Femme en chemise noir à manche courte

L’usage d’un gilet à pression pour réduire l’anxiété et la dissociation en EMDR : une étude en design expérimental à cas uniques

Mis à jour le 3 octobre 2026

Cet article de recherche, publié en 2026 dans le Journal of EMDR Practice and Research (volume 20, article 0031), est signé par E. Judith van de Blokenhoeve (GGZ Westelijk Noord-Brabant puis Praktijk Chaya, Pays-Bas), Patrick Onghena (Faculté de psychologie et sciences de l’éducation, KU Leuven, Belgique) et Julia F. van den Berg (Parnassia Psychiatric Institute, La Haye, et Université de Leyde, Pays-Bas).

Il s’agit d’une étude pilote en design expérimental à cas uniques (SCED, Single-Case Experimental Design) avec randomisation en blocs (RBD, Randomized Block Design), conduite auprès de huit patients adultes souffrant d’ESPT après traumas interpersonnels complexes, en service psychiatrique ambulatoire aux Pays-Bas. L’étude a été approuvée par le Comité d’éthique du VU Medical Center d’Amsterdam le 29 juin 2023 et pré-enregistrée à l’Open Science Framework.

L’hypothèse testée : le port d’un gilet à pression (pressure vest) pendant les séances d’EMDR réduirait-il l’anxiété et la dissociation pendant la séance ? Hypothèse secondaire : la SUD décroîtrait-elle plus rapidement avec le gilet que sans ?

Il s’agit à notre connaissance de la première étude expérimentale publiée sur cette question précise. Elle s’inscrit dans un enjeu clinique majeur : la réduction des taux d’abandon en psychothérapie du trauma, qui peuvent atteindre 65 % selon une revue systématique récente (Lewis et al., 2020).

En bref

Les résultats principaux sont négatifs par rapport à l’hypothèse primaire : les analyses visuelles, descriptives et inférentielles n’ont démontré aucune réduction significative de l’anxiété ou de la dissociation dans les séances avec gilet par rapport aux séances sans gilet. Les analyses suggèrent même une tendance en sens inverse (davantage d’anxiété avec gilet).

Cependant, plusieurs éléments qualitatifs et exploratoires vont dans le sens contraire et méritent attention :

  • Sept patients sur huit ont passé plus de temps en retraitement EMDR effectif lors des séances avec gilet.
  • Les SUD maximaux rapportés étaient plus élevés ou égaux avec le gilet chez tous sauf un patient.
  • Lors des entretiens post-traitement, trois patients sur quatre interrogés ont rapporté que le gilet les aidait à se sentir en sécurité et à affronter des traumas qu’ils n’avaient jamais osé aborder auparavant.
  • Les thérapeutes ont observé que sans gilet, les patients étaient souvent évitants, avec des SUD faibles qui chutaient vite à zéro, suggérant une répression ou dissociation. Avec le gilet, les thérapeutes rapportaient des émotions plus intenses, des SUD plus élevés, et un EMDR appliqué plus longtemps.

La conclusion des auteurs : aucune conclusion définitive ne peut être tirée, mais l’usage du gilet à pression pour faciliter le traitement EMDR mérite des recherches complémentaires.

Points clefs 

1. Le contexte clinique : abandon et fenêtre de tolérance

Les auteurs rappellent d’entrée plusieurs données épidémiologiques importantes :

  • La prévalence vie entière du TSPT aux États-Unis et aux Pays-Bas est d’environ 7 %, avec un risque plus élevé chez les femmes (9,7 % vs 3,6 %).
  • Seulement 23 % des personnes avec TSPT aux Pays-Bas cherchent un traitement.
  • Les taux d’abandon des thérapies du trauma peuvent atteindre 65 % (Lewis et al., 2020).
  • Les thérapies avec focalisation trauma (prolonged exposure, EMDR) ont des taux d’abandon significativement plus élevés que les thérapies centrées sur la stabilisation et la gestion des émotions.
  • Dans une étude sur les prédicteurs d’abandon de la thérapie cognitive de traitement (CPT) : 40 % d’abandon, dont 82 % des participants rapportant comme raison que la thérapie était trop pénible (too distressing). Les taux d’abandon étaient plus élevés quand les réactions émotionnelles avaient un impact physiologique.

Les auteurs mobilisent le concept de fenêtre de tolérance (Siegel) : les patients avec TSPT évitent les émotions trop intenses qui dépassent cette fenêtre. L’anticipation de ces émotions peut les conduire à éviter le traitement. En séance, quand la fenêtre est dépassée, le patient peut être submergé par la peur ou basculer dans la dissociation. Dans les deux cas, l’expérience est extrêmement désagréable et peut conduire à l’abandon.

2. La rationale du gilet à pression

Les auteurs s’appuient sur plusieurs études suggérant que la pression profonde (deep pressure) réduit l’anxiété et l’arousal et augmente la concentration :

  • Afif et al. (2022) : gilet à pression chez des enfants avec trouble du spectre autistique pendant le voyage en transport public.
  • Bontula et al. (2023) : Deep pressure therapy comme traitement prometteur de l’anxiété.
  • Reynolds et al. (2015) : le gilet à pression réduit l’arousal sympathique (recherche en neurosciences).

La rationale clinique proposée par les auteurs : dans un traitement orienté par phases, la phase de stabilisation précède la phase de retraitement du trauma. Porter un gilet à pression, en abaissant l’arousal sympathique par la pression corporelle, pourrait intégrer cet élément de la phase de stabilisation dans la phase d’exposition du traitement, facilitant ainsi la prise en charge de traumas multiples et complexes.

3. Méthodologie : un SCED avec randomisation en blocs

Design : SCED (Single-Case Experimental Design) avec Randomized Block Design (RBD). Chaque patient est son propre contrôle. Les séances sans gilet (A) et avec gilet (B) sont randomisées par paires, pour un total de 6 séances (3 paires). Huit séquences possibles (par exemple A-B-A-B-B-A, etc.), déterminées par le programme Shiny SCDA (v2.8).

Participants : 8 patients de 22 à 54 ans (5 femmes, 3 hommes), traités en service psychiatrique ambulatoire (regular outpatient psychiatric clinic), avec :

  • Diagnostic d’ESPT sur trauma interpersonnel multiple (critère A rempli).
  • Une ou plusieurs comorbidités psychiatriques (dépression, trouble de personnalité, autisme), avec prise en charge par TCD, thérapie basée sur la mentalisation, ou thérapie des schémas pour les troubles de personnalité.
  • Entre 2 et 13 thérapies antérieures (médiane 5,5 ; entre 12 et 156 mois de traitement antérieur, médiane 84 mois).
  • Scores au PCL-5 entre 31 et 72 (médiane 52,5) ; scores DES entre 9 et 41 (médiane 27).

Exclusions : QI inférieur à 85, état psychotique actuel, troubles majeurs d’usage de substances, grossesse. Contre-indications physiques au port du gilet (port-a-cath, drains, affections cutanées sérieuses).

Gilet utilisé : gilet gonflable de la société Squease BV (Pays-Bas), avec gonflage adapté à la taille (small = 15/20, medium = 20/25, large = 25/30).

Protocole : 6 séances d’EMDR hebdomadaires, précédées d’une évaluation de base (questionnaires en ligne de 45 à 60 min, plus un entretien diagnostique présentiel de 90 min incluant l’ajustement du gilet). Mesure post-traitement dans la semaine suivant la dernière séance.

Mesures principales :

  • Anxiété perçue pendant la séance (Visual Analog Scale, VAS 0 à 100).
  • Dissociation perçue pendant la séance (VAS 0 à 100).

Mesures secondaires :

  • Vitesse de décroissance de la SUD (minutes par point SUD de diminution sur la première cible).
  • Données exploratoires : décroissance totale de la SUD, temps total, SUD maximal rapporté, temps total d’EMDR effectif par séance.

Analyses :

  • Analyses visuelles des courbes temporelles.
  • Analyses descriptives : tau de Kendall par patient.
  • Analyses inférentielles : tests de randomisation au niveau individuel et combinaison au niveau groupe (procédures additive d’Edgington et multiplicative de Fisher).

4. Un taux d’abandon élevé qui limite la portée de l’étude

Seuls 3 patients sur 8 (patients 2, 3 et 7) ont complété les 6 séances prévues. Le patient 8 a complété 3 séances. Les 4 autres patients ont abandonné après seulement 2 séances chacun, pour des raisons variées :

  • Patient 1 : décidé d’arrêter à cause du débordement émotionnel.
  • Patient 6 : hospitalisation en psychiatrie.
  • Patient 8 : choix d’un autre traitement.
  • Patient 9 : maladie de la thérapeute.
  • Patient 10 : maladie du patient.

Les auteurs soulignent que seul un patient a abandonné à cause du débordement émotionnel lié à l’EMDR. Deux autres ont en fait arrêté parce qu’ils se sentaient suffisamment en confiance pour entreprendre un traitement plus intensif qu’ils avaient jusque-là évité, ce qui constitue un élément qualitatif intéressant pour la discussion.

5. Résultat principal : pas de réduction significative de l’anxiété ni de la dissociation avec le gilet

Analyse visuelle : résultats mixtes. Pour 3 patients sur 8, la réduction attendue de l’anxiété et de la dissociation avec gilet était visible. Pour 2 patients, l’effet inverse était apparent (plus d’anxiété avec gilet). Pour 3 autres patients, les résultats étaient neutres ou mixtes.

Analyse par tau de Kendall pour l’anxiété : 5 patients sur 8 avaient un effet dans la direction attendue (moins d’anxiété avec gilet), 2 dans la direction opposée, 1 sans différence.

Pour la dissociation : 3 patients dans la direction attendue, 3 dans la direction opposée, 2 sans différence.

Aucun effet n’atteignait la significativité statistique au niveau individuel.

Analyse de randomisation au niveau groupe (patients complétants 2, 3 et 7) :

  • Anxiété : P combiné = 0,979 (Edgington) et 0,977 (Fisher).
  • Dissociation : P combiné = 0,997 pour les deux procédures.

Les auteurs concluent : « Ces P combinés confirment les résultats au niveau individuel : il n’y a pas de preuve d’un effet atténuateur du gilet à pression sur l’anxiété et la dissociation. Au contraire, l’effet tend à être dans la direction opposée. »

6. Résultat secondaire : pas de réduction plus rapide de la SUD avec le gilet

L’hypothèse selon laquelle la SUD baisserait plus vite avec le gilet n’est pas confirmée. Quelques patients avaient une décroissance plus rapide avec gilet, d’autres sans gilet. En moyenne, pas de différence entre les deux conditions.

7. Résultats qualitatifs et exploratoires : dans la direction inverse

Trois résultats exploratoires vont dans le sens opposé des résultats primaires :

(a) Les SUD maximaux sont plus élevés avec le gilet. Chez tous les patients sauf un, les SUD les plus hauts rapportés en séance étaient plus élevés ou égaux dans la condition avec gilet.

(b) Le temps d’EMDR effectif par séance est plus long avec le gilet. Chez tous les patients sauf un, le temps total passé à faire effectivement du retraitement EMDR était plus important dans les séances avec gilet.

(c) Les entretiens post-traitement convergent avec ces observations. Parmi les 4 patients interrogés après traitement (dont 3 ayant complété les 6 séances) :

  • 3 sur 4 indiquent que le gilet les a fait se sentir « safe and secure » (en sécurité et rassurés) et « calm » (calmes) au point de pouvoir aborder des traumas qu’ils n’avaient jamais osé affronter auparavant.
  • La 4e participante a du mal à décrire l’effet du gilet mais rapporte, comme les autres, que pendant cette étude, des souvenirs refoulés depuis des années ont émergé, contrairement à ses précédentes tentatives d’EMDR.

8. Les observations des thérapeutes convergent

Les 4 thérapeutes qui ont conduit les séances rapportent une différence qualitative frappante :

  • Sans gilet : les patients étaient souvent évitants, refoulaient ou dissociaient les émotions, rapportaient des SUD faibles qui chutaient rapidement à zéro.
  • Avec gilet : les thérapeutes observaient des émotions plus intenses, des SUD plus élevés, et un EMDR appliqué plus longtemps.

Cette observation clinique est essentielle : la plus forte anxiété rapportée avec gilet pourrait refléter non pas un effet iatrogène, mais au contraire la capacité à accéder à des traumas plus intenses, précédemment inaccessibles par évitement ou dissociation.

9. Une hypothèse reformulée dans la discussion

Les auteurs proposent une lecture cliniquement structurante : la fuite de la peur du débordement est la raison la plus fréquente d’arrêt prématuré du traitement (Lewis et al., 2020). Il est donc « encourageant que patients et thérapeutes indiquent que le gilet à pression rendait les patients plus en sécurité et plus capables d’affronter les souvenirs de trauma les plus intenses ».

Ils soulignent que l’objectif du gilet est de faciliter le traitement en fournissant une relaxation physique par activation du système parasympathique. Cela aiderait le patient à rester dans sa fenêtre de tolérance pendant l’activation des souvenirs et des émotions. Les études sur les exercices de relaxation combinés au traitement du trauma montrent des effets positifs (Niles et al., 2018 ; Zhu et al., 2021), mais ces études utilisent la relaxation à côté du traitement, pas pendant. L’intégration de la réduction de l’arousal physique dans la phase d’exposition du traitement pourrait représenter une avancée à confirmer.

10. Forces et limites reconnues par les auteurs

Forces :

  • SCED comme design solide (chaque patient est son propre contrôle, pas de biais de sélection).
  • Le RBD renforce encore le SCED.
  • Étude menée en service psychiatrique ambulatoire de routine, sans critères d’inclusion stricts, avec 4 thérapeutes différents, ce qui renforce la généralisabilité malgré la petite taille d’échantillon.
  • Entretiens qualitatifs avec patients et thérapeutes comme source d’informations complémentaires.

Limites :

  • Très petite taille d’échantillon (N = 8 inclus, 3 complétants).
  • Taux d’abandon élevé (même si majoritairement non lié à l’EMDR).
  • La perception de sécurité et le type de traumas abordés n’ont pas été mesurés quantitativement. Les auteurs reconnaissent qu’il s’agit d’une limite importante à corriger dans les études futures.

11. Les auteurs appellent à des recherches complémentaires

Leur conclusion est prudente mais engagée :

  • Aucune preuve statistique d’un effet du gilet sur l’anxiété et la dissociation.
  • Mais des données qualitatives et exploratoires suggèrent que le gilet pourrait améliorer l’acceptabilité et l’efficacité de l’EMDR en permettant aux patients d’affronter des mémoires de trauma plus sévères sans les refouler ni les éviter.
  • Les recherches futures devraient :
  • Utiliser un effectif plus important, idéalement un essai randomisé contrôlé comparant EMDR standard et EMDR avec gilet.
  • Évaluer la nécessité d’une phase de stabilisation préalable.
  • Déterminer comment, quand et pour qui le gilet peut aider ou non.
  • Mesurer quantitativement le sentiment de sécurité ressenti, et évaluer la nature des traumas abordés.

12. Transparence des auteurs : une déclaration de financement exemplaire

La section Acknowledgments mérite d’être soulignée : le fabricant Squease BV a fourni 6 gilets gratuitement à la première auteure. Les auteurs précisent explicitement que, selon le contrat, Squease BV n’a pas influencé la recherche scientifique ni la publication des résultats. Les auteurs n’ont reçu aucun financement pour ce travail, qui a été principalement réalisé dans le cadre de l’emploi de la première auteure à GGZ Westelijk Noord-Brabant.

Cette transparence, ajoutée au pré-enregistrement de l’étude sur l’Open Science Framework, constitue un standard méthodologique solide.

A retenir pour la pratique clinique

L’échec statistique d’un effet n’est pas l’échec clinique d’une piste. Cet article est intéressant pédagogiquement précisément parce que ses résultats primaires sont négatifs, mais que ses résultats exploratoires et qualitatifs suggèrent une lecture clinique opposée. Il rappelle l’importance de lire une étude au-delà de son résultat principal et de prendre au sérieux les indicateurs qualitatifs quand le design quantitatif est limité par la taille d’échantillon.

Reformuler ce que mesure l’anxiété en séance. Les résultats suggèrent que plus d’anxiété en séance peut être un bon signe, si elle reflète la capacité du patient à affronter des souvenirs jusque-là refoulés. Les cliniciens peuvent garder en tête que la baisse rapide à zéro de la SUD en début de séance peut parfois indiquer un évitement ou une dissociation plus qu’une intégration adaptative. Cette nuance est à transmettre en formation : une SUD stable et élevée, qui permet un retraitement prolongé, peut être préférable à une SUD qui s’effondre prématurément.

Le concept de fenêtre de tolérance comme organisateur clinique. L’étude confirme l’importance centrale de ce concept (Siegel) en clinique du trauma. Pour rester dans la fenêtre, le patient a besoin de ressources de régulation suffisantes. Toute innovation qui peut élargir cette fenêtre pendant la phase d’exposition (et non seulement avant) mérite d’être explorée.

Les dispositifs sensoriels comme piste adjuvante à explorer avec prudence. Le gilet à pression fait partie d’une famille plus large de dispositifs somato-sensoriels (couvertures lestées, vestes proprioceptives, etc.) utilisés notamment dans l’autisme et l’anxiété. Leur transposition à la clinique du trauma est émergente et demande de la prudence. Cette étude offre un cadre méthodologique rigoureux pour évaluer ces dispositifs sans surinterpréter les résultats.

Attention à l’effet « safe enough to go there ». Les entretiens qualitatifs font émerger une observation riche : certains patients, grâce au sentiment de sécurité procuré par le gilet, ont abordé pour la première fois des traumas jusque-là inaccessibles. Cet effet n’est pas capturé par les mesures d’anxiété et de dissociation en cours de séance, puisqu’il se manifeste précisément par une activation plus forte, non par une activation réduite. Il invite à repenser les indicateurs de succès clinique pour ce type de dispositifs.

Le SCED comme design précieux en recherche clinique EMDR. Pour les cliniciens-chercheurs ou les directions d’instituts de formation qui souhaitent développer des études en pratique de cabinet, le Single-Case Experimental Design avec randomisation en blocs offre un design méthodologiquement rigoureux qui peut être conduit avec de petits effectifs. Les références citées (Tate et al., 2016 pour SCRIBE ; Edgington & Onghena, 2007) sont des ressources pour s’y former.

Intégrer la régulation physique dans la phase d’exposition, pas seulement en phase 2. La réflexion des auteurs sur l’intégration de la réduction de l’arousal dans la phase de retraitement ouvre une piste pédagogique : classiquement, la régulation est enseignée en phase 2 puis supposée accessible en phases 3 à 6. Or, chez les patients avec trauma complexe, la régulation peut rester fragile pendant tout le retraitement. Des outils intégrés pendant la phase d’exposition (respiration, ancrage, stimulation bilatérale lente, pauses fréquentes, et pourquoi pas des dispositifs sensoriels) peuvent soutenir la tolérance.

Le dropout massif comme enjeu clinique majeur. Les 65 % d’abandon dans les thérapies du trauma rapportés par Lewis et al. (2020), et la prédominance de « trop pénible » comme motif, doivent guider l’organisation des parcours : préparation renforcée en phase 2, allongement possible des séances, pauses intégrées, alliance thérapeutique forte, et éventuellement dispositifs adjuvants comme celui exploré ici. Les institutions de formation gagneraient à intégrer systématiquement une réflexion sur la prévention de l’abandon.

La question du consentement éclairé adapté. Une piste implicite dans l’article : proposer un dispositif comme le gilet suppose d’informer clairement le patient sur son statut expérimental, sur ce qu’il peut et ne peut pas attendre, et sur la possibilité de l’essayer ou de le refuser. La même logique s’applique à toute innovation en pratique de cabinet.

Un effectif de 3 complétants interdit toute conclusion définitive. Cet article est un essai pilote. Son apport est méthodologique et exploratoire, pas conclusif. Pour les cliniciens français, il ne justifie pas d’intégrer le gilet à pression dans la pratique courante de l’EMDR. Il justifie en revanche une veille et l’attente d’essais de plus grande ampleur.

La transparence des conflits d’intérêts comme standard à valoriser. Le fait que le fabricant ait fourni les gilets gratuitement est clairement déclaré par les auteurs, qui précisent que cela n’a pas influencé la recherche. C’est un modèle de transparence à rappeler dans la formation des chercheurs et à valoriser en supervision académique.

Une étude qui pose plus de questions qu’elle n’en résout, et c’est sa qualité. La prudence des conclusions (« definite conclusions cannot be drawn from this study ») est un marqueur de rigueur scientifique. Elle contraste avec les discours promotionnels qui entourent parfois certaines innovations cliniques. Pour les cliniciens et les formateurs, ce modèle est à mettre en valeur : une bonne étude ne conclut que ce qu’elle peut conclure, et propose des pistes pour aller plus loin.

En savoir plus 

Références de l’article : van de Blokenhoeve, E. J., Onghena, P., & van den Berg, J. F. (2026). The Use of a Pressure Vest to Reduce Anxiety and Dissociation during Eye Movement Desensitization and Reprocessing: A Single-Case Experimental Design Study. Journal of EMDR Practice and Research, 20, Article 0031.

  • Date de publication : 3 mars 2026. 
  • Licence : Creative Commons Attribution License (CC BY 4.0). 
  • Pré-enregistrement : Open Science Framework, identifiant 10.17605/OSF.IO/F9VJ2. 
  • Approbation éthique : Comité d’éthique médicale du VU Medical Center Amsterdam, 29 juin 2023 (numéro 2022.0423-NL81802.029.22), conforme à la Déclaration d’Helsinki. 
  • Conflit d’intérêts déclaré : le fabricant Squease BV a fourni 6 gilets à pression gratuitement à la première auteure, sans influence contractuelle sur la recherche ou la publication.

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