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Intégrer l’EMDR à la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) pour le TOC résistant : une proposition théorique

Mis à jour le 8 octobre 2026

Cet article d’opinion de Pozzato, Saccenti, Moro, Sapuppo, Lamanna et Ferro, publié en janvier 2026 dans le Journal of EMDR Practice and Research, ne rapporte pas une étude clinique mais formule une hypothèse thérapeutique à destination des chercheurs et cliniciens. Partant du constat qu’environ 25 % des patients souffrant de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ne répondent pas aux thérapies de première ligne (exposition avec prévention de la réponse [ERP] et inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine [ISRS]), les auteurs proposent une stratégie combinée associant EMDR et stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS), ciblant conjointement les processus psychologiques liés au trauma et le dysfonctionnement neuronal du cortex orbitofrontal (OFC) et du cortex cingulaire antérieur (ACC). Les auteurs eux-mêmes soulignent que cette proposition reste spéculative et appelle à une validation expérimentale.

En bref

L’article combine une revue de la littérature (étiologie, neurobiologie du TOC, mécanismes neuraux de l’EMDR, études sur l’EMDR dans le TOC, principes et résultats de la tDCS) et une argumentation théorique pour proposer l’application d’une tDCS cathodique (inhibitrice) sur l’OFC pendant les phases de désensibilisation et d’installation de l’EMDR. Les auteurs mobilisent le concept de métaplasticité pour justifier la synergie potentielle entre les deux interventions. L’article inclut un tableau récapitulatif (Tableau 1) des 11 études ayant employé l’EMDR pour traiter le TOC, avec leurs scores Y-BOCS pré- et post-traitement.

Résumé

Les données actuelles indiquent qu’environ 25 % des patients souffrant de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ne répondent pas aux thérapies conventionnelles. Bien que le trauma joue un rôle substantiel dans l’étiologie du TOC, l’eye movement desensitization and reprocessing (EMDR) a montré des preuves limitées dans le traitement de ce trouble, soulignant la nécessité de nouvelles interventions. Par conséquent, les avancées cliniques récentes suggèrent que des approches combinées intégrant plusieurs interventions psychologiques pourraient être efficaces pour produire des résultats thérapeutiques positifs. Parallèlement, les études de neuroimagerie indiquent que l’EMDR module l’activité neuronale au sein du cortex cingulaire antérieur (ACC) et du cortex orbitofrontal (OFC), tous deux impliqués dans la physiopathologie du TOC. Sur la base de ces données, des techniques de stimulation cérébrale non invasives, incluant la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS), ont démontré un potentiel dans le traitement du TOC en modulant la neuroplasticité de l’OFC. Ainsi, cet article d’opinion propose une stratégie thérapeutique combinant l’EMDR et la tDCS pour cibler simultanément les processus psychologiques liés au trauma et réhabiliter le dysfonctionnement neuronal de l’OFC et de l’ACC. Une telle approche thérapeutique novatrice pourrait améliorer l’efficacité du traitement et offrir une option pour le TOC résistant au traitement.

Points clefs 

Une problématique clinique centrale : le TOC résistant

Le TOC présente une prévalence sur la vie entière estimée à 2–3 %, avec un début typiquement entre 18 et 29 ans, bien que 30 à 50 % des cas soient identifiés dans l’enfance. Les interventions de première ligne recommandées par le NICE sont l’ERP et les ISRS, mais 25 à 30 % des patients ne répondent pas à ces traitements. Les ISRS s’accompagnent fréquemment d’effets indésirables conduisant à l’arrêt du traitement. Les auteurs posent la résistance thérapeutique comme un défi clinique majeur.

Un lien trauma–TOC substantiellement documenté

Les auteurs rapportent des données de la littérature montrant un rôle important du trauma dans l’étiologie du TOC : 54 % des patients TOC rapportent au moins un événement traumatique (Cromer et al., 2007) ; 82 % des patients TOC résistants rapportent une histoire de trauma, dont environ 40 % remplissent les critères d’ESPT (Gershuny et al., 2008) ; le taux de comorbidité sur la vie entière ESPT-TOC est d’environ 19 % (Ruscio et al., 2010). Les auteurs soulignent que TOC et ESPT partagent des symptômes comparables (intrusions persistantes, symptômes dépressifs, réactions d’éveil anormales).

Une physiopathologie centrée sur le circuit cortico-striato-thalamo-cortical (CSTC)

Les études de neuroimagerie identifient l’hyperactivation de l’OFC et de l’ACC comme deux marqueurs clés du TOC. La théorie neurobiologique dominante postule un dysfonctionnement du circuit CSTC, avec un déséquilibre chimique favorisant la voie directe (excitatrice) au détriment de la voie indirecte (inhibitrice). Les neurotransmetteurs les plus investigués sont le glutamate, la dopamine et la sérotonine. Un modèle neuroépigénétique émergent propose que le trauma influence l’expression de gènes codant les systèmes de neurotransmetteurs (ex. : hyperméthylation du gène du récepteur à l’ocytocine, méthylation du gène FKBP5 lié à l’axe HPA), avec un cortisol élevé chez les patients TOC et ESPT.

L’EMDR module précisément les régions impliquées dans le TOC

Les études de neuroimagerie convergent pour montrer que l’EMDR module l’activité de l’ACC, du PFC médian et de l’OFC — les mêmes régions impliquées dans la physiopathologie du TOC. Corrigan (2002) a proposé que l’EMDR facilite un transfert des souvenirs chargés d’émotions négatives des circuits paralimbiques vers les réseaux corticaux de mémoire, où leur charge affective est réduite. Pagani et al. (2007, 2012) et Amano & Toichi (2016) ont documenté une activation initiale forte de l’OFC en début de séance EMDR, qui s’atténue progressivement.

Les études EMDR dans le TOC : résultats prometteurs en cas mais inégaux en RCT

Le Tableau 1 de l’article recense 11 études. Résultats saillants (scores Y-BOCS) :

  • Études de cas (Böhm & Voderholzer, 2010 ; Marr, 2012 ; Marsden, 2016 ; Keenan et al., 2019 ; Cusimano, 2018) : réductions importantes rapportées (ex. Marr : 35,30 → 8,50 ; Cusimano : 17,00 → 3,00 après 15 séances).
  • EMDR combinée : Mazzoni et al., 2017 (EMDR + ERP) : 29,33 → 9,67 ; Potik, 2017 (EMDR + psychodynamique + cognitive) : 19 → 3 maintenu à 1 an.
  • RCT EMDR vs citalopram (Nazari et al., 2011) : post-traitement EMDR 13,60 ± 5,48 (plage sous-clinique), favorable à l’EMDR.
  • RCT EMDR vs ERP (Marsden et al., 2018, n=29) : pas de différence significative entre EMDR et ERP (d = −0,24, P = 0,38). Les scores post-traitement EMDR (18,72 ± 8,01) n’atteignent pas la plage sous-clinique, et seulement 6 patients du groupe EMDR se situaient dans la plage non cliniquement significative.
  • RCT Sarichloo et al., 2020 (patients résistants avec histoire de trauma) : la combinaison EMDR + ERP produit une réduction plus importante (24,26 → 5,50) que l’ERP seule, avec un taux d’achèvement plus élevé.

Les auteurs concluent que les succès des études de cas ne se reproduisent pas systématiquement dans les études sur de plus larges échantillons.

La tDCS : principes et mécanismes

La tDCS, technique de stimulation cérébrale non invasive, applique un faible courant électrique modulant la neuroplasticité : la stimulation anodale induit une potentialisation à long terme (LTP, renforçant les synapses) ; la stimulation cathodale induit une dépression à long terme (LTD, affaiblissant les synapses). Comparée à la TMS, la tDCS est plus économique, plus facile à mettre en œuvre en clinique, et peut cibler l’OFC sans provoquer de gêne excessive. Contrairement à la TMS, la tDCS améliorerait aussi le fonctionnement cognitif des patients TOC.

Résultats prometteurs de la tDCS dans le TOC

Les auteurs citent plusieurs travaux :

  • Najafi et al., 2017 : 42 patients résistants, 15 séances de tDCS sur la région supraorbitaire → Y-BOCS de 29 ± 2,77 à 10,6 ± 5,78 (plage sous-clinique).
  • Chu et al., 2025 : tDCS double-cathode (OFC + pre-SMA) chez patients résistants → réduction de 20,75 % ± 8,70 % après 20 séances.
  • Alizadehgoradel et al., 2024 : montage cathode gauche OFC / anode occipital droit (2 mA) → effet significatif à 1 mois (d = 1,01, P = 0,004).
  • Shafiezadeh et al., 2021 : tDCS sur cortex préfrontal dorsolatéral (10 patients) → Y-BOCS de 22,62 ± 4,81 à 15,50 ± 6,76 (plage sous-clinique).

Les méta-analyses récentes (Moshfeghinia et al., 2025) confirment des réductions du Y-BOCS avec peu d’événements indésirables, mais soulignent une hétérogénéité méthodologique importante, la tDCS pouvant être considérée avant tout comme une thérapie adjuvante.

Le rationnel central : la métaplasticité

Les auteurs mobilisent le concept de métaplasticité (modification de la plasticité par l’activité antérieure d’un même réseau neural, Abraham 2008 ; Müller-Dahlhaus & Ziemann 2015) pour justifier la synergie EMDR–tDCS. Les phénomènes métaplastiques peuvent persister des jours voire des semaines. Des travaux antérieurs ont exploré la combinaison tDCS + CT pour la dépression résistante, tDCS + CT pour le binge eating, tDCS + exposition en réalité virtuelle pour l’ESPT (van ‘t Wout-Frank et al., 2019), et tDCS + thérapie métacognitive pour dépression et anxiété. Un protocole combinant EMDR + tDCS multifocale a été proposé pour la fibromyalgie (Gardoki-Souto et al., 2021), mais aucune donnée clinique n’est actuellement disponible.

La proposition concrète

Les auteurs proposent d’appliquer une tDCS cathodique (induisant une LTD) sur l’OFC pendant les séances d’EMDR. Cette combinaison viserait à normaliser l’hyperactivité de l’OFC que l’EMDR seul ne module peut-être pas suffisamment, et à renforcer ou prolonger les effets modulateurs de l’EMDR. Plus spécifiquement, les auteurs suggèrent d’appliquer la tDCS pendant les phases 4 (désensibilisation) et 5 (installation) du protocole EMDR en 8 phases, considérées comme des moments critiques où la plasticité thérapeutique induite par la tDCS pourrait renforcer l’engagement avec les souvenirs perturbants et la consolidation des cognitions positives.

Les limites et pistes de recherche formulées par les auteurs

Les auteurs sont explicites sur la nature spéculative de leur proposition : « aucune étude publiée n’a encore examiné l’intégration de la tDCS et de l’EMDR pour le traitement du TOC ». Ils appellent à :

  • Des études pilotes rigoureuses avec monitoring étroit des événements indésirables, avant passage à des échantillons cliniques plus larges.
  • Le recrutement prioritaire de patients TOC résistants aux traitements.
  • L’inclusion de deux sous-groupes (TOC avec antécédent traumatique vs TOC sans trauma) pour tester spécifiquement l’hypothèse que l’EMDR serait particulièrement efficace chez les individus dont le TOC a émergé après un événement traumatique.
  • Des essais cliniques incluant des conditions tDCS réelle vs tDCS sham (placebo).
  • Des mesures primaires incluant la réduction des symptômes obsessionnels-compulsifs (Y-BOCS) et des mesures plus larges de qualité de vie et de prise de décision.

Financement et intérêts

Le travail est soutenu par l’EMDR Europe Association (Grant 2024-04). M.F. a reçu un soutien de recherche de l’EMDR Europe Association. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

À retenir pour la pratique clinique 

Un article théorique, pas une recommandation clinique. Le point essentiel à communiquer aux cliniciens : cet article est un opinion paper formulant une hypothèse de recherche. Aucune étude clinique n’a, à ce jour, testé la combinaison EMDR + tDCS dans le TOC. Il n’y a donc pas de base empirique justifiant une application de cette combinaison en pratique clinique courante. L’intérêt de l’article est de baliser un programme de recherche, pas de modifier des protocoles actuels.

Une revue utile des données disponibles sur l’EMDR dans le TOC. Le Tableau 1 constitue en lui-même une ressource précieuse : il synthétise 11 études (études de cas, série de cas, RCT) avec les caractéristiques démographiques et les scores Y-BOCS pré/post/suivi. Les cliniciens intéressés par l’usage de l’EMDR dans le TOC peuvent s’y référer pour situer les données disponibles.

Nuance importante sur l’efficacité de l’EMDR seule dans le TOC. Les auteurs soulignent que les succès des études de cas ne se reproduisent pas dans les RCT. Dans l’essai contrôlé randomisé de Marsden et al. (2018), l’EMDR seule n’a pas amené les patients dans la plage sous-clinique du Y-BOCS. Ce résultat invite à la prudence quant à l’utilisation de l’EMDR seule comme intervention de premier choix pour le TOC, tout en reconnaissant son intérêt potentiel, notamment chez les patients avec antécédents traumatiques.

Intérêt possible des approches combinées. Les données cliniques les plus favorables proviennent d’études où l’EMDR est combinée avec d’autres interventions : ERP (Mazzoni et al., 2017 ; Sarichloo et al., 2020), psychothérapie psychodynamique et cognitive (Potik, 2017), ou ISRS (Potik et al., 2020). La combinaison EMDR + ERP (Sarichloo) a produit la réduction la plus nette du Y-BOCS (24,26 → 5,50) et un meilleur taux d’achèvement chez des patients résistants avec trauma. Pour les cliniciens rencontrant des TOC résistants avec histoire traumatique, ces approches combinées constituent une piste évoquée par la littérature.

Les patients TOC résistants avec antécédents traumatiques : une population clé. Les auteurs rappellent que 82 % des patients TOC résistants au traitement rapportent une histoire de trauma. Cette observation, si elle est confirmée, suggère l’intérêt d’évaluer systématiquement l’histoire traumatique chez les patients TOC résistants et de considérer des approches qui intègrent le traitement du trauma dans la stratégie thérapeutique globale.

Un rappel sur le cadre théorique TAI. L’article résume utilement la façon dont les auteurs conçoivent l’EMDR : une intervention psychologique qui facilite le retraitement des souvenirs traumatiques en modulant, via la stimulation bilatérale alternée, l’activité de l’OFC, de l’ACC et du PFC médian, régulant ainsi l’activité sous-corticale anormale. Ce cadre peut soutenir la formulation de cas en pratique clinique, notamment auprès des patients dont les symptômes obsessionnels semblent articulés à des souvenirs traumatiques.

Un message implicite sur l’importance de la neurobiologie dans la formation. L’article illustre l’émergence d’une littérature où la compréhension neurobiologique de l’EMDR est de plus en plus sollicitée pour penser les combinaisons thérapeutiques. Pour un institut de formation, cela représente un champ à intégrer progressivement dans les cursus avancés (neuroimagerie de l’EMDR, cadre AIP, principes de stimulation cérébrale non invasive).

Précaution quant à la tDCS en pratique clinique. La tDCS ne relève pas du champ de pratique habituel des psychologues et psychothérapeutes EMDR. Son usage nécessite une compétence spécifique et généralement un cadre médical ou de recherche. Si la proposition des auteurs ouvrait un jour la voie à des protocoles combinés, leur mise en œuvre supposerait probablement une collaboration interdisciplinaire (psychologue EMDR + clinicien formé à la tDCS).

En savoir plus 

Références de l’article : Pozzato, N., Saccenti, D., Moro, A. S., Sapuppo, W., Lamanna, J., & Ferro, M. (2026). Integrating EMDR with tDCS in Obsessive–Compulsive Disorder: An Opinion Paper. Journal of EMDR Practice and Research, 20, 0019.

  • DOI : 10.34133/jemdr.0019 
  • Accès : Open access — licence Creative Commons Attribution (CC BY 4.0) 
  • Type d’article : Opinion paper (article d’opinion / hypothèse théorique — ne rapporte pas d’étude clinique originale) 
  • Soumis : 8 octobre 2025 
  • Révisé : 24 novembre 2025 
  • Accepté : 2 décembre 2025 
  • Publié : 27 janvier 2026 
  • Financement : soutenu par l’EMDR Europe Association (Grant 2024-04). M.F. a reçu un soutien de recherche de l’EMDR Europe Association. 
  • Conflits d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts. 
  • Contributions : N.P., D.S., A.S.M., W.S., J.L. et M.F. ont contribué à la conceptualisation du manuscrit. N.P. et D.S. ont rédigé la version initiale. N.P., D.S. et A.S.M. ont révisé et édité le manuscrit. W.S., J.L. et M.F. ont supervisé le travail.
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