EMD, EMDr, EMDR : trois lettres, trois pratiques

EMD, EMDr, EMDR : trois lettres, trois pratiques

Mis à jour le 11 septembre 2026

Trois sigles presque identiques, séparés par une seule lettre, parfois minuscule. Et pourtant, derrière l’EMD, l’EMDr et l’EMDR se cachent trois manières différentes d’accompagner un patient face à un souvenir perturbant. La confusion est fréquente, y compris chez des cliniciens déjà formés. Prenons le temps de clarifier.

L’EMD : la procédure d’origine

À la fin des années 1980, Francine Shapiro décrit une procédure qu’elle nomme “ Eye Movement Desensitization” ,  la désensibilisation par mouvements oculaires. L’objectif est alors circonscrit : réduire la charge émotionnelle et la vivacité d’un souvenir précis.

La logique de l’EMD est celle d’une désensibilisation focalisée et contenue sur une cible précise.

On reste centré sur la cible : après chaque série de stimulations bilatérales, on ramène régulièrement le patient au souvenir de départ, sans laisser libre cours aux associations. On désensibilise un point, méthodiquement, en limitant l’ouverture vers d’autres réseaux de mémoire.

L’EMDR : la thérapie complète

Au fil des années, Francine Shapiro comprend que les effets observés dépassent la simple désensibilisation. Le souvenir ne s’efface pas : il se “ retraite ” , se relie à des informations adaptatives, change de statut. Elle ajoute un « R » – “ Reprocessing ” –  et formalise une thérapie structurée en huit phases, adossée au modèle de traitement adaptatif de l’information (TAI).

Ici, on suit les chaînes associatives. On laisse le patient cheminer librement de souvenir en souvenir, à travers les émotions et sensations corporelles, les éventuelles abréactions, jusqu’à ce que le réseau de mémoire dysfonctionnel se réorganise. C’est le protocole standard que la plupart des praticiens connaissent.

L’EMDr : l’entre-deux de Roy Kiessling 

Entre la procédure contenue de l’EMD et le retraitement ouvert de l’EMDR, existe-t-il un espace intermédiaire ? C’est l’intuition de Roy Kiessling, qui propose le concept le r en lieu et place du R de l’EMDR : EMDr. 

Dans cette lecture, le « r » minuscule de l’EMDr désigne un retraitement partiellement ouvert : on autorise le patient à associer, mais on le redirige plus tôt vers la cible que dans un EMDR standard. Ni totalement contenu, ni totalement libre. Une amplitude de retraitement intermédiaire, que le clinicien peut doser.

L’essentiel : penser en termes de continuum

Plutôt que trois méthodes rivales, il est plus juste de voir un continuum d’amplitude : de l’EMD le plus contenu, jusqu’à l’EMDR le plus ouvert, en passant par les nuances de l’EMDr. La question clinique n’est alors plus  EMD ou EMDR ? », mais : jusqu’où ouvrir le retraitement pour ce patient, dans cette situation, à ce moment précis 

Roy Kiessling nomme propose le concept de “ Processing Continuum  » 

Un patient fragile, une fenêtre de tolérance étroite, une situation d’urgence, un plan de traitement encore en construction : autant de paramètres qui orientent vers plus de contenance. À l’inverse, un patient stabilisé et un réseau de mémoire bien identifié autorisent un retraitement plus libre.

C’est là que se joue la finesse clinique : non pas dans le choix d’un sigle, mais dans la capacité à ajuster l’amplitude à la réalité de la personne en face de soi.

Sources 

  • Shapiro, F. (1989). Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories. Journal of Traumatic Stress, 2(2), 199–223. (étude contrôlée fondatrice : origine de l’EMD)
  • Shapiro, F. (1989). Eye movement desensitization: A new treatment for post-traumatic stress disorder. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 20(3), 211–217. https://doi.org/10.1016/0005-7916(89)90025-6
  • Shapiro, F. (1991). Eye movement desensitization and reprocessing: From EMD to EMDR,  a new treatment model for anxiety and related traumata. The Behavior Therapist, 14(5), 133–135. (documente le passage de l’EMD à l’EMDR)
  • Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures (3ᵉ éd.). Guilford Press. (thérapie complète, modèle TAI, protocole standard en 8 phases)
  • Kiessling, R. (2015, avril). The Processing Continuum. EMDR Canada Annual Conference, Vancouver. (concept d’EMDr)
  • Kiessling, R. (2024, 10 octobre). The EMDR Continuum [entretien podcast]. Notice That Podcast.
  • Shapiro, E., & Laub, B. (2008). Early EMDR intervention (EEI): A summary, a theoretical model, and the Recent Traumatic Episode Protocol (R-TEP). Journal of EMDR Practice and Research, 2(2), 79–96. (traitement télescopique / intervention précoce)

Aller plus loin 

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