
Briser le silence : Valerie Bertinelli, Katie Bird et Jess Michaels parlent publiquement de leur parcours EMDR après un abus sexuel
Mis à jour le 2 juillet 2026
Au cours des premiers mois de 2026, trois femmes très différentes — une actrice américaine très médiatique (Valerie Bertinelli), une jeune médecin australienne (Katie Bird) et une survivante des crimes de Jeffrey Epstein devenue militante (Jess Michaels) — ont rendu publics leur parcours de guérison après un abus sexuel et le rôle qu’y a joué la thérapie EMDR. Ces trois témoignages, parus entre janvier et mars 2026, convergent sur un point central : l’EMDR leur a permis de parler enfin, sans en être débordées, de ce qu’elles avaient tu pendant des années ou des décennies. Ils se distinguent en revanche par des contextes très différents — un livre de développement personnel, une enquête journalistique sur une injustice judiciaire, un engagement public de survivante — qui en font un trépied intéressant pour réfléchir au rôle social et clinique de l’EMDR quand une femme choisit de parler publiquement.
En bref
Ces trois témoignages sont des récits personnels subjectifs, relayés par la presse, qui constituent :
- Un document utile sur la manière dont les patientes vivent et racontent leur EMDR.
- Une illustration du lien entre thérapie du trauma et prise de parole publique.
- Et, dans le cas de Katie Bird, une occasion d’aborder une question clinique et judiciaire majeure qui remonte régulièrement en consultation : l’EMDR altère-t-elle les souvenirs ? Induit-elle de faux souvenirs ?
Cette dernière question fait l’objet d’une section dédiée appuyée sur les déclarations de deux experts cités dans l’article d’ABC News Australia.
Valerie Bertinelli, 65 ans, États-Unis
Le contexte
Actrice américaine (One Day at a Time, Hot in Cleveland), ancienne épouse du guitariste Eddie Van Halen, Valerie Bertinelli a publié le 10 mars 2026 un livre de développement personnel intitulé Getting Naked: The Quiet Work of Becoming Perfectly Imperfect (HarperCollins). C’est dans ce livre — et dans l’interview accordée à USA Today le 9 mars 2026 — qu’elle a révélé publiquement pour la première fois avoir été victime d’abus sexuel à l’âge de 11 ans. Elle ne donne aucun détail sur l’identité de l’agresseur ni sur les circonstances précises : « Ce n’est pas important de savoir qui, quand ou comment tout cela s’est passé », écrit-elle, ne voulant pas « donner de l’espace à l’exclamation de tout cela ».
Le parcours thérapeutique
Bertinelli explique dans USA Today qu’elle n’avait pas prévu d’évoquer cet épisode dans son livre. Elle avait voulu écrire un ouvrage sur l’amour de soi — mais s’est rendu compte qu’elle ne pouvait pas enseigner aux autres à s’aimer si elle ne le faisait pas elle-même. Elle décrit : « Quelque chose s’était passé où j’avais fait confiance à quelqu’un avec ma vulnérabilité et ma honte, et cette personne s’était retournée contre moi avec colère et l’avait utilisée comme une arme pour me blesser. À ce moment-là, ça a été une sorte de déclic : oh, donc c’est une arme que j’utilise contre moi-même et que je laisse à disposition des autres pour qu’ils en usent. Je vais donc retirer cette arme — pour moi, et pour les autres qui voudraient me faire du mal. »
C’est sur les conseils de la fille thérapeute d’une amie qu’elle a découvert l’EMDR. Sa formulation, reprise par plusieurs médias, est sans équivoque : « Cela a changé ma vie. »
Elle ajoute, dans une des formulations les plus cliniquement parlantes de son interview : « Cela m’a amenée à un endroit où je pouvais traverser des mémoires et des traumatismes difficiles et en parler sans me transformer en boule d’anxiété. Le trauma n’est pas moi. C’est juste quelque chose qui est arrivé. Mais le chemin de guérison que j’ai fait pour le traverser, ça, c’est moi. »
Elle précise avoir mis environ dix ans avant de pouvoir en parler, d’abord à sa thérapeute, avec un parcours non linéaire : « Ça a empiré avant de s’améliorer », explique-t-elle à People, reconnaissant qu’elle avait « mangé un peu plus, bu un peu plus » pendant cette période.
Enfin, elle offre une phrase qui pourrait servir d’illustration presque scolaire d’une cognition positive consolidée : « J’ai été agressée sexuellement. Cela ne me possède plus. »
Katie Bird, Australie
Le contexte
Katie Bird (Dr. Bird) est une jeune médecin (junior doctor) en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Elle a accepté de témoigner publiquement dans un reportage d’enquête de l’ABC News Australia, diffusé le 8 mars 2026 et signé par la journaliste Emily Baker, sous le titre « EMDR mental health therapy helped Katie heal, but her court case was discontinued » (« La thérapie EMDR a aidé Katie à guérir, mais son procès a été abandonné »).
Le parcours thérapeutique
Katie Bird rapporte qu’il lui a fallu des années pour pleinement comprendre ce qui s’était passé à l’adolescence (un abus sexuel allégué à l’adolescence), mais « quelques semaines à quelques mois » seulement pour que la thérapie l’aide à traiter son trauma. Elle était venue consulter pour des intrusions et des flashbacks. Sa psychologue lui a proposé l’EMDR. Elle témoigne : « Cela a vraiment changé ma vie. Cela a déverrouillé ma capacité à penser à ces choses, à en parler. »
Cette capacité retrouvée à parler l’a conduite à un pas décisif : déclarer les faits à la police en 2021.
Le retournement judiciaire
C’est ici que son témoignage prend une dimension qui intéresse directement les cliniciens. En 2023, le Commonwealth Director of Public Prosecutions (CDPP) australien lui annonce que son dossier ne sera pas poursuivi, avec la justification suivante (reproduite dans l’article ABC) : « … la circonstance selon laquelle un témoin-clé de l’accusation a suivi une thérapie EMDR peut avoir un effet significatif sur l’admissibilité du témoignage de ce témoin. »
Katie Bird, dévastée, commente : « L’EMDR m’a permis de parler à la police — et voilà qu’elle m’enlève mes voies de justice légale. J’ai trouvé ça injuste. »
Et elle répond précisément à l’argument de la justice : « Le message que j’ai reçu, c’est qu’ils ne me croyaient pas, ou qu’ils ne me faisaient pas confiance, parce que leur argument était que mon témoignage — ce que je pouvais expliquer de ce qui m’était arrivé — avait été altéré. Tout ce que l’EMDR me permettait de faire, c’était de me rappeler les souvenirs sans les émotions débordantes qui m’avaient conduite à chercher une aide psychologique au départ. Je n’ai jamais eu à changer le souvenir durant le processus. »
Le cas n’est pas isolé. Anthony Hurst, président du conseil d’administration de l’EMDR Association of Australia, déclare à l’ABC :« Si vous parlez aux thérapeutes du trauma, et aux thérapeutes EMDR en particulier à travers le pays, nous sommes tous bien conscients de ce problème. »
Il ajoute que cela a des conséquences directes sur le consentement éclairé : « Dans le cadre de notre recueil du consentement, quand un patient vient nous voir avec quelque chose qu’il pourrait vouloir porter en justice dans le futur, nous lui expliquons qu’en obtenant un traitement, cela peut affecter sa capacité à obtenir justice. »
Jess Michaels, États-Unis
Le contexte
Jess Michaels, ancienne danseuse et mannequin new-yorkaise, est une survivante des crimes de Jeffrey Epstein. Elle indique avoir été violée par Epstein en 1991, à l’âge de 22 ans. Elle a également rapporté avoir été victime d’abus sexuels dans l’enfance. Elle est aujourd’hui conférencière et militante pour la prévention des violences sexuelles, fondatrice de la public benefit corporation 3 Joannes.
Son témoignage public évoquant l’EMDR figure notamment dans un reportage de WEAU 13News (Wisconsin, 14 mars 2026) couvrant son intervention au Voice of Freedom Forum organisé par Fierce Freedom et Valleybrook Church à Eau Claire.
Le parcours thérapeutique.
Jess Michaels décrit un parcours de guérison de huit ans, entamé au moment où les allégations contre Epstein sont devenues publiques : « Je suis sur un parcours de guérison de huit ans depuis, avec de la thérapie et toutes sortes de modalités. EMDR, brain spotting, musicothérapie, art-thérapie, travail respiratoire. Je viens même de terminer une série de quatre mois entière sur le neurofeedback. C’est un chemin. Je sais que ce sera un chemin de toute une vie, mais nous pouvons guérir et nous pouvons nous épanouir — et ce sera dans cette guérison que nous serons en mesure de faire la différence et de faire changer les choses sur ce sujet. »
Son message — repris dans plusieurs médias américains — est que la guérison est possible, longue, multidimensionnelle, et qu’elle est la condition d’un engagement social durable.
Ce que ces trois témoignages ont en commun
1. Un long délai avant la parole.
Bertinelli a mis plus de dix ans avant d’en parler d’abord à une thérapeute. Bird a eu besoin « d’années » pour pleinement comprendre ce qui s’était passé. Michaels a attendu presque trente ans avant de rendre son histoire publique. Ce délai rappelle ce qui est largement documenté dans la littérature sur les traumas sexuels : la honte, l’incrédulité, les cadres sociaux et juridiques de l’époque rendent la parole extrêmement difficile.
2. L’EMDR présentée comme ce qui a « déverrouillé » la parole.
Bird parle explicitement de unlock (déverrouillage). Bertinelli explique qu’elle peut désormais « en parler à voix haute ». Michaels intègre l’EMDR dans une boîte à outils plus large mais significative.
3. Un bénéfice décrit en termes de désactivation émotionnelle, non d’effacement.
Aucune des trois ne dit que l’EMDR a fait disparaître les souvenirs ou leurs émotions. Ce qu’elles décrivent est un changement de rapport au souvenir : « le trauma n’est pas moi » (Bertinelli), « rappeler les souvenirs sans les émotions débordantes » (Bird). Cette description correspond très précisément à ce que prédit le modèle TAI (intégration adaptative de la mémoire, pas effacement).
4. Une prise de parole publique comme aboutissement.
Chacune passe de la parole privée à la parole publique, avec des formes très différentes (livre, reportage d’enquête, conférences). Cette trajectoire vers la parole collective est une observation clinique intéressante, cohérente avec ce que certains auteurs décrivent comme la possibilité, après retraitement, d’une intégration narrative et d’un engagement social nouveau.
Zoom clinique : la question des faux souvenirs
Le cas de Katie Bird est particulièrement précieux parce qu’il ouvre une question que nos patients nous posent régulièrement en consultation, surtout lorsqu’une procédure judiciaire est envisagée : l’EMDR modifie-t-elle la mémoire ? Induit-elle de faux souvenirs ?
L’article d’ABC News donne la parole à deux experts australiens de référence :
Pr. Richard Bryant — professeur de psychologie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW), directeur de la Traumatic Stress Clinic (hôpitaux Randwick et Westmead). Il explique que le fait de singulariser les témoignages sous EMDR repose sur une croyance dépassée selon laquelle l’EMDR « sentait un peu l’hypnose », avec la vision désormais discréditée qu’elle pourrait implanter ou altérer des souvenirs. Il précise : « Si l’on regarde les données, l’EMDR n’amène pas plus à des faux souvenirs qu’aucune autre intervention. »
Et plus loin : « En substance, les données scientifiques ne soutiennent pas l’idée selon laquelle nous ne devrions pas accepter en preuve les souvenirs ayant fait l’objet d’un EMDR. »
Il estime que les directives des procureurs « devraient être mises à jour pour refléter les données actuelles ».
Dr. Sarah Dominguez — psychologue à Sydney, formatrice EMDR accréditée. Elle rappelle comment la thérapie agit : « Nous pensons que ce qui se passe, c’est que chacun a un comportement adaptatif, que chacun a une capacité de guérison, même face à la détresse — mais parfois cette capacité est bloquée ou coincée. Quand on demande aux personnes de penser au souvenir, on le met en mémoire de travail, quand on les amène à y penser tel qu’il est maintenant. Puis, en focalisant sur autre chose, cela aide le cerveau à le traiter d’une manière qu’il n’avait pas pu à l’époque. »
Ces deux voix australiennes rejoignent la position de l’EMDR Association of Australia (Anthony Hurst) et convergent sur un message professionnel clair : il n’existe pas de preuve scientifique soutenant l’idée que l’EMDR induirait plus de faux souvenirs que d’autres interventions thérapeutiques, et les directives judiciaires qui singularisent l’EMDR reposent sur une représentation historiquement datée.
À retenir pour la pratique
La parole publique comme aboutissement possible, pas comme critère d’efficacité. Les trois femmes décrivent un parcours où parler devient possible après l’EMDR. Ce n’est ni une obligation thérapeutique, ni un critère de succès : certaines patientes guérissent très bien sans jamais parler publiquement. Mais c’est un repère intéressant pour les cliniciens : l’accès à la parole — privée puis, parfois, publique — est souvent un marqueur de désactivation émotionnelle du souvenir.
Désactiver, pas effacer : une pédagogie à tenir avec les patientes. Les trois formulations (« le trauma n’est pas moi », « se rappeler sans les émotions débordantes ») décrivent très exactement ce que produit l’EMDR selon le modèle TAI. Il est utile de préparer les patientes à cela en phase 2 : elles ne vont pas oublier ce qui leur est arrivé, elles vont changer de rapport au souvenir. Cette pédagogie prévient des attentes irréalistes.
La durée variable entre l’événement et la parole. Dix ans pour Bertinelli, des années pour Bird, près de trente ans pour Michaels : ce rappel factuel est utile pour ne pas considérer la lenteur à parler comme un signe de résistance ou de minimisation. C’est la norme, pas l’exception, pour les traumas sexuels.
La question judiciaire doit être anticipée dans le consentement éclairé. Le cas de Katie Bird est une illustration directe de ce qu’évoque Anthony Hurst (EMDR Association of Australia) : lorsqu’une patiente envisage de porter plainte à l’avenir, il peut être nécessaire de l’informer que certains contextes juridiques considèrent – à tort – que l’EMDR altère les souvenirs admissibles en justice. Ce point varie selon les pays et les juridictions ; en France, il n’existe pas à notre connaissance de règle comparable à celle du CDPP australien, mais les cliniciens qui accompagnent des patientes dans des procédures pénales gagnent à se renseigner sur les pratiques des juridictions concernées et à aborder la question explicitement en phase 1.
Disposer d’une réponse claire quand un patient demande : « et si on m’accuse de faux souvenirs ? » Les déclarations de Richard Bryant et Sarah Dominguez offrent un argumentaire scientifique clair, reproductible auprès des patients : l’EMDR ne génère pas davantage de faux souvenirs que les autres psychothérapies. Cet argumentaire s’appuie sur l’état actuel des données scientifiques et sur la position de l’EMDR Association of Australia. Pour des cliniciens français, il peut être utile de le connaître pour rassurer les patients ou pour répondre à des interrogations en contexte institutionnel.
Ne pas confondre thérapie et archive judiciaire. Le travail thérapeutique n’est pas la production d’un témoignage stable destiné à un tribunal. Il vise la réduction de la souffrance, pas la fixation d’un récit certifié. Les cliniciens peuvent aider les patientes à distinguer clairement ces deux registres, ce qui protège à la fois la qualité du travail thérapeutique et la lisibilité du témoignage éventuel.
Mille modalités possibles, une modalité dominante. Le parcours de Jess Michaels rappelle que de nombreuses patientes combinent EMDR avec d’autres approches (brain spotting, art-thérapie, musicothérapie, neurofeedback, travail respiratoire). Cette pluralité n’est ni une dilution ni un manque de rigueur ; elle reflète la complexité des traumas cumulés et la singularité des chemins de guérison. Les cliniciens peuvent accueillir cette pluralité sans la disqualifier.
Trois contextes culturels, une même thérapie. Une actrice américaine, une jeune médecin australienne, une militante née dans une génération précédente : ces trois femmes n’ont ni la même génération, ni le même pays, ni le même milieu. Ce constat soutient un message utile : l’EMDR est mobilisable dans des contextes culturels et générationnels très divers, à condition que l’approche reste culturellement responsable.
La vigilance éthique face aux traumas très médiatisés. Le cas Epstein (Jess Michaels) illustre une réalité clinique : certaines patientes portent des traumas qui sont simultanément traités en thérapie et exposés en permanence dans l’actualité. Les cliniciens qui accompagnent des patientes dans ce type de contexte (affaires judiciaires retentissantes, procès médiatisés, identité de victime rendue publique) doivent porter une attention particulière à la réactivation constante par les médias, et ajuster le rythme thérapeutique en conséquence.
Sources
Valerie Bertinelli :
- Ruggieri, M. (2026, 9 mars). Valerie Bertinelli reveals public response to sexual trauma revelation – « My heart broke ». USA Today. https://eu.usatoday.com/story/entertainment/books/2026/03/09/valerie-bertinelli-getting-naked-book-interview/89067600007/
- Article également relayé sur NBC Right Now et Yahoo Entertainment.
- Livre : Getting Naked: The Quiet Work of Becoming Perfectly Imperfect (HarperCollins, 10 mars 2026).
Katie Bird :
- Baker, E. (2026, 8 mars). EMDR mental health therapy helped Katie heal, but her court case was discontinued. ABC News (Australia), section Stateline. https://www.abc.net.au/news/2026-03-09/mental-health-emdr-therapy-may-have-cost-katie-justice/106425114
- Avec interventions du Pr. Richard Bryant (UNSW, Traumatic Stress Clinic), du Dr. Sarah Dominguez (psychologue et formatrice EMDR à Sydney) et d’Anthony Hurst (président du conseil d’administration de l’EMDR Association of Australia).
Jess Michaels :
- Danielson, J. D. (2026, 14 mars). Epstein survivor speaks at Voice of Freedom Forum. WEAU 13News (Wisconsin). https://www.weau.com/2026/03/14/epstein-survivor-speaks-voice-freedom-forum/
- Site officiel : https://www.jessmichaelsspeaks.com/
- Compléments biographiques via EVAWI (End Violence Against Women International), Callisto (Project Callisto), The Best People with Nicolle Wallace (MSNBC, septembre 2025), Katie Couric Media, Democracy Now! (août 2025).
Aller plus loin
Formation(s) : Formation initiale en EMDR
Dossier(s) : Témoignages de patients en EMDR



