
EMDR vs TCC pour le traitement de l’obésité avec hyperphagie boulimique et antécédents traumatiques : un essai contrôlé randomisé
Mis à jour le 10 septembre 2026
Une équipe de chercheurs italiens publie le premier essai contrôlé randomisé comparant directement l’EMDR et la TCC chez des patientes hospitalisées souffrant d’obésité, de trouble de l’hyperphagie boulimique (BED) et ayant rapporté au moins un événement de vie traumatique. Contrairement à l’hypothèse initiale, aucune différence statistiquement significative n’a émergé entre les deux conditions de traitement. Des améliorations significatives mais de faible ampleur ont été observées dans l’ensemble de l’échantillon.
En bref
Le surpoids et l’obésité sont liés au trouble de l’hyperphagie boulimique (BED). La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est traditionnellement l’approche thérapeutique indiquée pour le BED, en hospitalisation comme en ambulatoire. Les auteurs ont émis l’hypothèse qu’une intervention EMDR de 4 semaines serait plus efficace qu’une intervention TCC parallèle pour des patientes hospitalisées souffrant d’obésité et de BED ayant vécu au moins un événement traumatique. L’essai contrôlé randomisé à deux bras a inclus 31 patientes hospitalisées, randomisées vers la TCC (n=16) ou l’EMDR (n=15). Les résultats n’ont pas mis en évidence de différence statistiquement significative entre les deux conditions de traitement. Des améliorations statistiquement significatives ont été observées dans l’ensemble de l’échantillon (dépression, anxiété, stress, alimentation émotionnelle, binge eating, deux domaines de la DERS, deux sous-échelles de l’IES-R), mais avec des tailles d’effet petites (d de Cohen). En l’absence de groupe contrôle et compte tenu du fait que tous les participants suivaient simultanément un programme résidentiel multidisciplinaire structuré (médical, nutritionnel, physique, psychologique), une attribution claire de ces améliorations aux interventions n’est pas possible.
Résumé
Le surpoids et l’obésité sont liés au trouble de l’hyperphagie boulimique (BED). Traditionnellement, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est l’approche thérapeutique indiquée pour le traitement du BED en hospitalisation et en ambulatoire. L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) pourrait être plus efficace pour le traitement du BED, en particulier chez des patients ayant vécu une ou plusieurs expériences traumatiques. Un essai contrôlé randomisé (RCT) à deux bras a donc été conduit pour tester l’hypothèse selon laquelle une intervention EMDR de 4 semaines serait plus efficace qu’une intervention TCC parallèle dans le traitement de patients hospitalisés souffrant d’obésité et de BED ayant vécu au moins un événement traumatique. L’échantillon comprenait 31 patients hospitalisés, randomisés vers l’EMDR (n=16) ou la TCC (n=15). Les critères de jugement étaient la réduction des symptômes de binge eating, de l’alimentation émotionnelle, de la détresse psychologique et des variables liées au trauma, et l’amélioration de la régulation émotionnelle, de la baseline à la fin du traitement. Les résultats n’ont montré aucune différence statistiquement significative entre les deux conditions de traitement, tandis que des améliorations statistiquement significatives ont été observées dans l’ensemble de l’échantillon sur plusieurs variables : dépression, anxiété, stress, alimentation émotionnelle, binge eating, deux domaines de la Difficulties in Emotion Regulation Scale (DERS) (Clarté et Stratégies) et le score total DERS, deux sous-échelles de l’Impact of Event Scale-Revised (IES-R) (Intrusion et Hyperéveil) et le score total IES-R, mais avec des tailles d’effet standardisées petites (d de Cohen). Les deux interventions peuvent avoir produit des bénéfices similaires ; toutefois, l’absence de groupe contrôle a empêché une attribution claire de ces améliorations aux interventions, étant donné que tous les participants suivaient simultanément un traitement résidentiel multidisciplinaire structuré. Les études futures devraient inclure des échantillons plus larges, des protocoles de traitement plus longs et des évaluations de suivi, ainsi que des groupes de comparaison composés de patients hospitalisés ne recevant pas les traitements expérimentaux, afin de mieux isoler les effets spécifiques de l’EMDR et de la TCC.
Points clefs
Premier RCT comparant directement EMDR et TCC dans cette population : à la connaissance des auteurs, cette étude représente le premier essai contrôlé randomisé comparant directement l’EMDR et la TCC chez des patients hospitalisés souffrant de BED, d’obésité comorbide et ayant rapporté des événements de vie traumatiques.
Rationnel théorique : la TCC-E (cognitive behavioral therapy enhanced) ne cible pas spécifiquement les symptômes liés au trauma. L’histoire de trauma et les expériences adverses précoces sont identifiées comme des facteurs de risque communs des troubles alimentaires et comme prédicteurs de moins bons résultats thérapeutiques lorsqu’elles ne sont pas correctement traitées.
Population et cadre : 31 patientes hospitalisées italiennes, exclusivement de sexe féminin, âgées de 18 à 64 ans (moyenne 43,8 ans), avec obésité (IMC > 30), diagnostic de BED selon le DSM-5 et antécédent auto-rapporté d’au moins un événement traumatique. Recrutement de mai 2023 à février 2025 à l’IRCCS Istituto Auxologico Italiano (Piancavallo).
Cadre de soins commun aux deux groupes : programme résidentiel multidisciplinaire incluant régime hypocalorique équilibré (1200-1700 kcal/jour), conseil nutritionnel individuel et de groupe, activité physique quotidienne (1 heure). Les participants à l’essai n’ont pas reçu le soutien psychologique habituel mais ont été randomisés vers l’une des deux conditions.
Protocoles d’intervention : 4 semaines de séances individuelles hebdomadaires d’1 heure avec un psychothérapeute licencié spécifiquement formé soit en EMDR (protocole standard à 8 phases), soit en TCC (basée sur les principes de la TCC-E pour les troubles alimentaires et de la TCC-OB pour l’obésité). Les deux thérapeutes avaient des âges et années de pratique clinique similaires dans le traitement des troubles alimentaires.
Outils d’évaluation : IES-R (Impact of Event Scale-Revised), BES (Binge Eating Scale), DASS-21 (Depression Anxiety and Stress Scale), sous-échelle Emotional Eating de la DEBQ (Dutch Eating Behavior Questionnaire), DERS (Difficulties in Emotion Regulation Scale), administrés en pré- et post-intervention.
Résultat principal — pas de supériorité d’une approche sur l’autre : aucun effet d’interaction statistiquement significatif n’a été trouvé pour aucune des variables de résultat. Aucun effet inter-sujets statistiquement significatif n’a été observé, indiquant que les deux groupes ne différaient pas globalement.
Améliorations intra-sujets significatives sur l’ensemble de l’échantillon : dépression (d = 1,18), stress (d = 1,19), anxiété (d = 0,55), alimentation émotionnelle (d = 0,74), binge eating (d = 0,76), DERS Clarté (d = 0,52), DERS Stratégies (d = 0,50), DERS score total (d = 0,53), IES-R Intrusion (d = 0,69), IES-R Hyperéveil (d = 0,69), IES-R score total (d = 0,71). Les auteurs qualifient ces tailles d’effet de « very small » dans la section Résultats et de « small » dans l’abstract et la discussion.
Changements cliniquement significatifs limités au niveau individuel : bien que les changements pré-post soient statistiquement significatifs pour la plupart des participantes dans les deux conditions, seule une minorité a atteint un changement cliniquement significatif (défini par un score au-dessus du seuil clinique en pré-évaluation et en dessous en post-évaluation). Pour la BES, aucune différence claire n’est apparue entre les patients montrant ou non un changement cliniquement significatif.
Hypothèses explicatives proposées par les auteurs pour l’absence de différence inter-groupes :
- Puissance statistique limitée par la petite taille d’échantillon (l’analyse de puissance avait identifié 100 participants comme cible, non atteinte en raison du nombre limité de patients éligibles, du calendrier prédéfini et du financement disponible).
- Effet du cadre hospitalier : le programme multidisciplinaire intensif a pu masquer les différences potentielles entre EMDR et TCC.
- Brièveté des interventions : 4 semaines, alors que les protocoles standards d’EMDR et de TCC-E nécessitent généralement bien plus de séances (20 ou plus pour l’EMDR standard, 20 à 40 pour la TCC-E).
- Chevauchement des cibles thérapeutiques : EMDR et TCC traitent toutes deux les cognitions inadaptées, les difficultés de régulation émotionnelle et le stress, par des mécanismes différents. La TCC pourrait avoir indirectement réduit la détresse liée au trauma en modifiant les croyances dysfonctionnelles et les stratégies de coping.
Limites majeures identifiées par les auteurs :
- Absence de groupe contrôle (par exemple sans traitement), ce qui empêche de distinguer les effets spécifiques de l’EMDR et de la TCC de ceux attribuables au programme hospitalier global. Aucune inférence causale concernant l’efficacité des deux interventions ne peut être tirée.
- Durée très brève des deux traitements.
- Échantillon exclusivement féminin, ce qui restreint la généralisabilité aux hommes souffrant de BED, d’obésité et d’antécédents traumatiques.
À retenir pour la pratique clinique
Pas de supériorité démontrée de l’EMDR sur la TCC dans cet essai : sur cet échantillon de 31 patientes hospitalisées, l’EMDR ne s’est pas révélé statistiquement supérieur à la TCC, ni l’inverse. Les auteurs concluent que « EMDR et TCC peuvent produire des bénéfices similaires » dans la réduction de la détresse psychologique, de la psychopathologie alimentaire, des difficultés de régulation émotionnelle et des symptômes liés au trauma chez les patientes hospitalisées avec BED, obésité comorbide et histoire d’événements traumatiques. Toute communication clinique sur ce résultat doit refléter cette absence de différence.
Améliorations observées sur le plan global, mais avec des tailles d’effet petites et des changements cliniques limités : bien que de nombreuses variables aient présenté des améliorations statistiquement significatives, seule une minorité de patientes a atteint un seuil de changement cliniquement significatif. Les auteurs soulignent que ce résultat met en lumière la nature chronique et complexe du BED avec obésité comorbide et antécédents traumatiques, et suggère que des interventions plus intensives ou plus longues peuvent être nécessaires pour obtenir des améliorations cliniquement pertinentes.
Penser le contexte multidisciplinaire : le programme résidentiel intégré (médical, nutritionnel, activité physique) suivi en parallèle par toutes les participantes constitue probablement un facteur d’amélioration majeur. Cela rappelle l’intérêt d’inscrire l’intervention psychothérapeutique du BED avec obésité dans un cadre multidisciplinaire.
La question de la durée : 4 semaines apparaissent insuffisantes pour permettre le déploiement complet des mécanismes thérapeutiques propres à chaque approche, particulièrement pour l’EMDR qui requiert typiquement plusieurs séances pour traiter complètement les souvenirs traumatiques. Les auteurs précisent que l’EMDR standard se déroule habituellement sur 20 séances ou plus, et la TCC-E sur 20 à 40 séances.
Population concernée : ces résultats portent uniquement sur des patientes (femmes) hospitalisées italiennes avec obésité, BED et antécédents traumatiques. La généralisation aux hommes, aux patients ambulatoires et à d’autres contextes cliniques est limitée.
Faisabilité de l’EMDR en milieu hospitalier de réhabilitation : l’étude soutient la faisabilité d’une intervention EMDR de 4 semaines auprès de cette population hospitalisée et confirme l’intérêt de poursuivre la recherche dans ce champ encore peu documenté.
Recommandations pour la recherche future (issues des auteurs) : échantillons plus larges et plus hétérogènes, inclusion de participants masculins, protocoles de traitement plus longs et plus standardisés, évaluations de suivi pour évaluer les résultats dans le temps, et inclusion de groupes contrôles ou de comparaison de patients hospitalisés ne recevant pas les traitements expérimentaux, afin de mieux isoler la contribution spécifique de l’EMDR par rapport à la TCC.
Éléments de contexte
Étude soutenue par EMDR Europe : le projet a bénéficié de la subvention « 2020-02 BEmDr study » d’EMDR Europe, et les frais de publication ont été pris en charge par la Ricerca Corrente du Ministère italien de la Santé.
Conformité éthique : protocole approuvé par le Comité d’éthique de l’IRCCS Istituto Auxologico Italiano (numéro 2016_10_25_07), conduit conformément au code éthique de l’Association italienne de psychologie et à la Déclaration d’Helsinki.
Pré-enregistrement : essai enregistré dans le registre public Open Science Framework (OSF) 6 mois après le début de l’inclusion (DOI : 10.17605/OSF.IO/KH65V).
Données disponibles : données brutes anonymisées disponibles (DOI : 10.5281/zenodo.17233597).
Conflits d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
En savoir plus
Références de l’article : Guerrini Usubini, A., Manzoni, G. M., Pietrabissa, G., Nicolazzi, C., Caretti, A., Merlini, C., Villa, V., Sartorio, A., & Castelnuovo, G. (2026). Eye movement desensitization and reprocessing versus cognitive behavioral therapy in the treatment of inpatients with obesity, binge eating disorder, and traumatic experiences: a randomized controlled trial. Research in Psychotherapy: Psychopathology, Process and Outcome, 29(1), 886.
Aller plus loin
Formation(s) : Le traitement des troubles alimentaires en EMDR
Dossier(s) : EMDR et TCA



