J'aimerais tant tourner la page

J’aimerais tant tourner la page

Le témoignage J’aimerais tant tourner la page, de Margo, 38 ans, publié sur le site psychologie.com

Former des mots avec les lettres qui grouillent, emmêlées dans ma gorge depuis si longtemps et qui vont me manger de l’intérieur si elles ne sortent pas bientôt. Je le sais à présent, je le sens, il y a urgence, cela fait plus de trente ans à présent… J’ai été victime de ce que l’on appelle un abus sexuel. Grâce à une séance d’EMDR, j’ai même enfin réussi à comprendre pourquoi les images de cette scène avaient été si longtemps si floues, incompréhensibles irréelles : j’étais très petite. J’avais en effet environ trois ou quatre ans. Mais ce dont je suis sûre à présent, c’est que ça a été !

Je me souviens du couloir à la moquette rouge sang, la porte blanche avec la poignée juste au-dessus de ma tête, les draps, la lumière, la chambre chez mes grands parents, le jeu. Comment peut-on ? Un jeu… Mettre son zizi dans la bouche d’une petite fille, puis lui dire qu’après on lui lèchera à son tour le sien, et le faire, et lui demander si elle a aimé et la laisser seule, debout devant cette porte. Et la laisser quitter cette chambre dans laquelle, pendant tant d’années, elle ne comprendra pas pourquoi elle ne peut entrer sans un malaise profond et inexplicable. Car pendant si longtemps sa mémoire aura enfoui tout cela tellement profond qu’elle doutera même de ses images incompréhensibles qui jaillissent parfois.

Et aujourd’hui, cette incapacité à en parler. Sauf à son médecin. A dire à son mari combien elle l’aime et combien elle aimerait le désirer, mais c’est comme si le désir était interdit dans son corps. Cette incapacité à en parler car personne ne comprendrait… Personne ne comprendrait pourquoi elle n’arrive toujours pas après plus de trente ans à mettre un visage sur ce violeur d’enfance. Pourquoi ce visage s’est effacé et que ce blanc empêche de parler, d’accuser, de percer l’abcès… Enfin, de tourner la page et d’essayer de s’accorder du plaisir.

Ma soeur, elle, s’est suicidée. Elle avait vingt-cinq ans, elle venait d’obtenir son diplôme, de trouver un job très intéressant. Elle était jolie, très intelligente et extrêmement sensible. Elle n’a rien laissé, rien pour expliquer ce qui lui est arrivé. Elle aussi ?

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