L’impératif relationnel dans l’EMDR

Marl Dworkin nous parle de l’impératif relationnel dans l’EMDR dans son livre sur la relation thérapeutique en EMDR :  EMDR and the relational impérative – The therapeutic relationship in EMDR treatment.  Dans cet ouvrage, il explore les nuances subtiles de la relation thérapeutique et le rôle vital qu’elle joue dans l’utilisation de la méthode de désensibilisation et de retraitement par les mouvements oculaires (EMDR) avec des patients traumatisés.

Dans le premier chapitre de ce livre, Marl Dworkin nous explique notamment pourquoi l’alliance de travail est une partie importante de la relation thérapeutique, pourquoi elle est nécessaire, mais pas suffisante pour travailler avec des patients traumatisés

Livre publié en anglais – disponible en ligne sur le site de l’éditeur – payant

Introduction

Les cliniciens sont heureux de penser que leurs expériences professionnelles, leurs connaissances théoriques et leurs compétences cliniques ont une incidence sur les progrès de leurs patients, mais nous sommes finalement moins à l’aise pour admettre que notre histoire personnelle joue également un rôle dans le processus thérapeutique. Depuis que Freud s’est assis en silence pendant que ses patients s’allongeaient sur son divan pour lui parler de leurs problèmes, certains cliniciens préfèrent se considérer comme des observateurs attentifs, des conseillers avisés, voire des auditeurs bienveillants, mais des personnes tout à fait à part de l’angoisse qui se joue souvent dans leur cabinet de consultation. Alors que les psychanalystes relationnels corrigent ce problème depuis des décennies, certains membres de la communauté EMDR interprètent le fait de « rester à l’écart » comme un retour à la séparation du patient.

Pourtant, même dans le cadre de l’EMDR, qui a d’abord pris racine dans le sol de la thérapie cognitivo-comportementale, ce que sont les cliniciens et la façon dont ils se connaissent eux-mêmes importent. Et cela compte profondément. Dans chacune des huit phases de l’EMDR, les questions relationnelles jouent un rôle essentiel.

La relation thérapeutique est un aspect essentiel de l’EMDR ; on a supposé dès le départ que les cliniciens agréés en santé mentale avaient déjà une bonne compréhension de la nécessité de mettre en place cette relation pour travailler avec des patients traumatisés. Les formations de l’Institut EMDR ont été conçues pour enseigner les principes, les protocoles et les procédures de la méthodologie EMDR dans le cadre de la relation d’accord. Mon objectif est d’étoffer ce qui n’a pas été entièrement écrit. L’alliance de travail est une partie importante de la relation thérapeutique, elle est nécessaire, mais pas suffisante pour travailler avec des patients traumatisés, nous le développerons plus loin dans ce chapitre. Les alliances sont formées lorsque des personnes marchent côte à côte vers un objectif commun. Les relations sont formées lorsque les crocs se tiennent face à face. Une alliance n’est pas un conteneur assez solide pour un patient traumatisé qui vient nous voir en manquant de confiance, en étant longtemps isolé et en sachant qu’on lui demandera de révéler et de ressentir – peut-être pour la première fois, s’il s’est dissocié pendant le traumatisme original – les moments les plus terribles de sa vie. Le degré de peur du patient est identique au degré de connexion dont il a besoin avec son thérapeute pour se sentir en sécurité.

En effet, l’essence même du traumatisme psychologique est l’exposition soudaine à un danger extrême, qu’il s’agisse d’un tsunami, d’un violeur ou d’un parent déchaîné. Cette expérience terrifiante amène les victimes de stress post-traumatique à négocier leur vie autour du sentiment de sécurité. Elles savent qu’elles sont vulnérables à un danger extrême. Elles s’isolent donc par peur d’être à nouveau blessées et par honte de leur vulnérabilité antérieure. De nombreuses victimes de traumatismes interpersonnels croient – non, elles savent – qu’elles sont de mauvaises personnes : Après tout, elles sont responsables de ce qui leur est arrivé (du moins le croient-elles). Cela conduit les victimes de traumatismes à faire des auto-évaluations erronées dans le présent et à bloquer leur capacité à répondre de manière appropriée à de nouvelles situations si celles-ci stimulent les réseaux neuronaux où leur ancienne douleur est stockée. Ainsi, pour maintenir leur équilibre interne, de nombreuses personnes traumatisées se défendent contre la douleur passée en limitant leur capacité à ressentir dans le présent.

C’est pourquoi, lorsqu’un clinicien EMDR établit une relation thérapeutique avec un patient traumatisé, il est essentiel qu’il ancre cette personne dans le présent, dans une relation de sécurité dès la première séance, en mettant l’accent sur la relation réelle, plutôt que sur la relation transférentielle. (Cette étape doit absolument avoir lieu avant que le patient ne commence la stimulation bilatérale). Cet ancrage est l’un des deux points focaux de la double attention essentielle à l’EMDR. (L’autre est la concentration simultanée du patient sur un souvenir dépendant de l’état qui est maintenu dans un état d’excitation dysfonctionnelle. Je reviendrai en détail sur ce point plus tard). Le travail actif sur le traumatisme (phases 3-6 en EMDR) ne peut réussir que dans une atmosphère de sécurité. Lorsqu’il est effectué dans le contexte d’une relation thérapeutique, le patient ne se sent plus seul face à l’horreur. La douleur peut maintenant être partagée, et les activités nécessaires pour commencer le traitement accéléré de l’information sont mises en place. L’alliance de travail, qui met l’accent sur les objectifs, les tâches et les liens, crée de manière optimale le type de sécurité entre les deux parties dans lequel le travail doit être fait. Ce lien, cependant, sera sujet à de nombreuses ruptures potentielles qui vont au-delà de ce qu’une alliance peut contenir. Identifier les ruptures potentielles, s’y préparer ou les réparer, et gérer le transfert et le contre-transfert sont des parties essentielles du travail EMDR.

L’impératif relationnel est ce qui fait de l’EMDR – malgré les apparences – une psychologie à deux personnes. Dire que l’EMDR est une psychologie unipersonnelle est un argument de type « straw man », car toutes les psychothérapies sont des événements à deux personnes. Cependant, certains cliniciens et chercheurs dissocient l’EMDR à la seule méthode. Certains praticiens et chercheurs ne sont pas d’accord. Ils considèrent l’EMDR comme une psychologie unipersonnelle, la personne unique étant, bien entendu, le patient. Une psychologie unipersonnelle fonctionne comme suit : Le patient arrive. Le clinicien prend l’histoire du patient et le prépare à la procédure. Le clinicien dit au patient ce qu’il doit faire : le clinicien respecte le patient et construit une alliance. Le patient passe par les étapes de la procédure, avec peut-être quelques blocages à régler en cours de route, et s’améliore. Tout est propre, net et précis.

Ce n’est pas mon interprétation de Shapiro. L’EMDR ne sera jamais une psychologie d’une seule personne tant qu’il y aura deux personnes dans la pièce. Même dans le domaine de la physique, nous savons – grâce principe  d’incertitude d’Heisenberg – que la simple présence d’un observateur affecte les résultats de l’expérience qui est observée.

Il en va de même pour l’EMDR. Le bon sens, l’expérience clinique et la science dure présentent des arguments convaincants selon lesquels la présence du clinicien affecte le patient traumatisé – et vice versa – et que ces variables affectent le progrès de la thérapie. Il est tout simplement impossible d’échapper à la nature « Je-Tu » de notre travail. Ce scénario lui a été donné lors de ma formation psychanalytique :

En savoir plus

Formation(s) : Relation thérapeutique – Stratégies relationnelles pour traiter les patients souffrant de traumas difficiles

Dossier(s) : La relation thérapeutique en EMDR