Psychotraumatologie Centrée Compétences

Un article Psychotraumatologie Centrée Compétences, d’Hélène Dellucci, publié dans la Revue Thérapie Familiale. 34 (4). pp 193-226.

Article en français, en accès libre.

Résumé

Les traumatismes psychiques faisaient partie jadis des tableaux cliniques les plus récalcitrants. Aujourd’hui, avec les méthodes de la psychotraumatologie moderne, cette affection devient facilement appréhendable. Cet article fait le tour des différents types de réactions traumatiques après des événements négatifs et propose une lecture et des pistes centrées compétences, à partir du Modèle de Bruges. A travers les différentes phases d’une thérapie en psychotraumatologie seront abordées la stabilisation, l’importance de l’attachement pour se mettre au travail, et les conditions pour un travail psychothérapeutique qui permette de s’affranchir des traumatismes psychiques.

Plan

  1. Introduction
  2. Symptomatologie de l’Etat de Stress Post-traumatique
  3. Les différents types de traumatismes psychiques
    1. La réaction de stress aigu
    2. L’ESPT simple
    3. L’ESPT complexe
    4. Les troubles dissociatifs
    5. Vignette clinique 1 : Laure
  4. Structure de traitement en psychotraumatologie
  5. La stabilisation : une étape majeure du soin en psychotraumatologie
  6. Notre positionnement thérapeutique en psychotraumatologie
  7. Le modèle de Bruges en psychotraumatologie
    1. La relation non engagée : une question de sécurité
    2. La relation de recherche : une question d’attachement sécure
    3. Vignette clinique 2 : Vincent
    4. La relation de consultance : une question d’autonomie
    5. La relation de co-expertise
    6. Vignette clinique 3 : Eliane
    7. La confrontation des traumatismes
  8. Au moins quatre niveaux de communication, donc d’influence
  9. La phase d’intégration et d’accompagnement au changement
  10. Conclusion : tout traumatisme est complètement guérissable

Extraits

(…) nous proposons, à l’issue d’une période de stabilisation et de partage d’informations suffisantes pour que la personne puisse décider avec un consentement parfaitement éclairé, une démarche de confrontation où l’EMDR (Shapiro, 1991) reste un outil préférentiel, d’une part en raison de son efficacité, d’autre part pour sa rapidité. Cette approche a l’avantage de permettre un travail sur le traumatisme avec une exposition restreinte, n’impliquant aucun exercice d’exposition à domicile. Même si à l’origine, l’EMDR est centré sur la résolution de séquelles post-traumatiques, nous pouvons proposer aujourd’hui un protocole modifié, de façon à le rendre parfaitement compatible avec une approche centrée compétences (Dellucci et Vojtova, 2012 ; Dellucci, 2013). (…)

(…) Les collègues intervenant dans les territoires occupés et en crise, en Palestine et en Israël ont mis au point des protocoles d’intervention, utilisant l’EMDR après des événements récents chez les adultes (Kutz et Bleich, 2005 ; Kutz et coll., 2008 ; Quinn, 2009 ; Shapiro, 2009) et les enfants (Zaghrout et Dodgson, 2008). Ces interventions se font souvent en milieu hospitalier, voire au service d’urgences, par des professionnels qualifiés avec cette population et ce type d’intervention. (…)

(…) Si les réactions émotionnelles et les symptômes persistent au-delà de trois mois, nous pouvons parler d’un Etat de Stress Post-Traumatique. L’ESPT simple consiste en un événement unique, ou plusieurs événements dans une vie, sans lien les uns avec les autres. Pragmatiquement, les professionnels parlent d’un « coup de tonnerre dans un ciel bleu », c’est-à-dire que la personne n’a pas de séquelles préétablies. Un événement unique est guérissable en une à trois séances d’EMDR (Shapiro, 2001), trois à cinq séances, si l’on prend en compte une séance de stabilisation et une séance de clôture. Cette rapidité, qui peut paraître surprenante, s’appuie sur les capacités d’auto-guérison du cerveau, qui en cas de traumatismes simples, permet à trois quarts des personnes de se remettre sans séquelles d’une expérience traumatique. C’est aussi la raison pour laquelle, dans un cabinet de psychotraumatologue, ce sont les tableaux cliniques les plus rares. (…) 

(…) Ces techniques d’oscillation mettent toutes l’accent sur le ciblage du réseau traumatique. D’autres approches s’intéressent davantage aux ressources à installer ou à amplifier : après avoir posé la question du degré de perturbation par rapport à l’expérience négative, la technique d’absorption (Hofmann, 2009) ou le protocole de développement et d’installation de ressources (Korn et Leeds, 2002) demande à la personne, de quelle ressource elle aurait besoin, pour faire face à cette situation ici et maintenant. Ensuite ces ressources sont installées à la manière de la construction d’un nouveau réseau neuronal : avec une image, des sons, d’autres éléments sensoriels, des sentiments, des ressentis corporels, une valeur existentielle et un mot-clé. Cette ressource peut provenir d’une expérience vécue, mais aussi à travers l’admiration que la personne peut avoir pour quelqu’un de son entourage, voire pour une figure symbolique.

L’idée majeure qui circule dans de nombreuses approches thérapeutiques visant à guérir des séquelles post-traumatiques est qu’il existe une expérience à la source de la construction du réseau neuronal. La motivation, notamment en EMDR, est de cibler ce souvenir source, ce qui permettra en même temps de traiter toutes les expériences en lien avec celui-ci. Ensuite les souvenirs du passé sont désensibilisés par ordre de degré de perturbation, puis les déclencheurs du présent, pour finir par installer un scénario du futur en contraste avec la problématique actuelle. Cette approche en trois temps, brillante théoriquement, n’est efficace qu’avec des personnes dont la charge traumatique n’est pas trop importante, c’est-à-dire une minorité des personnes dont nous prenons soin. Bien que rapide avec des personnes bien fonctionnelles, elle mène à de fréquents blocages.

Le Protocole Inversé (Hofmann 2005, 2009) répond à cette difficulté en inversant l’ordre des souvenirs à retraiter : d’abord les craintes du futur, ciblées notamment à travers la technique de l’absorption, puis les déclencheurs du présent, en utilisant aussi des techniques d’oscillation. Les souvenirs du passé ne sont abordés, que si les deux premiers pas n’ont pas montré de déstabilisation et si le fonctionnement de la personne s’améliore. Sont alors abordés les souvenirs d’un passé récent d’abord, avant ceux de l’enfance. (…) 

(…) Katie O’Shea (2009) a également proposé un protocole EMDR spécifique, permettant de retraiter les empreintes précoces. Cela est d’une grande utilité, car bon nombre de nos clients ont connu des expériences négatives dès le début de leur vie, voire avant. Lorsque ces mémoires préverbales surgissent dans le processus de retraitement, elles ne se comportent pas comme des souvenirs ordinaires. Les personnes éprouvent des sensations physiques intenses, des contenus bizarres, qui ne bénéficient pas d’un retraitement spontané entre les séances. Ne pas comprendre ces mémoires préverbales comme telles peut inquiéter le thérapeute et la personne, mener à des évaluations fallacieuses, et favoriser un blocage, tandis que les aborder dans un cadre clair et prédictible [12] permet non seulement à la personne de donner son consentement ou le refuser et privilégier d’autres pistes de travail, mais favorise aussi un retraitement en douceur, amenant des changements fondamentaux. Les modifications notées sont de trois ordres : les personnes sécurisent leurs attachements, elles sont plus assertives, c’est-à-dire elles tiennent davantage compte de leurs besoins et mettent des limites, et en conséquence, elles améliorent leur estime d’elles-mêmes. Après avoir retraité les empreintes précoces, le retraitement des souvenirs ultérieurs se fait facilement.

Une autre pratique qui se montre efficace, surtout lorsque les expériences négatives sont d’ordre relationnel, c’est l’écriture de lettres dont la lecture est combinée avec des stimulations bilatérales alternées (Dellucci, 2009, 2010). A notre sens, il s’agit là du meilleur compromis entre l’EMDR et l’approche solutionniste. La procédure même invite la personne d’emblée dans un rôle de co-thérapeute. C’est elle qui est experte de sa relation avec l’autre, et c’est elle qui rédige une lettre, comme si celui avec lequel elle a un compte à régler, pouvait tout entendre, tout comprendre, et ce même si dans la réalité, ce n’est pas le cas. Le but est que la personne en thérapie puisse exprimer sa part, sans retenue, en écrivant les choses comme elle les ressent, jusqu’à ce qu’elle ait l’impression d’avoir dit tout ce qu’il fallait. Ensuite, cet écrit est repris en thérapie, lu à voix haute par la personne. Dès qu’une activation physiologique, émotionnelle ou sensorielle se fait sentir, la lecture est arrêtée, la personne invitée à se centrer sur le lieu de la manifestation physique, et des séries de stimulations bilatérales accompagnent ce processus, jusqu’à ce que le corps soit à nouveau calme. Bessel van der Kolk nous a enseigné que « c’est le corps qui donne le score » (1994). Donc nous suivons les expressions du corps jusqu’à ce que celui-ci nous apprenne que cet élément est métabolisé. Ensuite, nous revenons à la lettre, remontant à la phrase avant l’émergence corporelle, et la lecture continue, jusqu’à la prochaine fois où le corps signale un autre élément qui mérite attention. C’est avec ce même procédé que l’équipe thérapeute-personne chemine jusqu’à la fin de la lettre. Très souvent, lorsque les personnes relisent un endroit auparavant sensible, et qu’elles constatent que maintenant leur ressenti à propos de cet élément est neutre, elles réagissent d’abord avec surprise, puis avec une joie qui les motive à aller de l’avant. (…)

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