Interview de Ludwig Cornil

Interview de Ludwig Cornil

Une Interview de Ludwig Cornil, réalisée par Christine Vander Borght, publié dans les cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2015/2 (n° 55)

Contexte

Difficile d’aborder la pratique de l’EMDR dans ce cahier sans qu’y soit représente Ludwig Cornil, l’un des acteurs majeurs de l’introduction et de la diffusion, en Belgique, des avancées thérapeutiques autour de l’EMDR. J’ai eu la chance de participer à la formation en EMDR qu’il assurait, à la suite de la lecture du livre « Guérir sans médicament et sans psychana- lyse » (2003) de David Servan-Schreiber, livre qui avait à l’époque défrayé la chronique des nouveautés dans le champ de la psychothérapie. J’y ai entrainé deux de mes amies psychanalystes, également soucieuses de trouver des réponses face à certaines situations qui nous confrontaient à notre impuissance à amorcer une perspective de changement chez nos patients. Et cette formation a été passablement bouleversante, nous obligeant à ouvrir un espace à de nouveaux paradigmes.

Depuis cette formation, il y en eut d’autres, et d’autres rencontres avec Ludwig Cornil devenu ensuite le President de EMDR Belgique. J’ai pu apprécier les qualités pédagogiques, scientifiques et humaines avec lesquelles il aborde et transmet la pratique autour et avec l’EMDR.

CVB : Ludwig, pourrais-tu nous raconter comment tu as été amené àt’intéresser à l’EMDR ?

Quand j’étais psychologue dans l’hôpital de Courtrai, j’ai suivi un patient qui avait été très gravement brulé à la suite d’une explosion sur son lieu de travail. Il avait été déjàhospitaliséet soigné pendant un an et demi. Ce Monsieur présentait tous les symptômes d’un ESPT2 simple, tels que : intrusions, cauchemars récurrents la nuit, évitement de tout ce qui évoquait son accident. Il était soigné par antidépresseurs, calmants et somnifères ; sa vie familiale était gravement perturbée par son changement de caractère devenu intolérant et irritable. Il réagissait souvent par l’ironie et le sarcasme aux tentatives d’empathie.

Je me suis mis au travail avec ce que j’avais appris de l’approche relationnelle, de la PNL et de l’hypnose, sans qu’aucun soulagement de la souffrance psychique de mon patient ne soit perceptible. Je me sentais confronté aux limites de ma pratique et impuissant a le soulager malgré tous mes efforts. Et surtout, je le voyais tellement en souffrance. Que faire ? J’avais besoin de nouveaux outils.

J’ai cherché d’autres modalités d’approche et je suis tombé par hasard sur la première recherche de Francine Shapiro, publiée en 1989, dans laquelle elle présente son travail avec un groupe de 44 patients : une moitié est traitée avec une séance d’EMDR, l’autre moitié par une séance d’écoute et de soutien émotionnel. Les résultats sont probants à la fin de l’entretien quand les patients sont interroges sur l’évaluation de l’intensité émotionnelle ressentie par eux (appelée « SUD » dans le vocabulaire EMDR, 0 étant le niveau le plus bas et 10 le plus haut niveau de tension émotionnelle ressentie, Ndrl).

J’ai suivi ce fil, et lu le livre « Des yeux pour guérir ». Ce n’était pas vraiment le livre que je cherchais, mais par contre, j’y ai découvert le travail fait avec un patient qui présentait les mêmes symptômes que le mien. Cela m’a motivé pour continuer ma recherche et, en 1995, j’ai découvert le livre de Francine Shapiro dans lequel elle détaille le protocole des séances EMDR.

  • Pages : 148
  • ISBN : 9782807300781
  • DOI : 10.3917/ctf.055.0059
  • Éditeur : De Boeck Supérieur

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