Presse – Atlantico – janvier 2013

Demain j’arrête – Toutes les bonnes résolutions que la France devrait prendre pour relever la tête en 2013

Interview de Florence Servan-Schreiber, publié dans la rubrique Décryptage du site Atlantico.fr

Bonne lecture et bonne année 2013 !

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Capture d’écran 2013-01-03 à 14.18.04Atlantico : 2012 aura été une année difficile pour les Français avec une baisse notoire du moral des ménages, comme si un constat d’impuissance face à la crise s’était durablement installé. Peut-on dire que cette morosité est aujourd’hui une fatalité dans l’Hexagone ?

Florence Servan-Schreiber : Je pense que non, puisque tout dépend ici de la perception que l’on a du phénomène. On peut effectivement enregistrer à l’échelle nationale une tendance croissante du pessimisme face à l’avenir du monde et plus particulièrement de la France, mais cela ne se retrouve pas selon moi à l’échelle individuelle dans les contacts que l’on a au quotidien. Même si le chômage augmente, on peut affirmer que la situation de la majorité des Français reste relativement inchangée depuis 2008 (quand on la compare par exemple aux cas portugais, espagnol ou grec ndlr) et qu’il n’y a pas encore de bouleversement massif de nos modes de vie. On peut dire par conséquent qu’une bonne partie de la population a encore une emprise sur son existence, ce qui modère pour l’instant le constat d’impuissance face aux réalités économiques.

Cela ne contredit pas cependant l’idée que les gens ont intégré le ralentissement de la croissance et que cela pourrait à terme menacer leur emploi, même pour ceux qui sont en poste depuis longtemps. La montée galopante du chômage devient effectivement une évidence annoncée plutôt qu’un risque lointain, on le voit tous les jours dans les entreprises qui s’inquiètent d’une contraction de leur activité qui pourrait à terme mener à des plans de restructuration entraînant de nombreux départs. Il y a donc bel et bien une épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête de beaucoup de Français mais il ne faudrait pas oublier qu’au-delà de cet épisode inquiétant, le véritable enjeu se trouve être notre capacité d’adaptation aux changements mondiaux. Que ce soit à l’échelle individuelle ou collective, les ressorts psychologiques pour mieux rebondir existent, et possèdent une puissance créatrice qu’il ne faut pas négliger. Nous sommes actuellement dans la situation où nous nous apprêtons à recevoir un coup de bâton et la peur générée par cette imminence nous empêche d’agir, mais ce sera seulement une fois que le coup aura été pris que nous serons capables d’envisager des perspectives d’avenir porteuses. Cela prouve qu’à terme l’inquiétude et le pessimisme ne sont qu’une étape vers les changements nécessaires à notre adaptation.

Le pessimisme se caractérise souvent par une peur de l’environnement et du changement. Peut-on dire par conséquent que la peur des Français face à la mondialisation explique notre scepticisme actuel ?

Florence Servan-Schreiber : Malgré une certaine inquiétude, il y a toujours à mon avis une certaine capacité de raisonnement et d’anticipation qui fait que nous ne sommes pas exactement désemparés face à l’évolution des tendances économiques globales. Il y a effectivement la sensation que la marche du monde ne s’arrêtera pas sur commande et que des conséquences douloureuses déboucheront de ces bouleversements. Encore une fois, on se retrouve confronté à la sensation d’impuissance évoquée plus haut combinée à une peur de l’inconnu qui peut justifier notre immobilisme actuel. Il serait cependant absurde de parier sur une disparition du modèle français, et il faudrait sortir des procès en pessimisme pour se concentrer sur nos capacités de rebond, qui sont bien réelles.

A l’échelle individuelle on peut prendre l’exemple des personnes recouvrant d’un deuil : il s’agit d’un choc qui nous force à accepter le présent tel qu’il est, le but étant de surmonter le souvenir. Si l’on réussit cela on construit de fait une base plus solide permettant de restaurer notre confiance en soi et d’affronter les problématiques quotidiennes avec cran et réactivité. Cet exemple personnel peut s’appliquer au collectif, dans le sens où les Français doivent faire le deuil de la France telle qu’elle se définissait au XXe siècle pour accepter le présent et reconstruire son identité collective. Bien que l’on ne mesure pas encore toute l’étendue des bouleversements qui nous attendent, je tablerai davantage sur une amélioration de notre situation plutôt que sur une dégradation.

Comment pourrait-on surmonter cet état d’esprit pour retrouver une attitude positive à l’échelle nationale ?

Florence Servan-Schreiber : Le tout serait d’abord de mesurer jusqu’où va notre peur du changement, pour la comparer ensuite à nos capacités réelles : lorsque ce procédé s’opère, on arrive généralement à reprendre une approche plus mesurée de notre environnement et c’est à partir de ce moment que la mécanique de confiance s’opère à nouveau.

On conseille aussi généralement à un individu sous choc psychologique de faire l’inventaire des différentes crises auxquelles il a survécu pour prendre conscience de sa capacité de résistance. Cela peut aussi fonctionner à l’échelle du pays, puisque l’on remarque que la France a connu de nombreuses crises dont elle s’est toujours relevée de manière positive, les Trente Glorieuses n’étant qu’un exemple de ce phénomène.

Un autre procédé permettant de renouer avec le positivisme est d’intégrer et pratiquer le concept de solidarité, j’aide l’autre donc je m’aide moi-même, ce qui encore une fois peut se retranscrire à l’échelle nationale : le développement d’une solidarité dépassant les intérêts corporatistes de telle ou telle profession ou encore de telle ou telle formation politique peut largement nous aider dans l’ensemble à redresser la tête.

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