Comment un groupe social fait-il pour résister au traumatisme d’un attentat terroriste ?

Comment un groupe social fait-il pour résister au traumatisme d’un attentat terroriste ?

Un article d’Evelyne Josse, Comment un groupe social fait-il pour résister au traumatisme d’un attentat terroriste ? novembre 2015

C’est une question essentielle car la violence meurtrière d’un attentat terroriste remet spécifiquement en cause les valeurs du vivre ensemble. Dans le but d’établir une société organisée et hiérarchisée, les communautés humaines établissent un contrat social, pacte consistant en un ensemble de conventions et de lois garantissant la perpétuation du corps social. Dans les actes terroristes, la mort, les blessures, la souffrance et les dégâts sont occasionnés délibérément par un tiers malveillant. Les règles de base régissant l’humanité sont ainsi transgressées et les valeurs essentielles de l’existence telles la sécurité, la paix, le bien, la bonté, le respect de la vie, la solidarité, la morale, la justice et le sens des choses sont remises en question. Dès lors, les attentats terroristes suscitent une interrogation sur la nature humaine, sur le vivre ensemble, sur les valeurs d’une société et sur son identité, sur la sécurité personnelle et sur celle du groupe communautaire, sur les choix politiques, etc.

Comme nous l’avions vu après l’attaque sanglante au siège du journal Charlie Hebdo et l’assaut du supermarché casher, nous le constatons en ce mois de novembre 2015, dans les suites immédiates d’un attentat, devant ces agressions inattendues, les gens sont sous le choc. Ils communient, ils se rassemblent, ils essaient de comprendre. Dans un second temps, certains plus que d’autres vont avoir peur et vont modifier leur comportement. Par exemple, ils vont éviter les endroits fréquentés où un terroriste pourrait agir, ils vont soupçonner des individus d’être capables de commettre ce genre d’actes monstrueux, ils vont se défier de la communauté dont sont issus les intégristes, ils vont prôner une logique sécuritaire et voter en fonction, etc. Les personnes qui se sentent le plus à risque peuvent aller jusqu’à fuir nos pays. Pensons notamment aux juifs qui ont décidé de rejoindre Israël après les attentats de janvier 2015.

Ensuite, cela va dépendre de ce qui se produit. Si plusieurs années passent sans attentats, les choses vont se normaliser. Si par contre, les massacres collectifs se répètent, un climat de doute et de suspicion va inévitablement s’installer. La méfiance et la hantise de la répétition du traumatisme sont les alliés de la stratégie de la terreur. La terreur est à la fois le moyen et son objet ! Et le risque est alors de voir le pays se diviser en groupes communautaires et l’équilibre social devenir de plus en plus instable. Et les musulmans risquent bien d’être victimes en étant injustement identifiés comme des bourreaux potentiels…

À la différence des pays en état de guerre aiguë, les gens vivant dans une région agitée par le terrorisme ont une mode de vie identique ou très proche de celui qu’ils avaient auparavant. Ils ont accès aux commerces, aux écoles, aux transports publics, aux moyens de communication, à leur lieu de travail, etc. Mais bien que masqué par une apparence de vie « normale », et même s’il est faible pour un individu à un moment donnée, le péril n’en est pas moins constamment présent. Cependant, la stabilité de certains éléments de la vie courante, y compris d’ailleurs la violence et le danger, peut mener à la banalisation des risques et induire un processus d’adaptation qui peut s’avérer pathologique avec le temps. Par exemple, les personnes peuvent avoir une appréciation amoindrie de la menace vitale, et même aller jusqu’à la dénier, ou bien encore éprouver un sentiment d’invulnérabilité après avoir survécu à des attentats meurtriers.

Une exposition répétée à des événements violents est généralement associée à une symptomatologie marquée entre autres par un détachement du monde extérieur, une difficulté à maintenir des relations interpersonnelles et l’apparition de comportements agressifs. Ces réactions signent une souffrance personnelle mais elles interfèrent également avec le bien-être communautaire. Heureusement, nous n’en sommes pas là !

Références bibliographiques pour cet article Comment un groupe social fait-il pour résister au traumatisme d’un attentat terroriste ?

Josse E. (2014), Le traumatisme psychique chez l’adulte, De Boeck Université, coll. Ouvertures Psychologiques.

Josse E. (2011), Le traumatisme psychique des nourrissons, des enfants et des adolescents, De Boeck Université, Coll. Le point sur, Bruxelles

Josse E., Dubois V. (2009), Interventions humanitaires en santé mentale dans les violences de masse, De Boeck Université, Bruxelles.

Josse E. (2007), Le pouvoir des histoires thérapeutiques. L’hypnose éricksonienne dans la guérison du traumatisme psychique, La Méridienne-Desclée De Brouwer Editeurs, Paris

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