EMDR : et si on soignait nos traumatismes… les yeux dans les yeux ?

Un article EMDR : et si on soignait nos traumatismes… les yeux dans les yeux ?, de Chloé Robert, publié sur le site ra-santé

Extraits

Peut-on guérir la souffrance « par les yeux » ? Thérapie contemporaine, l’EMDR ou Eye Movement Desensitization and Reprocessing soutient cette perspective. Avec des résultats permanents et généralement rapides, ce procédé permet de se remettre d’un traumatisme. Mais comment est-ce possible ? Quel rôle jouent les yeux dans la guérison post-traumatique ? Le point sur l’EMDR avec l’aide de Jean-François Broux, psychologue clinicien et praticien EMDR à Aix-les-Bains.

Si le procédé d’EMDR a été découvert par hasard par une psychologue américaine, Francine Shapiro, il est aujourd’hui reconnu à travers le monde. Les différentes études réalisées ont confirmé son efficacité. Son principe ? Penser au souvenir douloureux et réaliser des stimulations bilatérales alternées. Notamment des mouvements oculaires de gauche à droite.

Principalement utilisé pour soigner les traumatismes des soldats, l’EMDR étend désormais son application à d’autres troubles psychologiques. Addiction, dépression, anorexie ou TOC… Tous peuvent être traités. Dès lors, bouger les yeux peut-il donc soigner nos traumatismes ou maux du quotidien ? Explications avec l’aide de Jean-François Broux, psychologue et praticien EMDR en Savoie.

Soigner les traumatismes par les yeux

Les traumatismes sont fréquemment synonymes d’handicap invisible. Une expérience douloureuse, un accident inattendu, un deuil en suspens… La souffrance ne disparaît parfois jamais. Pourtant, traumatismes et expériences douloureuses ne sont pas voués à durer.

EMDR : vaincre sa souffrance

Contrairement aux thérapies ordinaires, l’EMDR ne pose pas le principe primordial de résolution par la parole. Si l’échange verbal demeure important, il n’est qu’une phase préalable de la thérapie. Les simulations bilatérales alternées (SBA) suffisent à rétablir un équilibre de vie.

Dans le cadre d’une SBA basée sur les mouvements oculaires, le patient doit suivre les déplacements qu’effectue le thérapeute avec ses doigts, de gauche à droite. Et ce, en se concentrant sur un souvenir imagé douloureux. Suite à quoi, il laisse son attention « flotter » au fil des mouvements. Ainsi, d’autres souvenirs vont refaire surface petit à petit et amener le patient et son thérapeute à créer du sens autour du traumatisme. Mais qu’est-ce donc cette notion de sens ?

Chaque être humain cherche un sens à sa vie. Un concept primordial pour s’épanouir. En effet, le sens définit à la fois une signification que l’individu est capable de donner à un événement et une direction, orientant son futur. Or, dans le cadre d’un traumatisme, l’expérience ne parvient pas à trouver du sens, une signification plausible et en accord avec nos valeurs. Pourquoi est-ce arrivé ? Est-ce normal ? De quoi entrainer la perte du sens de cet événement.

Cependant, avoir un défaut de vision ne constitue pas un frein à l’EMDR. Il existe des adaptations suivant les préférences du patient. On parle ainsi du « tapping » qui consiste à effectuer de légers tapotements alternés sur soi côté gauche puis côté droit. Quel que soit le sens privilégié, les stimulations bilatérales fonctionnent et observent les mêmes résultats.

Comprendre le « miracle » EMDR

En psychologie, on dit que le traumatisme fait « effraction » dans la pensée. Une manière de décrire les mécanismes cérébraux qui sous-tendent le traumatisme. En effet, l’événement traumatisant reste « en suspens » dans notre mémoire : enregistré mais pas catégorisé comme souvenir passé. Le cerveau ne parvient pas à traiter les pensées, émotions et expériences assimilées au traumatisme. Dès lors, ces informations sont supprimées du champ de la conscience mais continuent de se manifester à travers le système nerveux (perturbations émotionnelles, réactions physiques…).

Ainsi, l’efficacité de l’EMDR reposerait sur un principe commun au sommeil paradoxal. Lors de cette phase de sommeil profond, l’hippocampe (zone cérébrale liée à la mémoire) s’active intensément. Objectif ? Permettre de retraiter l’information et de stocker le souvenir dans la mémoire à long terme. Cependant, lorsqu’un souvenir est traumatisant, ce processus nocturne n’est pas suffisamment efficient. L’information peut alors rester bloquée, en suspens entre son enregistrement et sa consolidation.

L’EMDR résout cette problématique en déclenchant de manière volontaire ce même processus manquant. Ainsi, le souvenir prend « sens » et est enfin stocké dans la mémoire à long terme. S’il ne disparait pas, sa charge émotionnelle négative s’efface. Cette méthode permet donc de trouver résolution au traumatisme afin de l’ancrer définitivement dans la mémoire du passé.

Construire une thérapie par l’EMDR

Objectif de la thérapie EMDR : guérir rapidement et durablement. En effet, entre 3 et 5 séances suffisent généralement. Toutefois, le nombre de séances nécessaires varient d’un individu à l’autre et suivant la complexité du traumatisme. Une séance dure ainsi entre 45 minutes et une heure. À moins de connaître un nouveau choc psychologique, l’efficacité de l’EMDR est durable.

Toutefois, des séances de préparation sont nécessaires afin d’identifier la (ou les) problématique(s), de mettre en place des outils de stabilisation émotionnelle et enfin de construire une relation de confiance entre le thérapeute et le patient.

À chacune des séances, le thérapeute invite le patient à penser à un lieu sécurisant dans lequel aucune pensée négative ne vient interférer son bien-être. Dès lors, un protocole s’érige en huit phases, dont la recherche d’une cognition négative et d’une positive. En effet, le patient est invité à poser une pensée négative sur l’événement traumatisant (par exemple : je suis en danger) et à la reconsidérer à l’inverse (exemple : je suis en sécurité). Suite à quoi, l’EMDR peut être utilisé.

Si la pratique semble plutôt simple, seul un professionnel de santé ayant suivi une formation accréditée à l’EMDR France peut conduire de telles séances. En effet, maitriser la relation thérapeutique, savoir déceler des problématiques et guider efficacement et sans violence nécessite une formation adaptée et reconnue.

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