Reprendre le métier après le choc : Laura Lafferty et Dean McAuley témoignent de l'EMDR dans l'après-coup d'un traumatisme professionnel

Reprendre le métier après le choc : Laura Lafferty et Dean McAuley témoignent de l’EMDR dans l’après-coup d’un traumatisme professionnel

Mis à jour le 23 septembre 2026

Deux témoignages illustrent sous deux angles très différents l’usage de l’EMDR dans le traitement d’un traumatisme lié à l’activité professionnelle. Le premier est celui de Laura Lafferty, jockey australienne de 27 ans, victime d’une chute dramatique en course à Ballarat le 3 octobre 2024, recueilli par Racing.com le 18 février 2026. Le second est celui de Dean McAuley, pompier de l’État de Washington, survivant de la tuerie du « One October » (Las Vegas, 1er octobre 2017, 60 morts, plus de 400 blessés par arme à feu), rapporté par News3 Las Vegas (KSNV) le 28 février 2026.

Ces deux récits mettent en évidence la place de l’EMDR dans des contextes où le trauma concerne directement l’exercice d’un métier exigeant physiquement et psychiquement — et où la question du retour à l’activité est centrale. Le témoignage de Dean McAuley introduit par ailleurs la particularité de l’EMDR assistée par les chevaux (equine-assisted EMDR), modalité encore peu diffusée en France.

En bref

Laura Lafferty décrit un tableau post-traumatique circonstancié et clinique (pensées intrusives, cauchemars, phobie sociale, évitement, hypervigilance) qui l’empêchait même de conduire un cheval en main, de traverser la rue ou de commander un café. Dean McAuley, pompier engagé dans les secours lors de la tuerie du One October en 2017, a intégré pendant plusieurs années les séquelles d’un trauma massif avant d’entamer un travail d’EMDR assistée par les chevaux dans une arène équestre de Las Vegas (The Stable Arena). Tous deux rapportent un retour progressif à la vie et au métier. Lafferty dit explicitement : « Je n’avais aucune intention de revenir — cela a changé quand j’ai fait l’EMDR. » Ces deux récits sont des témoignages subjectifs, relayés par la presse, non des données scientifiques d’efficacité, mais ils offrent un matériel clinique riche pour penser l’accompagnement des personnes traumatisées dans le cadre de leur activité professionnelle.v

Laura Lafferty, 27 ans, jockey (Australie) 

Le contexte

Le 3 octobre 2024, Laura Lafferty chute de sa monture The Praised One lors d’une course de 1400 mètres pour novices à Ballarat, en Australie. L’accident est grave : elle est héliportée à l’hôpital The Alfred et admise en soins intensifs. Ses blessures : deux poumons affaissés, des côtes cassées, un pied cassé, un traumatisme crânien et des lésions internes sévères.

Le tableau post-traumatique

Dans les mois qui suivent, Laura Lafferty développe un état de stress post-traumatique (ESPT) qu’elle décrit avec des mots très précis : « La peur a été le plus dur. Ça a été traumatique. On m’a diagnostiqué un ESPT, et ça m’a vraiment secouée. Je ne pouvais même pas tenir un cheval en main sans que ces pensées intérieures reviennent. C’était vraiment intrusif. »

Elle décrit ensuite l’envahissement de tous les espaces de vie : « Je ne pouvais même pas traverser la rue sans penser que j’allais me faire écraser par une voiture. Le trauma s’installait dans d’autres zones de ma vie. Se réintégrer dans la société était trop difficile ; j’avais trop peur d’aller au café pour commander un café ; je pensais qu’il allait arriver quelque chose de terrible. »

Puis l’envahissement nocturne : « Les pensées intrusives étaient incessantes. On finit par aller se coucher, mais il n’y a aucun répit ; c’est là que les cauchemars arrivaient. Si je ne rêvais pas de la chute elle-même, je me voyais dans un avion qui s’écrasait. Il y avait d’autres variantes de mon accident. »

Le travail EMDR

Laura Lafferty raconte avoir fait « beaucoup d’EMDR ». Elle formule une observation cliniquement précieuse sur l’information donnée par sa thérapeute quant aux rêves : « L’EMDR est difficile parce que c’est une thérapie assez intensive. On m’a dit que c’était normal d’avoir ces rêves, que cela voulait dire que le traitement fonctionnait. C’est vraiment intense, mais ça a vraiment fonctionné. »

Le retour au métier

Le point de bascule qu’elle nomme est sans ambiguïté : « Je n’avais aucune intention de revenir [à la course]. Cela a changé quand j’ai fait l’EMDR. Je ne suis pas sûre que je serais de retour à l’entraînement du matin si ce n’était pour ça. »

Elle précise que lorsqu’elle est revenue à son premier entraînement matinal, elle avait « fait énormément de travail préparatoire » — formule qui renvoie implicitement à la phase 2 de l’EMDR et à une consolidation des ressources avant la reprise.

Un changement de positionnement de vie

Laura Lafferty ne cherche pas à nier l’accident, mais décrit un déplacement de ses priorités : « J’étais une personne très motivée, et je le suis toujours, mais je pensais avant : « il faut que je gagne, il faut que je gagne tant d’argent, il me faut une meilleure voiture ». […] Tout cet épisode m’a beaucoup ramenée sur terre. Je ne suis pas déçue de l’issue, il y a plein de gens bien plus mal lotis. »

Elle ne fixe pas de date pour son retour en course et complète sa formation (première année d’infirmerie puis Applied Health Assistance au RMIT), ce qui l’aide pendant la période de convalescence. Elle envisage une future collaboration avec son frère Harry Lafferty, également impliqué dans le milieu hippique — leur père Peter Lafferty étant entraîneur.

Dean McAuley, pompier de l’État de Washington, survivant du « One October » de Las Vegas (2017) 

Le contexte

Le 1er octobre 2017, lors du Route 91 Harvest Festival à Las Vegas, un tireur ouvre le feu depuis le 32e étage du Mandalay Bay sur la foule de festivaliers. Le bilan officiel : 60 morts et plus de 400 blessés par arme à feu (bilan total des blessés tous types confondus, environ 870). L’événement est à ce jour la fusillade de masse la plus meurtrière commise par un seul tireur aux États-Unis.

Dean McAuley, pompier dans l’État de Washington, était présent lors de la tuerie. Selon le reportage de News3 Las Vegas : « McAuley est passé à l’action pour sauver des vies la nuit du 1er octobre 2017, mais il a été ouvert sur le trauma durable qu’il a subi et sur les difficultés qu’il a rencontrées dans les années qui ont suivi. »

Le dispositif thérapeutique

Le samedi 28 février 2026, Dean McAuley est revenu à The Stable Arena (arène équestre de Las Vegas) pour y partager publiquement son parcours. Il a utilisé l’EMDR assistée par les chevaux (equine-assisted EMDR), une modalité qui combine :

  • Le protocole EMDR standard,
  • Le travail relationnel avec un ou plusieurs chevaux,
  • Un environnement non clinique (arène équestre).

Le reportage résume : « Il crédite le travail avec les chevaux à The Stable Arena pour l’avoir aidé à guérir. »

Le reportage de News3 reste bref — c’est un reportage vidéo local axé sur un événement ponctuel (son intervention publique) — et ne donne pas de citation directe étendue de Dean McAuley. Les informations factuelles vérifiables sont : son métier (pompier de l’État de Washington), le cadre de sa thérapie (EMDR assistée par les chevaux au The Stable Arena), le contexte traumatique (One October 2017), le fait qu’il s’est exprimé publiquement lors d’un événement à The Stable Arena le 28 février 2026.

Ce que ces deux témoignages ont en commun 

1. Un trauma lié à l’exercice du métier, qui met en cause la poursuite de l’activité

Chez Lafferty, c’est le fait même de pratiquer son sport qui est associé à la chute. Chez McAuley, c’est son engagement de premier secours qui l’a exposé à un niveau extrême de violence. Dans les deux cas, la question du retour à l’activité est indissociable du traitement du trauma.

2. Une généralisation du trauma à d’autres sphères de la vie

Lafferty le décrit explicitement : « Le trauma s’installait dans d’autres zones de ma vie. » Traverser la rue, aller au café, dormir : tous les espaces de vie étaient colonisés par l’évitement et l’anxiété. Cette caractéristique clinique — la généralisation des déclencheurs — est un enjeu central du retraitement EMDR, où l’on vise à ramener les déclencheurs actuels à la cible originelle.

3. Une intégration de la dimension somatique

Lafferty décrit un corps massivement blessé (poumons affaissés, côtes, pied, commotion), qui ajoute une couche au trauma psychique : le corps lui-même est devenu vulnérable. McAuley, pompier habitué à la performance physique, travaille son trauma dans un dispositif qui implique explicitement le corps et la relation sensorielle au cheval. Dans les deux cas, la dimension somatique du trauma n’est pas un détail mais un axe de travail.

4. Une information clinique correcte donnée par les soignants

Lafferty rapporte qu’on lui a expliqué que ses cauchemars étaient un signe que le traitement fonctionnait — une information pédagogique juste, qui prévient l’abandon prématuré de la thérapie en cas de réactivation nocturne temporaire. McAuley bénéficie, à travers le dispositif équin, d’un cadre qui intègre la présence de l’animal comme co-régulateur.

5. Un retour à l’activité attribué explicitement à l’EMDR

Les deux témoins, sans le formaliser de la même manière, font de l’EMDR le tournant décisif de leur capacité à reprendre leur vie professionnelle.

Zoom clinique : l’EMDR assistée par les chevaux 

Le cas de Dean McAuley mérite un développement spécifique, car l’EMDR assistée par les chevaux (equine-assisted EMDR) est une modalité encore peu répandue, et peu connue en France.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’une intégration du protocole EMDR standard dans un cadre qui mobilise la présence et l’interaction avec un ou plusieurs chevaux. Cette approche s’inscrit dans le champ plus large des thérapies assistées par les équidés (equine-assisted therapy, equine-facilitated psychotherapy) développées aux États-Unis et dans plusieurs pays européens depuis les années 1990-2000. Le rationnel clinique classiquement avancé par les tenants de cette approche :

  • Le cheval, par sa sensibilité aux états internes et son importance corporelle, peut servir de miroir de la régulation émotionnelle du patient.
  • L’environnement non clinique (arène, écurie) peut faciliter l’engagement des patients qui ont un rapport difficile avec le cadre traditionnel du cabinet.
  • Le travail en extérieur, avec l’animal, peut soutenir la double attention en proposant des ancres sensorielles immédiates (présence du cheval, bruits, odeurs, souffle).

Précautions importantes à signaler

  • À la date de rédaction de cet article (avril 2026), la base empirique de l’EMDR assistée par les chevaux spécifiquement reste limitée. La littérature sur la thérapie assistée par les chevaux en général est plus développée, mais l’articulation formelle avec le protocole EMDR standard fait l’objet d’une recherche encore émergente.
  • La pratique nécessite une double compétence (EMDR certifiée + formation à la thérapie assistée par les équidés) et un cadre matériel sécurisé (arène, professionnels équestres, prise en charge de la sécurité animale et humaine).
  • Cette modalité n’est pas recommandée par toutes les associations professionnelles EMDR dans le monde, et l’usage doit être fait avec discernement.

À retenir pour la pratique 

Penser le trauma professionnel comme catégorie à part entière. Lafferty et McAuley illustrent que le trauma peut naître dans et par l’exercice du métier. Ce point est important pour les psychologues cliniciens, du travail et psychiatres : un patient en arrêt longue durée, en inaptitude temporaire, ou en difficulté de reprise professionnelle peut avoir besoin d’un travail trauma-spécifique que les seuls dispositifs de médecine du travail ne prennent pas toujours en charge.

Anticiper la généralisation des déclencheurs. L’incapacité de Lafferty à traverser la rue ou à commander un café illustre parfaitement ce que la clinique EMDR nomme les déclencheurs généralisés. Pour les cliniciens, interroger systématiquement la généralisation des évitements au-delà du domaine professionnel fait partie de la phase 1 d’histoire clinique et permet de ne pas sous-estimer l’amplitude du trouble.

Informer les patients sur la normalité des cauchemars en cours de traitement. L’information que Lafferty reçoit — « les cauchemars veulent dire que le traitement fonctionne » — est à utiliser avec discernement. Elle peut être rassurante pour certains patients, mais tous ne vivent pas la même intensification nocturne, et l’absence de cauchemar n’est pas un signe d’échec. Une formulation plus prudente peut être : « Il est fréquent que le matériel traumatique se réorganise aussi pendant le sommeil ; cela peut se traduire par une activation ou une modification des rêves dans les premiers temps du traitement. »

Le retour à l’activité comme marqueur thérapeutique. Le fait que Lafferty puisse revenir à l’entraînement matinal est un indicateur d’agentivité plus parlant que la seule décroissance des SUD. Pour les cliniciens, poser régulièrement la question « qu’est-ce que vous avez recommencé à faire que vous aviez arrêté ? » est à la fois thérapeutique et évaluatif.

Soutenir les projets de transition professionnelle comme ressources. Lafferty a poursuivi ses études (Applied Health Assistance) pendant sa convalescence. Cette dimension de projection dans un autre horizon semble avoir été structurante. Pour les cliniciens accompagnant des patients à l’arrêt long, identifier et soutenir des projets concrets de formation ou de reconversion peut renforcer la sécurité psychique et la cohérence narrative.

L’importance du travail en phase 2 pour la reprise. La phrase de Lafferty — « j’avais fait énormément de travail préparatoire » — souligne implicitement que la reprise du métier n’est pas un simple retour : elle demande une reconstruction des ressources (stabilisation, ancrage, psychoéducation) avant d’être exposé à nouveau aux stimuli associés à l’événement. Pour une directrice d’institut de formation, ce point est à transmettre : la phase 2 n’est pas une étape expéditive mais un socle clinique.

Introduire l’EMDR assistée par les chevaux avec rigueur. Le cas de Dean McAuley offre une opportunité pédagogique pour parler de cette modalité en conservant un discernement scientifique : intéressante, en développement, à ne pas confondre avec le protocole standard, nécessitant une double compétence. Pour les cliniciens qui souhaiteraient s’y former, il est important de se diriger vers des dispositifs encadrés et d’appuyer la pratique sur une base théorique claire.

Les « premiers répondants » comme population spécifique. Pompiers, policiers, militaires, soignants : l’exposition répétée à des événements critiques dans l’exercice du métier est un facteur de risque spécifique de trouble post-traumatique. Le cas de Dean McAuley rappelle que ces professionnels ont souvent du mal à demander de l’aide (culture d’endurance, identité de « secouriste »). Un accompagnement EMDR adapté à cette population demande une connaissance de la culture professionnelle, comme le rappelaient déjà plusieurs contributions antérieures (formation des consultants en contexte trauma spécifique).

Reconnaître la part de réparation narrative. Lafferty et McAuley partagent le fait de prendre la parole publiquement — Lafferty à travers une interview, McAuley à travers un événement public. Cette parole publique n’est pas le but du traitement, mais elle signale souvent un point de consolidation où le trauma n’est plus occupé à structurer la vie, et peut devenir un objet transmissible — parfois source de déstigmatisation pour d’autres personnes dans le même métier.

Prudence épistémologique. Ces deux témoignages sont des récits subjectifs relayés par la presse (spécialisée pour Lafferty, généraliste locale pour McAuley). Ils ne constituent pas une démonstration d’efficacité. Le reportage sur McAuley est court et ne contient pas de citation directe étendue, ce qui limite la finesse de l’analyse clinique possible. L’article sur Lafferty est plus substantiel et permet une lecture clinique plus riche. Les deux convergent néanmoins sur un point : le retour à l’activité professionnelle a été rendu possible par un travail EMDR.

Sources

Laura Lafferty :

Dean McAuley :

Aller plus loin 

Formation(s) : Formation initiale en EMDR

Dossier(s) : Témoignages de patients en EMDR 

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