Quand passer de la phase 2 à la phase 3 en EMDR ? Une compilation de repères cliniques

Quand passer de la phase 2 à la phase 3 en EMDR ? Une compilation de repères cliniques

Mis à jour le 29 juin 2026

Ce document, publié sur le blog officiel de l’EMDR International Association (EMDRIA), est une compilation de réponses courtes — écrites ou vidéo — recueillies auprès de membres de l’EMDRIA, en amont du lancement d’un « EMDR Phase 2 toolkit » (kit d’outils consacré à la phase de préparation). La question posée était simple mais clinique :

« Quels indicateurs vous permettent de savoir quand passer de la phase 2 à la phase 3 ? »

Il ne s’agit pas d’une étude empirique ni d’un article scientifique avec comité de lecture, mais d’une mise en dialogue d’une quinzaine de praticien·ne·s (certifié·e·s EMDRIA, consultant·e·s approuvé·e·s, formateurs·trices) travaillant aux États-Unis, au Canada, en Ukraine et au Guatemala. Les contributions offrent une pluralité convergente de repères cliniques pour soutenir cette décision clinique cruciale.

En bref

Les contributions convergent autour de plusieurs points structurants :

  • Passer de la phase 2 à la phase 3 n’est pas une affaire de durée ni d’empressement du thérapeute, mais de marqueurs fonctionnels observables chez le patient.
  • La régulation flexible importe davantage que la régulation parfaite : ce qui compte, c’est que le patient puisse sentir la montée d’activation et rester connecté.
  • La double conscience (dual awareness) — « un pied dans l’ici-et-maintenant, un pied dans le passé » — est un indicateur central.
  • La relation thérapeutique doit être suffisamment stable pour tolérer l’intensité sans rupture.
  • Les ressources doivent être utilisables, pas seulement listées : le patient doit pouvoir s’en servir entre les séances.
  • La formule d’une consultante résume la tension : « aussi longtemps que nécessaire, aussi court que possible ».

Points clefs 

1. Utilisation effective des ressources entre les séances

Plusieurs contributrices insistent sur un indicateur clé : le patient partage spontanément l’usage qu’il fait de ses ressources internes entre les séances pour gérer stresseurs et déclencheurs identifiés (Drionne Arney, Floride). Ce partage enthousiaste, sur plusieurs séances consécutives, reflète une augmentation significative des sentiments d’empowerment, de confiance et d’adhésion à la capacité du patient à tolérer la détresse, résoudre des problèmes et participer activement à la gestion de ses symptômes.

Julie Homrich (Géorgie) le formule avec force : « Je ne passe pas de la phase 2 à la phase 3 juste parce que mes patients peuvent lister leurs ressources. Je bouge quand je vois qu’ils peuvent effectivement s’en servir. »

Rebekah Taylor (Arizona) complète : « Le patient démontre un usage consistant d’au moins une stratégie de régulation ou de grounding entre les séances. »

2. La régulation flexible plutôt que la régulation parfaite

Julie Homrich propose une distinction cliniquement précieuse :

« J’ai trouvé que l’état de préparation n’est pas une question de régulation parfaite — c’est une question de régulation flexible. Le patient peut sentir l’activation monter et rester connecté à moi. Il peut tenir la double conscience : « C’est difficile » et « Je suis ici, et je vais suffisamment bien ». »

La fenêtre de tolérance du patient doit être suffisamment robuste pour qu’approcher la cible se sente stimulant mais pas déstabilisant.

3. La double conscience comme marqueur central

Plusieurs contributeurs citent la double conscience comme critère essentiel :

  • Oksana Khmil (Ukraine) : « Le patient peut maintenir la double attention en discutant d’un matériel moyennement perturbant sans dissocier, être débordé ou perdre l’orientation présente. »
  • Rebekah Taylor (Arizona) : « Un pied ici-et-maintenant et un pied dans le passé. »
  • Jillian Hosey (Ontario, Canada) : « Le système du patient démontre une organisation, une différenciation et une double conscience suffisantes pour identifier et évaluer comment une cible existe actuellement en lui sans déstabilisation ni détachement. »

4. Retourner la question : ne pas demander « est-ce que le patient est prêt ? »

Steven Halady (New York) rapporte un apprentissage de supervision qu’il juge précieux :

« Une des meilleures choses que j’ai apprises d’un de mes consultants : ne demandez pas si le patient est prêt à passer de la phase 2 à la phase 3. Demandez s’il existe des raisons pour lesquelles il n’est pas prêt. La première question est presque impossible à répondre avec un degré de certitude satisfaisant. La seconde question peut décisivement écarter le passage à la phase suivante. »

5. La qualité de la relation thérapeutique

Jenn Bovee (Illinois) rappelle un critère relationnel essentiel : « Est-ce qu’ils vous font suffisamment confiance pour aller là ? Parce que la phase 3 ouvre la porte au matériel traumatique, et si cette alliance n’est pas solide, vous ne voulez pas les mettre en situation de se déstabiliser. »

Julie Homrich évoque la consistance : présence régulière aux séances, stabilité de l’environnement de vie, relation thérapeutique capable de tolérer l’intensité sans rupture.

Oksana Khmil ajoute : « Une alliance thérapeutique et une prévisibilité de la structure de séance suffisantes, pour que le patient sache à quoi s’attendre du retraitement. »

6. Des changements physiologiques observables, pas seulement cognitifs

Oksana Khmil (Ukraine) insiste sur une distinction clinique importante : le patient doit non seulement décrire cognitivement une ressource, mais montrer des changements physiologiques observables en y accédant. La régulation doit être consistante à travers les séances — pas seulement « un bon jour ».

Megan Quigley (Oregon) parle d’un « état affectif positif » (positive affect state) accessible de manière fiable durant un exercice de resourcing : calme, chaleur, stabilité, soulagement. Cette capacité indique que le patient dispose d’au moins un ancrage interne minimal pour la régulation.

7. Nombre et qualité des ressources

Stella Kimbrough (Pennsylvanie) propose un repère pratique :

  • 2 à 3 ressources solides permettant de trouver un calme corporel effectif pour un patient sans complexité particulière.
  • 4 ou plus pour les patients présentant une histoire particulièrement complexe ou qui décompensent facilement.

Les ressources doivent avoir été construites ensemble, être facilement accessibles et efficaces pour ce patient précis.

8. L’importance de la conceptualisation de cas issue de la phase 1

Jillian Hosey (Canada) rappelle que la transition vers la phase 3 n’est pas conduite par le temps ni par l’empressement du thérapeute, mais par des indicateurs émergeant d’un recueil d’histoire soigneux en phase 1. Les décisions reposent notamment sur la compréhension des symptômes, déclencheurs, ressources, capacités et accès à l’information adaptative.

Elle distingue clairement :

  • Les cibles bien définies, liées à des symptômes présents et à des futures templates.
  • Le matériel plus diffus, dérivé de l’attachement, qui nécessite davantage de préparation ou des procédures EMDR adaptées.

9. La dissociation comme contre-indication clé

Rebekah Taylor (Arizona) formule un critère d’exclusion précis : pas de dissociation significative non gérée qui interfère avec l’orientation au moment présent. Si les compétences de régulation s’effondrent sous une activation légère, ou si la dissociation interfère significativement avec le linkage, elle reste en phase 2.

10. Les stratégies de protection comprises, pas évitées ni shamées

Jillian Hosey (Canada) propose un indicateur peu souvent explicité : les stratégies de protection du patient sont comprises plutôt que honteusement évitées ou court-circuitées. Le patient peut accéder à au moins une stratégie (co-)régulatrice fiable et revenir à la ligne de base.

11. Méthodes expérientielles pour les patients en thérapie par le jeu et le sandtray

Kim Feeney (Iowa) apporte une perspective spécifique pour les thérapeutes travaillant avec enfants et adultes via jeu et sandtray therapy : la phase 2 doit prioriser la régulation et le resourcing via des méthodes expérientielles, symboliques et développementalement accordées, avant tout retraitement. Les patients peuvent créer des trays représentant lieux sûrs, figures protectrices, forces de coping, parfois associés à une stimulation bilatérale douce. L’enracinement symbolique et incarné rend les ressources fiables et accessibles.

12. Informed readiness et curiosité, pas urgence ni évitement

Rebekah Taylor ajoute un critère qualitatif important : le patient exprime une préparation informée et de la curiosité, pas de l’urgence ni de l’évitement. Ce point subtil permet de distinguer une motivation saine d’une impatience potentiellement défensive ou contre-phobique.

13. « Aussi longtemps que nécessaire, aussi court que possible »

Amber Quaranta-Leech (Texas) offre une analogie marquante issue de son expérience avec un cheval blessé :

« Quand Nike est sortie de chirurgie avec son plâtre complet, j’ai demandé combien de temps elle aurait besoin de porter le plâtre. La réponse : « Aussi longtemps que nécessaire, aussi court que possible ». Si le soutien est retiré trop tôt, le corps ne sera pas préparé à supporter le poids de la guérison. S’il est gardé trop longtemps, le corps ne finira pas de guérir car il s’attendra à ce que le soutien soit toujours là. »

Ce principe transférable à la phase 2 : combien de temps y rester ? « Aussi longtemps que nécessaire, aussi court que possible. » Le système nerveux doit montrer qu’il peut supporter le poids des mémoires qui vont être abordées en retraitement. Cela se voit par exemple quand les patients rapportent ne pas s’être énervés dans des situations habituellement frustrantes, ou ne pas avoir suivi une spirale négative habituelle.

14. Ne pas transformer la phase 2 en checklist rigide

Plusieurs contributeurs rappellent implicitement ce point : les indicateurs proposés ne forment pas une checklist à cocher. Jillian Hosey écrit : « En plus d’une checklist de readiness, la tolérance affective consistante dans la fenêtre de tolérance, la capacité à suivre l’expérience interne, et la preuve que les stratégies protectrices sont comprises… sont essentielles. »

Le passage à la phase 3 résulte d’une lecture clinique globale, pas d’une accumulation mécanique de critères.

À retenir pour la pratique 

Un critère structurant : l’usage effectif, pas seulement la connaissance des ressources. La convergence des cliniciens est claire : le patient doit utiliser ses ressources entre les séances, pas seulement les connaître et les réciter. Ce critère est facile à intégrer en supervision et à transmettre en formation initiale.

Substituer « flexible » à « parfaite » dans la lecture de la régulation. La régulation recherchée n’est pas l’absence d’activation, mais la capacité à sentir l’activation tout en restant connecté. Cette reformulation évite de maintenir indéfiniment des patients en phase 2 au motif qu’ils « ne sont pas encore calmes » — ce qui peut être iatrogène et renforcer l’évitement.

La double conscience comme test fonctionnel central. Pouvoir tenir simultanément « un pied ici, un pied là-bas » est peut-être le test clinique le plus opérationnel. Il peut être évalué en séance via des évocations graduelles et en observant la capacité du patient à rester orienté tout en laissant monter de l’affect.

La reformulation de Steven Halady à intégrer en supervision. Plutôt que de chercher à répondre « est-il prêt ? » (question presque impossible à trancher avec certitude), demander : « y a-t-il des raisons pour lesquelles il ne serait pas prêt ? ». Ce retournement de question est pédagogiquement élégant et opérationnellement plus efficace — il oriente vers l’identification d’obstacles concrets plutôt que vers une décision abstraite.

Différencier cibles définies et matériel diffus issu de l’attachement. Jillian Hosey rappelle un point clinique précieux : tous les contenus ne sont pas également accessibles à un passage immédiat en phase 3. Les cibles bien délimitées, liées à des symptômes présents et à des futures templates, peuvent être traitées selon le protocole standard ; le matériel attachement nécessite préparation supplémentaire ou procédures adaptées.

Le nombre de ressources : un repère simple mais non absolu. Les 2-3 ressources minimum proposées par Stella Kimbrough (4 ou plus pour les patients complexes) constituent un repère concret. Il n’est pas dogmatique, mais peut servir de point de départ dans la formation et la supervision.

Des indicateurs physiologiques, pas seulement verbaux. Oksana Khmil rappelle qu’un resourcing valide se reconnaît à des changements physiologiques observables (respiration, posture, tonus facial, voix). Pour les formateurs, c’est un point à transmettre : former le regard clinique des stagiaires à lire ces indicateurs corporels, pas seulement à écouter les déclarations verbales du patient.

L’alliance thérapeutique comme condition, pas comme à-côté. Deux contributrices (Jenn Bovee, Oksana Khmil) insistent : sans alliance suffisamment stable, la phase 3 peut déstabiliser. Pour les praticiens en cabinet libéral recevant des patients sur des prises en charge courtes, ce point invite à ne pas précipiter le passage sous pression économique ou de résultats.

Attention à l’urgence du patient comme drapeau. Rebekah Taylor distingue curiosité et préparation informée d’un côté, urgence et évitement de l’autre. Un patient qui veut « aller vite » peut être mû par une motivation saine — ou par une logique contre-phobique qui cherche à court-circuiter la préparation. Le discernement clinique est essentiel.

L’analogie du plâtre : « aussi longtemps que nécessaire, aussi court que possible ». Cette formule peut être reprise telle quelle en supervision ou en formation. Elle évite deux dérives symétriques : sortir trop tôt de la phase 2 (risque de retraumatisation et d’effondrement des ressources) ou y rester trop longtemps (risque de dépendance au cadre et de maintien dans une régulation assistée sans appropriation).

Adapter la lecture au contexte de pratique. Kim Feeney rappelle que pour les thérapeutes travaillant avec enfants ou en sandtray therapy, les indicateurs passent par l’expérientiel, le symbolique et le corporel. Pour un institut de formation accueillant des publics variés (enfants, adolescents, adultes avec particularités de communication), cette inclusivité dans l’enseignement est à valoriser.

Une compilation à lire comme une ressource de formation. Ce billet est un excellent matériau pour animer une séance de supervision collective ou un atelier de formation continue. Les positions des quinze contributeurs peuvent servir de base à un échange structuré entre praticiens, chacun identifiant les critères qu’il privilégie dans sa propre pratique.

Prudence épistémologique. Il s’agit d’une compilation de contributions subjectives de praticiens expérimentés, non d’un consensus formalisé de l’EMDRIA ni d’une recherche empirique. Les points de convergence sont cliniquement précieux, mais n’ont pas valeur de recommandations validées par essai contrôlé. Cette ressource est à utiliser comme matière de réflexion et d’appui à la formation, non comme protocole standardisé.

En savoir plus 

Références de l’article : EMDRIA Members Respond: When To Move Toward Reprocessing. Compilation de contributions courtes publiée sur le blog officiel de l’EMDR International Association.

Type de publication : compilation de réponses de membres de l’EMDRIA (contributions écrites courtes et vidéos) publiée sur le blog professionnel de l’EMDR International Association, en amont du lancement d’un EMDR Phase 2 toolkit

Ce n’est pas un article scientifique avec comité de lecture ni une recherche empirique.

Contributeurs mentionnés (par ordre d’apparition dans le texte) :

  • Drionne Arney, LICSW (Floride, USA)
  • Jenn Bovee, LCSW (Illinois, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant™
  • Justina Dodge, LCSW (Montana, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant™
  • Kim Feeney, LISW (Iowa, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant™
  • Dr Steven Halady, LCSW (New York, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant-in-Training™
  • Julie Homrich, LPC (Géorgie, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant-in-Training™
  • Jillian Hosey, LICSW (Ontario, Canada), EMDRIA Certified Therapist™, Approved Consultant™ et Approved Trainer™
  • Oksana Khmil (Gatne, Ukraine), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant-in-Training™
  • Stella Kimbrough, LCSW (Pennsylvanie, USA), EMDRIA Certified Therapist™
  • Paula Merucci, LCSW (Illinois, USA), EMDRIA Certified Therapist™, Approved Consultant™ et Trainer™
  • Eslia Yesenia Pérez Pernillo, Psych (Guatemala City, Guatemala)
  • Dr Amber Quaranta-Leech, LPC-S (Texas, USA), EMDRIA Certified Therapist™, Approved Consultant™ et Approved Trainer™
  • Megan Quigley, LCSW (Oregon, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant™
  • Amanda Roberson, LPC (Oregon, USA)
  • Rebekah Taylor, LCSW, LICSW (Arizona, USA), EMDRIA Certified Therapist™ et Approved Consultant-in-Training™

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