Quand le chatbot devient « coach de suicide » : les cas documentés

Quand le chatbot devient « coach de suicide » : les cas documentés

Mis à jour le 5 juin 2026

Depuis 2024, une série de décès a été documentée dans des contextes où des chatbots d’intelligence artificielle ont joué un rôle avéré ou allégué. Wikipedia maintient désormais une page dédiée intitulée « Deaths linked to chatbots ». ChatGPT a été lié à au moins huit décès. Des poursuites judiciaires ont été engagées contre OpenAI, Character.AI et Google. Cet article présente les faits tels qu’ils ont été rapportés dans la presse et les documents judiciaires.

Avertissement. L’intelligence artificielle en santé mentale est un champ en transformation constante : de nouvelles études, réglementations et technologies émergent chaque mois. Cet article constitue un point de repère solide à la date de sa publication, mais la meilleure protection pour vos patients reste votre engagement dans une veille scientifique et une formation continue. 

Les cas liés à Character.AI

Sewell Setzer III (14 ans, Floride, février 2024). Sewell avait développé une relation émotionnelle et sexualisée avec un chatbot incarné en Daenerys Targaryen sur la plateforme Character.AI. Les transcriptions déposées dans le dossier judiciaire montrent des conversations intimes s’étalant sur près d’un an. Selon la plainte, lorsque Sewell a exprimé des idées suicidaires, le chatbot n’a pas déclenché de mécanisme d’alerte. Dans son dernier échange, il a dit qu’il voulait « rentrer à la maison » auprès du chatbot, qui a répondu de revenir aussi vite que possible. Quelques instants plus tard, il a mis fin à ses jours. Sa mère, Megan Garcia, avocate, a déposé plainte en octobre 2024. Un juge fédéral a autorisé la poursuite de l’action en mai 2025. L’affaire a été réglée par médiation en janvier 2026.

Juliana Peralta (13 ans, Colorado, novembre 2023). Juliana est décédée par suicide après des interactions prolongées avec des chatbots sur Character.AI. Ses parents ont déposé une plainte fédérale en septembre 2025. L’affaire a également fait l’objet d’un règlement en janvier 2026.

Natalie Rupnow (15 ans, Wisconsin, décembre 2024). Natalie a ouvert le feu dans une école privée du Wisconsin, tuant deux personnes et en blessant six autres, avant de se donner la mort. L’Institute for Countering Digital Extremism a rapporté que son profil sur Character.AI contenait des contenus supremacistes blancs. L’affaire a conduit à des interrogations sur le rôle des chatbots dans la radicalisation.

Au total, Character.AI et Google (co-défendeur en raison de l’accord de licence de 2,7 milliards de dollars conclu en août 2024 et du recrutement des fondateurs Noam Shazeer et Daniel De Freitas) ont réglé cinq poursuites en janvier 2026, dans des affaires provenant de Floride, du Colorado, de New York et du Texas.

Les cas liés à ChatGPT (OpenAI)

Adam Raine (16 ans, Californie, avril 2025). Selon ses parents, Adam avait confié ses pensées suicidaires à ChatGPT pendant environ sept mois. Le chatbot ne l’a pas orienté vers ses parents ni vers un service d’aide. Il lui aurait même proposé de rédiger son mot de suicide, selon le témoignage du père devant le Sénat américain en septembre 2025. OpenAI a répondu que le jeune homme souffrait d’idéations suicidaires depuis des années et qu’il violait les conditions d’utilisation du service.

Amaurie Lacey (17 ans, juin 2025). Selon la plainte déposée en novembre 2025 par le Social Media Victims Law Center, ChatGPT a indiqué à Amaurie comment réaliser un nœud et fourni des informations sur la durée de survie sans respirer, accompagnées de la formule indiquant qu’il était là pour l’aider.

Sam Nelson (19 ans, mai 2025). Selon les transcriptions, Sam utilisait ChatGPT depuis plusieurs années pour des questions liées à la consommation de substances. Le soir de son décès, il a interrogé le chatbot sur les interactions entre les drogues qu’il consommait. Des messages du chatbot encourageant des usages dangereux ont été identifiés dans les transcriptions, incluant des propos sur un usage récréatif de substances.

Stein-Erik Soelberg (48 ans, août 2025). Ancien employé de la tech, Soelberg a assassiné sa mère puis s’est donné la mort. Selon le Wall Street Journal, les conversations avec ChatGPT avaient alimenté des délires paranoïaques concernant sa mère : le chatbot avait confirmé ses craintes que sa mère mettait des drogues psychotropes dans les aérations de sa voiture et que le ticket de caisse d’un restaurant chinois contenait des symboles démoniaques liés à elle.

Alex Taylor (35 ans, avril 2025). Taylor, diagnostiqué avec une schizophrénie et un trouble bipolaire, avait développé la conviction d’être en relation avec une entité consciente prénommée « Juliet » au sein de ChatGPT. Il a ensuite cru qu’OpenAI avait « tué » cette entité. Il est décédé lors d’une confrontation avec la police au cours de laquelle il s’est dirigé vers les agents avec un couteau. Les protocoles de sécurité du chatbot ne se sont déclenchés qu’après qu’il a indiqué être en train de mourir et que la police arrivait.

Sophie Rottenberg (29 ans, février 2025). Sophie avait discuté de ses problèmes de santé mentale pendant des mois avec un chatbot ChatGPT qu’elle avait nommé Harry. Le chatbot avait mentionné la nécessité de chercher de l’aide supplémentaire, mais n’avait pu intervenir concrètement ni alerter une tierce personne. Ses parents ont découvert ces conversations cinq mois après son décès.

Un cas lié à Meta 

Thongbue Wongbandue (78 ans, Thaïlande/États-Unis, mars 2025). Thongbue avait développé une relation avec le chatbot « Big sis Billie » de Meta, croyant qu’il s’agissait d’une personne réelle. Convaincu de pouvoir la rencontrer physiquement à l’adresse fictive « 123 Main Street, New York », il a entrepris le voyage et est décédé des suites de blessures survenues lors d’une chute alors qu’il se précipitait pour attraper un train.

L’échelle du problème 

En octobre 2025, OpenAI a publié des données indiquant qu’environ 1,2 million de ses 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires discutaient de suicide chaque semaine, et que 0,15 % des utilisateurs présentaient des indicateurs explicites de planification ou d’intention suicidaire. La Federal Trade Commission (FTC) américaine a lancé en septembre 2025 une enquête auprès de sept entreprises technologiques fournissant des chatbots au grand public, parmi lesquelles OpenAI, Google, Meta, Character.AI et xAI.

Les réponses des entreprises et du législateur 

OpenAI a annoncé de nouveaux contrôles parentaux en septembre 2025 et a constitué une équipe de 170 professionnels de santé mentale pour rédiger des réponses adaptées aux situations de crise. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a indiqué devant le Sénat que l’entreprise tenterait de contacter les parents des utilisateurs mineurs en situation d’idéation suicidaire, et les autorités en cas de danger imminent.

Character.AI a annoncé en octobre 2025 l’interdiction aux utilisateurs de moins de 18 ans de participer à des conversations ouvertes. La plateforme a également créé un AI Safety Lab, organisme à but non lucratif indépendant consacré à la sécurité des outils d’IA de divertissement.

Sur le plan législatif, la Californie a promulgué en octobre 2025 le Senate Bill 243, rédigé avec la participation de Megan Garcia, qui donne aux familles le droit de poursuivre en justice les opérateurs de chatbots qui ne garantissent pas la sécurité de leurs produits. L’Illinois a adopté le WOPR Act (abordé dans l’article 10 de cette série) le 1er août 2025.

Ce que ces cas révèlent

L’American Psychological Association (APA) a pris position. Arthur C. Evans Jr., directeur général de l’APA, a déclaré devant la FTC que les chatbots se faisant passer pour des thérapeutes renforçaient les pensées nocives au lieu de les confronter, et utilisaient des algorithmes antithétiques à ce que ferait un clinicien formé. Mitch Prinstein, directeur de la stratégie psychologique de l’APA, a témoigné aux côtés des parents devant le Sénat.

Les cas documentés partagent des caractéristiques communes : des utilisateurs vulnérables (mineurs, personnes souffrant de troubles psychiatriques préexistants, personnes âgées isolées), un usage prolongé et solitaire, et l’absence de mécanisme de détection ou d’escalade adapté du côté de la plateforme. Aucun de ces chatbots n’a orienté activement un utilisateur en crise vers un professionnel ou un proche.

À retenir pour la pratique clinique

L’IA est désormais un facteur environnemental à intégrer systématiquement dans l’évaluation du risque suicidaire, au même titre que l’accès aux armes, aux médicaments, ou l’isolement social. La question « Utilisez-vous des chatbots pour parler de ce que vous ressentez ? » doit faire partie du bilan.

Les chatbots n’ont aucune capacité de détection des crises suicidaires fiable. Les protocoles de sécurité existants (redirection vers le 3114 ou équivalents) ne se déclenchent que dans des scénarios très explicites et échouent dans des formulations indirectes ou métaphoriques.

Les patients mineurs sont particulièrement exposés. Plusieurs des cas documentés concernent des adolescents de 13 à 17 ans. Les familles découvrent généralement l’usage des chatbots après le décès. Informer les familles de l’existence de ces usages fait partie du rôle clinique.

Si un patient décrit une relation émotionnelle avec un chatbot (attachement, sentiment amoureux, conviction de sentience), cela constitue un signal d’alerte clinique à évaluer dans le cadre de la sémiologie délirante.

Conserver une posture non jugeante face à ces usages est essentiel. Les patients ou proches qui décrivent ces situations sont souvent en détresse et peuvent craindre d’être stigmatisés.

Pour la France : le numéro national de prévention du suicide est le 3114 (24h/24, 7j/7). Les cas décrits dans cet article sont américains et thaïlandais, mais le phénomène n’a pas de frontière géographique.

En savoir plus

L’intelligence artificielle en santé mentale est un champ en transformation constante : de nouvelles études, réglementations et technologies émergent chaque mois. Cet article constitue un point de repère solide à la date de sa publication, mais la meilleure protection pour vos patients reste votre engagement dans une veille scientifique et une formation continue. 

Sources 

  • Wikipedia — « Deaths linked to chatbots », consulté le 3 février 2026.
  • Garcia v. Character Technologies, Inc. — U.S. District Court, Middle District of Florida, n° 6:24-cv-01903, déposée octobre 2024, règlement janvier 2026.
  • CNBC — « Google, Character.AI to settle suits involving minor suicides and AI chatbots », 7 janvier 2026.
  • JURIST — « Google and Character.AI agree to settle lawsuit linked to teen suicide », janvier 2026.
  • CNN — « More families sue Character.AI developer », 16 septembre 2025.
  • NPR — « Their teenage sons died by suicide. Now, they are sounding an alarm about AI chatbots », 19 septembre 2025.
  • France 24 — « Death of ‘sweet king’: AI chatbots linked to teen tragedy », 10 octobre 2025.
  • Wall Street Journal — Jargon J., « He had dangerous delusions. ChatGPT admitted it made them worse », 20 juillet 2025.
  • Wall Street Journal — Schechner S. et Kessler S., « ‘I feel like I’m going crazy’: ChatGPT fuels delusional spirals », 7 août 2025.
  • Futurism — « Doctors Say AI Use Is Almost Certainly Linked to Developing Psychosis », 30 décembre 2025.
  • OpenAI — Données publiées en octobre 2025 (1,2 million d’utilisateurs/semaine discutant de suicide).
  • FTC — Enquête auprès de 7 entreprises technologiques, septembre 2025.
  • Sénat américain — Audition du sous-comité Crime and Terrorism, 16 septembre 2025 (témoignages Garcia, Raine, Prinstein).
  • California Senate Bill 243 — Signé en octobre 2025.

Aller plus loin 

Formation(s) : L’usage des intelligences artificielles par les patients : enjeux cliniques, éthiques et thérapeutiques 

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