Rester souple face au stress

David Servan-Schreiber  – Psychologies Magazine – Septembre 2003

Caroline est attachée de presse dans une grande maison d’édition. Il lui semble que son oreille ne décolle pas du téléphone ; les auteurs se plaignent qu’elle ne s’occupe pas suffisamment d’eux ; les journalistes sont furieux de ne pas avoir été invités à une réception ; la jeune stagiaire est partie sans avoir fait les photocopies d’un dossier de presse urgent… Son Palm sonne : elle doit aller chercher sa fille qui a rendez-vous chez le médecin. Caroline serre les dents. Encore deux semaines, et c’est le week-end en thalasso tant attendu. Là, elle pourra évacuer tout ce stress…

Mauvaise nouvelle : on sait maintenant que cette façon boulimique de gérer le stress – j’accumule jusqu’au trop-plein, puis j’arrête tout pendant quelques jours – est inefficace. Peut-être même dangereuse. En effet, c’est l’accumulation chronique d’anxiété et de stress qui fait du mal au corps et enraye notre bonne humeur. C’est elle qui encrasse nos artères, fait monter la tension artérielle, attaque nos neurones, réduit la mémoire et la concentration. C’est elle qui fait baisser nos défenses immunitaires et nous rend plus fragiles aux rhumes comme, sans doute, au cancer. C’est elle, enfin, qui nous ferait grossir et prendre des rides plus vite encore que l’âge ne nous l’impose (1). Conclusion : c’est dans la façon dont nous passons nos journées, pas nos loisirs, que tout se joue…
Françoise, elle, gère sa vie différemment. Infirmière, elle aussi est soumise à des demandes de toutes parts, et toujours dans l’urgence, bien sûr. Pourtant, elle ne se défait jamais entièrement de son sourire. C’est comme si elle pouvait plonger dans le stress quelques minutes si nécessaire, puis en ressortir à peine « mouillée ». Des études récentes montrent que les personnes qui réagissent comme elle retrouvent leur équilibre physiologique et émotionnel plus vite que les autres (2). Elles ont à leur disposition un tas de petites techniques qui leur permettent de sauter à pieds joints dans l’action, puis de s’en échapper avec aisance. Elles sont plus « souples », tel le roseau dans la fable de La Fontaine (3) sur lequel le vent n’a pas vraiment prise.
Pour vraiment gérer le stress, il ne faut donc pas attendre les vacances, mais réagir dans l’instant. On commence à comprendre la réaction naturelle des personnes comme Françoise : elles sentent très vite qu’elles ont commencé à se contracter à l’intérieur, et s’ajustent immédiatement, comme au yoga : respiration plus lente et plus profonde, relâchement des épaules, cou plus droit, concentration sur la sensation de douceur dans la poitrine qui accompagne le mouvement de l’air. Pour aider leur physiologie à se remettre en cohérence, elles se concentrent aussi sur des souvenirs agréables. Et c’est peut-être à cela que servent vraiment les vacances : créer des souvenirs agréables dans lesquels se ressourcer lorsqu’elles sont derrière nous…
1- B. McEwen, ”The End of Stress as We Know It”, Washington DC, National Academic Press (2002).
2- L. F. Katz and J. M. Gottman “Buffering Children from Marital Conflict and Dissolution”, J Clin Child Psychol 26 : 157-171 (1997).
3- “Le Chêne et le Roseau” in “Fables” de Jean de La Fontaine (Pocket, 2002).

Septembre 2003

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