Effets à long terme de l'EMDR sur le trauma de l'enfance : une méta-analyse transnationale sur le bien-être à l'âge adulte

Effets à long terme de l’EMDR sur le trauma de l’enfance : une méta-analyse transnationale sur le bien-être à l’âge adulte

Mis à jour le 2 juillet 2026

Cet article scientifique est une méta-analyse (Review Article) publiée dans le Journal of EMDR Practice and Research en décembre 2025. Les auteurs, Kenni Wojujutari Ajele et Erhabor Sunday Idemudia, sont tous deux rattachés à la Faculté des Humanités de l’Université du Nord-Ouest (Mafikeng, Afrique du Sud). Il s’agit de la première méta-analyse connue portant spécifiquement sur les effets à long terme de la thérapie EMDR sur le bien-être psychologique d’adultes ayant un historique de traumatisme pendant l’enfance.

L’analyse suit les lignes directrices PRISMA 2020 et le protocole a été enregistré sur PROSPERO (CRD420251049620) avant l’analyse des données. Elle porte sur 12 études incluant 852 participants, issues de 6 régions géographiques. Le travail a été soutenu (pour la présentation au congrès ISQOLS 2025 au Luxembourg) par une bourse de voyage de la EMDR Research Foundation, mais sans financement spécifique de la recherche elle-même.

En bref

Cette méta-analyse de 12 études (N = 852) conclut à un effet de grande taille de l’EMDR sur les symptômes traumatiques à l’issue du traitement (SMD = −1,65) chez les adultes ayant subi un trauma pendant l’enfance, avec un effet maintenu au suivi mais de taille moindre (SMD = −0,88). L’hétérogénéité entre les études est très élevée (I² > 90%), ce qui invite à une interprétation prudente. Aucun modérateur significatif (durée, fréquence, âge, sexe) n’explique cette hétérogénéité, mais la région géographique en explique une part substantielle (R² = 33,4%, non significatif statistiquement). Les résultats les plus robustes sont observés en Colombie, tandis que les études chinoises ne montrent pas d’effet significatif. Les auteurs concluent que l’EMDR pourrait être intégré dans les stratégies nationales de santé mentale, notamment dans les régions sous-dotées en ressources.

Résumé / Abstract

Le trauma de l’enfance est lié à des troubles psychologiques à long terme ; cependant, les effets durables des thérapies centrées sur le trauma demeurent peu clairs. Cette méta-analyse a évalué les effets immédiats et à moyen terme de l’EMDR (désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires) chez les personnes ayant subi un traumatisme dans l’enfance. Suivant les lignes directrices PRISMA, 12 études avec 852 participants ont été incluses. Des analyses de sous-groupes ont évalué la localisation géographique, les modes de délivrance et les caractéristiques de l’intervention, dont la durée et la fréquence des séances. L’EMDR a réduit substantiellement les symptômes traumatiques (différence moyenne standardisée = −1,65 ; intervalle de confiance à 95% [−2,72 ; −0,58]), les bénéfices étant maintenus au suivi (différence moyenne standardisée = −1,65 ; IC à 95% [−2,72 ; −0,58]). Malgré une hétérogénéité élevée (I² > 90%), les résultats sont restés robustes aux analyses de sensibilité. Les méta-régressions et les analyses de sous-groupes ont révélé peu de sources de variabilité. Le test d’Egger et l’analyse trim-and-fill n’ont pas indiqué de biais de publication. Ces résultats soutiennent l’EMDR comme une intervention efficace et durable pour le trauma chez les jeunes, bien que des essais contrôlés randomisés supplémentaires avec des suivis plus longs soient nécessaires pour confirmer ces effets.

Points clefs 

1. Une première méta-analyse spécifique sur les effets à long terme

Les auteurs soulignent un manque important dans la littérature : « À notre connaissance, aucune méta-analyse existante n’a spécifiquement évalué l’impact à long terme [de l’EMDR] sur le bien-être psychologique chez les adultes ayant subi un trauma pendant l’enfance. » Les revues antérieures s’étaient principalement concentrées sur la réduction à court terme des symptômes de TSPT, sans examiner des modérateurs comme la durée du traitement, le nombre de séances, la durée du suivi ou le contexte régional.

2. Un ancrage théorique dans le modèle TAI

La méta-analyse s’appuie explicitement sur le modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (TAI) de Francine Shapiro. Selon ce modèle, les expériences traumatiques non traitées sont stockées de manière dysfonctionnelle, contribuant aux symptômes psychologiques. Le protocole en 8 phases de l’EMDR, avec sa stimulation bilatérale (mouvements oculaires, tons auditifs, tapotements), vise à transformer ces réseaux mnésiques mal adaptatifs en réseaux plus fonctionnels. 

Des études neurobiologiques étayent ce mécanisme, avec une diminution de la réactivité de l’amygdale et un renforcement du contrôle préfrontal après traitement.

3. Une méthodologie PRISMA rigoureuse

La recherche a été conduite sur 7 bases de données (PubMed, Web of Science, Scopus, ScienceDirect, Google Scholar, EBSCOhost, BioMed Central), couvrant les publications entre janvier 1999 et mai 2025. Sur 1 298 articles identifiés, 12 études ont finalement été incluses après un processus de sélection rigoureux impliquant deux relecteurs indépendants et le logiciel Covidence.

Critères d’inclusion : participants âgés de 13 ans ou plus avec historique de trauma pendant l’enfance (abus physique, sexuel, émotionnel, ou négligence avant 18 ans) ; intervention EMDR ; groupe de comparaison (liste d’attente, traitement habituel, ou autre thérapie comme la TCC) ; outcomes traumatiques mesurés par outils validés (IES, CAPS, PCL-C, etc.) ; ECR ou études quasi-expérimentales publiées en anglais et revues par les pairs.

4. Un effet de grande taille à l’issue du traitement

Sur 425 participants en groupe EMDR et 428 en groupe contrôle :

  • Effet post-traitement : SMD = −1,65 ; IC à 95% [−2,72 ; −0,58] ; effet de grande taille statistiquement significatif.
  • Effet au suivi (175 vs 181 participants) : SMD = −0,88 ; IC à 95% [−1,54 ; −0,22] ; effet plus modeste mais toujours significatif, indiquant une maintenance partielle des bénéfices.
  • Hétérogénéité très élevée : I² = 92,4% en post-traitement et 83,4% au suivi.
  • Intervalle de prédiction : −4,01 à 1,35, ce qui suggère « que, bien que l’EMDR produise généralement des résultats positifs, les effets peuvent varier selon le contexte et les caractéristiques des études. »

5. Pas de biais de publication détecté

Le test d’Egger n’est pas significatif (t = −0,73 ; P = 0,47). La méthode trim-and-fill de Duval et Tweedie a imputé une étude potentiellement manquante, conduisant à un effet ajusté légèrement réduit mais toujours significatif (SMD = −1,11 ; IC à 95% [−1,95 ; −0,27] ; P = 0,012). Les funnel plots montrent une asymétrie mineure, qui ne semble pas compromettre les conclusions.

6. Analyses de sous-groupes par durée de traitement

  • Protocoles courts (≤ 6 semaines) : 7 études, effet modéré à grand (SMD = −1,19 ; IC à 95% [−1,67 ; −0,70]), hétérogénéité modérée (I² = 80,8%).
  • Protocoles longs (> 6 semaines) : 5 études, effet plus grand (SMD = −2,38 ; IC à 95% [−4,62 ; −0,14]) mais hétérogénéité très élevée (I² = 96,3%).
  • Pas de différence statistiquement significative entre les sous-groupes (Q = 1,04 ; P = 0,3085).

7. Analyses de sous-groupes par nombre de séances

  • > 6 séances (8 études) : SMD = −1,90 ; IC à 95% [−3,30 ; −0,50] ; hétérogénéité très élevée (I² = 95,0%).
  • ≤ 6 séances (4 études) : SMD = −1,16 ; IC à 95% [−1,71 ; −0,62] ; hétérogénéité modérée (I² = 40,2%).
  • Pas de différence significative (Q = 0,92 ; P = 0,338), ce qui suggère « qu’il n’y a pas de différence significative de taille d’effet entre les protocoles EMDR à faible et haut nombre de séances. »

8. Des différences régionales marquées

L’analyse de sous-groupes par région (Q = 30,59 ; df = 5 ; P < 0,0001) montre des variations substantielles :

  • Colombie : effet grand et consistant (SMD = −1,67 ; IC à 95% [−2,19 ; −1,16]) sans hétérogénéité observée.
  • Canada : bénéfice post-traitement fort mais diminuant au suivi (SMD = −1,35 ; IC à 95% [−3,33 ; 0,62]), non significatif globalement.
  • Chine : pas de différence significative entre EMDR et contrôle (SMD = −0,03 ; IC à 95% [−0,43 ; 0,37]).
  • États-Unis : effet grand en post-traitement s’atténuant avec le temps (SMD = −1,14 ; IC à 95% [−2,31 ; 0,03]).
  • Chili : effets modestes post-traitement augmentant au suivi (SMD = −0,97 ; IC à 95% [−2,33 ; 0,38]).
  • Italie et Espagne : effets petits et non significatifs (SMD = −0,19 ; IC à 95% [−0,54 ; 0,15]).

Les auteurs invitent à la prudence : « ces résultats devraient être interprétés avec précaution étant donné le nombre limité d’études par région. »

9. Analyse par durée du suivi

  • Suivi court (≤ 3 mois) : 4 études, effet non significatif (SMD = −0,59 ; IC à 95% [−1,35 ; 0,17] ; I² = 79,6%).
  • Suivi long (> 3 mois) : 4 études, effet significatif et plus grand (SMD = −1,23 ; IC à 95% [−2,04 ; −0,41] ; I² = 85,8%).
  • Différence non significative entre sous-groupes (Q = 1,25 ; P = 0,2635).

Ce résultat contre-intuitif (effet plus grand au suivi long qu’au suivi court) pourrait refléter des processus de consolidation thérapeutique post-traitement, mais appelle à la prudence compte tenu des échantillons réduits.

10. Méta-régressions : peu de modérateurs identifiés

Aucun des modérateurs continus testés ne prédit significativement les tailles d’effet :

  • Pourcentage de femmes (β = −0,0001 ; P = 0,996)
  • Âge moyen (β = −0,0134 ; P = 0,613)
  • Nombre de séances (β = −0,0481 ; P = 0,261)
  • Durée de traitement en semaines (β = −0,0290 ; P = 0,369)
  • Durée du suivi en mois (β = −0,0856 ; P = 0,277)

Un modèle multivariable (genre, âge, nombre de séances) n’explique pas non plus de variance significative (P = 0,329 ; R² = 5,0%). La région géographique est la variable expliquant la plus grande part de variance entre études (R² = 33,4%), bien que non statistiquement significative (P = 0,120).

11. Une étude particulièrement influente

L’étude de Ingrid Wigard et collègues (2024) a été identifiée comme particulièrement influente (effet de levier élevé, grande distance de Cook, fort impact sur l’hétérogénéité). Son exclusion fait passer la taille d’effet globale de −1,39 à −1,05, avec une hétérogénéité passant de 93,7% à 87,9%. Les analyses leave-one-out confirment toutefois la robustesse des conclusions : les résultats principaux restent cohérents même lorsque des études individuelles sont retirées.

12. Une interprétation clinique et politique ouverte

Les auteurs formulent une interprétation contextualisée des résultats régionaux. Concernant les fortes performances en Colombie, ils avancent : « les services de santé mentale communautaires et la forte exposition au trauma liée au conflit armé pourraient accroître à la fois la pertinence de l’EMDR et l’engagement du client dans l’intervention. » Concernant l’absence d’effet en Chine, ils suggèrent : « des différences dans la délivrance de la thérapie (par exemple protocoles plus courts ou modifiés), une acceptabilité culturelle limitée de la divulgation centrée sur le trauma, ou une moindre familiarité des cliniciens avec l’EMDR. »

Ils formulent une recommandation politique claire : « Ces résultats suggèrent que l’EMDR devrait être considéré pour une intégration plus large dans les stratégies nationales de santé mentale, en particulier dans les régions sous-desservies. »

A retenir pour la pratique clinique 

Cette méta-analyse apporte un argumentaire structuré pour positionner l’EMDR comme traitement potentiellement efficace et durable pour les adultes ayant subi un trauma pendant l’enfance, tout en invitant à une lecture prudente des résultats au regard de l’hétérogénéité observée.

  • Un effet post-traitement de grande taille, atténué mais maintenu au suivi : les cliniciens peuvent informer leurs patients qu’un effet important est attendu à l’issue du traitement, avec une maintenance partielle dans le temps. L’intervalle de prédiction large rappelle cependant que l’effet individuel peut varier considérablement.
  • Pas de dose-réponse claire sur la durée ou le nombre de séances : la méta-analyse ne met pas en évidence de différence significative entre protocoles courts et longs, ni entre peu et beaucoup de séances. Cela suggère qu’un traitement EMDR peut être pertinent dans un format bref, notamment chez des patients avec contraintes de temps ou d’accès aux soins. Toutefois, la tendance non significative vers un effet plus grand avec des protocoles plus longs invite à adapter la durée à la complexité clinique.
  • Attention à la population cible : la méta-analyse concerne des adultes ayant un historique de trauma pendant l’enfance, souvent dans des contextes complexes (TSPT, dépression, abus sexuels, populations en institution). Les résultats ne sont pas directement transférables à d’autres populations.
  • Comparaison avec la TCC : plusieurs essais antérieurs cités par les auteurs (Khan et al., 2018 ; Seidler & Wagner, 2006) ont montré que l’EMDR et la TCC ont des effets comparables sur les symptômes de TSPT, avec parfois une supériorité de l’EMDR sur les symptômes intrusifs et une meilleure efficience (résultats comparables en moins de séances). L’argument de l’efficience peut être utile pour discuter avec le patient du choix thérapeutique.
  • Hétérogénéité très élevée : l’I² supérieur à 90% est un signal important. Les cliniciens doivent interpréter la taille d’effet globale (SMD = −1,65) avec prudence, car elle peut masquer une grande variabilité entre études. La réponse au traitement individuelle est difficile à prédire à partir de ce chiffre.
  • Implication du contexte culturel et systémique : les variations régionales suggèrent que la culture locale, les modalités de délivrance et la formation des thérapeutes comptent. En France, la formation EMDR est structurée via EMDR Europe et EMDR France, ce qui offre un cadre homogène. Cependant, pour des patients issus de cultures pour lesquelles la divulgation directe du trauma est moins habituelle, des adaptations (telles que celles proposées par Khan & Madihie pour le Pakistan ou Mbazzi et collègues pour les pays africains) peuvent être pertinentes.
  • Importance de la fidélité au protocole : les auteurs déplorent le peu de données disponibles sur la fidélité aux protocoles EMDR dans les études incluses. Pour les cliniciens, cela souligne l’importance de se former de manière rigoureuse, de bénéficier de supervision, et de respecter les 8 phases du protocole standard, particulièrement dans les contextes de recherche.
  • Pas de biais de publication détecté : c’est un argument de robustesse relative en faveur des conclusions. Toutefois, les auteurs reconnaissent que seules les études publiées en anglais ont été incluses, ce qui peut limiter la représentativité.
  • Repérer les indications d’un travail long et intensif : si le clinicien observe une amélioration partielle mais pas complète au post-traitement, les analyses suggèrent que les bénéfices peuvent se consolider au-delà de 3 mois. Cela invite à ne pas tirer de conclusions prématurées sur l’efficacité de l’intervention juste après sa fin.
  • Transparence sur le niveau de preuve : il s’agit d’une méta-analyse rigoureuse mais reposant sur un petit nombre d’études primaires (n = 12) avec une hétérogénéité très élevée. Les cliniciens doivent présenter ces résultats à leurs patients comme convergents mais provisoires, nécessitant d’autres ECR à large échelle et à suivi prolongé pour être confirmés.

En savoir plus 

Références de l’article  : Ajele KW, Idemudia ES. Long-Term Effects of Eye Movement Desensitization and Reprocessing on Childhood Trauma: A Cross-National Meta-analysis of Adult Well-Being. Journal of EMDR Practice and Research. 2025;19:Article 0017. DOI : 10.34133/jemdr.0017

Licence : Creative Commons Attribution (CC BY 4.0). Enregistrement PROSPERO : CRD420251049620.

Type de publication : article de revue (méta-analyse de 12 études avec 852 participants), suivant les lignes directrices PRISMA 2020, publié dans une revue à comité de lecture (Journal of EMDR Practice and Research, éditeur AAAS / EMDR International Association). Le protocole a été préenregistré sur PROSPERO avant l’analyse.

Cadre géographique et culturel : analyse transnationale couvrant 6 régions (Colombie, Canada, Chine, États-Unis, Chili, Italie/Espagne). L’analyse met en évidence des variations régionales significatives, qui méritent d’être prises en compte pour la transposition des résultats à d’autres contextes.

Cette méta-analyse s’ajoute à la littérature existante sur l’efficacité de l’EMDR pour le TSPT (par exemple Samuel L. Wright et collègues, 2024 ; Paula Rasines-Laudes et Isabel Serrano-Pintado, 2023), en se concentrant spécifiquement sur les effets à long terme chez les adultes ayant subi un trauma pendant l’enfance. Elle peut constituer une référence utile pour les cliniciens qui cherchent à argumenter l’intérêt de l’EMDR dans cette population spécifique, tout en restant attentifs aux limites méthodologiques.

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• • Dossier EMDR avec les enfants et adolescents

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