l’EMDR dans la psychologie de l’enfant et de l’adolescent : un examen narratif

Un article l‘EMDR dans la psychologie de l’enfant et de l’adolescent : un examen narratif, de Cristina Civilotti, Davide Margola, Maria Zaccagnino, Martina Cussino, Chiara Callerame, Alessia Vicini & Isabel Fernandez, publié dans Current Treatment Options in Psychiatry.

Article publié en anglais – accès libre en ligne

Résumé

Objectif

La thérapie de désensibilisation et de retraitement par les mouvements oculaires (EMDR) est reconnue comme une excellente approche du traitement des traumatismes dans des contextes cliniques et universitaires par plusieurs organisations nationales et internationales. L’objectif de ce travail est de résumer les résultats de la recherche sur la thérapie EMDR avec des enfants et des adolescents dans divers contextes à travers une revue narrative de la littérature scientifique.

Résultats récents

Les études sélectionnées ont été regroupées dans plusieurs domaines cliniques : (1) EMDR et traumatisme (T), (2) EMDR et violence, (3) EMDR et maladies physiques, et (4) EMDR et problèmes psychologiques. Notre recherche indique comment l’efficacité de la thérapie EMDR dans le contexte de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent a été largement établie dans la littérature. L’un des avantages de l’utilisation de la thérapie EMDR avec les enfants et les adolescents est sa flexibilité, qui lui permet d’être adaptée à différentes tranches d’âge, situations et cultures.

Résumé

La thérapie EMDR est une méthode psychothérapeutique structurée qui facilite le traitement de plusieurs psychopathologies et problèmes liés à la fois à des événements traumatiques et à des expériences plus courantes qui sont émotionnellement stressantes pour les enfants et les adolescents, bien que de nouvelles études soient nécessaires pour accroître sa validité.

Introduction 

Ces dernières années, la littérature internationale a mis l’accent sur l’efficacité de l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) dans le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT). L’EMDR a été développée par Francine Shapiro [1,2,3], et aujourd’hui, elle peut être définie comme une approche empiriquement soutenue pour le traitement des expériences traumatiques. Un aspect crucial de la thérapie EMDR semble être le processus de retraitement : L’hypothèse est que les événements désagréables et traumatiques sont stockés de manière dysfonctionnelle, et la thérapie EMDR favorise un traitement adaptatif et la résolution de l’expérience traumatique. Les objectifs de l’EMDR sont de désensibiliser le patient au souvenir désagréable, de l’inciter à revivre le traumatisme sans ressentir les sensations de menace imminente, et enfin, de lui permettre d’assimiler et d’intégrer l’événement traumatique. La psychothérapie EMDR s’appuie sur le modèle du traitement adaptatif de l’information (TAI) [4], qui constitue la base théorique de cette approche clinique. Pour résoudre la souffrance psychologique liée au traumatisme, l’EMDR vise à soulager la douleur émotionnelle humaine et à aider les personnes à réaliser leur plein potentiel de développement. Son approche en huit phases et son protocole en trois volets offrent aux thérapeutes des paramètres pour organiser les stratégies de traitement. Chaque phase comporte des buts, des objectifs et des étapes de procédure détaillés.

Avant de présenter les différentes études EMDR réalisées sur des enfants et des adolescents, il convient de préciser ce qu’est un traumatisme infantile. Comme chez l’adulte, le traumatisme est considéré comme la conséquence psychologique d’un événement extérieur soudain présentant un risque élevé pour l’intégrité physique (T) ou d’une série d’épisodes au sein de relations traumatiques répétées dans le temps et subjectivement perçues comme dangereuses et pleines d’inconfort (t). Cela peut générer un sentiment d’impuissance chez l’enfant et dépasser ses capacités d’adaptation, entraînant la détérioration de son fonctionnement émotionnel et/ou cognitif [5, 6]. Comme chez les adultes, le TSPT peut se développer après l’exposition à des situations de stress extrême, comme le fait d’être témoin d’un décès, d’une menace ou d’un danger de mort, d’une blessure grave ou d’une agression sexuelle [7]. Les symptômes peuvent inclure des souvenirs et/ou des rêves désagréables de l’événement, une souffrance psychologique et des réactions physiologiques dissociées et marquées en réponse à des déclencheurs qui pourraient rappeler les événements traumatiques. De plus, l’évitement des stimuli associés au traumatisme ainsi que des altérations des émotions, des pensées, des comportements et du système d’éveil peuvent se développer. Chez les enfants, en plus des critères ci-dessus, la ritualisation et les souvenirs liés au traumatisme peuvent être exprimés par le jeu [8,9,10]. En outre, les rêves effrayants des enfants (surtout les très jeunes) peuvent être liés à l’état traumatique. Cependant, ces rêves n’ont pas de contenu spécifique lié à l’événement et sont donc plus compliqués à examiner [11]. Dans certains cas, l’enfant peut avoir des réactions suite à des flashbacks désagréables et se comporter comme s’il revivait l’événement négatif [12, 13]. Enfin, à la suite d’un traumatisme durant l’enfance, des retards ou des changements dans le développement peuvent survenir, notamment dans les compétences linguistiques [14, 15], la dépression [16, 17, 18], l’anxiété et l’angoisse de séparation [19, 20] et les phobies spécifiques [21]. Si le traumatisme se poursuit dans le temps et que l’enfant n’a pas la possibilité de construire des relations d’attachement sûres, il peut générer des schémas relationnels dysfonctionnels qui peuvent à leur tour conduire à un développement traumatique caractérisé par des fractures évolutives et des schémas non adaptatifs [16]. Plusieurs études [22,23,24,25,26] montrent que les traumatismes cumulés vécus pendant l’enfance sont prédictifs de troubles et de symptômes complexes à l’âge adulte. En outre, le stress traumatique de l’enfance est lié à des épisodes chroniques et/ou multiples d’abus durables [27]. Ainsi, une intervention préventive précoce est nécessaire pour prévenir l’apparition de psychopathologies graves, et la thérapie EMDR semble être un traitement approprié et efficace, non seulement à l’âge adulte mais aussi dans l’enfance et l’adolescence. Son efficacité a été décrite par plusieurs auteurs, tels que Muris et al. [28] et Tinker et Wilson [29], depuis la fin des années 90 jusqu’à aujourd’hui [30,31,32].

La thérapie EMDR chez les enfants et les adolescents 

Le protocole EMDR standard peut être modifié pour s’appliquer aux enfants et aux adolescents. Par exemple, le langage, les outils et certains aspects techniques doivent être modifiés pour s’adapter aux capacités cognitives et de développement des mineurs, y compris le niveau d’implication des parents. Des protocoles spécifiques aux enfants et aux adolescents sont présentés dans plusieurs publications cliniques pour les approches psychothérapeutiques individuelles et de groupe [33,34,35,36]. En général, les huit phases du protocole sont les suivantes. Avec la phase 1 de l’EMDR (histoire du patient et planification du traitement), le processus fondamental de construction d’un climat thérapeutique s’aligne sur les problèmes du jeune patient, en respectant ses capacités physiques et émotionnelles et en créant les conditions de sécurité et de stabilité nécessaires au traitement du traumatisme. À ce stade, ainsi que dans les suivants, il convient d’accorder une importance particulière à l’évaluation de l’âge de l’enfant, de son niveau de développement et de compréhension, ainsi que du contexte de ses expériences de vie, en évaluant non seulement la communication explicite de l’enfant mais aussi la communication non verbale (comme les changements de posture, le ton de la voix ou le rythme respiratoire). La phase 2 (préparation) comprend plusieurs domaines qui constituent la base du parcours psychothérapeutique. Il s’agit notamment d’établir une relation thérapeutique et d’impliquer le patient dans le processus clinique, d’expliquer l’EMDR de la manière la plus appropriée au patient et aux autorités parentales, et de déterminer si et quels membres de la famille doivent être inclus dans la psychothérapie. La phase 3 (évaluation) commence par l’identification de la cible en continuité avec la phase de planification du traitement. Dans cette phase, on choisit les cibles vers lesquelles on va travailler dans les phases suivantes, en définissant l’image, les cognitions négatives et positives, les émotions, l’unité subjective de perturbation et les sensations corporelles associées à la cible. La phase 4 (désensibilisation) consiste à désensibiliser un souvenir stocké de manière inadaptée, pour aboutir à une résolution adaptative. Dans le cas d’un enfant, le thérapeute peut être amené à modifier plus souvent les types de stimulation bilatérale pour maintenir l’engagement de l’enfant, en utilisant des objets spéciaux, des jouets, des dessins ou d’autres outils thérapeutiques. L’objectif de la phase 5 (installation) est de vérifier la cognition positive initiale pour voir si elle fonctionne toujours ou si une autre est meilleure, puis de l’installer. L’objectif de la phase 6 (scanner corporel) est de guider l’enfant ou l’adolescent à travers les étapes permettant d’obtenir un scan corporel clair et sans sensations négatives. La phase 7 (clôture) se produit chaque fois que le thérapeute doit clore une séance. L’objectif de la phase de clôture est de choisir un point final approprié pour la session tout en assistant le patient dans le débriefing et en mettant fin aux perturbations qui ont pu se produire pendant la session. La phase 8 (réévaluation) est très importante dans la thérapie des enfants et des adolescents, car c’est le principal moyen pour le thérapeute d’évaluer le succès du retraitement des informations précédemment stockées de manière inadaptée, en fonction des objectifs subjectifs et développementaux.

L’EMDR a été utilisée principalement comme une approche de psychothérapie centrée sur l’individu, mais elle a été étendue à une version de groupe à travers plusieurs protocoles pour les adultes, les enfants et les adolescents, selon le contexte. Dans le cadre d’un travail clinique de groupe, le thérapeute met à disposition ses compétences techniques en matière d’EMDR pour soutenir le processus de guérison de ses patients ; en outre, le thérapeute apporte un soutien émotionnel et de contention et aide à atteindre et préserver une régulation émotionnelle appropriée.

La thérapie EMDR dans les directives nationales et internationales 

La thérapie EMDR, à ce jour, a été reconnue comme un excellent type de thérapie pour le traitement du TSPT dans des contextes cliniques et académiques par plusieurs organisations nationales et internationales. Cette approche a été scientifiquement prouvée par de nombreux essais contrôlés randomisés menés sur des patients traumatisés et documentée dans des centaines de publications rapportant son efficacité dans le traitement de nombreuses psychopathologies, notamment la dépression, l’anxiété, les phobies, le deuil aigu, les symptômes somatiques et les addictions (www.emdr.it).  » Comme d’autres types de thérapies centrées sur le traumatisme, l’EMDR vise à réduire le niveau de stress subjectif et à renforcer les cognitions adaptatives liées à un événement traumatique, mais contrairement aux thérapies centrées sur le traumatisme, l’EMDR n’implique pas : (a) d’avoir à faire une description détaillée de l’événement, (b) d’avoir une discussion directe sur les croyances, (c) d’effectuer une exposition prolongée, ou (d) des tâches à la maison » [37]. Cela peut être un grand avantage dans le travail clinique avec les enfants et les adolescents.

La thérapie EMDR chez les enfants est également recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [37], l’International Society for Traumatic Stress Studies [38], le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) [39], et le Child and Adolescent Committee of the European Society on Trauma and Dissociation (ESTD) [40]. L’OMS [37] déclare que la thérapie EMDR individuelle et centrée sur le traumatisme doit être envisagée pour les enfants et les adolescents souffrant de TSPT lorsque les personnes sont compétentes (c’est-à-dire formées et supervisées) pour fournir ces thérapies. Les directives du NICE pour le traitement du TSPT [39] recommandent la thérapie EMDR pour les patients âgés de 7 à 17 ans présentant un diagnostic de TSPT ou des symptômes cliniquement importants de TSPT plus de 3 mois après un événement traumatique s’ils ne répondent pas ou ne s’engagent pas dans une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) centrée sur le traumatisme.

Les revues narratives systématiques, les méta-analyses et les études randomisées [30, 41, 42, 43, 44, 45] constituent une base solide pour promouvoir la thérapie EMDR et son efficacité à réduire les symptômes caractéristiques du TSPT dans des échantillons d’adultes, d’adolescents et d’enfants. Habituellement, le protocole standard est modifié pour rendre le traitement plus facile et plus acceptable pour les enfants et les adolescents avec l’ajout de stratégies particulières [44] ou d’outils [33].

L’objectif de ce travail est de résumer les résultats des études sur la thérapie EMDR avec des enfants et des adolescents dans différents contextes.

Plan de recherche 

Notre objectif était de réaliser une revue narrative de la littérature scientifique publiée pour évaluer l’utilisation de l’approche EMDR chez les enfants et les adolescents. Nous avons effectué une recherche documentaire sur l’utilisation de la thérapie EMDR chez les enfants et les adolescents. Nous avons recherché des études dans plusieurs bases de données, dont PsycINFO, PubMed et Google Scholar. Les bases de données ont été explorées avec une série de mots-clés donnés dans différentes combinaisons : traumatisme, EMDR, mouvements oculaires, TSPT, enfant*, adolescent* (un astérisque indique que la recherche n’était pas limitée à ce mot ou fragment particulier). De plus, nous avons ajouté d’autres études trouvées dans les sections de référence des articles que nous avons évalués et qui n’avaient pas encore été identifiées. Pour l’exposition de nos résultats, nous avons opté pour une approche de revue narrative en raison de la finalité clinique de ce travail : Dans une évaluation préliminaire de la littérature scientifique, nous avons constaté que les interventions, les résultats et les mesures des effets thérapeutiques peuvent varier et ne sont pas uniformément comparables entre les études, les contextes et les conditions cliniques. Les critères de sélection étaient le cadre théorique utilisé pour décrire les études et les normes de recherche qu’elles abordaient. Nous avons effectué les sélections au mieux de nos connaissances et en toute impartialité, mais nous reconnaissons et discutons par la suite les éventuels biais de sélection. Les études sélectionnées ont été classées en plusieurs thèmes principaux, présentés dans les paragraphes suivants.

Résultats 

La thérapie EMDR et les traumatismes 

Concernant les expériences de stress extrême (T), de nombreuses études ont porté sur les traumatismes de masse. Dans les populations adultes, plusieurs études ont mis en évidence l’efficacité des protocoles EMDR pour les populations adultes exposées à des traumatismes via des catastrophes de masse et des situations de crise en groupe et en individuel [46,47,48,49].

Dans le monde, le nombre de personnes contraintes de quitter leur pays d’origine en raison de guerres, de persécutions, de conflits ou d’autres types de violence a augmenté pour atteindre près de 16,2 millions de personnes en 2017, selon les estimations. Environ la moitié d’entre elles n’avaient pas encore atteint l’âge adulte [50]. Des études épidémiologiques confirment que le risque d’apparition de problèmes psychologiques est élevé chez les réfugiés [51]. Le terme de réfugié désigne un individu qui a franchi une frontière internationale poussé par une crainte de persécution et qui, de ce fait, demande la protection d’un autre pays, lequel reconnaît sa demande d’asile. L’histoire clinique de ces individus est caractérisée par une exposition répétée à des événements traumatiques (torture, nombreuses pertes de pairs et de personnages importants, blessures graves, scénarios de guerre et pénurie alimentaire) [52]. De nombreuses études menées dans des zones géographiques et des contextes variés ont mis en évidence l’utilisation de protocoles EMDR avec des mineurs réfugiés [53,54,55,56,57,58].

Compte tenu de la situation critique, ces personnes sont très susceptibles d’être retraumatisées et exposées à de nouveaux événements traumatiques ; les contraintes de temps ancrées dans le contexte d’urgence et les difficultés organisationnelles dues aux caractéristiques socio-économiques du contexte incitent à choisir un protocole de groupe plutôt qu’un cadre individuel. La plupart des interventions EMDR utilisent le protocole de traitement de groupe intégratif (EMDR-IGTP) [47] ou le protocole de traitement de groupe intégratif pour le stress traumatique continu (EMDR-IGTP-OTS) [59] avec des mineurs appartenant à ces populations de patients. L’utilisation du protocole IGTP-OTS est également attribuable aux tentatives de limiter les réticences culturelles (les pays d’origine des participants de l’échantillon sont souvent peu familiers avec les pratiques liées au diagnostic et au traitement des problèmes de santé mentale) [55]. En fait, les caractéristiques les plus importantes de l’EMDR dans ces contextes sont l’absence d’intrusion, l’approche non narrative en ce qui concerne le récit de l’expérience traumatique et l’absence de devoirs entre les séances. Avec ces protocoles EMDR, on ne demande généralement pas aux patients de parler de leurs souvenirs traumatiques mais de les représenter graphiquement à l’aide de dessins ou de symboles. Toutes les études soulignent une augmentation du bien-être psychologique des sujets associée à une réduction des symptômes du TSPT, de l’anxiété et de la dépression. Les résultats montrent que cette intervention EMDR est efficace (les données recueillies après le traitement montrent une diminution des réactions psychologiques et somatiques) et fonctionnelle en quelques séances de groupe, ce qui fait de l’EMDR un traitement rentable.

En parallèle, il a été prouvé que les catastrophes naturelles (par exemple, les tremblements de terre, les tsunamis, les ouragans) peuvent provoquer une vulnérabilité et des dommages psychologiques chez les mineurs [60]. Ce contexte est l’un des plus courants dans lequel la thérapie EMDR est reconnue comme un traitement efficace du TSPT chez les enfants, les adolescents et les adultes (pour un recueil : [61, 62]).

En se concentrant sur les enfants et les adolescents, Jayatunge [63] et Fernandez [64] ont utilisé le protocole standard avec des échantillons de mineurs qui avaient été témoins d’un tsunami et d’un tremblement de terre, respectivement, en réponse aux demandes d’aide humanitaire des zones touchées. Le protocole que l’association italienne d’EMDR a utilisé pour aider les enfants et les adolescents après le tremblement de terre de 2016 en Italie centrale était l’EMDR-IGTP [65–]. Tous les résultats ont confirmé l’efficacité de cette thérapie pour réduire les symptômes associés au TSPT et les émotions négatives liées aux catastrophes de masse. Ils montrent également comment ces progrès ont été maintenus lors du suivi à 3 mois (dans les études de Fernandez [64] et Maslovaric et al. [65–].

L’efficacité de la thérapie EMDR après des catastrophes de masse est extrêmement bien résumée par la méta-analyse de Brown et al. [66], qui se base sur une recherche des meilleures techniques d’intervention auprès d’adolescents et d’enfants traumatisés. Les résultats, comparant les scores obtenus avant et après le traitement, montrent que la thérapie EMDR a un impact significatif sur l’amélioration des conditions psychologiques des enfants.

La thérapie EMDR et la violence 

La thérapie EMDR est fortement recommandée par le California Evidence-Based Clearinghouse for Child Welfare en tant que traitement fondé sur des preuves pour les enfants et les familles impliqués dans le système de protection de l’enfance (http://www.cebc4cw.org) et par le Trauma Institute et le Child Trauma Institute (2015).

Les abus sexuels sur les enfants sont un phénomène courant, selon une étude de Walker et al. [67] : 5,8 à 34 % des femmes et 2 à 11 % des hommes ont déclaré avoir été victimes d’abus sexuels à un moment donné de leur enfance. L’abus sexuel dans l’enfance est associé à plusieurs facteurs de risque pour la santé mentale, tels que la toxicomanie, les idées suicidaires, la dépression, le TSPT et la dysrégulation des systèmes sexuels, relationnels et émotionnels [68,69,70]. À ce jour, il existe très peu d’études de cas et de livres de pratique clinique sur la thérapie EMDR comme traitement pour les enfants abusés sexuellement dans la littérature [71,72,73].

Outre les abus et les violences physiques que peuvent subir les enfants, la violence psychologique est également présente. Sa principale caractéristique est de se manifester par des paroles ou des actes visant à forcer la victime à agir contre sa volonté. Cette modalité rend moins évidente la présence de danger et de traumatisme chez l’enfant, et c’est typiquement la condition qui prépare le terrain pour l’apparition de traumatismes relationnels complexes et cumulatifs. L’approche EMDR est utilisée dans une grande variété de contextes sociopolitiques et géographiques pour aider les enfants et les adolescents à se remettre des effets des abus sexuels. Par exemple, Jaberghaderi et al. [74] ont mené une étude sur quatorze filles iraniennes âgées de 12-13 ans qui avaient été victimes d’abus sexuels. Ils ont constaté que la TCC et la thérapie EMDR aidaient les filles à se remettre des effets de l’abus sexuel et que les traitements structurés du traumatisme pouvaient être appliqués aux enfants en Iran. La thérapie EMDR était nettement plus efficace, avec des tailles d’effet importantes pour chaque résultat. Dans un scénario très différent, Farrel et al. [75] ont recommandé l’adoption du traitement EMDR pour les survivants d’abus sexuels perpétrés par des prêtres catholiques romains et d’autres membres du clergé.

Le concept de violence domestique inclut tous les actes d’abus physiques ou sexuels, de négligence ou d’autres formes de maltraitance qui entravent le développement fonctionnel d’un individu [76] et se produisent au sein de la famille. Un climat familial dysfonctionnel prédispose les enfants à développer des traumatismes complexes, des TSPT, des retards de développement, des symptômes dépressifs, anxieux ou psychosomatiques, des troubles de l’intériorisation (retrait social, tendances à l’automutilation, abus de substances, complaisance excessive) ou des passages à l’acte (agressivité, opposition) et des comportements non adaptés [77]. Un enfant placé dans un contexte de violence domestique peut, dans le futur, répéter les mêmes schémas relationnels dysfonctionnels qu’il a appris pendant l’enfance [78]. Pour ces raisons, il est vital de briser le cercle vicieux de la transmission intergénérationnelle de schémas violents, et de nombreuses études ont prouvé l’efficacité de la thérapie EMDR dans les cas de violence domestique, tant de la part des parents que des enfants [74, 79, 80, 81]. Tous ces résultats confirment que l’EMDR est une modalité de traitement efficace pour les survivants de violences sexuelles et domestiques et soulignent la nécessité de l’inclure dans les programmes cliniques et de soutien [82,83,84]. La thérapie EMDR est une approche prometteuse, mettant en évidence une amélioration du comportement des sujets couplée à une réduction des niveaux d’anxiété, de dépression et des symptômes post-traumatiques.

Dans un domaine légèrement différent, certaines études [85, 86] montrent que les enfants ayant des comportements antisociaux présentent des niveaux élevés d’exposition aux traumatismes. Dans une étude de Soberman et al. [87], 29 garçons présentant des problèmes de comportement ont été répartis au hasard dans des groupes recevant des soins standard ou des soins standard plus trois séances d’EMDR axées sur les traumatismes. Le groupe EMDR a montré des réductions substantielles et significatives de la détresse liée à la mémoire ainsi que des tendances à la réduction des symptômes post-traumatiques et une réduction significative des problèmes de conduite lors d’un suivi de deux mois ; le groupe témoin n’a montré que de légères améliorations. La revue systématique menée par Rhoden et al. [88] indique que l’intervention EMDR pour les mineurs ayant commis des crimes était la méthode la plus efficace pour réduire les symptômes post-traumatiques auprès de cet échantillon.

La thérapie EMDR et les maladies physiques

Les maladies physiques, surtout si elles nécessitent des pratiques de traitement invasives et sont invalidantes ou chroniques, peuvent traumatiser les individus. Plusieurs études ont montré que la présence de croyances négatives concernant sa propre santé, une détresse excessive et des émotions dysfonctionnelles affectent l’évolution d’une maladie [89]. Cela crée un cercle vicieux entre les facteurs psychologiques et physiques qui pourrait entraver le traitement. Certaines études [90,91,92] ont également démontré l’existence d’un lien entre les expériences négatives vécues dans l’enfance et l’apparition de maladies physiques à l’âge adulte. Dans ce contexte, les interventions qui permettent de traiter les expériences traumatiques liées aux troubles sont importantes.

Le protocole EMDR standard (avec des modifications appropriées pour le rendre plus centré sur la maladie) a été utilisé avec de bons résultats dans plusieurs pathologies. Verkleij et al [93] ont étudié les changements dans la manifestation symptomatique d’un adolescent avec un type d’asthme défini comme « difficile à traiter » ou « difficile à contrôler » après un traitement combiné d’EMDR et de TCC. L’impact psychologique de la maladie et le niveau des symptômes asthmatiques après le traitement étaient significativement plus bas par rapport aux valeurs initiales.

Dans le domaine de la psycho-oncologie, il existe des preuves [94, 95] que la thérapie EMDR peut améliorer les ressources d’adaptation chez les patients adultes et réduire les symptômes post-traumatiques et somatiques [96]. Dans ce domaine, le protocole standard a été modifié pour se concentrer sur l’expérience traumatique liée à la gestion d’un diagnostic de cancer [94]. Dans une étude de 2018, Osorio et al [97] ont appliqué un protocole EMDR-IGTP-OTS à un échantillon d’adolescents et de jeunes adultes atteints de différents types de cancer, dans le but d’évaluer l’efficacité du traitement pour réduire les symptômes post-traumatiques, l’anxiété et la dépression liés à leur pathologie. Comme prévu, les résultats se sont avérés significatifs par rapport au prétraitement et au groupe témoin, dans lequel aucun changement n’a été détecté. Ces résultats ont été maintenus lors du suivi 90 jours plus tard. Dans le traitement des symptômes liés à la maladie, la thérapie EMDR s’est avérée importante non seulement pour traiter l’expérience traumatique mais aussi pour renforcer les stratégies d’adaptation et encourager ou rétablir l’équilibre émotionnel et relationnel [94].

Des études récentes ont montré que dans le contexte pédiatrique, les procédures médicales sont des expériences potentiellement traumatisantes avec une gamme de conséquences psychologiques négatives possibles ; la thérapie EMDR pourrait être supérieure à d’autres formes de soins pour réduire les symptômes de la phobie des blessures par injection de sang, de la dépression et des problèmes de sommeil [98] ou pour aider les jeunes patients qui subissent un traitement médical et qui développent des symptômes sous-seuil de TSPT [99].

La thérapie EMDR et les troubles psychologiques 

Malgré l’efficacité prouvée de la thérapie EMDR dans le traitement du TSPT, les preuves suggèrent que l’application de cette thérapie à d’autres troubles psychologiques produit autant de bénéfices ; nous soulignons que, concernant les directives de l’ESTD pour l’évaluation et le traitement des enfants et des adolescents présentant des symptômes dissociatifs et des troubles dissociatifs [40], la thérapie EMDR est recommandée dans les phases de traitement du traumatisme pour les patients jusqu’à 18 ans [100].

Taylor et McLachlan [101] soulignent que l’effet combiné de l’EMDR et de la TCC chez une patiente de 16 ans diagnostiquée avec un trouble obsessionnel-compulsif a permis de diminuer la rigidité de ses compulsions et de ses obsessions, qui étaient également associées à un passé d’intimidation qui contribuait à sa vision négative d’elle-même et à la conviction qu’elle ne valait rien. Il semblait y avoir un lien entre le développement de symptômes obsessionnels-compulsifs et l’exposition à un traumatisme [102]. Des résultats similaires ont été obtenus dans d’autres études de cas uniques sur des patientes adolescentes anorexiques [103,104,105,106]. À cet égard, la thérapie EMDR a permis une vision élargie du problème et une attitude holistique prenant en compte tous les aspects liés à l’histoire traumatique des filles [104, 107]. Ce processus a ensuite permis un rétablissement rapide et le maintien des résultats lors de la phase de suivi.

Concernant les phobies infantiles, De Roos et de Jongh [108] suggèrent un effet possible de la thérapie EMDR sur la réduction des symptômes phobiques chez les enfants et les adolescents. Ces résultats semblent être en accord avec ceux de Rousseau et al. [109], démontrant comment l’EMDR peut augmenter les processus d’apprentissage qui favorisent l’extinction de la peur chez les adultes. Certaines études préliminaires [110, 111] ont indiqué que la thérapie EMDR pourrait être un traitement prometteur de la toxicomanie. Il est reconnu que l’exposition à un traumatisme pendant l’enfance et à l’âge adulte peut prédisposer à l’abus de drogues ou d’alcool ou à des comportements connexes [112, 113, 114]. Une étude de cas de 2012 a rapporté le traitement réussi de l’addiction à Internet chez un garçon de 13 ans grâce à quatre séances de 45 minutes basées sur la désensibilisation des déclencheurs et le protocole de retraitement des impulsions [115].

D’autres recherches ont été menées sur l’efficacité de l’EMDR dans le traitement des troubles dépressifs majeurs. Il s’agit de l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents dans l’enfance et l’adolescence ; selon les estimations [116], entre 14 et 25% des jeunes sont soumis à au moins un épisode dépressif avant d’entrer dans l’âge adulte. Dans une étude réalisée en 2019 par Paauw et al. [93], des adolescents diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur et inclus dans un traitement EMDR ont montré une réduction des symptômes dépressifs, somatiques, anxieux et liés au stress (comme des études l’avaient déjà montré avec des échantillons d’adultes). Les capacités sociales et émotionnelles de ces adolescents ont également été améliorées. Le protocole EMDR standard a été utilisé avec des modifications spécifiques liées à l’âge ; à la fin du traitement, 60,9 % des adolescents ne répondaient plus aux critères DSM pour le diagnostic de trouble dépressif majeur, et 3 mois plus tard, lors du suivi, ce pourcentage était passé à 69,8 %.

Comme indiqué précédemment, Soberman et al. [87] ont également montré des améliorations chez les sujets présentant des troubles du comportement, maintenues lors d’un suivi de 2 mois. Wanders et al. [117], quant à eux, ont illustré les résultats positifs obtenus avec la thérapie EMDR chez des patients présentant des problèmes de comportement et d’estime de soi. Cette étude a montré que la thérapie TCC est également fonctionnelle dans ce domaine mais stimule des changements moins significatifs que l’EMDR.

En ce qui concerne les troubles intellectuels, des études portant sur des personnes présentant des déficits du fonctionnement mental et adaptatif [118, 119] ont rapporté des améliorations dans le traitement des traumatismes après des traitements EMDR modifiés et adaptés à l’âge intellectuel des participants. Les enfants présentant des déficiences intellectuelles sont plus enclins à l’exposition aux traumatismes que leurs pairs ne présentant pas ce type de trouble [120]. De plus, le traitement de tels événements est plus compliqué en raison des déficits adaptatifs et sociaux qu’ils présentent. Cette recherche montre que les enfants présentant une déficience intellectuelle ont effectivement retraité les expériences traumatiques grâce à la thérapie EMDR et ont appris ou développé de nouvelles compétences fonctionnelles et relationnelles.

Discussion

Les enfants et les adolescents, comme les adultes, peuvent vivre des événements traumatiques tout au long de leur vie, mais au cours de leur croissance, des difficultés peuvent apparaître dans les sphères émotionnelles, relationnelles et/ou comportementales. Les manifestations de la détresse psychologique ne sont pas les mêmes que chez les adultes, car l’intégration de questions liées au développement et à l’environnement peut influencer les diagnostics chez les enfants (en particulier chez les très jeunes enfants). Les traumatismes à l’âge du développement peuvent revêtir de nombreux visages. Parfois, les gens commencent à avoir des comportements à risque dès leur plus jeune âge, comme dans le cas des réfugiés, ou lorsque les parents font courir des risques sociopsychologiques à leurs enfants. Parfois, les enfants ou les adolescents vivent des problèmes médicaux ou des traumatismes majeurs sans être capables de comprendre pleinement ce qui se passe, ou parfois, leur douleur émotionnelle est due à des conditions psychologiques. Les effets et les conséquences que les traumatismes peuvent avoir sur la vie sociale et psychologique des jeunes sont dévastateurs et coïncident souvent avec d’autres troubles psychopathologiques, tels que l’anxiété, la dépression et les troubles de la personnalité. C’est pourquoi il est extrêmement important de disposer d’outils efficaces pour traiter les traumatismes dès les premiers stades du développement.

Les études présentées dans cette revue contribuent fortement à l’hypothèse selon laquelle l’EMDR semble efficace pour la résolution du traumatisme et, par conséquent, soulage les symptômes d’anxiété, de dépression et de stress chez les enfants et les adolescents atteints de TSPT.

Un problème dans ce domaine de recherche est que la souffrance dans l’enfance peut être difficile à détecter parce qu’elle peut s’exprimer de nombreuses façons différentes – comportements agressifs et oppositionnels, états anxieux, tendance à s’isoler, hyperactivité, difficultés scolaires, troubles du sommeil, etc. Il y a donc un potentiel de difficulté dans le travail clinique et la recherche, car un diagnostic clairement défini n’est pas toujours possible ; de plus, les psychothérapeutes et les chercheurs doivent utiliser des mesures appropriées et standardisées pour évaluer les enfants, car l’utilisation de mesures inconnues ou personnelles peut affecter les conclusions d’une étude et son acceptabilité dans la communauté scientifique.

Toutes les études que nous avons incluses se combinent pour indiquer combien il est important pour les mineurs de disposer d’un espace où ils se sentent accueillis et compris et où ils peuvent donner un sens à leur souffrance, leurs émotions et leurs comportements. Plusieurs protocoles de thérapie EMDR, avec des adaptations appropriées, aident les jeunes patients à exprimer leur malaise émotionnel, à mieux connaître leurs capacités et leur potentiel, à accepter leurs limites et à réduire leur souffrance psycho-émotionnelle par une meilleure gestion de leurs propres états émotionnels.

Sur le plan clinique, comme l’indiquent Ahmad et al. [44] et Civilotti et al. [121], il est important de considérer la capacité à reconnaître les cognitions et les émotions positives et négatives enracinées dans le stade de développement et le contexte socioculturel de l’enfant ou de l’adolescent. Certains écarts par rapport au protocole EMDR standard sont nécessaires lors de la remémoration des événements traumatiques, par exemple, lors de l’identification des cognitions et des émotions négatives et surtout lors de l’identification des cognitions positives. Parfois, il est important d’inclure les soignants dans le récit ou pendant le processus d’élaboration [122].

Limites 

Comme toutes les revues narratives, ce travail présente certaines limites, comme décrit dans plusieurs articles sur ce sujet [123, 124]. Il fournit une perspective expérimentale et explicite sur l’utilisation de la thérapie EMDR en psychologie de l’enfance et de l’adolescence, reflétant une perspective clinique plutôt qu’un point de vue académique plus neutre. Au lieu d’utiliser une approche systématique de revue narrative basée sur les résultats de recherches documentaires complètes et systématiques de toutes les ressources disponibles et avec une grande minimisation des biais de sélection, nous avons décidé d’utiliser une approche narrative. Cette méthode reflète la réalité clinique dans laquelle l’objectivité d’un plan de recherche rigoureux n’est pas toujours possible pour plusieurs raisons – par exemple, des raisons éthiques (par exemple, l’impossibilité de retarder ou de ne pas traiter certains patients), la complexité (par exemple, la difficulté de comparer différents sujets et leurs différences individuelles intrinsèques) et des raisons méthodologiques (par exemple, il peut être difficile de comparer des approches cliniques ou des traitements sans tenir compte de variables telles que les conditions préexistantes, l’alliance thérapeutique).

Conclusions 

En conclusion, l’efficacité de la thérapie EMDR chez les enfants et les adolescents a été largement démontrée dans la littérature, bien que de nouvelles études avec des échantillons plus importants soient souhaitables pour augmenter sa validité.

En effet, de nombreuses études ont été réalisées sur des cas cliniques individuels ou sur de très petits échantillons. La randomisation n’était souvent pas possible en raison des spécificités intrinsèques des sujets et de leurs traumatismes (par exemple, des enfants vivant dans des régions touchées par des catastrophes naturelles). Un avantage de l’utilisation de la thérapie EMDR avec les enfants et les adolescents est sa flexibilité, qui permet au thérapeute de l’adapter à l’âge et à la culture du patient ; un autre point fort est son applicabilité dans un contexte de groupe, même après des catastrophes de masse, souvent caractérisées par une forte demande d’aide et une faible disponibilité des ressources. Dans ces cas, un soutien psychologique précoce peut agir comme un facteur de protection contre l’apparition d’affections plus graves.

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En savoir plus 

Références de l’article l’EMDR dans la psychologie de l’enfant et de l’adolescent : un examen narratif :

  • auteurs : Cristina Civilotti, Davide Margola, Maria Zaccagnino, Martina Cussino, Chiara Callerame, Alessia Vicini & Isabel Fernandez
  • titre en anglais :Eye Movement Desensitization and Reprocessing in Child and Adolescent Psychology: a Narrative Review
  • publié dans : Current Treatment Options in Psychiatry volume 8, pages 95–109 (2021)
  • doi : https://doi.org/10.1007/s40501-021-00244-0

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