La violence sexuelle

La violence sexuelle

Un article d’Evelyne Josse, psychologue, praticien EMDR, sur le thème : La violence sexuelle

Les violences sexuelles ont de profondes répercussions à court et long termes sur la santé physique des victimes. Elles peuvent causer des blessures corporelles allant de contusions superficielles à une invalidité permanente, provoquer des problèmes de santé sexuelle et reproductive et être à l’origine de maladies sexuellement transmissibles ou de grossesses non désirées.

Les conséquences pour la santé mentale sont tout aussi graves et peuvent produire des effets négatifs durables, y compris des dépressions, des tentatives de suicide et un Etat de Stress Post-Traumatique.

En outre, de tels actes influent sur le bien-être social des victimes, celles-ci étant stigmatisées et mises au ban de certaines sociétés (par exemple, en Afrique mais aussi en Occident dam les populations immigrées).

Outre les conséquences pour la victime elle-même, les violences sexuelles ont des répercussions directes sur le bien-être de la famille et de la communauté.

La violence sexuelle

L’Organisation Mondiale de la Santé définit la violence sexuelle comme suit
” Tout acte sexuel, tentative pour obtenir un acte sexuel, commentaire ou avances de nature sexuelle, ou actes visant à un trafic ou autrement dirigés contre la sexualité d’une personne utilisant la coercition commis par une personne indépendamment de sa relation avec la victime, dans tout contexte, y compris, mais s’en s’y limiter, le foyer et le travail ». (OMS, 2002)

La coercition vise le recours à la force à divers degrés. En dehors de la force physique, l’agresseur peut recourir à l’intimidation psychologique, au chantage ou à d’autres menaces (par exemple, la menace de blessures corporelles, le renvoi d’un emploi ou la menace de ne pas obtenir un emploi recherché). La violence sexuelle peut survenir alors que la personne agressée est dans l’incapacité de donner son consentement parce qu’elle est ivre, droguée ou incapable mentalement de comprendre la situation.

Les formes de violence sexuelle à l’égard des femmes

La violence sexuelle englobe, sans y ‘être limitée les formes suivantes’ :

  • La violence physique, sexuelle et psychologique au sein de la famille, y compris les coups, les sévices sexuels à l’égard des enfants de sexe féminin, les violences liées à la dot, le viol conjugal, les mariages forcés, les mutilations génitales et autres pratiques préjudiciables à la femme, la violence non conjugale et la violence liée à l’exploitation.
  • La violence physique, sexuelle et psychologique au sein de la collectivité, y compris les viols, les sévices sexuels, le harcèlement et l’intimidation au travail, dans les établissements d’enseignement et ailleurs, le proxénétisme et la prostitution forcée.
  • La violence physique, sexuelle et psychologique perpétrée ou tolérée par l’Etat, où qu’elle s’exerce.

Les conséquence de la violence sexuelle

Points-clé

  • Les violences sexuelles subies par une personne ont des répercussions sur sa santé physique et mentale, son bien-être social, sa famille et sa communauté.
  • Ces répercussions dépendent du type de violence sexuelle.
  • La mort, y compris les homicides et les suicides, ne sont pas rares.
  • La tendance la plus significative dans de nombreuses sociétés est la stigmatisation des victimes et le fait de les accuser d’être responsables de ce qui leur est arrivé (cf. femmes immigrées issues d’une « culture d’honneur »).
  • La stigmatisation et la réprobation augmentent la souffrance psychologique et émotionnelle et influencent souvent le comportement des personnes que nous voulons aider.
  • Les victimes d’agression sexuelle sont généralement plus à risque d’être ultérieurement abusées ou d’être une nouvelle fois victimes (du fait de la déconsidération et de la dévalorisation).

1. Les conséquences sur la santé physique

Sans nous étendre, citons les différentes conséquences des violences sexuelles sur la santé physique des victimes.

Issue fatale • Le suicide • La mortalité suite aux blessures • La mortalité liée à l’infection à HIV • Dans certaines cultures, l’homicide (victime assassinée par un membre de la famille pour « laver l’honneur» meurtre de l’agresseur perpétré par la victime ou par un membre de sa famille pour se venger des dommages subis) et l’infanticide des enfants nés du viol

Problèmes physiques aigus • Les douleurs • Les blessures • Les traumatismes (crânien abdominal, thoracique) • Les infections

Problèmes physiques chroniques • Les douleurs • Les handicaps, les invalidités • Les infections • Les problèmes gastro-intestinaux • L’abus d’alcool, les comportements autodestructeurs

Problèmes de santé reproductive  • Les fausses couches • Les grossesses non désirées • Les avortements clandestins pratiqués dans de mauvaises conditions d’asepsie • Les infections sexuellement transmissibles • Les troubles menstruels • Les troubles gynécologiques • L’infertilité • Dysfonctionnement sexuel

2. Les conséquences sociales

  • Dans certaines sociétés dont sont issues les femmes immigrées, la virginité et la chasteté des filles reflètent l’honneur de la famille. Dès lors, les agressions sexuelles sont perçues comme une honte et les victimes, tout comme leur famille, sont stigmatisées. Elles sont alors rejetées par leur famille et/ou par leur conjoint et/ou par leur communauté ou forcée à épouser leur agresseur.
  • La distanciation du ou de la partenaire, voire la séparation
  • La stigmatisation et la condamnation morale de la victime (« meurtre social »)
  • De l’isolement ou des comportements de fuite (déménagement, etc.)
  • Pour les femmes victimes, un risque d’assassinat et un risque accru de maltraitante par sa famille ou par la communauté. Dans certaines sociétés, la femme violée est considérée comme adultère et punie en conséquence (notamment d’être condamnée à la prison pour acte criminel).
  • La perte de la possibilité de fonctionner dans la société : Une réduction des capacités parental. (possibilité de s’occuper des enfants et de satisfaire leurs besoins ; l’abandon, le rejet, la maltraitante ou l’infanticide des enfants nés du viol etc.) Des arrêts de travail ou des interruptions des activités professionnelles (temporaires ou définitifs), des interruptions de la scolarité (icapacité physique et/ou psychologique à poursuivre ses études). Une incapacité à mener à bien les tâches quotidiennes
  • Un risque accru d’être à nouveau l’objet de violences sexuelles, la victime étant déconsidérée et dévalorisée par les membres de sa communauté  Des comportements autodestructeurs (suicide, tentative de suicide).  Des abus d’alcool ou de médicaments psychotropes   De la violence de la part de la victime, notamment à l’égard de ses propres enfants

3. Les conséquences psychologiques/émotionnelles : le « rape trauma syndrome »

3.1. Introduction

La majorité des répercussions psychologiques et émotionnelles doivent être vues comme des réactions humaines normales en réponse à un événement hors norme, terrifiant et horrible.

Les principales conséquences psychologiques sont : 

  • L’Etat de Stress Post Traumatique (ESPT) ou en anglais, Post Traumatic Stress Disorder (PTSD) (reviviscences, évitements, hyperactivité neurovégétative) 
  • La dépression 
  • L’anxiété, la peur 
  • L’agressivité 
  • La honte, l’insécurité, l’auto-accusation, la haine de soi 
  • La maladie mentale 
  • Les pensées, les comportements et les tentatives suicidaires

3.2. Le « Rape Trauma Syndrome »

Le « Rape Trauma Syndrome » ou RTS a été décrit en 1974 par Ann Burgess et Lytle Holmstrom. Il s’agit d’un ensemble de réponses émotionnelles rencontrées chez la plupart des victimes de violences sexuelles.

Le RTS se décompose en deux phases : une phase aiguë  et une phase de réorganisation

3.2.1. La phase aiguë 

Cette phase survient immédiatement après l’agression sexuelle et dure de quelques jours à quelques semaines. Les réponses varient d’une personne à l’autre et dépendent de facteurs internes (personnalité) et externes (culture, type et circonstances de l’agression, etc.). Les manifestations cliniques du traumatisme liées au viol varient entre les extrêmes d’une décompensation psychotique et de troubles réactionnels réversibles.

Ces manifestations sont à considérer comme des réactions normales, du moins attendues, au regard d’un événement hors du commun.

L’état de choc : dans les heures qui suivent l’agression 

Les réactions dans les heures qui suivent l’agression s’expriment selon deux modalités comportementales : 

  • Le style « expressif » : la victime exprime bruyamment ses émotions de peur, d’anxiété et de colère au travers son comportement (pleurs, cris, rires, agitation, etc.). 
  • Le style « contrôlé » : la victime cache ou masque ses émotions ; son comportement est calme et posé.

Une victime peut alterner ces deux types d’expression de son vécu. Elle peut se sentir en colère, avoir peur puis se réjouir d’être encore en vie, être triste, etc.

La phase immédiate 

On appelle phase immédiate la période qui débute quelques jours après l’agression et se poursuit quelques semaines après.

La victime peut présenter un large éventail de réactions physiques, comportementales et émotionnelles. Ces réactions sont en partie déterminées par les circonstances de l’agression. Par exemple, si la personne a été agressée alors qu’elle se trouvait seule, elle peut vouloir être constamment accompagnée ; si elle a été violée par plusieurs personnes, elle peut manifester un retrait social et vouloir s’isoler.

Les réactions immédiates après un viol sont : 

  • Les symptômes physiques du stress 
    • des évanouissements  
    • une sensation de froid, des frissons, des tremblements, des sursauts, des palpitations  
    • la désorientation, la désorganisation mentale, la confusion 
    • des nausées, des vomissements, des maux d’estomac 
    • des céphalées, des douleurs dorsales, des douleurs diffuses dans tout le corps 
    • de la fatigue  
  • Les symptômes comportementaux 
    • des pleurs, des cris, des rires nerveux, de la logorrhée (besoin de beaucoup parler)
    • un état d’alerte permanente, de l’hypervigilance, une impossibilité de se reposer ou de se relaxer, de l’agitation, des troubles du sommeil (insomnie, réveils nocturnes, cauchemars) 
    • une préoccupation accrue concernant l’hygiène (se laver de façon compulsive), des rituels conjuratoires compulsifs (par exemple, séances interminables de prière) 
    • le refus d’être touché(e) physiquement 
    • des évitements de tout ce qui rappelle l’agression (lieux, personnes, discussions, relations sexuelles, etc.) 
    • de la méfiance et de la suspicion par rapport à autrui et en particulier par rapport aux hommes (tant pour les hommes que pour les femmes victimes) 
    • des difficultés de concentration 
    • des troubles de l’appétit 
    • une consommation ou une augmentation de la consommation de substances psycho-actives (alcool, drogue) 
    • un retrait émotionnel (isolement, perte d’intérêt pour les autres, pour les activités habituelles et/ou pour la sexualité) 
    • une dépendance affective (par exemple, ne pas vouloir rester seul(e)) 
    • des bégaiements 
    • des sautes d’humeur, de la colère et de l’agressivité souvent manifestée à l’égard de l’entourage pour des choses banales 
    • des actes de revanche 
    • une accentuation des problèmes comportementaux préexistants
  • Les symptômes psychologiques 
    • la peur : peur de ne pas être crû(e), peur de subir une autre agression sexuelle, peur de la réaction de l’entourage, peur des inconnus, peur d’avoir contracté une infection sexuellement transmissible (en particulier le HIV/SIDA), etc. 
    • des angoisses, des attaques de panique, de la terreur, des réactions d’épouvante (impression de vivre un cauchemar, crises de larmes, cris) 
    • des sentiments d’impuissance 
    • des sentiments d’humiliation, de gêne, de honte, de déshonneur, le sentiment d’être sale et souillé(e), un dégoût de soi, une perte de l’estime de soi.  
    • des idées d’endommagement corporel (impression que le corps a subi un dommage irréversible) 
    • des sentiments de culpabilité par rapport à son propre comportement (par exemple, de ne pas s’être défendu(e)), sentiment de culpabilité par rapport à autrui (par exemple, dans certaines cultures, d’avoir infligé le déshonneur à la famille). 
    • des sentiments d’isolement, une impression de ne pas être compris(e)  
    • de la colère, de l’agressivité vis-à-vis de l’agresseur 
    • de l’euphorie, un soulagement d’avoir évité la mort
    • une absence d’émotions, du mutisme, un repli sur soi (besoin de la victime de se protéger psychologiquement et d’intégrer ce qu’elle vient de vivre) 
    • le déni de l’agression ou de la gravité de ses conséquences  
    • des symptômes dépressifs, des idées ou des passages à l’acte suicidaire 
    • un Etat de Stress Aigu (symptômes dissociatifs, reviviscence de l’événement traumatique, évitements, symptômes d’activité neurovégétative persistante) 
    • des décompensations psychotiques (délires) 
    • une accentuation des problèmes psychologiques préexistants

3.2.2. La phase de réorganisation

La phase de réorganisation dure de quelques mois à plusieurs années et débute lorsque la victime commence à résoudre et à intégrer l’expérience de l’agression.

La durée de cette phase varie d’un individu à l’autre. Elle dépend de différents facteurs liés à l’agression elle-même (contexte, intensité, durée, fréquence, etc.), à l’individu (âge, personnalité, capacité de coping1, etc.) et au milieu de récupération (soutien ou rejet de l’entourage).

La phase post-immédiate : dans les semaines et les mois qui suivent l’agression

Durant cette phase, on relève les symptômes suivants :

  • la persistance ou l’exacerbation des symptômes sus-cités 
  • une peur subsistante : peur des représailles, inquiétude et anxiété face aux démarches à accomplir et face à l’impact de l’agression sur la vie, etc. 
  • des pseudo-phobies2 : peur des hommes, de la foule, des étrangers, des relations sexuelles, d’être touché(e) physiquement, de rester seul(e) 
  • une diminution du seuil de tolérance de la victime dans des situations perçues comme étant une menace pour sa sécurité et son intégrité physique 
  • des troubles dépressifs3 
  • une fatigue chronique 
  • un ébranlement identitaire : le sentiment d’être « mort(e) à l’intérieur », d’être « cassé(e) », « brisé(e) », de ne plus exister (sentiments liés à la perte d’intégrité), le sentiment d’avoir changé de nature, de ne plus être « la/le même » 
  • la résignation, une absence d’espoir dans l’avenir, un sentiment d’impuissance
  • le déni de l’agression ou, du moins de ses conséquences, est une réaction courante dans la phase post-immédiate 
  • l’Etat de Stress Post-Traumatique (symptômes dissociatifs, reviviscence de l’événement traumatique, évitements, symptômes d’activité neurovégétative persistante)

La phase à long terme

Les manifestations cliniques du traumatisme peuvent se ressentir à long terme voire durant toute la vie de l’individu. 

  • une persistance des symptômes sus-cités 
  • de la colère contre le(s) agresseur(s) 
  • une diminution de la capacité de jouir de la vie 
  • de l’hypervigilance par rapport au danger (par exemple, peur face aux nouvelles situations)  des dysfonctions sexuelles (diminution significative du désir et du plaisir, réminiscences traumatiques pendant les rapports sexuels consentis)

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