Les croyances négatives sur soi prédisent-elles les résultats de la thérapie EMDR ? Éclairages issus d'une étude pilote

Les croyances négatives sur soi prédisent-elles les résultats de la thérapie EMDR ? Éclairages issus d’une étude pilote

Mis à jour le 16 septembre 2026

Une étude pilote publiée dans le Journal of EMDR Practice and Research interroge la nécessité d’évaluer la cognition négative dans le protocole standard EMDR. Malgré un titre évoquant la valeur prédictive des croyances négatives, l’étude compare en réalité deux protocoles sur un très petit échantillon (N = 6) : l’un appliquant le protocole standard (avec identification de la cognition négative), l’autre appliquant un protocole modifié (sans identification de la cognition négative).

En bref

Le protocole standard EMDR à 8 phases comprend, en phase 3 (évaluation), l’identification de la cognition négative associée au souvenir cible. Cette étape peut prendre du temps et peut représenter un frein pour certains clients. Collins et Carbajal (2026) ont mené une étude pilote quasi-expérimentale auprès de 6 clients adultes traités dans une autorité locale de santé mentale (Local Mental Health Authority — LMHA) au Texas, par une thérapeute LPC formée à l’EMDR (formation EMDRIA-approved 6 mois auparavant, 10 ans d’expérience clinique). Trois clients ont reçu le protocole standard (avec cognition négative), 3 clients ont reçu un protocole modifié (sans identification ni utilisation de la cognition négative). Les outils d’évaluation étaient le Symptom Checklist (SC) et le PCL-5, administrés à la baseline, en séance 6 et en séance 8. Le test de Wilcoxon ne montre aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes. Les auteurs proposent l’hypothèse tentative que l’identification de la cognition négative pourrait ne pas être un composant essentiel du mécanisme d’action de l’EMDR. La taille d’échantillon (N = 6) est cependant trop petite pour tirer des conclusions fiables, et les auteurs eux-mêmes appellent à des études de plus grande envergure avec randomisation et vérification de fidélité externe.

Résumé

Cette étude vise à évaluer l’impact des cognitions négatives sur la généralisation du traitement à l’intérieur du protocole standard d’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR). Dans un cadre de cabinet, une praticienne formée à l’EMDR a délivré le traitement EMDR à ses clients (N = 6). Dans ce design quasi-expérimental, le groupe expérimental n’a pas eu de cognitions négatives évaluées, tandis que le groupe contrôle en a eu. Les mesures Symptom Checklist et PTSD Checklist for DSM-5 ont été utilisées pour déterminer le changement de la baseline aux séances 6 et 8. Nous présentons et discutons les implications des résultats, y compris la façon dont ils pourraient affecter les phases d’évaluation et de désensibilisation. Aucune différence significative n’a été trouvée entre les groupes, suggérant que l’évaluation des cognitions négatives pourrait ne pas être essentielle à l’efficacité du traitement. Toutefois, des investigations supplémentaires sont nécessaires en raison de la petite taille d’échantillon (N), et il reste à voir si les résultats se maintiendront avec un N plus grand. Néanmoins, cette étude pose les bases pour de futures recherches.

Points clefs 

Question de recherche : l’évaluation de la cognition négative dans le protocole standard EMDR (en phase 3) est-elle nécessaire à l’efficacité du traitement ? Plus précisément : « Les scores des clients pour le TSPT et les symptômes physiques diffèrent-ils selon que la cognition négative est évaluée ou non dans le protocole standard EMDR ? »

Hypothèse des auteurs : identifier la cognition négative dans le protocole standard EMDR n’améliore pas significativement les symptômes de TSPT et les symptômes physiques par rapport au fait de ne pas l’identifier.

Cadre théorique : ancrage dans le modèle TAI (Traitement Adaptatif de l’Information) et dans la littérature sur la généralisation du stimulus (Skinner, Pavlov, Beck, Ellis, Foa). Dans ce cadre, la cognition négative ne représente qu’un fragment du système mnésique maladaptatif et sert de point d’entrée pour le retraitement du matériel non résolu.

Design : étude pilote quasi-expérimentale, à deux bras, en cabinet clinique au sein d’une LMHA au Texas. Assignation systématique alternée selon l’ordre d’arrivée (et non randomisation). Suivi sur 8 séances.

Échantillon : N = 6 (sur 9 personnes ayant initialement consenti, 3 ayant abandonné). Femmes 66,7 %, âge 30-58 ans (M = 46,16 ; SD = 9,28), majoritairement Caucasiens (77,8 %). Tous les participants présentaient plus d’un diagnostic : trouble dépressif majeur (MDD) avec différents niveaux de sévérité, TSPT, anxiété ou trouble panique selon les cas.

Modification du protocole pour le groupe expérimental : en phase 3, omission de l’identification de la cognition négative. En phase 4 (désensibilisation), omission des mots « and the words (repeat the negative cognition) » dans la consigne d’amorçage du retraitement. Les phases 1, 2, 5, 6, 7 et 8 restaient identiques pour les deux groupes.

Outils de mesure : Symptom Checklist (SC) à 20 items (α = 0,94 dans cet échantillon) et PCL-5 à 20 items (α = 0,71 dans cet échantillon). Administrations à la baseline, en séance 6 et en séance 8.

Résultat statistique principal : le test de Wilcoxon ne montre aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes, ni sur le SC ni sur le PCL-5.

Variations brutes observées (sans signification statistique) 

  • Sur le SC : groupe sans cognition négative = -14 % (baseline → semaine 8) ; groupe avec cognition négative = 0 %.
  • Sur le PCL-5 : groupe sans cognition négative = -23 % ; groupe avec cognition négative = -28 %, soit une différence de 5 % entre les deux groupes.
  • Les auteurs précisent explicitement que ces variations « may be due to the small number of participants, which limits the ability to draw meaningful inferences ».

Interprétation prudente proposée par les auteurs : les résultats « confirment l’hypothèse de recherche », à savoir que l’évaluation de la cognition négative ne semble pas modifier les résultats. Mais ils précisent immédiatement que ces résultats sont « préliminaires » et qu’ils peuvent être dus à des explications alternatives (alliance thérapeutique, effets placebo, ou autres facteurs non spécifiques).

Mise en perspective avec d’autres études : les auteurs rappellent que dès 1999, Cusack et Spates avaient mené une expérience excluant la cognition positive et la phase d’installation, sans trouver de différence statistique avec le protocole standard. Ils mentionnent également que la cognition négative est souvent omise chez les enfants de moins de 6 ans, et que des études récentes sur la Flash Technique suggèrent qu’un accès minimal au matériel traumatique peut suffire pour le retraitement.

Limites majeures explicitement reconnues par les auteurs :

  • Échantillon trop petit (N = 6) pour tirer des conclusions fiables.
  • Pas de critères d’inclusion/exclusion définis.
  • Pas de randomisation (assignation alternée).
  • Pas de vérification de fidélité externe (pas d’enregistrement vidéo des séances).
  • Le SC pourrait ne pas être l’outil le mieux adapté (les auteurs suggèrent PHQ-9, GAD-7 ou BDI pour les futures études).
  • Pas de contrôle des variables confusionnelles.
  • Statistiques essentiellement descriptives ; les auteurs recommandent d’utiliser à l’avenir des procédures plus robustes (régression linéaire, MANCOVA).

Recommandations des auteurs pour la recherche future : étude randomisée, échantillon plus large, vérifications de fidélité externe, et possibilité d’introduire un design à 4 bras : (a) cognition négative standard, (b) sans cognition négative, (c) avec cognition négative renforcée (par exemple répétition à voix haute pendant les sets), (d) sans aucune cognition (ni négative ni positive).

À retenir pour la pratique clinique 

Avertissement préalable : cette étude pilote, en raison de sa très petite taille d’échantillon (N = 6), de l’absence de randomisation et de fidélité externe, ne permet pas de modifier la pratique clinique. Les auteurs eux-mêmes qualifient leurs résultats de « préliminaires » et la modification proposée du protocole reste à l’état d’hypothèse à tester. 

Quelques éléments de réflexion néanmoins :

Une question légitime mais non tranchée : la nécessité d’évaluer la cognition négative dans le protocole standard est interrogée par cette étude, en cohérence avec d’autres travaux historiques (Cusack & Spates, 1999) et plus récents (Flash Technique). Sans répondre à la question, l’étude la pose et invite à des recherches plus rigoureuses.

Pas de justification pour modifier sa pratique sur la base de cette étude : les auteurs précisent que leurs résultats peuvent être attribuables à des facteurs non spécifiques (alliance thérapeutique, placebo) ou à des limites méthodologiques. Ils ne recommandent pas l’abandon de l’évaluation de la cognition négative en pratique courante.

La cognition négative reste utile au-delà de la désensibilisation : les auteurs soulignent que « l’évaluation de la cognition négative pourrait ne pas être essentielle au retraitement mnésique efficace, mais cela ne signifie pas que les cognitions négatives ne sont pas utiles dans le processus thérapeutique en général. Les cognitions négatives sont une pièce d’une évaluation complète, et les thérapeutes peuvent toujours en trouver l’utilité dans la planification du traitement, même si elles ne sont pas intégrales à l’efficacité du traitement EMDR ».

Une réflexion sur la fidélité au protocole : l’article rappelle que la dérive du protocole (« fidelity drift ») est un phénomène documenté, et que les déviations sont souvent liées à l’orientation théorique du clinicien, au manque de formation continue, au manque de supervision, à l’inconfort face à l’abréaction émotionnelle. Les auteurs insistent sur l’importance des vérifications régulières de fidélité.

Pour les patients en multi-diagnostic : l’échantillon était composé exclusivement de personnes présentant plus d’un diagnostic (MDD + TSPT, parfois + anxiété ou trouble panique). Les diminutions du PCL-5 observées dans les deux groupes pourraient encourager les cliniciens à ne pas écarter d’emblée l’EMDR pour des présentations cliniques complexes, sous réserve des limites évoquées.

Pertinence pour la formation et la recherche : les auteurs rappellent qu’au-delà de la cognition négative, d’autres composants du protocole (image cible, émotions, SUD, sensations corporelles) restent cliniquement utiles, mais que chaque composant nécessite d’être empiriquement testé avant qu’on puisse conclure sur sa nécessité absolue.

Éléments de contexte 

Article publié en open access sous licence Creative Commons Attribution (CC BY 4.0).

Approbation éthique : étude approuvée par l’Institutional Review Board de l’université (AY 2017-1247). Données dé-identifiées avant transmission au second auteur ; la thérapeute traitante n’était pas membre de l’équipe de recherche.

Cadre de l’étude : LMHA (Local Mental Health Authority) au Texas, hub de ressources psychiatriques desservant une population diverse, incluant de nombreux clients non assurés ou sous-assurés.

Soumission : reçue le 22 août 2025 ; révisée le 2 décembre 2025 ; acceptée le 13 décembre 2025 ; publiée le 2 février 2026.

Financement : les auteurs déclarent n’avoir reçu aucun financement.

Conflits d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Disponibilité des données : les participants n’ont pas consenti au partage public des données ; le jeu de données n’est donc pas disponible en open access. 

En savoir plus

Références de l’article : Collins, C. R., & Carbajal, J. (2026). Do Negative Self-Beliefs Predict EMDR Therapy Outcomes? Insights from a Pilot Study. Journal of EMDR Practice and Research, 20, Article 0021.

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