EMDR comme intervention précoce auprès des professionnels de santé pendant la pandémie de COVID-19 : revue systématique et méta-analyse

EMDR comme intervention précoce auprès des professionnels de santé pendant la pandémie de COVID-19 : revue systématique et méta-analyse

Mis à jour le 1 octobre 2026

Une revue systématique et méta-analyse publiée dans le Journal of EMDR Practice and Research synthétise 13 études évaluant l’utilisation et l’efficacité de l’EMDR comme intervention psychologique précoce auprès des professionnels de santé (PdS) ayant vécu une détresse psychologique liée à la pandémie de COVID-19. La méta-analyse des résultats portant sur le TSPT met en évidence une réduction importante et statistiquement significative des symptômes après EMDR. Compte tenu de la qualité méthodologique faible à modérée des études incluses, les conclusions sont présentées comme préliminaires.

En bref

Pendant la pandémie de COVID-19, les professionnels de santé ont été exposés à des taux élevés de détresse psychologique (TSPT, anxiété, dépression). L’EMDR — habituellement conçue comme un traitement post-trauma — a été déployée pour la première fois à grande échelle comme intervention psychologique précoce pendant l’exposition continue au trauma. Cette revue systématique et méta-analyse a identifié 13 études (1 602 PdS au total ; tailles d’échantillon de 11 à 744). Les protocoles utilisés sont majoritairement des formats brefs, en ligne et de groupe (R-TEP, G-TEP, IGTP, STEP, URG-EMDR, IGTP-OTS-R). La méta-analyse de 11 effets indépendants issus de 9 études (N = 1 367) montre une réduction importante et statistiquement significative du TSPT (Hedges’ g = -1,31 ; IC 95 % [-1,57 ; -1,06] ; p < 0,001), avec toutefois une hétérogénéité substantielle (I² = 88 %) et des indices de biais de publication potentiel (test d’Egger : intercept = -2,99 ; p = 0,029). Aucune étude incluse n’a été notée « strong » par l’outil EPHPP ; 8 ont été notées « weak » et 5 « moderate ». Les auteurs concluent que les résultats sont « tentative rather than confirmatory ».

Résumé

Les professionnels de santé (PdS) ont connu des taux élevés de détresse psychologique pendant la pandémie de COVID-19, incluant des symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT), d’anxiété et de dépression. Le fardeau psychologique sans précédent supporté par les PdS a conduit à l’utilisation émergente de l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) comme intervention psychologique précoce pendant des conditions de crise en cours, plutôt que comme un traitement uniquement post-trauma. Cette application novatrice dans un contexte de stress continu et élevé en santé mérite un examen systématique. Une recherche systématique dans PsycINFO, PsycArticles, PubMed, CINAHL, ScienceDirect et la Cochrane Library a identifié 13 études évaluant l’utilisation et l’efficacité de l’EMDR pour des PdS présentant une détresse psychologique liée à la COVID-19. Une méta-analyse des résultats sur le TSPT a été conduite à partir des données des études éligibles, parallèlement à une synthèse narrative pour l’anxiété, la dépression et d’autres résultats liés à la détresse. L’EMDR a été associée à des réductions cliniquement significatives du TSPT, de l’anxiété, de la dépression et des symptômes apparentés de détresse psychologique. La méta-analyse a mis en évidence une réduction importante et statistiquement significative du TSPT après traitement EMDR. Compte tenu de la qualité faible à modérée des études, cette revue fournit des éléments tentatifs en faveur de l’efficacité de l’EMDR auprès des PdS dans le traitement de la détresse psychologique liée à la COVID-19, et suggère son utilité comme intervention précoce dans les situations de crise. Les variations dans les protocoles EMDR et les modes de délivrance — utilisés pour répondre à des demandes cliniques urgentes — sont discutées. Les résultats apportent un soutien préliminaire à l’EMDR comme intervention précoce cliniquement bénéfique et potentiellement scalable pour les PdS présentant une détresse psychologique liée à la COVID-19. Des recherches supplémentaires de qualité sont nécessaires pour clarifier l’efficacité, optimiser le choix des protocoles et renforcer les preuves pour l’utilisation de l’EMDR pendant une exposition traumatique continue.

Points clefs 

Une question de recherche originale : la revue examine l’EMDR comme intervention pendant la phase d’exposition traumatique continue (et non uniquement post-trauma), un usage émergent à la suite de la pandémie. Cette application novatrice dans un contexte de stress continu mérite un examen systématique.

Méthodologie : revue systématique conforme aux recommandations PRISMA, pré-enregistrée sur PROSPERO (CRD42024521427). Six bases interrogées (PsycINFO, PsycArticles, Medline, CINAHL, ScienceDirect, Cochrane Library). 1 984 enregistrements identifiés ; 13 études incluses au final. Évaluation de la qualité par l’outil EPHPP par deux relecteurs indépendants.

Études incluses (13) : 1 602 PdS au total. Tailles d’échantillon de 11 à 744 participants. Pays : Italie (n=6), Turquie (n=2), puis Égypte, Irlande, Canada, Mexique et France (1 chacun). Designs : pré-post non contrôlé (n=6), RCT (n=3), études pilotes pré-post (n=2), étude observationnelle rétrospective avec contrôle en liste d’attente (n=1), étude randomisée comparant EMDR vs TF-CBT (n=1).

Modes de délivrance : majoritairement en ligne ou en télésanté (n=10), 2 en présentiel, 1 hybride. Format groupe plus fréquent (n=8). Sept protocoles EMDR différents identifiés. Interventions de 1 à 8 séances, durée des séances entre 60 et 134 minutes.

Protocoles EMDR identifiés : EMDR standard, EMDR-IGTP (Integrative Group Treatment Protocol), Brief EMDR adapté COVID-19 basé sur l’IGTP, EMDR G-TEP en VGTEP (vidéoconférence), STEP (Self-Care Traumatic Episode Protocol), EMDR-IGTP-OTS-R (Ongoing Traumatic Stress Remote), EMDR R-TEP (Recent Traumatic Episode Protocol), URG-EMDR (Urgent EMDR protocol).

Qualité méthodologique : aucune étude n’a obtenu une note globale « strong » sur l’EPHPP. 8 études notées « weak », 5 études notées « moderate ». Les auteures soulignent les limites suivantes : échantillons restreints et auto-sélectionnés, absence de groupes contrôles traditionnels, absence d’évaluations de suivi pour certaines études, recours aux données auto-rapportées.

Méta-analyse — TSPT : 11 effets indépendants issus de 9 études (N = 1 367). Modèle à effets aléatoires (DerSimonian–Laird). Hedges’ g = -1,31 ; IC 95 % [-1,57 ; -1,06] ; p < 0,001, indiquant une réduction importante et statistiquement significative. Hétérogénéité substantielle : I² = 88 % (IC 95 % [81,4 % ; 92,9 %]).

Sensibilité et biais de publication : l’analyse de sensibilité par qualité méthodologique (modérée vs faible) ne montre pas de différence significative entre les sous-groupes (χ² = 0,7 ; p = 0,40). Le funnel plot suggère une asymétrie (les études de plus petite taille tendant à rapporter de plus grands effets) et le test d’Egger est significatif (intercept = -2,99 ; p = 0,029), suggérant un biais de publication potentiel.

Synthèse narrative — TSPT (10 études) : effets « consistent in direction and ranged from small to very large », avec toutes les études sauf une rapportant des améliorations pré-post importantes. Plusieurs études utilisant l’IES-R rapportent des scores post-traitement passant sous le seuil clinique (>33). Réductions consistantes sur les sous-échelles intrusion, évitement, hyperéveil. Améliorations généralement maintenues à 1-9 mois de suivi (3 études n’ont pas de données long terme).

Comparaisons spécifiques notables :

  • Fernandez et al. : l’EMDR produit de plus grandes réductions de l’IES-R qu’un groupe ne recevant qu’un débriefing psychologique. Seulement 3 % des participants traités par EMDR ont vu leurs symptômes s’aggraver à 12 semaines, contre 20 % des non traités.
  • Pérez et al. : design avec traitement différé — les symptômes de TSPT s’aggravent pendant l’attente puis diminuent fortement après EMDR.
  • Perri et al. : EMDR en ligne et TF-CBT en ligne également efficaces dans la réduction des symptômes de TSPT.
  • Yurtsever et al. : les professionnels de première ligne montrent les bénéfices les plus marqués et soutenus.

Anxiété et dépression : EMDR associée à des réductions consistantes et cliniquement significatives à travers les outils GAD-7, PHQ-9, HADS, BDI-II, BAI, STAI-Y1 et sous-échelles de l’ET. Tailles d’effet typiquement importantes. Plusieurs études montrent des scores post-traitement passant sous les seuils cliniques.

Autres résultats psychologiques : améliorations rapportées sur la qualité du sommeil, la régulation du stress, la peur (peur d’aller travailler, peur de la sécurité), la croissance post-traumatique, et l’auto-efficacité. Pour le burnout (MBI), Sağaltıcı et al. rapportent une réduction significative de l’épuisement émotionnel, mais pas de la dépersonnalisation ni de l’accomplissement personnel.

EMDR en session unique : deux études ont utilisé une seule séance EMDR (Moench et Billsten avec le STEP ; Tarquinio et al. avec l’URG-EMDR délivré dans les 72h après l’incident critique) et ont obtenu des résultats positifs.

Implication théorique majeure proposée par les auteures : extension du modèle TAI (Traitement Adaptatif de l’Information) au contexte d’exposition traumatique continue. L’EMDR pourrait fonctionner non seulement comme intervention de résolution du trauma, mais aussi comme mécanisme de régulation affective en temps réel et de renforcement de la résilience, prévenant l’encodage maladaptatif des expériences traumatiques pendant que l’exposition se poursuit.

À retenir pour la pratique clinique 

Une intervention précoce envisageable en situation de crise prolongée : la revue documente l’utilisation de l’EMDR auprès des soignants pendant l’exposition traumatique (et non seulement après), avec des résultats préliminaires encourageants. Cela suggère une utilité possible dans les contextes où l’attente d’une « fenêtre de sécurité post-trauma » n’est pas réaliste (crises sanitaires, zones de conflit, missions humanitaires, etc.).

Niveau de preuve à interpréter avec prudence : aucune étude « strong » selon l’EPHPP, hétérogénéité élevée (I² = 88 %), biais de publication potentiel. Les auteures qualifient elles-mêmes les conclusions de « tentative rather than confirmatory » et indiquent que les résultats doivent être considérés comme « indicatifs plutôt que définitifs ».

Faisabilité des formats en ligne et de groupe : 10 des 13 études utilisent un format en ligne et 8 sur 13 un format groupe. La revue suggère que les processus essentiels de l’EMDR — stimulation bilatérale, double attention, intégration adaptative de l’information — peuvent opérer efficacement au-delà du cadre dyadique traditionnel. Cela ouvre des perspectives pratiques pour atteindre un grand nombre de personnes simultanément.

Une réserve clinique sur l’auto-administration : les auteures soulignent que les protocoles en ligne ou en groupe où le participant doit s’auto-administrer la stimulation bilatérale peuvent soulever des questions sur l’application correcte et constante de la technique. Il s’agit d’une considération clinique à anticiper dans la mise en œuvre.

Format bref possiblement utile en réponse rapide : deux études avec une seule séance EMDR ont obtenu des résultats positifs (Moench et Billsten ; Tarquinio et al.). Cela suggère une efficience temporelle et économique potentielle dans les situations d’urgence.

Population cible et limites de transférabilité : les résultats portent spécifiquement sur des PdS pendant la pandémie de COVID-19, avec une majorité de femmes dans la plupart des échantillons. La transférabilité à d’autres populations soumises à un trauma continu est plausible mais non démontrée par cette revue.

Comparaison avec la TF-CBT : une étude de la revue (Perri et al.) rapporte une efficacité équivalente entre EMDR en ligne et TF-CBT en ligne. Les conclusions ne soutiennent donc pas une supériorité de l’EMDR sur d’autres approches centrées sur le trauma dans ce contexte.

Recommandations des auteures pour la recherche future : designs longitudinaux et contrôlés pour clarifier les mécanismes par lesquels l’EMDR favorise la résilience, et déterminer quels protocoles sont les plus efficaces pour l’exposition traumatique continue.

Éléments de contexte 

Article publié en open access sous licence Creative Commons Attribution (CC BY 4.0).

Pré-enregistrement : revue enregistrée sur PROSPERO (CRD42024521427).

Recherche conduite sur les publications de 2019 (début de la pandémie) au 26 octobre 2024.

Littérature grise également recherchée via EThOS pour réduire le biais de publication.

Période de soumission : reçue le 28 août 2025 ; révisée le 5 décembre 2025 ; acceptée le 15 décembre 2025 ; publiée le 5 février 2026.

Financement : les auteures déclarent ne pas avoir reçu de financement pour ce travail.

Conflits d’intérêts : les auteures déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

En savoir plus 

Références de l’article : Harrison, A. M., Lee, G., & Shergill, N. (2026). Eye Movement Desensitization and Reprocessing as an Early Intervention for Psychological Distress in Healthcare Professionals during COVID-19: A Systematic Literature Review and Meta-analysis. Journal of EMDR Practice and Research, 20, Article 0022.

Aller plus loin

Formation(s) : les formats brefs et gradués mobilisés en contexte de crise (R-TEP, G-TEP, stimulation bilatérale limitée) illustrent la logique de progressivité et d’amplitude adaptée travaillée dans la formation  de Monika Miravet De l’EMD à l’EMDR, consacrée au continuum EMD, EMDr, EMDR

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