La sécurité du patient dans le travail de réparation de l’attachement

Laurel Parnell aborde le thème de la sécurité du patient dans le travail de réparation de l’attachement dans son livre Attachment-Focused EMDR: Healing Relational Trauma.

Il est essentiel pour le succès de toute psychothérapie, mais surtout pour le travail de réparation de l’attachement, que le patient se sente en sécurité.  La plupart de nos patients souffrant de blessures d’attachement ne se sont pas sentis en sécurité en grandissant. Si certains ont été maltraités ou négligés dans leur enfance, ils ne se sont pas sentis en sécurité physiquement, et beaucoup d’autres ne se sont pas sentis en sécurité émotionnelle. Lorsque nous créons un environnement sûr dans lequel nos patients peuvent être eux-mêmes, ils peuvent explorer plus librement les endroits qui leur étaient jusqu’à présent interdits ou trop effrayants.

Sécurité explicite et implicite

La sécurité est créée de plusieurs façons, à la fois explicitement et implicitement par le thérapeute. Explicitement, nous évaluons les patients pour déterminer si l’utilisation de l’EMDR est appropriée, en nous assurant qu’ils ne sont pas émotionnellement fragiles au point de ne pas pouvoir supporter l’intensité du travail de traitement des traumatismes par l’EMDR. Nous installons ou puisons dans les ressources pour évaluer leur capacité à se connecter à ces ressources et établir un filet de sécurité (plus d’informations à ce sujet au chapitre 3). Toutes ces questions de sécurité sont traitées plus en détail dans A Therapist’s Said to EMDR (Parnell, 2007) ainsi que dans les textes de Shapiro (1995, 2001). Nous établissons également une métaphore pour créer une distance afin que, si le traitement devient trop intense, nous puissions utiliser l’imagerie de la métaphore pour rappeler aux patients qu’ils sont en sécurité dans le présent. Il est important que les patients se sentent en sécurité dans le présent lorsqu’ils traitent le passé.

 Je dis à mes patients : « Vous n’avez pas à revivre ce qui vous est arrivé ». Ainsi, nous pouvons utiliser des techniques de distanciation, comme projeter le souvenir pénible sur un écran, comme un film, ou placer une paroi de verre entre le patient et l’incident. Je peux tenir la main de mon patient ou l’encourager à apporter un objet sûr, un chien aimé ou même un membre de sa famille.

Implicitement nous aidons nos patients à se sentir en sécurité de plusieurs façons également.  Nous répondons à leurs craintes ou à leurs préoccupations avant de commencer le travail de traitement des traumatismes par EMDR. S’ils me disent, verbalement ou non, qu’ils ne se sentent pas en sécurité, je leur demande : « De quoi avez-vous besoin pour vous sentir en sécurité ? » Nous travaillons ensemble pour trouver une solution au problème.

Nous créons implicitement un sentiment de sécurité lorsque nous nous mettons à l’écoute de nos patients de manière non verbale en adoptant une attitude empathique et sans jugement et en les rassurant si nécessaire. Tout ce qui se présente à eux est bien ; nous n’avons pas besoin de les contrôler ou de les juger. Cette attitude est particulièrement importante lorsqu’on travaille sur des questions de honte.

Nous aidons nos patients à se sentir en sécurité lorsque nous sommes à l’aise avec les affects forts et les pensées et sentiments qu’ils expriment. Nous aidons à réguler les émotions fortes de nos patients en restant ancrés, présents et confiants dans leur capacité à les surmonter. Schore (2009) et Hughes (2007) décrivent également l’importance du thérapeute en tant que régulateur de l’expérience du patient : Le thérapeute aide à créer un contexte sûr pour la réexpérience du traumatisme de manière à ce que les sentiments soient moins intenses et puissent être plus facilement intégrés. Nous aidons nos patients à contenir la douleur. Nous la maintenons avec eux, augmentant ainsi leur sentiment de sécurité et leur capacité à traiter leur expérience d’une nouvelle manière.

Je crois également que lorsque nous nous allions à la partie du patient qui est déjà entière – celle qui n’a jamais été touchée par le traumatisme, celle qui est le témoin silencieux – nous lui donnons la force de surmonter même la pire des douleurs. Mais si nous craignons les affects forts et n’avons pas confiance dans la capacité de notre patient à guérir, cela aussi est communiqué et le patient peut se sentir en danger.

Lorsque nous sommes à l’écoute de nos patients, ils ne se sentent pas seuls comme lorsqu’ils ont été blessés à l’origine. Une patiente m’a dit qu’une partie de la guérison que lui apportait notre travail en EMDR était due au fait qu’elle avait été seule lorsqu’elle avait été abusée et que personne ne l’avait jamais crue lorsqu’elle l’avait signalé. Pendant notre travail EMDR, j’ai été un témoin compatissant de son histoire, lui donnant une validité et créant un sentiment de sécurité qu’elle n’avait jamais connu auparavant. J’ai compris que ma présence auprès d’elle au cours de son interrogatoire constituait une ressource relationnelle implicite qui a modifié son réseau neurologique. Les patients s’accordent et « empruntent » notre courage et notre confiance, ce qui les aide à atténuer leur peur et leur honte, afin qu’ils puissent surmonter leurs expériences douloureuses d’une nouvelle manière. Lorsque nous sommes à l’écoute de nos patients pendant qu’ils retraitent des souvenirs douloureux, ils intègrent dans leurs réseaux neurologiques l’expérience du sentiment de sécurité.

En savoir plus

Parnell L. (2013) Attachment-Focused EMDR: Healing Relational Trauma, W. W. Norton

Formation(s) : Relation thérapeutique – Stratégies relationnelles pour traiter les patients souffrant de traumas difficiles

Dossier(s) : La relation thérapeutique en EMDR