
L’EMDR à l’écran : See You When I See You et Sheepdog, deux films de 2026 qui mettent en scène la thérapie
Mis à jour le 1 juillet 2026
Au cours du premier trimestre 2026, deux films américains ont donné à voir au grand public des séquences d’EMDR dans des contextes narratifs très différents : deuil fraternel pour l’un, trouble de stress post-traumatique lié à la guerre pour l’autre. See You When I See You, réalisé par Jay Duplass et écrit par le comédien de stand-up Adam Cayton-Holland d’après son propre mémoire Tragedy Plus Time: A Tragi-Comic Memoir (2018), a été présenté au Sundance Film Festival fin janvier 2026 et en première texane au South by Southwest (SXSW) en mars 2026. Sheepdog, écrit, réalisé et interprété par Steven Grayhm, sorti en salles aux États-Unis le 16 janvier 2026 après sa première mondiale au Boston Film Festival en septembre 2024, met en scène un vétéran de l’US Army pris en charge en thérapie pour son ESPT.
Il s’agit de deux œuvres de fiction dont la réalisation a été informée par des expériences réelles. Adam Cayton-Holland est simultanément auteur d’un mémoire autobiographique et scénariste d’une fiction qui adapte ce vécu : le personnage Aaron Whistler (Cooper Raiff) est son avatar et non lui-même. Steven Grayhm a bâti Sheepdog à partir de douze ans d’entretiens avec des vétérans et de mois d’observation dans les hôpitaux du Veterans Affairs (VA), sans que le protagoniste Calvin Cole soit une personne réelle. Ce cadre, la fiction informée, mérite d’être tenu tout au long de l’article, car il est précieux cliniquement : la représentation de l’EMDR dans la culture populaire n’est pas neutre ; elle façonne les attentes des patients qui viennent en consultation.
En bref
Ces deux films partagent plusieurs caractéristiques qui intéresseront directement les cliniciens :
- Ils représentent des séquences EMDR explicites, avec des détails visuels identifiables (buzzers vibrants sur les pouces, stimulation bilatérale, retour progressif sur une mémoire traumatique).
- Ils intègrent une pédagogie clinique implicite : See You When I See You met en scène la métaphore du « storage cabinet » (classeur mental) proposée par la thérapeute à Aaron ; Sheepdog montre les cadres institutionnels (VA medical centers, classes d’orientation ESPT, thérapeutes en formation).
- Ils ont été accompagnés par leurs équipes lors de projections et d’entretiens, avec un discours explicite sur la santé mentale, le deuil, le trauma — et l’effet produit sur les publics.
- Ils constituent un matériau culturel pour les cliniciens qui reçoivent de plus en plus de patients arrivant en consultation avec des représentations préalables de l’EMDR issues des médias et du cinéma.
See You When I See You : Jay Duplass, adapté du mémoire d’Adam Cayton-Holland
Le contexte biographique
Adam Cayton-Holland est un comédien de stand-up basé à Denver (Colorado), co-fondateur du trio comique The Grawlix. En 2018, il publie Tragedy Plus Time: A Tragi-Comic Memoir, récit autobiographique dans lequel il décrit le suicide de sa sœur cadette Leah et l’effondrement que ce deuil provoque dans sa vie et celle de sa famille. Le titre du livre fait référence à la formule attribuée à Steve Allen, Carol Burnett ou Woody Allen selon les sources : « Comedy = Tragedy + Time » — la comédie, c’est la tragédie plus le temps.
Le film adapte ce mémoire en fiction. Le protagoniste Aaron Whistler (Cooper Raiff) est l’avatar scénaristique de Cayton-Holland. Sa famille dans le film : père Robert (David Duchovny), mère Page (Hope Davis), sœur aînée Emily (Lucy Boynton), sœur cadette Leah (Kaitlyn Dever). Le film dure 1h42 et a été présenté en Premieres au Sundance Film Festival fin janvier 2026, puis en Festival Favorite au SXSW en mars 2026. Producteurs : Fred Bernstein, Jay Duplass, Kumail Nanjiani, Emily V. Gordon et Adam Cayton-Holland lui-même.
Le sujet
L’article de l’Austin Chronicle (Richard Whittaker, 12 mars 2026) résume le fil narratif ainsi : le film « tourne autour de l’acceptation lente par Aaron qu’il souffre d’un TSPT à la suite de la découverte du corps de sa sœur après qu’elle s’est suicidée ». Jay Duplass commente dans cet article : « Avec le TSPT, votre cerveau fire de manière très inefficace et problématique, et vous devez apprendre à le ré-entraîner. »
La représentation de l’EMDR à l’écran
La critique de The Playlist (Marshall Shaffer, 27 janvier 2026) souligne que « « See When I See You » fonctionne le mieux quand il creuse en profondeur avec les séances d’EMDR d’Oliver [Aaron] ». Le critique décrit la métaphore proposée par la thérapeute dans le film : « Le but du processus EMDR pour lui, comme le décrit sa thérapeute, est de ranger le dossier égaré de la mort de Leah dans le classeur de sa mémoire. »
Et il ajoute, dans une formulation qui intéressera les cliniciens : « « See You When I See You » capture la glissante subtilité du souvenir d’un événement. »
Plusieurs critiques (Indiewire, Hollywood Reporter, Variety, ScreenRant) rapportent que la technique représentée dans le film utilise un buzzer qui vibre rythmiquement sur chacun des pouces d’Aaron pendant qu’il retourne en mémoire vers l’événement traumatique. Le critique de ScreenRant précise qu’il s’agit d’une stimulation bilatérale tactile et évoque la logique pédagogique : « l’idée, c’est que vous entraînez lentement le cerveau à ranger quelque chose de perturbant qui vous empêchait de fonctionner sainement au quotidien. Pas d’effacer un souvenir, mais peut-être d’en réduire la piqûre. »
Les scènes d’EMDR comme choix artistique et pédagogique
Dans une interview à Filmmaker Magazine (janvier 2026), Jay Duplass appelle ces séquences « psyche moments » (« moments de psyché ») et les décrit ainsi : « Ce ne sont pas des flashbacks, ce n’est pas de la science-fiction. Ce sont des expériences [à l’intérieur de son cerveau] qui se passent en temps réel, qui reviennent dans le passé et affectent l’avenir. »
Il ajoute dans Den of Geek : « L’une des choses les plus excitantes du film a été de créer un voyage visuel d’un homme qui essaie de grimper hors de l’ESPT. À quoi cela ressemble-t-il ? À quoi cela se ressent-il ? Cela implique en partie la mémoire, mais ce qui se passe vraiment, c’est que vous expérimentez des choses dans le moment présent qui sont une fonction de votre cerveau cassé. »
Un détail précieux sur le tournage
Cooper Raiff, l’acteur principal, rapporte à Den of Geek : « Le jour du tournage, ils m’ont effectivement donné de vrais clickers et j’ai accidentellement fait de l’EMDR. »
Il ajoute à ScreenRant : « La façon dont Jay et Jim [le chef opérateur] ont fait évoluer l’EMDR était très fidèle à ce que cela ressent : « OK, je commence à l’envelopper, je commence à me reculer du souvenir. Ce n’est pas aussi intense. » »
Le ressenti du public
L’article de l’Austin Chronicle relate les questions-réponses post-projection au Sundance. Mark Duplass, co-producteur et frère de Jay, rapporte :« Des gens dans la salle n’arrêtaient pas de dire : « J’ai traversé ça », ou « Mon proche a traversé ça ». C’était inspirant pour nous tous. »
Jay Duplass ajoute : « Des gens venaient me saisir dans la rue — et pas seulement après les projections. Des gens me saisissaient et me disaient : « J’avais besoin de ça ». »
Cet effet de reconnaissance collective apparaît comme un des enjeux explicites du film : ouvrir une conversation publique sur le deuil, l’ESPT et l’EMDR. Jay Duplass précise le contexte de son engagement dans cette conversation : « Mark a été vraiment public et a ouvert une conversation sur la santé mentale pour lui-même et pour les hommes en général. C’est inspirant de voir à quel point cela a affecté les gens positivement. C’est une conversation que Mark et moi avons depuis que nous étions enfants. Nous ne savions juste pas que c’est de ça que nous parlions. Nous parlions simplement de nos sentiments d’une manière que les autres garçons ne faisaient pas. »
Sheepdog : Steven Grayhm, une fiction nourrie par douze ans de rencontres avec des vétérans
Le contexte
Sheepdog est un film indépendant écrit, réalisé, produit et interprété par Steven Grayhm. Selon l’article de Stars and Stripes (Kaylyn Barnhart Batista, 15 janvier 2026), le projet est né en 2011 lors d’un incident très concret : « Le voyage du cinéaste Steven Grayhm a commencé en 2011, quand sa voiture est tombée en panne sur le bord de la route, sur le chemin de Los Angeles. Quand une entreprise de remorquage locale est venue à son aide, le chauffeur — un vétéran militaire — l’a ramassé avec sa voiture et les a ramenés à Los Angeles. Pendant les trois heures de trajet, le vétéran a partagé des histoires personnelles sur ses difficultés familiales et les médicaments liés à de multiples déploiements en Irak et en Afghanistan. »
La phrase qui a marqué Grayhm et qui donne son impulsion au film :
« Je ne peux pas croire que je vous dis cela. Je ne l’ai pas dit à ma femme. Je n’en ai même pas parlé à un thérapeute. »
Grayhm commente : « C’était plus facile pour ce vétéran de parler à un parfait étranger et de partager son histoire que de le faire avec sa propre famille ou sa communauté. »
Pendant les douze années suivantes, Grayhm a parcouru les États-Unis pour rencontrer d’autres vétérans et leurs familles, recueillant les récits qui allaient devenir la matière narrative du film.
L’intention : post-traumatic growth, pas post-traumatic stress. Steven Grayhm insiste sur un point crucial : « « Sheepdog » n’est pas un film sur le stress post-traumatique ; c’est un film sur la croissance post-traumatique. »
Il explique :
« J’ai pensé qu’il était vraiment important d’amener le public dans ces endroits sombres pour montrer ce qui est en jeu, et pour comprendre pleinement le parcours [post-service]. »
Le casting
Steven Grayhm dans le rôle de Calvin Cole, vétéran de l’US Army ; Vondie Curtis Hall dans celui de son beau-père, vétéran du Vietnam sortant de prison ; Virginia Madsen dans celui du Dr Elecia Knox, thérapeute VA en formation (trauma therapist-in-training) qui travaille de nuit dans un diner local pour payer ses études ; Lilli Cooper, Dominic Fumusa et Matt Dallas complètent la distribution.
La recherche clinique de terrain
L’article de Stars and Stripes précise le travail préparatoire : « Grayhm a passé des mois à faire de la recherche dans les centres médicaux du VA à travers le pays, observant des séances de thérapie, des classes d’orientation sur l’ESPT, et des traitements tels que l’EMDR — tous représentés dans le film. »
La justification de ce choix : « Il y a une myriade de thérapies et de techniques différentes, et je voulais juste être très responsable dans ce que je mettais dans le film, en me basant sur ce que j’ai vu et son efficacité dont je sais qu’elle a été prouvée comme aidante. »
Le personnage du Dr Elecia Knox
Dans une interview à Military.com, Virginia Madsen explique que son personnage a été « librement inspiré par une vraie thérapeute » que Steven Grayhm avait rencontrée durant sa recherche : « une clinicienne connue pour des techniques non conventionnelles incluant l’EMDR, la thérapie par le son et le travail sensoriel focalisé sur le trauma ». La position thérapeutique du personnage est résumée par Madsen dans une formule qui mérite d’être retenue : « Je suis là pour l’aider à s’aider lui-même. Je lui dis : « Je ne peux pas te réparer. C’est à toi de le faire. » Et cela change la relation tout de suite. »
Les travailleurs du VA comme « héros discrets »
Stars and Stripes souligne un autre axe du film : Grayhm insiste sur la dédication des soignants institutionnels : « Ce sont les héros discrets [unsung heroes] qui vont travailler chaque jour en essayant juste de faire la différence. Il y a des gens qui se présentent chaque jour, qui ne s’enrichissent pas en le faisant, qui veulent vraiment faire la différence, et qui la font. »
La dimension familiale
Dominic Fumusa, cité dans le même article, commente : « On est frustrés par ceux qu’on aime parce qu’on sait qu’ils ont besoin d’aide. Vous ne pouvez faire que jusqu’à un certain point. Pour tellement de gens, le défi, c’est de trouver comment aborder ce que nos vétérans ont traversé, et comment nous pouvons nous guider les uns les autres vers un endroit de guérison et de soutien. »
Deux films, deux lectures convergentes sur l’EMDR
1. L’EMDR comme objet cinématographique, pas seulement comme thérapie
Les deux films ne se contentent pas de mentionner l’EMDR ; ils consacrent du temps d’écran à des séquences qui mettent en scène la stimulation bilatérale, le retour sur la cible, la modulation progressive de l’intensité. Dans See You When I See You, les séquences sont construites comme une grammaire visuelle (les « psyche moments » de Duplass) qui tente de rendre, au spectateur, l’expérience subjective d’un travail de retraitement. Dans Sheepdog, la représentation est plus documentaire, informée par l’observation directe des séances au VA.
2. L’EMDR comme porte d’entrée vers la parole
See You When I See You insiste sur un fait clinique récurrent : les hommes ne vont pas en thérapie. Jay Duplass fait de son personnage un cas illustratif — Aaron met du temps à y aller, prolonge ses évitements par l’alcool et les mauvais choix, et bascule progressivement dans la thérapie. Sheepdog part du même constat mais dans le monde militaire — Steven Grayhm a été frappé par l’aisance avec laquelle un vétéran se confie à un parfait étranger alors qu’il ne parle ni à son thérapeute ni à sa femme.
3. L’EMDR comme promesse de « post-traumatic growth »
Le vocabulaire de la croissance post-traumatique (Grayhm) et celui du cerveau qui se ré-entraîne (Duplass) sont cohérents avec le message que nombre de cliniciens veulent transmettre : le trauma n’est pas une condamnation, le cerveau humain conserve des ressources de transformation. Cette promesse peut alléger la stigmatisation de la demande d’aide, sans pour autant garantir un résultat.
4. La représentation des thérapeutes
Les deux films mettent en avant la figure de la thérapeute (féminine dans les deux cas). Dr Elecia Knox dans Sheepdog est une thérapeute en formation (in-training), ce détail, peu fréquent dans la fiction, met en valeur l’idée qu’un thérapeute encore en formation peut accompagner efficacement. Dans See You When I See You, la thérapeute est plus discrète (elle est décrite comme « spécialisée en EMDR »), mais ses interventions (la métaphore du classeur) sont montrées avec soin.
5. Un impact public mesurable
L’Austin Chronicle rapporte des réactions d’audience qui sont intéressantes cliniquement : « J’ai traversé ça », « Mon proche a traversé ça », « J’avais besoin de ça ». Ces retours montrent que la fiction peut produire un effet de reconnaissance — et parfois initier une demande de soin.
À retenir pour ma pratique
Ces deux films sont des fictions, pas des documentaires. Avant toute chose, c’est la précaution première à tenir quand on en parle avec des patients : ce qu’ils voient à l’écran n’est pas exactement ce qu’ils vivront en cabinet. Les séquences sont stylisées, les thérapeutes sont des personnages construits, les résultats narratifs obéissent à une logique dramatique. Cette distinction n’est pas triviale, car les patients peuvent arriver avec des attentes façonnées par ces représentations.
Connaître ces films permet de parler avec les patients qui s’en réclament. De plus en plus fréquemment, des patients arrivent en disant « j’ai vu un film où… » ou « j’ai entendu parler de l’EMDR dans une série… ». Connaître minimalement les représentations circulantes permet d’entendre ce que le patient a perçu, projeté, espéré — et d’en faire un point de départ pour la phase 1.
La métaphore du « storage cabinet » est mobilisable en phase 2. La métaphore utilisée par la thérapeute d’Aaron dans See You When I See You, « ranger le dossier égaré dans le classeur », est cliniquement cohérente avec le modèle TAI (Traitement Adaptatif de l’Information). Elle peut servir de support pédagogique avec des patients qui ont besoin d’une image simple pour comprendre ce qui va se passer. Il suffit de bien préciser qu’il ne s’agit pas d’effacer le dossier, mais de le ranger.
Le témoignage de Cooper Raiff est un petit cas d’école. L’acteur qui joue Aaron rapporte avoir « accidentellement fait de l’EMDR » pendant le tournage, parce que de vrais clickers lui ont été remis. Sans surenchère, ce détail rappelle que la stimulation bilatérale avec une mémoire chargée peut produire un effet de désactivation même hors cadre thérapeutique formel — ce qui est à la fois une information sur la puissance du procédé et une raison supplémentaire de l’encadrer strictement en pratique clinique.
Le message de « post-traumatic growth » est utile mais à manier avec précaution. Sheepdog et Steven Grayhm insistent sur le concept de croissance post-traumatique. Ce concept, développé par Tedeschi et Calhoun dans les années 1990, décrit des transformations positives possibles après un trauma (relation à soi, aux autres, sens de la vie, reconnaissance de forces nouvelles). Il est précieux pour soutenir l’espoir, mais il ne doit pas devenir une injonction à « grandir » — certains patients ne vivent pas leur trauma comme une occasion de croissance, et cette lecture peut leur être blessante.
Le message du Dr Knox est transférable en phase 2. « Je ne peux pas te réparer, c’est à toi de le faire » est une formulation clinique juste, qui pose le cadre de la collaboration thérapeutique. Elle peut soutenir une pédagogie de la phase 2 : le thérapeute accompagne le retraitement, mais c’est le système du patient qui fait le travail.
La place des soignants en formation. Le choix narratif de Grayhm de faire de Dr Knox une thérapeute en formation est un clin d’œil à une réalité institutionnelle : dans les hôpitaux du VA et dans de nombreuses institutions françaises, une part importante de l’accompagnement est assurée par des cliniciens en cursus. Ce rappel peut soutenir la formation des jeunes praticiens (internes, stagiaires, thérapeutes en supervision) et leur permettre de ne pas sous-estimer leur propre utilité clinique.
Anticiper l’effet « reconnaissance » après ces films. Les réactions de public rapportées par l’Austin Chronicle (« J’ai traversé ça », « Mon proche a traversé ça ») suggèrent que ces œuvres peuvent déclencher des demandes de soin. Les cliniciens peuvent s’attendre à recevoir des patients qui parlent de ces films comme déclic. Accueillir ce déclic, sans le prendre pour un diagnostic posé, est un repère utile.
Différencier déclic culturel et consentement éclairé. Un film, aussi bien fait soit-il, ne remplace pas un consentement éclairé à une thérapie. Le patient qui arrive « parce qu’il a vu que ça marchait dans le film » a autant besoin d’une phase 1, d’une histoire clinique, d’une conceptualisation de cas et d’une information claire sur la démarche que n’importe quel autre patient.
Intégrer la dimension familiale. Sheepdog insiste sur la souffrance des familles (« on est frustrés par ceux qu’on aime »). See You When I See You montre le deuil familial (père, mère, sœur aînée) sur plusieurs axes parallèles. Pour les cliniciens, ces films rappellent que le trauma et le deuil sont souvent des affaires familiales, et que l’accompagnement peut bénéficier d’une attention à l’entourage, voire d’un travail de couple ou de famille en complément.
Témoigner par une œuvre : une modalité à respecter. Adam Cayton-Holland a écrit un livre, puis adapté ce livre en scénario, dans un parcours qui est autant un travail psychique qu’un travail artistique. Il déclare dans Den of Geek : « J’ai traité beaucoup de la douleur en écrivant le mémoire. » Cette configuration, la création comme prolongement de la thérapie, est cliniquement intéressante : elle rappelle que certains patients, une fois le retraitement suffisamment avancé, peuvent mobiliser leur expérience dans des formes publiques (écrits, conférences, créations). Pour les cliniciens, cette possibilité est à accueillir sans la prescrire : elle n’est ni un critère de guérison, ni un but de la thérapie.
Prudence épistémologique renforcée. Ces deux films sont des œuvres culturelles, pas des études cliniques. Leur valeur pour les cliniciens est contextuelle : ils nourrissent la conversation publique, ils façonnent les représentations, ils peuvent déclencher des demandes de soin — mais ils ne fournissent aucune donnée d’efficacité. De plus, la qualité de la représentation de l’EMDR dans ces films reste à l’appréciation des spectateurs formés : certaines scènes peuvent simplifier ou styliser ce qu’est une séance réelle. Les cliniciens qui recommandent ces films à leurs patients peuvent le faire avec nuance, en signalant que « c’est une belle mise en image, mais votre expérience sera différente ».
Sources
Sur See You When I See You :
- Whittaker, R. (2026, 12 mars). How Jay Duplass’ New Film Is Helping People Talk About PTSD. The Austin Chronicle. https://www.austinchronicle.com/screens/how-jay-duplass-new-film-is-helping-people-talk-about-ptsd/
- Shaffer, M. (2026, 27 janvier). ‘See You When I See You’ Review: Jay Duplass’ Dramedy About Therapy & Loss Is A Mixed Bag [Sundance]. The Playlist. https://theplaylist.net/see-you-when-i-see-you-review-jay-duplass-dramedy-about-therapy-loss-is-a-mixed-bag-sundance-20260127/
- Sources complémentaires : Den of Geek, Filmmaker Magazine, ScreenRant, Variety, Hollywood Reporter, Indiewire.
- Livre source : Cayton-Holland, A. (2018). Tragedy Plus Time: A Tragi-Comic Memoir. Touchstone.
- Film : See You When I See You (2026). Réalisation : Jay Duplass. Scénario : Adam Cayton-Holland. Production : Astute Films, Duplass Brothers Productions, Winter Coat Films. Durée : 1h42. Première : Sundance Film Festival, janvier 2026. Première texane : SXSW, mars 2026.
Sur Sheepdog :
- Barnhart Batista, K. (2026, 15 janvier). ‘Sheepdog’ brings veterans stories and post-service struggles to light. Stars and Stripes. https://www.stripes.com/veterans/2026-01-15/sheepdog-movie-military-veterans-therapy-20416929.html
- Sources complémentaires : Military.com, Variety (interview Virginia Madsen), We Are The Mighty, U.S. Navy Memorial and Heritage Center, Wikipédia (données factuelles de production et de sortie).
- Film : Sheepdog (2024). Scénario, réalisation, production, interprétation : Steven Grayhm. Première mondiale : Boston Film Festival, 20 septembre 2024. Sortie américaine limitée : 17 décembre 2025. Sortie étendue : 16 janvier 2026.
Aller plus loin
Formation(s) : Formation initiale en EMDR
Dossier(s) : Témoignages de patients en EMDR



