Violences sexuelles sur les enfants : Se reconstruire

Violences sexuelles sur les enfants : Se reconstruire

Article Violences sexuelles sur les enfants : Se reconstruire, par Audrey Harelle, publié le 29 Juillet 2015 sur le site lexpress.mu


L’espoir est permis pour les ex-victimes, qui ne veulent plus porter ce qualificatif toute leur vie. Accompagnement thérapeutique, groupes de parole, plaintes en cour font partie des outils qui permettent de se reconstruire. Mais pour cela, il faut briser le silence.

«On ne guérit pas de l’inceste, on apprend à survivre. Les cicatrices restent», nous confie Anne-Sophie (prénom modifié) 39 ans, victime d’inceste et d’autres abus sexuels alors qu’elle était enfant. C’est grâce à un groupe de parole, en compagnie d’autres victimes, qu’Anne-Sophie arrive aujourd’hui à surmonter ce traumatisme. «J’ai appris à parler à la petite fille qui est en moi. Il faut arriver à la laisser partir, à ne pas rester bloquée dans l’enfance.»

Le premier pas pour se reconstruire est de parler de l’abus subi. Selon Emilie Duval, docteur en psychologie clinique, «être victime d’agression sexuelle est un traumatisme qui n’a souvent pas pu se dire pendant de nombreuses années. Le moment où les souvenirs des agressions subies remontent est un moment très difficile, douloureux pour la victime, avec des sentiments de tristesse, honte, culpabilité, colère qui refont surface».

Il est donc impératif de réaliser un travail thérapeutique. Un enfant victime doit bénéficier d’un accompagnement thérapeutique et surtout être protégé de la personne qui l’a agressé, pour que cet accompagnement soit efficace. Pour l’adulte victime, si elle-même n’entreprend pas la démarche de suivre une thérapie, il est possible qu’une personne dans son entourage lui suggère, voire l’accompagne.

image positive de soi

Le thérapeute permettra à la victime de parler de l’abus subi sans craindre d’être jugée ou de choquer. Il existe à Maurice des psychologues particulièrement formés à la problématique des agressions sexuelles, explique Mélanie Vigier de Latour-Berenger, Psychosociologue (la liste est disponible à l’adresse suivante : http://pedostop.org/fr/vous-informer/accompagnements-info).

Le travail thérapeutique permet à la victime de se reconstruire, et de reléguer au passé les agressions sexuelles subies. Elle se reconnecte avec elle-même grâce à ce travail consistant principalement à mettre en mots ce qu’elle a subi. Cela permet de restituer la responsabilité à l’agresseur, de travailler sur ces sentiments de culpabilité et de honte qui perdurent longtemps après l’agression. De reconstruire une image positive de soi positive.

Ce travail thérapeutique est souvent très douloureux pour la victime, mais il est indispensable. Outre la thérapie classique, des méthodes comme l’EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires) peuvent s’avérer efficaces. «Lorsqu’il s’agit d’agressions sexuelles la thérapie EMDR peut être très intéressante car il s’agit d’une thérapie qui ne contraint pas la personne à tout raconter. Cela convient donc aux personnes qui sont bloquées par la honte ou la culpabilité», explique Natasha Chakowa, psychologue clinicienne et thérapeute EMDR.

Les sessions familiales (dans les cas d’inceste par exemple) permettent aussi de remettre de l’ordre dans des familles dysfonctionnelles. Arianna Bonnazzi, psychologue clinicienne, explique que lorsqu’on a affaire à une histoire d’abus sexuel sur enfant, et notamment d’inceste, l’on retrouve beaucoup de parallélismes avec une histoire ancienne qui a appartenu à d’autres membres de la famille. «Au préalable d’une thérapie familiale, il faudra néanmoins s’assurer que la victime d’abus sexuels soit protégée de la personne qui l’a agressée. Cela est la condition pour permettre à la victime et aux membres de la famille de parler du ressenti autour de l’abus et de développer les compétences nécessaires pour soigner la blessure de ce traumatisme tant au niveau de la victime que de soi-même en tant que membre de la famille – car un abus a forcément un impact au sein de la famille.»

Accompagnement individuel

Quant aux groupes de parole, ils peuvent soit réunir des adultes ex-victimes uniquement, soit aussi accueillir aussi des professionnels en psychologie. Mais il est souvent important qu’un accompagnement individuel soit fait en parallèle ou en amont. Dans le cas d’Anne-Sophie, cela fait un an qu’elle et trois autres victimes se rencontrent toutes les deux semaines. L’une d’elle, qui a fait sept ans de thérapie, est leur accompagnatrice. «C’est un pacte solide. S’il y en a une qui casse, tout casse. Il y en a toujours une qui va très bien et l’autre qui va mal, ça équilibre. Nous ressentons une fusion, cela nous donne plus de courage pour agir après, nous donne confiance.»

Elles ont pour ouvrage de référence The Courage to Heal d’Ellen Bass et Maura Davis. «Nous prenons un sujet que nous développons, par exemple, les défenses. On réalise qu’on a mis en place des défenses pour se protéger de ce qu’on a subi. On apprend à se comprendre.» Chacune est à des stades différents dans sa reconstruction. «Mais nous savons qu’en parlant dans ce groupe, on ne va pas fatiguer les gens, personne ne va nous juger, chacune va écouter, va vouloir aider.»

Anne-Sophie a choisi la voie des groupes de parole car elle n’a pas trouvé de symbiose avec les psychologues qu’elle a rencontrés. «En plus, il y a un aspect financier. Les groupes de parole c’est gratuit, le psy moi à l’époque c’était Rs 900 toutes les deux semaines !» D’autant que c’est un travail qui s’étale sur plusieurs années. Elle met le doigt sur deux points importants : le choix du thérapeute et le coût de la thérapie. Il importe que le thérapeute ait suivi une formation complémentaire sur la problématique complexe des abus sexuels. Dans les hôpitaux publics, où les soins sont gratuits, les professionnels de la santé mentale, psychologues, thérapeutes, counsellors, n’ont pas suffisamment eu d’informations et d’outils dans leur formation pour comprendre cette problématique et pour aider les personnes victimes et ex-victimes. Il y a des psychologues au ministère de l’Égalité du genre, du développement de l’enfant et du bien-être de la famille.

De plus, l’organisation non-gouvernementale Pédostop aide les personnes ayant peu de moyens financiers dans leur accompagnement thérapeutique. Ceux qui souhaitent bénéficier de cette aide peuvent s’adresser à l’association par mail : pedostop@gmail.com (link sends e-mail) ou sur la page Facebook en message privé.

Quant au temps qu’il faut pour se reconstruire, il varie. «Il est difficile de prédire la durée d’une thérapie d’une victime d’abus sexuels. Plusieurs facteurs rentrent en compte dans la durée d’une thérapie comme : l’âge de la victime au moment de l’abus, la durée de l’abus, le rapport que la victime entretient (ou entretenait) avec l’abuseur, la personnalité de ce dernier, le soutien familial et social dont elle dispose (…), ainsi que sa propre capacité de résilience personnelle», selon Arianna Bonnazzi.

Avancer

En fait, l’accompagnement thérapeutique doit durer le temps que la personne demande de l’aide. Si elle se sent mieux et souhaite interrompre la thérapie, elle doit se sentir libre de le faire. Quitte à reprendre par la suite.

Porter plainte est une part importante du travail de reconstruction par la victime et sa famille. «Il est essentiel que le secret des victimes sorte du cabinet de consultation des professionnels en psychologie», affirme Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Dans le cas d’abus sur mineur, un professionnel en psychologie est tenu de signaler aux adultes concernés qu’un abus a eu lieu (ou est suspecté), afin que des démarches légales soient faites pour protéger l’enfant.

Porter plainte permet de réintroduire la loi dans le système familial ou social et permet la reconnaissance de la victime en tant que telle. Car les agressions sexuelles sont illégales (délits ou crimes, selon le Code pénal). «C’est une démarche très importante, qui permet de rendre le problème à l’agresseur», témoigne Anne-Sophie.

Porter plainte est un long processus. Il n’est pas facile de le faire. Souvent, entre le moment où la victime porte plainte et le moment du procès, il se passe quelques années. «Mais ce délai donne du temps à la victime pour avancer dans son chemin de réparation et être en mesure d’être confrontée à un éventuel procès», ajoute Emilie Duval.

Le chemin de la reconstruction est long et ne peut être parcouru seul. Mais il offre la possibilité de devenir une «survivante», comme se qualifient souvent les ex-victimes d’abus sexuels.

 

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