
Traitement du trauma chez les mineurs réfugiés et demandeurs d’asile en situation résidentielle incertaine : une revue systématique
Mis à jour le 20 octobre 2026
Cette revue systématique publiée le 14 janvier 2026 dans Frontiers in Psychiatry (Section Social Psychiatry and Psychiatric Rehabilitation) est signée par Catarina Nahlén Bose et Miguel Diaz, du Department of Health Sciences de la Swedish Red Cross University (Huddinge, Suède). Les auteurs questionnent une pratique encore répandue dans certains services de pédopsychiatrie : refuser un traitement du TSPT aux mineurs en situation administrative précaire au motif que la stabilité résidentielle serait un prérequis à un traitement efficace. Ils synthétisent 23 études publiées entre 2004 et 2024 selon les recommandations PRISMA.
En bref
Sur 23 études incluses (2 essais contrôlés randomisés et 16 études non randomisées à mesures pré-post, parmi d’autres devis), 17 rapportent des réductions significatives des symptômes de TSPT. La taille d’effet médiane (Cohen’s d), rapportée dans 11 études, est élevée : 0,97 (IQR 0,44-1,23), avec une fourchette allant de modérée à élevée (0,33 à 1,9). Les trois grandes approches retrouvées sont la TCC (principalement TF-CBT, n=10), la NET/KIDNET (n=3) et l’EMDR ou l’EMDR combinée (n=4). L’adhésion moyenne au traitement est de 76% (intervalle 43,5-100%). Aucun effet indésirable n’a été rapporté. Les auteurs concluent que les preuves disponibles ne soutiennent pas l’idée que la stabilité résidentielle serait nécessaire à la réussite du traitement du trauma.
Résumé
Introduction : Les mineurs réfugiés et demandeurs d’asile en situation résidentielle incertaine risquent de se voir refuser un traitement du TSPT au motif que la stabilité résidentielle serait nécessaire à un résultat favorable.
Objectif : Synthétiser les recherches portant sur l’efficacité des traitements du trauma pour le TSPT chez les mineurs réfugiés et demandeurs d’asile en situation résidentielle incertaine. Les objectifs secondaires étaient d’examiner s’il existe des éléments indiquant qu’un statut résidentiel incertain prédit l’issue du traitement et l’adhésion à celui-ci.
Méthodes : Des recherches documentaires ont été conduites dans Cinahl, Cochrane Library, PsychINFO et PubMed. Au total, 741 articles ont été examinés pour éligibilité, dont 23 ont été inclus dans la revue systématique.
Résultats : Des réductions significatives des symptômes de TSPT ont été rapportées dans 17 des 23 études (2 essais contrôlés randomisés et 16 études non randomisées d’intervention). La taille d’effet médiane, rapportée dans 11 études, était élevée : 0,97 (IQR 0,44-1,23). Aucun effet indésirable n’a été rapporté. Les formes de traitement du trauma étaient principalement la TCC, la NET et l’EMDR. Il y avait très peu de données permettant de conclure qu’un statut résidentiel incertain serait un facteur prédictif des issues de traitement ou de l’adhésion au traitement. En moyenne, l’adhésion au traitement était de 76%.
Conclusion : Les traitements du trauma tels que la TCC, la NET et l’EMDR, chez les mineurs vivant dans une situation résidentielle incertaine, peuvent réduire le niveau des symptômes de TSPT avec une taille d’effet modérée à élevée. Ce résultat remet ainsi en question l’idée selon laquelle la stabilité résidentielle serait nécessaire à la réussite d’un traitement du trauma.
Points clefs
1. Une population particulièrement vulnérable, souvent privée de soins
À fin 2024, environ 48,8 millions de mineurs étaient déplacés dans le monde du fait de conflits ou de violences, dont 19,1 millions de réfugiés ou demandeurs d’asile (chiffres UNICEF cités par les auteurs). La prévalence du TSPT dans cette population est estimée entre 19 et 53% selon les revues antérieures. Une étude antérieure citée dans l’introduction indique que les mineurs en statut résidentiel incertain présentent un risque accru de 76% de recevoir un diagnostic de TSPT. Pourtant, certains services psychiatriques refusent de traiter ces enfants sur la base d’une conviction : la stabilité résidentielle serait un prérequis à l’efficacité du traitement.
2. Méthodologie PRISMA rigoureuse
La recherche a interrogé quatre bases (PubMed, PsycINFO, Cinahl, Cochrane Library). Sur 1 073 références identifiées, 741 ont été écartées au screening, aboutissant à 23 études retenues. Le risque de biais a été évalué avec RoB2 pour les essais randomisés et ROBINS-I pour les études non randomisées. Les deux auteurs ont travaillé indépendamment et en aveugle via Covidence. La majorité des études non randomisées présentent un risque de biais modéré, et tous les RCT présentent some concerns (quelques préoccupations).
3. Une hétérogénéité importante des études
Les études ont été menées majoritairement en Europe : Allemagne (n=10), Suède (n=3), Royaume-Uni (n=2), Pays-Bas (n=2), avec des études isolées en Finlande, Norvège, Bulgarie-Allemagne, ainsi que trois études aux États-Unis et une en Ouganda. Les échantillons vont de 4 à 143 participants, les âges de 4 à 21 ans (majorité d’adolescents 12-18 ans), avec une prédominance masculine marquée (plusieurs études exclusivement masculines). Les origines les plus fréquentes sont l’Afghanistan, la Syrie, l’Irak, l’Érythrée, la Somalie ; les études américaines portent surtout sur des mineurs d’Amérique centrale et latine. Quinze outils différents ont été utilisés pour mesurer le TSPT, les plus fréquents étant le CRIES-13 et le CATS-self (n=5 chacun).
4. Les TCC focalisées sur le trauma : efficacité confirmée
Dix études ont utilisé la TCC (8 TF-CBT, 1 TCC scolaire, 1 TCC basée sur la pleine conscience). Neuf d’entre elles rapportent des réductions statistiquement significatives des symptômes de TSPT. Trois études documentent un effet maintenu entre deux et six mois après le traitement.
5. NET et KIDNET : résultats homogènes
Les trois études ayant utilisé la NET ou sa version pédiatrique KIDNET rapportent toutes des réductions significatives du TSPT en post-intervention, avec un effet maintenu à 9 et 12 mois dans deux des études.
6. EMDR : résultats positifs dans la majorité des études incluses
Quatre études ont mobilisé l’EMDR, seule ou en combinaison. Une étude (Lempertz et al., 2020) a utilisé l’EMDR de groupe basée sur une approche narrative avec des enfants d’âge préscolaire (4-6 ans). Deux études (van Es et al., 2021 et 2023) ont combiné EMDR avec TF-CBT et KIDNET : dans la première, l’EMDR représentait 47% des séances, KIDNET 40% et TF-CBT 12%. Une étude (Oras et al., 2004) a associé EMDR et thérapie conversationnelle pour les adolescents ou thérapie par le jeu pour les enfants de moins de 13 ans. Trois des quatre études rapportent des réductions statistiquement significatives des symptômes post-intervention, avec un effet maintenu à 3 mois dans l’étude de Lempertz.
7. Le statut résidentiel n’est pas démontré comme prédicteur de l’échec
C’était l’un des objectifs secondaires de la revue. Le constat est net : la plupart des études n’ont pas mesuré le statut résidentiel comme facteur pouvant influencer l’issue. Parmi celles qui l’ont fait :
- Unterhitzenberger et al. (2019) : au suivi à 6 mois, les participants dont la demande d’asile avait été rejetée présentaient davantage de symptômes de TSPT que ceux en attente ou ayant obtenu l’asile, mais la différence n’était pas statistiquement significative.
- Oras et al. (2004) : le meilleur effet du traitement était rapporté chez les enfants vivant dans une situation familiale stable, observation descriptive non testée statistiquement.
- Pfeiffer et al. (2019) : le pays d’origine (en particulier l’Afghanistan) prédisait une moins bonne réponse au traitement, les auteurs suggérant que la menace d’expulsion pouvait éclipser les bénéfices de l’intervention.
- Hoskins et al. (2024) : les jeunes ayant vécu la déportation d’un aidant montraient des réductions plus importantes des symptômes de TSPT que ceux ne l’ayant pas vécue.
8. Une adhésion au traitement correcte malgré l’incertitude
Rapportée dans 18 études, l’adhésion moyenne est de 76% (43,5 à 100%). Quelques études relient explicitement l’abandon à l’incertitude résidentielle, aux complications légales ou aux relocalisations, mais les données restent insuffisantes pour en faire un prédicteur robuste.
9. Absence d’effets indésirables rapportés
Aucune étude n’a documenté d’effet indésirable lié au traitement, point qui mérite d’être souligné compte tenu des craintes parfois exprimées sur le travail du trauma en contexte de précarité.
10. Limites reconnues par les auteurs
Les auteurs listent plusieurs limites : absence fréquente de groupes contrôles dans les devis pré-post, petits échantillons (parfois 4 participants), suivis courts (la moitié des études n’ont pas de suivi, la plupart ne dépassent pas 6 mois, seules deux études ont un suivi supérieur à un an), hétérogénéité des outils de mesure, large tranche d’âge dans la plupart des études (aucune étude ne stratifie les résultats par période développementale : préscolaire, âge scolaire, adolescence), prédominance masculine et concentration géographique limitant la généralisation.
A retenir pour la pratique clinique
Il n’y a pas de justification clinique à différer le traitement du TSPT en raison de l’incertitude résidentielle. La revue de Nahlén Bose et Diaz remet en cause une croyance largement répandue et parfois inscrite dans les pratiques institutionnelles. Les données convergent : les mineurs réfugiés ou demandeurs d’asile tirent un bénéfice significatif des traitements du trauma, avec une taille d’effet médiane élevée (d=0,97) et aucun effet indésirable rapporté.
Les trois approches validées sont disponibles. La TCC focalisée sur le trauma (TF-CBT), la NET/KIDNET et l’EMDR figurent toutes parmi les interventions efficaces dans cette population. Le clinicien peut donc s’appuyer sur la méthode dans laquelle il est formé, sans avoir à orienter systématiquement ces patients vers un type particulier de thérapie.
L’adhésion est un enjeu réel mais pas prohibitif. Avec une adhésion moyenne de 76%, cette population ne se distingue pas drastiquement d’autres populations cliniques. Les facteurs d’abandon identifiés (incertitude légale, relocalisation, barrières culturelles) peuvent être anticipés par l’aménagement du cadre : flexibilité des horaires, travail en lieu familier, recours aux interprètes et médiateurs interculturels, coordination avec les acteurs socio-éducatifs.
Le pays d’origine et la menace d’expulsion peuvent nuancer la réponse. L’étude de Pfeiffer et al. (2019) suggère que la menace très concrète d’un renvoi peut éclipser les bénéfices de la thérapie. Cela ne justifie pas de refuser le traitement mais invite à intégrer cette dimension dans la formulation clinique et à renforcer le travail sur la sécurité perçue (cf. phase 2 de l’EMDR).
La Convention internationale des droits de l’enfant rappelle le cadre juridique. Les articles 24 et 39 imposent aux États parties de garantir l’accès aux soins et à la réhabilitation psychologique pour tout enfant, indépendamment de son statut migratoire. Les auteurs soulignent que les cliniciens sont, in fine, les acteurs responsables de l’accès effectif à ces soins.
Les enfants les plus jeunes restent peu étudiés. Très peu d’études incluent des enfants de moins de 7 ans. Pour cette tranche d’âge, le clinicien doit composer avec une base de preuves plus fine et s’appuyer sur les adaptations déjà documentées (protocole EMDR pour les tout-petits, implication parentale, approches narratives adaptées).
L’absence d’effet indésirable est un argument à faire valoir auprès des institutions. Face à des équipes ou tutelles qui redoutent de ré-ouvrir le trauma avant stabilisation administrative, cette revue fournit un argumentaire empirique solide pour défendre l’accès aux soins.
En savoir plus
Références de l’article : Nahlén Bose C and Diaz M (2026) Trauma treatment outcomes for PTSD in refugee and asylum-seeking minors with uncertain residence status: a systematic review. Front. Psychiatry 16:1715650. doi: 10.3389/fpsyt.2025.1715650
Article en open access (licence Creative Commons CC BY). Financement : Hildur Nordin’s Memorial Fund. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt et précisent que l’IA générative n’a pas été utilisée pour la rédaction du manuscrit.
Cadre géographique et culturel : études majoritairement européennes (Allemagne, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Norvège, Finlande), quelques études américaines, une étude ougandaise. Populations dominantes : Afghanistan, Syrie, Érythrée, Somalie pour l’Europe ; Amérique centrale et latine pour les États-Unis. Les résultats sont transposables au contexte français mais doivent être lus à la lumière des spécificités du droit d’asile français et des parcours migratoires des mineurs non accompagnés actuellement pris en charge en France.
Nature des preuves : 23 études hétérogènes incluant 2 RCT, 16 études quasi-expérimentales pré-post, et des études à devis variés. Le risque de biais est évalué comme modéré pour la majorité des études non randomisées et comporte des préoccupations pour les RCT. Une méta-analyse n’a pas été réalisée en raison de l’hétérogénéité. Les résultats doivent donc être interprétés comme des tendances convergentes, non comme des effets quantifiés avec certitude.
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