Le congrès EMDR et dissociation par Zoi Kapoula

Le congrès EMDR et dissociation par Zoi Kapoula

Zoi Kapoula résume pour nous la première journée du congrès EMDR et Dissociation : Modèles et prises en charges, organisé par Hélène Dellucci et le professeur Cyril Tarquinio à Metz, les 17 & 18 Novembre 2015

Zoï Kapoula est directrice de recherche au CNRS, membre de la commission de recherche, membre du CA EMDR France.

Cyril Tarquinio (Université de Lorraine, France) introduit le congrès. L’EMDR, dans l’actualité d’aujourd’hui, est une réponse au terrorisme. Aujourd’hui on peut être fiers d’être thérapeute EMDR car nous pouvons contribuer. Il remercie les nombreuses personnes qui soutiennent son action à Metz et résume les résultats obtenus dans les dernières années, notamment la création d’un diplôme universitaire sur la formation EMDR et de nombreux doctorants disent réaliser leur thèse sur l’EMDR. Le professeur Tarquinio souligne également que l’environnement universitaire est en général adverse et que l’insertion de l’acceptation de l’EMDR n’est pas évidente mais la qualité des doctorants et des nombreuses publications produites est un gage de la réussite à venir. Par ailleurs, il annonce la création du centre Pierre Janet, un centre de psychothérapie, à l’université, ce qui est une première en France.

La conférence enchaine avec l’intervention de Eva Zimmerman (Présidente de l’European Society for Trauma and Dissociation). Elle commence son intervention avec une métaphore sur Galilée et sa capacité à observer les choses que les autres ignoraient ou encore de Pierre Janet insistant sur l’importance de l’observation. Elle fait un parcours historique du rapprochement des différents organismes sur les traumas et la dissociation, notamment la structure européenne, l’ESTD, et la structure américaine qui sont actuellement interactives mais séparées. Elle invite les participants à faire partie de ces associations et fait part de nombreuses activités et évènements dans l’agenda de ces associations.

Martin Teboul (Président d’EMDR France) introduit et présente aussi l’association EMDR France, l’EMDR étant une nouveauté dans la manière de travailler, de nouveaux paradigmes. L’association française regroupe 1200 participants et le nombre ne fait que croître progressivement. L’association EMDR France prolifère et soutient toutes les activités de formation et les actions universitaires entreprises par le professeur Tarquinio, elle soutient aussi des actions auprès des mutuelles pour la reconnaissance et la prise en charge de l’EMDR comme Asetys, AXA, etc

La suite du programme est assurée par le professeur Andrew Moskowitz (Aarhus University – Danemark). Un exposé de grand intérêt théorique et épistémologique, l’auteur souligne l’importance des paradigmes dans la pensée scientifique et dans la pratique psychothérapeutique. Les paradigmes influencent la pratique du clinicien. La science évolue sous l’influence de modèles dominants mais des modèles sont à changer lorsque les questions sont sans réponses. Son exposé tourne autour de la problématique de la détermination génétique et de l’épigénétique de la psychopathologie. Il oppose des auteurs comme Thomas Kuhn et Emile Kraepelin le premier proposant des paradigmes alternatifs, dans le cas de la dissociation par exemple, un symptôme comme des voix peut être complètement ignoré dans la prise en charge.

L’approche traditionnelle classique psychiatrique médicamenteuse constitue le centre de prise en charge en psychothérapie. Mais les psychothérapies et l’EMDR apportent de nouveaux paradigmes dans l’approche des psychopathologies. Il souligne aussi le concept de sensibilité différentielle qui prédispose les uns et les autres différemment aux traumas et à la psychopathologie mais en même temps il fait apparaître de nouvelles études qui montrent que cette super sensitivité dans un contexte positif peut avoir une évolution plus positive et être même la source de la créativité. L’auteur conclut que le comportement humain, en faisant revivre la problématique biologique, environnementale, génétique et épigénétique, souligne que le comportement humain est 100% biologique et 100% culture/ environnement, nous avons tout simplement à explorer plusieurs perspectives et plusieurs points de vue afin de comprendre l’organisme et l’être humain.

Le congrès s’enchaine avec l’intervention du professeur Giovanni Liotti (Psychiatre, psychothérapeute – Italie) centrée sur l’attachement désorganisé, les traumas complexes et la dissociation. Liotti revient sur le même concept, le comportement humain serait 99% biologique, 99% environnement et 1% rien. Il souligne l’importance de l’attachement désorganisé pendant l’enfance qui peut prédisposer à l’âge adulte, pour des traumas complexes, la dissociation. Il cite une étude par électroencéphalographie chez des patients souffrant de dissociation, soumis à un entretien lié à leur environnement familial et des études EEG montrant chez les sujets contrôles une haute connectivité des aires des circuits corticaux suite à cet entretien mais une absence quasi-totale de cette connectivité chez des personnes souffrant de dissociation. Cette recherche et une base empirique expérimentale donnant des informations sur la neurobiologie de la dissociation.

L’intervention suivante, présentée par Helga Matthes (Psychotraumatology Institute Europe – Allemagne, Worcester University – Royaume-Uni) est centrée sur l’impact de la honte. La honte serait différente de la culpabilité, elle apparait tôt dans la vie, dès un an et demi et est universelle, le Moi est passif. La honte est douloureuse et peut évoluer vers des problèmes interrelationnels et psychopathologiques, elle engendre des comportements comme se cacher, éviter le regard de celui dont on a honte. Elle peut être prise en charge et restaurée. Les études montrent une corrélation entre la colère, la violence mais aussi la psychopathologie et la honte et la timidité. La honte peut être restaurée dans une prise en charge thérapeutique rétablissant le contact à l’oeil et aussi l’humour et le rire.

L’intervention suivante est réalisée par Michel Silvestre (Université de Lorraine, Institut français d’EMDR, Psychologue – France). Cette intervention est centrée sur la dissociation chez l’enfant. Il pose a question du diagnostic de la dissociation chez l’enfant : l’enfant étant en sujet en mouvement, en devenir, on ne peut véritablement établir un diagnostic de dissociation, il vaut mieux employer le terme de « déficit d’intégration » ou de « tendance dissociative ». Il y aurait donc une différence fondamentale entre le thérapeute enfant qui traite un sujet dynamique et pas encore structuré et le thérapeute adulte qui traite un sujet organisé et figé.

La dernière intervention est faite par Marco Paganini (Institute of Cognitive Sciences and Technologies, Italian National Research Council, Chair of the Neuroimaging Committee of EANM – Autriche) présentant les structures corticales et sous corticales importantes dans la psychopathologie, en particulier l’amygdale, l’hippocampe et le cortex cingulaire et faisant une revue brève et didactique des techniques d’imagerie cérébrale comme la PET, la MEG et l’EEG. Il présente aussi l’importance des approches d’analyse statistique de ces données en particulier l’analyse statistique multi variée permettant d’établir la connectivité entre différentes structures corticales. Il cite par la suite un nombre de travaux fait par lui et d’autres sur les patients avec des pathologies traitées par EMDR, entre autre une étude avec enregistrement en temps réel pendant des séances EMDR en mettant en évidence les modifications dans la connectivité des structures corticales et sous corticales. Il espère pouvoir démontrer la neurophysiologie et biologie des troubles de la dissociation et la neurophysiologie et la neurobiologie de l’action de la thérapie de l’EMDR. Il conclut sur une présentation revenant sur l’hypothèse des mécanismes similaires au REM ; l’EMDR activerait des mécanismes similaires au REM pendant le sommeil avec un transfert accéléré des informations stockées dans l’hippocampe vers le cortex grâce à la motricité oculaire.

Le congrès se termine par l’attribution du prix Servan Schreiber et enfin par un concert, une petite chorale, suivi par un diner de gala.

La qualité de l’ensemble des interventions scientifiques était haute, l’audience massive et la qualité des programmes sociaux exceptionnels

Un article de Zoi Kapoula.

En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *