Presse – Traumatismes et transmission

Article publié par Le Temps, le 29 janvier 2014.

Les blessures psychiques peuvent se propager de proche en proche ou de génération en génération, à la manière d’un héritage ou d’une contagion. Comment? Que faire? Points de vue de psychologues et de généticiens

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La bonne nouvelle? Cela se soigne. C’est ce que fait également Eva Zimmermann, psychologue à Fribourg et formatrice spécialisée dans la thérapie EMDR. «Je suis en train de développer une approche transgénérationnelle, qui consiste à traiter les effets que peuvent avoir, sur une personne, les traumatismes vécus par ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Les événements peuvent être réellement connus ou seulement imaginés. Par exemple, si un aïeul a vécu la déportation, la personne peut être traumatisée par cette histoire, même si elle n’a que peu d’informations. L’imagination est fertile, elle travaille sur ce qui se dit comme sur ce qui ne se dit pas. On le voit dans le cas des secrets de famille: dès qu’on pose une question et qu’on sent qu’on touche à un tabou, cette interdiction devient un moteur; on se fabrique une représentation de la réalité, et on a tendance à imaginer le pire. En thérapie EMDR, on traite, dès lors, tout ce que la personne imagine.»

Dans ses lignes directrices sur les soins de santé mentale à apporter après un traumatisme, l’Organisation mondiale de la santé recommande depuis 2013 la thérapie EMDR, technique dont l’originalité réside dans des stimulations alternées des hémisphères du cerveau. «La théorie de base, c’est que l’être humain est programmé pour l’auto-guérison. Si on se coupe avec un couteau, la plaie se referme. Il y a, par contre, des blessures qui s’infectent. La même chose se passe probablement au niveau psychologique: nous sommes prédéfinis biologiquement pour guérir des blessures psychiques.» La preuve: «Quelque 90% des personnes se remettent spontanément d’un événement traumatique unique. Mais l’intensité, la répétition ou le cumul des situations à forte charge émotionnelle accroissent le risque de séquelles. Il y a donc des blessures psychiques qui ne guérissent pas, qui se mettent en quelque sorte à puruler. Et il suffit que quelqu’un mette le doigt dessus pour que ça fasse horriblement mal. Les événements peuvent être très loin dans le passé, mais les déclencheurs des symptômes sont dans le présent. Ces déclencheurs peuvent être conscients (tels qu’une séquence de film montrant une relation sexuelle pour une personne qui aurait été violée), ou complètement inconscients. Le problème, c’est qu’il y a des déclencheurs potentiels partout…»

Que fait la thérapie EMDR? «Elle stimule le mécanisme d’auto-guérison. L’idée, c’est que certains souvenirs douloureux restent dommageables à cause de la façon dont ils sont stockés. On active donc le souvenir, réel ou imaginé, en utilisant aussi bien les fonctions émotionnelles que rationnelles du cerveau. Ensuite, on lance la stimulation bilatérale alternée, qui peut être visuelle, auditive ou tactile. Celle-ci permet de créer de nouvelles connexions et – pour utiliser une image – de relocaliser le souvenir dans un tiroir où il n’est plus chargé de la même émotion.» C’est, si l’on veut, la guérison par le rangement…

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