
La conceptualisation de cas en EMDR
Mis à jour le 19 septembre 2026
Le magazine Go With That (GWT), publication officielle de l’EMDR International Association (EMDRIA) consacre un numéro à un sujet structurant pour la pratique clinique : la conceptualisation de cas en EMDR. Le blog de l’EMDRIA propose une page de présentation de ce numéro, avec un extrait substantiel de l’article principal signé Deany Laliotis, LCSW, intitulé « AIP Case Conceptualization: Easier Said Than Done? » (« La conceptualisation de cas selon le modèle TAI : plus facile à dire qu’à faire ? »), ainsi que la table des matières des autres contributions.
En bref
Le dossier GWT hiver 2026 rassemble plusieurs voix de la communauté EMDR internationale sur une question que tout clinicien connaît : comment construire une conceptualisation de cas qui permette de choisir les bonnes cibles de retraitement et de structurer un travail thérapeutique cohérent ? Deany Laliotis, figure bien connue de la communauté EMDR internationale et directrice du Center for Excellence in EMDR Therapy, ouvre le dossier par un article qui défend une thèse simple et structurante : la conceptualisation symptomatique, utile pour l’ESPT lié à un événement unique, devient insuffisante pour la plupart des cas cliniques complexes. Elle propose un élargissement développemental du regard, articulant ce qui s’est passé avec qui le patient est devenu en réponse à ses expériences de vie.
L’article de Deany Laliotis
L’EMDRIA met en avant l’article de Deany Laliotis dans le corps de la page de présentation. Les deux premiers paragraphes sont accessibles publiquement, avec un lien « Access Full Article Here » vers la suite réservée aux membres.
Extrait 1 : la thèse centrale du modèle TAI
Laliotis pose d’entrée l’idée fondatrice du modèle TAI (Adaptive Information Processing) : « « Le passé est présent pour le meilleur et pour le pire » est l’essence du modèle de Traitement Adaptatif de l’Information (TAI) de la thérapie EMDR. Cela signifie que nos expériences dans le présent sont informées par nos expériences dans le passé. Quand ces connexions passé-présent sont émotionnellement confuses et/ou perturbantes, elles ont un impact négatif sur nous. »
Elle rappelle ensuite la logique du protocole standard :
« En tant que thérapeutes EMDR, nous avons appris à identifier et à retraiter ces souvenirs du passé qui sont similaires, d’une ou plusieurs manières, aux expériences du patient dans le présent, en appliquant le Protocole Standard. Une fois que les souvenirs passés sont résolus et que les situations actuelles ne sont plus déclenchantes ni confuses, nous appliquons un Future Template pour nous assurer que le patient dispose de manières plus adaptatives de penser, de ressentir et de réagir à l’avenir. »
Puis vient la thèse qui structure son article : « Bien qu’offrir un soulagement symptomatique soit toujours important, il s’agit aussi de croissance et de changement développementaux. Utiliser une lentille développementale pour compléter notre compréhension TAI de ce qu’est le problème nous permet non seulement d’identifier et de retraiter les expériences de vie pertinentes, cela offre aussi une carte qui nous aide à remplir ce qui manque. C’est élégamment simple, c’est reproductible, et ça fonctionne. Mais souvent, c’est plus compliqué que ça, parce que nous, les humains, sommes bien plus que la somme de nos souvenirs. Il s’agit de qui nous devenons en réponse à nos expériences de vie, ce qui aide à définir qui nous sommes. »
Ce passage est structurant. Il propose une articulation : la conceptualisation symptomatique reste valide pour certains cas, mais elle doit être complétée par une lecture développementale.
Extrait 2 : de l’approche symptomatique à la complexité clinique
Laliotis poursuit en décrivant ce que la plupart des cliniciens ont appris initialement : « La plupart d’entre nous avons appris une approche centrée sur les symptômes de l’EMDR lorsque nous avons été formés pour la première fois. C’est particulièrement utile quand nous traitons un trouble de stress post-traumatique (ESPT) basé sur un événement ou un épisode unique. L’apparition des symptômes est directement corrélée à l’événement lui-même, donc traiter les symptômes offre au patient le soulagement nécessaire de son ESPT. Après tout, l’objectif du traitement de l’ESPT est la résolution des symptômes, de sorte que les patients peuvent reprendre leur vie là où ils l’avaient laissée avant que l’événement traumatique ne survienne. »
Puis elle introduit la bascule clinique : « Le plus souvent, cependant, le cas est plus complexe, donc la conceptualisation n’est pas aussi directe. »
Elle illustre cette complexité par un exemple clinique : un patient dont le symptôme principal est l’anxiété face à une prestation (performance anxiety). Laliotis écrit : « Nous cherchons une ou plusieurs mauvaises prestations dans le passé qui expliqueraient l’anxiété anticipatoire pour l’avenir. Est-ce si simple ? Parfois, mais c’est généralement plus compliqué que d’identifier un événement similaire qui s’est produit. Donc, en plus de demander ce qui s’est passé, nous avons aussi besoin de comprendre pourquoi cela continue à se passer dans le présent. »
Extrait 3 : la question du « pourquoi »
Le cœur de la thèse de Laliotis dans cet extrait est la distinction entre le « quoi » (ce qui s’est passé) et le « pourquoi » (pourquoi cela continue à se passer) : « Se demander « pourquoi » nous dirige vers l’expérience vécue du patient dans le présent. Réagissent-ils avec de l’anxiété anticipatoire parce qu’ils ne sont pas assez bons, à partir d’un sentiment d’inadéquation ? Ou est-ce parce qu’ils se sentent en insécurité et ont peur d’avoir des ennuis s’ils ne font pas bien ? Ou est-ce parce qu’ils sentent qu’ils n’ont pas le contrôle malgré leurs tentatives de se contrôler et de contrôler la situation ? Si nous sommes aussi curieux du pourquoi c’est en train d’arriver maintenant en plus du quoi, cela nous conduit à l’expérience du soi du patient dans le présent, ce qui informe les types de souvenirs qui doivent être retraités. »
Cette question « pourquoi » devient chez Laliotis un organisateur clinique : elle réoriente l’attention du thérapeute de la recherche d’événements similaires dans le passé vers l’expérience actuelle du soi du patient, qui à son tour guide le choix des cibles à retraiter.
L’extrait accessible s’arrête ici. La suite de l’article est réservée aux membres EMDRIA via le lien « Access Full Article Here ».
Les autres contributions du numéro
Ce numéro inclut également les articles suivants :
- « Case Conceptualization in EMDR Therapy », par Jennifer L. Fee, Kimberly Wilder et Viviana Urdaneta Melo.
- « Learning in Layers: Discovering the Map Beneath the Method in EMDR Therapy » (« Apprendre en couches : découvrir la carte sous la méthode en thérapie EMDR »), par Mary Eason.
- « Contain the Case: Conceptualization from Neuroscience, Through an Anti-Racist Lens » (« Contenir le cas : conceptualisation depuis les neurosciences, à travers une lentille antiraciste »), par Barbara Horne et Suzanne Aikens.
- « The Silent War » (« La guerre silencieuse »), par Arielle N. Jordan.
- Community Voices: EMDR Case Conceptualization : une rubrique collective de la communauté EMDR.
- Counselor’s Corner: Extreme Social Anxiety : une rubrique clinique sur l’anxiété sociale extrême.
Cette table des matières dessine un paysage éditorial riche, articulant perspectives théoriques (neurosciences, modèle TAI développemental), cliniques (anxiété sociale extrême, cas complexes), critiques (lentille antiraciste), pédagogiques (apprentissage « en couches » de la méthode) et communautaires (voix plurielles des praticiens).
À retenir pour la pratique
La conceptualisation de cas comme compétence centrale, pas comme préliminaire expédié. L’extrait de Laliotis rappelle que la conceptualisation n’est pas une étape à cocher pour accéder au retraitement : elle est la structure qui rend le retraitement pertinent. Un clinicien qui ne se donne pas le temps de la conceptualisation risque de retraiter des cibles périphériques et d’obtenir des gains superficiels.
Interroger le « quoi » ET le « pourquoi » en phase 1. Ce n’est pas suffisant de recueillir l’histoire des événements traumatiques. Il faut aussi comprendre l’expérience du soi que ces événements ont contribué à construire. Les questions utiles en phase 1 sont par exemple : « Dans cette situation actuelle, quelle image avez-vous de vous-même ? », « Quand vous sentez cette anxiété, qu’est-ce que cela dit de vous ? », « Qu’est-ce qui, en vous, réagit là ? ». Ces questions ouvrent vers les cognitions négatives centrales et leur généalogie.
Les trois grands axes des cognitions négatives comme grille d’écoute. L’exemple de Laliotis mobilise trois registres classiques de la clinique EMDR : inadéquation (« je ne suis pas assez bon »), sécurité (« je ne suis pas en sécurité »), contrôle (« je n’ai pas le contrôle »). Ces trois axes forment une grille d’écoute utile pour orienter rapidement la conceptualisation. D’autres axes existent (responsabilité, aimabilité), mais ces trois sont souvent les plus opérants.
Distinguer le clinicien à trauma unique et le clinicien à trauma complexe. L’extrait de Laliotis suggère implicitement une trajectoire de formation : le clinicien commence souvent par le symptomatique, puis rencontre la complexité, et doit alors enrichir son modèle. Pour les instituts de formation, cette trajectoire est à accompagner. Des formations initiales suffisantes pour les cas simples ne préparent pas nécessairement aux cas complexes : des modules de spécialisation, de supervision, ou de formation continue peuvent combler ce passage.
Le Future Template comme étape à ne pas oublier. Laliotis le mentionne clairement : une fois les souvenirs passés résolus et les déclencheurs présents désensibilisés, le Future Template assure que le patient dispose de manières plus adaptatives de penser, de ressentir et de réagir à l’avenir. Ce temps, parfois écourté en pratique, est pourtant un des vecteurs de la consolidation thérapeutique. Pour les cliniciens, s’assurer de ne pas « terminer » le travail sur la désensibilisation est un réflexe à installer.
« Nous sommes plus que la somme de nos souvenirs. » Cette formule de Laliotis mérite d’être retenue. Elle résume ce que l’approche développementale ajoute à l’approche symptomatique : prendre au sérieux la personne que le patient est devenue, pas seulement l’inventaire des événements qu’il a traversés. Cette perspective n’est pas opposée au modèle TAI ; elle en prolonge l’application vers une compréhension plus fine de ce qui s’est construit, et de ce qui manque.
Une ressource professionnelle à connaître. Pour les cliniciens membres de l’EMDRIA, le numéro GWT hiver 2026 est une ressource à explorer dans son intégralité. Les thèmes annoncés (lentille antiraciste, neurosciences, apprentissage stratifié, anxiété sociale extrême, voix communautaires) couvrent un spectre large qui intéresse à la fois les débutants et les praticiens expérimentés. Pour les cliniciens non-membres, la page de présentation reste un aperçu utile des débats cliniques en cours au sein de la communauté EMDR nord-américaine.
Prudence épistémologique. Cette présentation s’appuie sur un extrait partiel d’un article dont le texte complet n’est pas accessible librement, ainsi que sur une simple table des matières pour les autres contributions du numéro. Les propos attribués à Deany Laliotis proviennent uniquement des deux paragraphes publiés sur le blog EMDRIA. Les autres articles du numéro ne peuvent pas être commentés au-delà de leurs titres, qui ne donnent qu’une indication générale des thématiques. Pour une lecture approfondie, il est nécessaire d’accéder au magazine complet via l’adhésion EMDRIA.
En savoir plus
Références de l’article : Case Conceptualization in EMDR Therapy Go With That Magazine® Issue. Page de présentation du numéro hiver 2026 du magazine Go With That de l’EMDR International Association (EMDRIA).
Lire l’article (en anglais) : https://www.emdria.org/blog/case-conceptualization-in-emdr-therapy-gwt-magazine-issue/
Auteure de l’article mis en avant : Deany Laliotis, LCSW, « AIP Case Conceptualization: Easier Said Than Done? ». Article complet accessible aux membres EMDRIA.
Autres auteurs du numéro (articles non accessibles dans le présent travail) :
- Jennifer L. Fee, Kimberly Wilder, Viviana Urdaneta Melo.
- Mary Eason.
- Barbara Horne, Suzanne Aikens.
- Arielle N. Jordan.
- Contributions collectives (Community Voices, Counselor’s Corner).
Aller plus loin
Formation(s) :
Deux formations pour affiner la conceptualisation de cas et le plan de traitement en EMDR :
→ Les fondamentaux de la conceptualisation de cas et du plan de traitement pour consolider les phases 1 et 2 et la construction d’un plan de ciblage restreint, à partir de situations cliniques de complexité mesurée. Un socle solide pour avancer sereinement.
→ Défis et ajustements de la conceptualisation de cas et du plan de traitement pour approfondir les plans de ciblage élargis et inversés, la prise en compte de la dissociation et l’arbitrage entre différents protocoles et techniques, à partir de situations complexes et comorbides.
Un quizz pour vous situeret obtenir une orientation indicative et vos principaux points d’appui à développer



