la gestion des émotions dans l’ESPT

la gestion des émotions dans l’ESPT – Lanius

Hélène Dellucci nous présente un article sur la gestion des émotions dans l’ESPT, publié en 2010, par RA Lanius et ses collègues, dans l’American Journal of Psychiatry (1).

Cet article de revue fait la synthèse d’une douzaine de recherches publiées sur la gestion des émotions dans l’ESPT et propose un modèle.

En 1999, Bremner propose l’hypothèse selon selon laquelle il y aurait 2 sous-types d’ESPT différents :

  • L’un se caractérisant par une hyper-activation,
  • L’autre par une hypo-activation,

Deux sous-types d’ESPT différents

Lanius et al. (2010) proposent un modèle incluant deux sous-types d’ESPT différents, présentant une dérégulation émotionnelle sous-tendue par des caractéristiques cliniques et neurobiologiques précises et différentes.

  • l’un des sous-types d’ESPT, appelé classique, tendrait vers des symptômes de reviviscence traumatique et une hyperactivation physiologique,
  • l’autre sous-type d’ESPT, appelé dissociatif, consisterait à se détacher du contenu traumatique pendant ou juste après l’avoir vécu – donc une dissociation péri-traumatique -, avec une compartementalisation amenant une discontinuité de l’expérience consciente et de la mémoire (Van der Kolk et al. 1996).

Le sous-type d’ESPT classique avec une sous-modulation de l’affect, c’est à dire un manque de gestion émotionnelle.

Le sous-type d’ESPT dissociatif  amenant sur-modulation de l’affect, c’est à dire des émotions tellement contenues qu’elles sont difficilement accessibles.

Auprès d’une population d’ESPT chronique, ces deux types de réponses ont pu être retracées sur le plan neurobiologique par des études utilisant la neuroimagerie. Elles sont associées à des pattern d’activation neuronaux différents lorsque les sujets sont exposées à des contenus leur rappelant le trauma. Ces réponses peuvent se produire au sein d’une même personne, soit simultanément, soit lors de moments différents. (Lanius, et al, 2006 ; Frewen & Lanius, 2006 ; Hopper et al., 2007).

Le paradigme de recherche utilisé est la création d’un script de l’expérience traumatique qui est lu aux sujets de recherche, avec la consigne de se rappeler l’expérience aussi vivement que possible,

La Mesure s’effectue avec l’utilisation de l’oxygène des différents régions cérébrales mis en évidence par résonnance magnétique fonctionnelle (fMRI)

Lanius et coll., (2006) ont constaté :

  • 70% des personnes montraient des signes de reviviscence et d’hyperactivation physiologique : sous-type d’ESPT classique
  • 30% montraient une réponse dissociative, avec des états subjectifs de déréalisation et de dépersonnalisation, sans les réponses d’activation physiologique constatées dans le premier groupe.

Sous-types d’ESPT classique

Les patients avec le sous-type d’ESPT classique, avec reviviscences et hyperactivation montrent :

  • une sous-activation anormale du cortex préfrontal ventromédian (Lanius, et al., 2006) et
  • du cortex cingulaire antérieur (Etkin & Wager, 2007), des régions impliquées dans la régulation émotionnelle.

Allant de pair avec cette sous-activation du cortex préfrontal, ont été observés:

  • une augmentation de l’activité du système limbique, notamment de l’amygdale (Etkin & Wager, 2007)
  • la sévérité des reviviscences est corrélée avec une activation de l’insula antérieure droite (Hopper et coll., (2007)
    une région cérébrale impliquée dans le ressenti corporel de l’émotion.

Ces reviviscences expérimentées dans le corps sont inversement corrélées

  • avec l’activation du cortex cingulaire antérieur
  • avec la régulation émotionnelle que nous comprenons comme une difficulté à réguler l’émotion.

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Sous-types d’ESPT dissociatif

Les patients présentant le sous-type d’ESPT dissociatif montrent :

  • une activation élevée de la partie dorsale du cortex cingulaire antérieur
  • et du cortex préfrontal médian des régions impliquées dans la régulation émotionnelle et physiologique.

Ces patients semblent se désengager de l’émotion ressentie lors de la lecture du script du trauma, ce qui va de pair avec une inhibition des régions limbiques par les zones préfrontales médianes.

Cette réponse dissociative est :

  • inversement corrélée à l’activation de l’insula antérieure droite,
  • et positivement corrélée à l’activation du cortex préfrontal médian,
  • et au cortex cingulaire antérieur (Hopper et al., 2007).

Ces résultats suggèrent, selon les auteurs (Lanius et al., 2010) :

  • une sur-modulation pathologique de l’affect comme réponse aux émotions liées au trauma,
  • une impossibilité d’accès aux émotions, qui est involontaire,
  • une réaction d’absence d’émotion face à ce qui normalement provoquerait une réponse émotionnelle.

Des études sur la douleur montrant le même schéma d’activation :

  • auprès de vétérans de guerre (Geuze et al., 2007)
  • dans des populations Borderline (Schmahl et al., 2006 ; Kraus et al., 2009)

Ludaescher et al., (2010) font l’hypothèse pour des patients Borderline, que la moindre sensibilité à la douleur pourrait aller de pair avec des états dissociatifs.

Lanius et al., (2010) décrivent que tout se passe, comme si l’atteinte d’un seuil d’anxiété amènerait le cortex préfrontal à inhiber les régions limbiques et de l’activation sympathique, entraînant une réduction de l’expérience émotionnelle. Le sous-type d’ESPT dissociatif n’aurait pas accès à l’émotion, donc pas non plus aux apprentissages d’ordre émotionnels

Ce que Ebner-Priemer et coll., (2009) ont montré auprès d’un groupe de patients borderline.

Ce raisonnement permettrait de comprendre le sous-type d’ESPT hyperactivé,

  • avec un échec de l’inhibition de la réactivité du système limbique,
  • allant de pair avec une difficulté à contenir l’émotion

Lanius et coll., (2010) concluent leur étude, en invitant les chercheurs et les cliniciens à prendre en compte ces différentes réactions au trauma, de façon à inclure le sous-type dissociatif, en lui réservant un traitement particulier.

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(1) Références de cet article sur la gestion des émotions dans l’ESPT : Emotion modulation in PTSD : Clinical and Neurobiological Evidence for a Dissociative Subtype. Lanius, R. A., Vermetten, E., Loewenstein, R. J., Brand, B., Schmahl, C., Bremner, J. D. & Spiegel, D. (2010). American Journal of Psychiatry, 167, pp. 640-647.