Eric Bui

ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : quel est l’impact du conflit sur la santé mentale ?

ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : quel est l’impact du conflit sur la santé mentale ?,  interview d’Eric Bui, psychiatre au CHU de Caen, réalisée par Nathalie Travadon, publiée sur le site de Ouest France .

Extraits  

Éric Bui, psychiatre au CHU de Caen et professeur de psychiatrie à l’UFR santé de Caen, ex-président de la Société internationale d’étude du stress post-traumatique, est spécialiste des traumatismes de la guerre. Il explique les répercussions du conflit en Ukraine sur la santé mentale. Entretien.

Quel impact peut avoir cette guerre sur notre santé mentale déjà fragilisée par la crise sanitaire ?

Les facteurs de stress sont toujours des facteurs de risque  d’altération de la santé mentale. Même si ce n’est pas du stress  post-traumatique à proprement parler, l’exposition en continu et  permanente aux contenus médiatiques, surtout à ceux à fortes sensations,  peut affecter le sommeil et augmenter l’anxiété. Dans ce cas, il est  important d’avoir recours au soutien social. Un soutien certes limité  ces deux dernières années en raison des mesures de distanciation, mais  qui peut désormais jouer pleinement son rôle avec la levée des dernières  restrictions.

Les personnes qui ont déjà vécu des conflits armés sont-elles plus affectées ?

La médiatisation de la guerre en Ukraine et de ses  répercussions sur les populations peut affecter à distance en réactivant  des traumatismes anciens chez des personnes exposées à des situations  similaires par le passé. Cela peut concerner des militaires déployés  dans des conflits armés, mais aussi les populations civiles qui ont  connu et fui les différentes guerres du dernier siècle écoulé : Seconde  Guerre mondiale bien sûr, mais aussi la guerre d’Algérie, celle du  Vietnam, les conflits en Irak, Syrie, et Afghanistan. Cela peut  réactiver des symptômes de stress post-traumatique. En général, cette  réactivation du trouble peut aussi être une bonne opportunité pour  chercher de l’aide et recevoir un traitement adapté.

La guerre peut-elle avoir un impact particulier sur les  jeunes en France, particulièrement touchés par le stress lié à la  pandémie ?

D’une manière générale, les traumatismes ont toujours un  impact à distance, quelle que soit la tranche d’âge. Dans les études  menées sur les répercussions des attentats du 11 septembre 2001 à New  York, on a observé que plus on se rapprochait géographiquement du lieu  des attentats, plus la demande de soins en santé mentale augmentait.

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Quelles conséquences à long terme chez les enfants et les jeunes qui doivent s’exiler ? 

Les enfants, d’une manière générale, sont résilients : ils  ont d’assez bonnes capacités d’adaptation face au stress. Sous réserve,  bien sûr, que leur environnement leur procure une certaine stabilité. Il  est difficile de prédire ce devenir, sans connaître celui des parents  et sans connaître les réseaux de soutien social qui seront mis en place  ou pas dans le pays d’accueil.

Quelles solutions pour aider les personnes victimes de stress traumatique ? 

Même si certains médicaments sont indiqués pour le trouble de  stress post-traumatique, je pense notamment aux antidépresseurs, les  recommandations internationales recommandent en première intention des  psychothérapies standardisées centrées sur le traumatisme. Il s’agit de  l’EMDR (1), mais aussi de deux thérapies cognitives et comportementales : l’exposition prolongée et la thérapie de processus cognitifs.

(1) L’EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing) ou « Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires » est une méthode fondée par la psychologue américaine Francine Shapiro. Elle consiste à guérir les traumatismes et les événements douloureux par des mouvements oculaires

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