Dans quels cas faut-il intervenir en EMDR lors de trauma récent ?

Dans quels cas faut-il intervenir en EMDR lors de trauma récent ?

L’un des dilemmes auxquels sont confrontés les praticiens EMDR est de savoir s’ils doivent ou non intervenir avec l’EMDR après un traumatisme.

Elan Shapiro répond à cette question dans un article EMDR and early psychological intervention following trauma, que l’on peut traduire par L’EMDR et l’intervention psychologique précoce à la suite d’un traumatisme (1) dont nous vous proposons quelques extraits en français :

Effectivement, les symptômes peuvent de faire partie d’une réponse adaptative à un traumatisme.  » La réponse dite ‘normale’ est très variable Déterminer si une victime a une réaction problématique ou qui va se résoudre spontanément après un événement traumatique peut être difficile  » (Bisson, Brayne, Ochberg & Everly, 2007).

Les avis au sujet d’une intervention immédiatement après un traumatismes sont partagés. Solomon (2008) suggère que si les victimes sont temporairement en état de choc ou dissociés et que l’émotion n’ait pas encore présente, cela peut être une protection naturelle qui ne devrait être retirée avec précaution. Van der Kolk (1996) souligne que, si les gens sont hyperexcitée, le cortex est comme en quelque sorte « off-line » et qu’aucun traitement efficace ne peut avoir lieu, de sorte que la première chose à faire est de les apaiser. Nous savons qu’en cas de diagnostic d’ASD, le risque de troubles est élevé. Le problème est de savoir si ou quand d’intervenir lorsqu’il n’y a pas de diagnostic d’ASD.

Si on considère que la réaction initiale peuvent être une tentative d’adaptation pour faire face aux problèmes de survie (problèmes de sécurité / vulnérabilité ou de contrôle / impuissance), les symptômes de stress post-traumatique quand ils persistent, surtout quand le danger est passé, deviennent inadaptés et peuvent liés à la survie psychologique secondaire et aux questions d’identité (« qu’est-ce que cela nous dit sur moi?  » questions de la responsabilité / du blâme / infériorité).

(…) La thérapie EMDR peut-elle être une mesure préventive utilisée au cours de la phase aiguë de vulnérabilité après un traumatisme, pour s’assurer que l’information est traitée de manière adaptative et que la mémoire est consolidé ? (…)

Quand intervenir et intervention très précoce

Le lendemain de l’événement peut être plus important que l’événement traumatique antérieur (Brewin, Andrews et Valentine, 2000). Les semaines suivantes un traumatisme peuvent être une période critique où l’augmentation du stress peut conduire à des changements irréversibles dans le système nerveux central (Shalev, 1996). D’autres chercheurs se sont également demandés s’il existe un moment critique au cours duquel l’intervention immédiatement après une exposition à des événements traumatiques peut atténuer la réponse pathologique comme l’ESPT, s’il y a une « golden hour  » au cours de laquelle la façon dont nous intervenons peut améliorer ou aggraver les symptômes ? (Zohar, Sonnino, Juven-Wetzler & Cohen, 2009; Shalev, 2002). Rothbaum et al., a mené une petite étude pilote pour tester s’il est possible d’intervenir dans les 24 heures suivant un traumatisme (…) dans un service d’urgence (Rothbaum, Houry, Heekin et al., 2008). Ils ont conclu que c’était faisable et ont noté que les cinq sujets bénéficiant de l’intervention s’en sont tirées un peu mieux que les cinq qui avait reçu l’évaluation une semaine plus tard.

EMDR et intervention très précoce

Des éléments du protocole EMDR, en particulier les SBA (…) et les cognitions positives, ont été utilisés quelques heures après un événement traumatique avec des victimes insensibles ou montrant d’autres réactions inhabituelles. L’objectif se limite alors à apaiser, établir une communication ou réduire la détresse. La preuve empirique que les SBA entraine une réduction de la détresse et d’autres effets psychophysiologiques est démontrée dans ce contexte. La procédure d’intervention d’urgence (ERP), (Quinn, 2007, 2009) a été utilisée dans les services d’urgence des hôpitaux à la suite d’attaques terroristes, ou dans des ambulances, avec des victimes ayant des symptômes extrêmes et incapables de communiquer en raison d’une détresse grave, comme une alternative aux médicaments et injections. Les données recueillies par Kutz, Resnik, et Dekel (2008), sur un certain nombre d’années, en milieu hospitalier, ont montré qu’une seule séance d’une forme modifiée de l’EMD est efficace dans les jours et semaines qui suivent un événement traumatique : « une intervention brève peut être extrêmement bénéfique pour réduire immédiatement l’intensité, la durée et le nombre de symptômes de stress aigu, plus particulièrement les phénomènes intrusifs, dans la plupart de ceux qui présentent un stress aigus (AS)  » (p.198 syndromes).

Études

Une étude a été effectuée 2 ans après les attentats terroristes de Londres, dans lesquels 52 personnes ont été tuées. Près de 1000 personnes ont été contacté. Environ un tiers avaient des symptômes d’ESPT, mais seule une petite minorité d’entre eux avaient demandé ou été soigné pour un traitement (Brewin et coll., 2010). Il est suggéré que la sensibilisation précoce et proactive pour traiter les gens atteints d’ESPT pourraient aider à réduire les énormes coûts sociaux liés à ce trouble (Kessler, Berglund, Demler et al., 2005)

En revanche, Shalev et al. (2011a, b), dans leur étude ambitieuse réalisée à Jérusalem sont arrivés à des conclusions surprenantes qui mettent en évidence la difficulté lié au fait de tendre la main et d’offrir une intervention précoce. La moitié des 1502 survivants qui ont été contactés ont refusé une évaluation clinique initiale et parmi les survivants qui ont été évalués par des cliniciens comme ayant des ASD et à qui ont a proposé un traitement, 27% ont refusé ce traitement précoce. Le 296 personnes diagnostiquées avec ASD qui ont finalement suivi un traitement ont été divisés en cinq groupes (douze séances de 90 minutes hebdomadaires de thérapie cognitive ou une exposition prolongée, en plus de la médication SSRI, du groupe placebo et du groupe de contrôle de liste d’attente).
Sur les 5286 personnes contactées dans le mois qui a suivi leur admission aux urgences de l’hôpital Hadassah à la suite d’une variété de traumatismes, pendant les 4 années du projet, seulement 6% environ effectivement terminé le traitement.
Bien que les résultats ont clairement montré des résultats significatifs pour la thérapie cognitive et les interventions d’exposition prolongée qui sont efficaces pour réduire l’ESPT, parmi les victimes cliniquement diagnostiqué avec ASD, le coût lié au travail des équipes de cliniciens et à l’inefficacité de cette approche sont considérables.
Fait intéressant, il n’y avait aucune différence entre le groupe placebo et les groupes traités avec des médicaments, le traitement PE retardé  a été presque aussi efficace que le traitement précose quand on compare les résultats à 9 mois.

Sources pour l’article Dans quels cas faut-il intervenir en EMDR lors de trauma récent ? :

  • (1) Shapiro, Elan (2012). EMDR and early psychological intervention following trauma, Revue Européenne de Psychologie Appliquée/European Review of Applied Psychology, Volume 62, Issue 4 (October 2012), sur les progrès effectués dans le domaine de l’intervention psychologique précoce post-trauma en général et sur la place de l’intervention EMDR précoce en particulier.

Nos articles sur ce thème :

Shapiro, Elan (2012). EMDR and early psychological intervention following trauma, Revue Européenne de Psychologie Appliquée/European Review of Applied Psychology, Volume 62, Issue 4 (October 2012)

L’EMDR et l’intervention psychologique précoce à la suite d’un traumatisme 

Introduction : Cet article évalue de façon générale les développements menés dans le champ de l’intervention psychologique précoce (EPI) après un traumatisme, et la place de l’intervention EMDR précoce (EEI) de façon plus spécifique. Il aura pour objectif de passer en revue les questions et les controverses soulevées par l’EPI et l’EEI, de présenter les recherches afférentes à ce domaine et d’en évaluer l’état actuel.

Littérature et résultats cliniques : L’article aborde, au travers de la littérature scientifique et des résultats issus de recherches initiales et d’études de cas, la logique sous-jacente à la thérapie EMDR et ses contributions potentielles en se basant sur les preuves actuelles et la théorie relative aux états de stress post-traumatique et aux souvenirs traumatisants. Les avantages relatifs de l’EPI sont décrits en détails.

Discussion et conclusion : Cet article suggère que la prise en charge d’un individu par une EEI avant l’intégration des souvenirs traumatisants pourrait revêtir un intérêt non seulement pour traiter la détresse aiguë, mais aussi pour donner accès à une intervention brève peut être délivrée selon un format de journées consécutives, qui permettrait de prévenir d’éventuelles complications et de renforcer la résilience. La thérapie EMDR pourrait contribuer à réduire la sensibilisation et l’accumulation de souvenirs traumatiques dans la mémoire via la réduction rapide des symptômes intrusifs et la réponse de désactivation, ainsi que l’identification d’obstructions potentielles au traitement adaptatif de l’information.

Elan Shapiro précise que la prise en charge des victimes par un EEI a de nombreux avantages, comme :

  • Une intervention brève, des effets rapides du traitement
  • Une baisse rapide de l’imagerie / de la détresse
  • Peut être utilisé sur plusieurs jours consécutifs (pas de devoirs nécessaire), ce qui est avantageux en cas de grande détresse et pour les équipes sur le terrain
  • Empêche l’accumulation de traumatismes souvenirs (mieux vaut prévenir que guérir)
  • Peut renforcer la résilience, important pour les situations EN COURS
  • Facteur économique (évite les coûts importants sur le long terme pour les victimes et la société)
  • Possible  » golden hour » peu de temps après le traumatisme pendant lesquelles l’intervention peut aider
  • Quand il y a des symptômes ASD, il est prouvé que le traitement peut être bénéfique
  • Même quand il n’y a pas de symptômes cliniques de trauma, un ESPT ou d’autres troubles peuvent encore se développer des mois ou des années plus tard, apparition tardive ou après des expositions ultérieures au traumatisme
  • L’ESPT est l’un des nombeux troubles qui peuvent suivre d’un traumatisme
  • Le stress post-traumatique est un facteur de risque pour de nombreuses symptômes psychologiques et somatiques
  • La majorité des victimes de traumatismes exposés avec des symptômes ne recherchera pas de traitement

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