanitaires et la distance sociale n’apaisent pas leur sentiment de courir un danger mortel. Une dame rapporte : « Ma grand-mère a 91 ans. Elle reste confinée depuis mars. Elle habite seule dans une petite ville. Son âge avancé fait qu’elle est dans la catégorie « personnes fragiles ». Son profil doit correspondre à beaucoup d’autres personnes en France et ailleurs. Les quelques contacts qu’elle accepte sont très contrôlés. En effet, elle n’est pas dans la capacité de faire ses courses et donc, mon oncle lui fait les courses et les pose sur son palier. Elle nettoie vigoureusement encore le contenu. Vous imaginez donc qu’elle ne veut pas de visites… y compris familiales. Elle a peur de la contamination. Sa seule compagnie quotidienne depuis de longues années, est la télévision. Donc, elle a tendance à voir les catastrophes et toutes informations sur les chaînes nationales. »

Les personnes souffrant d’anxiété concernant la santé, par exemple, celles qui ont peur de contracter une maladie ou qui redoutent les microbes (nosophobie [2], mysophobie [3], hypocondrie [4], trouble obsessionnel compulsif caractérisé par l’obsession de propreté, la préoccupation par les sécrétions corporelles ou les contaminants environnementaux et les microbes, entrainant rituels de nettoyage et de lavage excessifs, etc.) sont également plus susceptibles de choisir le huis-clos. Charline a 45 ans. Depuis son plus jeune âge, elle souffre de troubles obsessionnels compulsifs. Elle est terrorisée à l’idée de contaminer autrui par le toucher. Les exigences sanitaires ont validé ses angoisses et ses rituels de lavage se sont accrus au point que ses mains sont aujourd’hui en sang. Son sentiment de danger imminent et permanent se généralise. Toutes les solutions tentées pour contrôler ses angoisses sont restées vaines. « Je n’en peux plus. La mort serait l’issue. » déclare-t-elle.

Les personnes introverties, timides, très émotives et peu sociables sont également plus à risque. Tout comme celles qui souffrent d’une phobie sociale et d’agoraphobie. Avec le confinement, elles ont bénéficié d’une bulle protectrice qui les a libérés des contraintes de la socialisation. Plus de risque d’être évaluées négativement, d’être mises dans l’embarras, d’être humiliées ou d’être rejetées, plus de compte à rendre à personne, plus de conversations superficielles, plus d’intrusion dans leur sphère intime, plus de foule ni d’agitation, davantage de temps disponible pour elles-mêmes, etc. Depuis quelques mois, Galane, 16 ans, éprouvait des difficultés à se confronter au regard d’autrui. Les changements internes et externes qu’elle ressentait lui donnaient le sentiment de perdre le contrôle sur son corps et sur sa réalité. Dans un premier temps, le confinement printanier lui a permis de rompre avec les confrontations sociales oppressantes, mais rapidement, la situation s’est assombrie. Elle n’est plus parvenue à maintenir un rythme de vie salutaire, elle a pris du poids et a perdu toute motivation pour sa scolarité. Déçue de son comportement et de son physique, son estime d’elle-même s’est effondrée au point de se muer en véritable haine de soi. Si l’allègement des mesures sanitaires de l’été lui a permis de reprendre pied, l’automne et les nouvelles exigences sanitaires l’ont achevée. Un état dépressif s’est installé. « Je suis perdue. Je suis nulle. Je n’ai plus goût à rien. À quoi bon continuer…  » déclare-t-elle.

Parmi les personnes qui optent pour le retrait social, certaines souffrent de traumatisme psychique (attentats terroristes, agressions, etc.), en particulier de traumatisme subi dans l’enfance (violences psychologiques, physiques ou sexuelles), ou ont vécu des événements pénibles tels que deuils, séparations ou harcèlement au travail. D’autres présentent des troubles graves de la personnalité, je pense en particulier aux psychoses (schizophrénie, paranoïa).

Pour les jeunes reclus, certains souffraient déjà avant la crise épidémique de phobie scolaire ou rencontraient des difficultés à l’école (difficulté de concentration, mauvaises notes, etc.), d’autres subissaient les railleries, voire le harcèlement, des camarades de classe (par exemple, par rapport à leur apparence physique, leur timidité, etc.).

Il est évident que le confinement est venu réactiver ou majorer des difficultés propres à la personnalité ou à l’histoire de vie de chacun. En tout état de cause, les personnes qui restent cloîtrées sont en détresse psychologique et ont besoin d’être aidées.

Soulignons qu’il existe une gradation dans la sévérité de ces retraits sociaux. Si la plupart des personnes concernées limitent autant que possible de sortir de chez elles, d’autres sont tout à fait incapables de quitter leur foyer. Albert, 17 ans, reste cloîtré sa chambre. Il n’ouvre même plus la porte à sa mère qui lui apporte à manger. « Je suis confus. Mes amis, comme mes parents, représentent un danger. Je me sens en sécurité uniquement dans ma chambre, les rideaux fermés et sans lumière si ce n’est celle de l’ordinateur… Plus rien n’a de réalité… J’ai peur.  »

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