Effets thérapeutiques de l'EMDR dans les troubles liés à l'usage de substances : une méta-analyse des symptômes liés à l'addiction et émotionnels

Effets thérapeutiques de l’EMDR dans les troubles liés à l’usage de substances : une méta-analyse des symptômes liés à l’addiction et émotionnels

Mis à jour le 7 septembre 2026

Une méta-analyse publiée dans Frontiers in Psychiatry évalue les effets de l’EMDR chez des patients souffrant de troubles liés à l’usage de substances (Substance Use Disorders — SUD) sur cinq domaines symptomatiques : craving, sévérité de l’addiction, TSPT, dépression et anxiété. Les auteurs coréens synthétisent 14 études (22 tailles d’effet) et identifient des effets significatifs modérés à élevés sur le craving, le TSPT, la dépression et l’anxiété, mais pas sur la sévérité de l’addiction.

En bref

Les troubles liés à l’usage de substances (SUD) présentent une forte comorbidité avec le TSPT et la dépression, ce qui complique leur prise en charge. L’EMDR, initialement développée pour le TSPT, suscite un intérêt croissant comme alternative thérapeutique dans cette population, mais les méta-analyses antérieures présentaient des limites méthodologiques. Seok et al. (2025) ont conduit une méta-analyse enregistrée auprès de PROSPERO (CRD420251070837), incluant 14 études publiées entre 2008 et 2025 (essais contrôlés randomisés, essais croisés randomisés, études quasi-expérimentales). Au total, 649 participants (327 EMDR, 322 contrôle) ont été inclus. Les résultats montrent des effets significatifs modérés à élevés sur : le craving (Hedges’ g = 0,55), le TSPT (g = 0,69), la dépression (g = 0,64) et l’anxiété (g = 0,72). En revanche, aucun effet significatif sur la sévérité de l’addiction (g = 0,14 ; p = 0,42). L’effet sur le craving varie selon le type de population (AUD vs tabagisme) et le type de design (RCT vs non-RCT). Les preuves sur les effets à long terme restent limitées, et la qualité méthodologique des études incluses est globalement faible (7 RCT sur 11 évalués à « high risk of bias » selon RoB 2.0).

Résumé

Objectif : Cette méta-analyse a identifié les effets de l’EMDR à la fois sur les symptômes liés à l’addiction (craving, sévérité de l’addiction) et sur les symptômes émotionnels comorbides (TSPT, dépression, anxiété), ainsi que l’influence de variables modératrices à travers ces domaines symptomatiques dans les troubles liés à l’usage de substances (SUD).

Méthodes : Nous avons recherché systématiquement la littérature publiée jusqu’en juin 2025 à travers les principales bases de données incluant Cochrane, PubMed, Embase et PsycINFO. Un total de 14 études ont été incluses dans l’analyse finale, incluant des essais contrôlés randomisés (RCT), des études croisées randomisées et des études quasi-expérimentales. La taille d’effet a été calculée en utilisant le g de Hedges basé sur les changements pré-post traitement, et une méta-analyse a été conduite en utilisant un modèle à effets aléatoires. De plus, des analyses de méta-régression et de sous-groupes ont été effectuées, centrées sur les variables modératrices telles que le design d’étude, le type d’intervention, le nombre total de séances et les caractéristiques des participants.

Résultats : Les résultats de la méta-analyse ont montré que l’EMDR produit un effet thérapeutique significatif avec des tailles d’effet modérées ou plus élevées pour le craving (g = 0,55), le TSPT (g = 0,69), la dépression (g = 0,64) et les symptômes d’anxiété (g = 0,72), et l’hétérogénéité variait de faible à modérée. En revanche, l’effet sur la sévérité de l’addiction n’était pas significatif (g = 0,14). L’effet sur le craving montrait des différences significatives selon le groupe diagnostique des participants (Groupe Alcool/Drogue vs Groupe Nicotine) et le design de l’étude (RCT vs non-RCT). Certaines études ont observé un effet à court terme de réduction du craving, mais les preuves soutenant des effets thérapeutiques à long terme étaient limitées.

Conclusion : Ces résultats suggèrent que l’EMDR pourrait être une intervention efficace non seulement pour les symptômes émotionnels comorbides chez les individus souffrant de SUD, mais également pour certains symptômes liés à l’addiction, en particulier pour réduire le craving. Toutefois, la qualité des études incluses était généralement faible, et il manquait des preuves concernant les effets à long terme. Les études futures devraient employer des designs de recherche plus rigoureux, inclure des tailles d’échantillon suffisantes et des évaluations de suivi à long terme, et réaliser des analyses détaillées tenant compte des types d’intervention et des caractéristiques des participants.

Points clefs 

Type d’étude : méta-analyse avec méta-régression, enregistrée auprès de PROSPERO (CRD420251070837), conforme aux recommandations PRISMA.

Recherche et sélection : 704 articles initialement identifiés → 14 études incluses → 22 tailles d’effet synthétisées. Critères d’inclusion selon le cadre PICO (Population, Intervention, Comparator, Outcome).

Caractéristiques des études incluses (publiées entre 2008 et 2025) :

  • 649 participants (327 EMDR, 322 contrôle).
  • Population adulte uniquement (aucune étude chez les enfants/adolescents).
  • Troubles visés : trouble de l’usage d’alcool/substances ou dépendance nicotinique.
  • 4 études sur 14 incluaient des participants avec exposition traumatique ou TSPT.

Types d’intervention identifiés :

  • EMDR centrée sur l’addiction (AF-EMDR) : 9 études — intervention directement orientée sur l’addiction alcool/nicotine.
  • EMDR centrée sur le trauma (TF-EMDR) : 4 études — centrée sur les expériences traumatiques ou les antécédents de TSPT.
  • Intervention EMDR combinée (addiction + trauma) : 1 étude.

Protocoles variés : nombre de séances de 1 à 12, durées de 50 à 90 minutes, fréquences de 1 à 2 fois par semaine.

Groupes contrôles variés : treatment as usual (TAU), condition sham, groupe recevant uniquement la réminiscence, groupe recevant uniquement la TCC.

Qualité méthodologique (globalement faible) :

  • Sur 11 RCT évalués par RoB 2.0 : 7 classés « high risk », 2 « some concerns », 2 « low risk of bias ».
  • L’étude croisée randomisée a été jugée « high risk ».
  • Les 2 études non randomisées (ROBINS-I) ont été évaluées à « serious risk of bias ».

Résultat principal — Craving (22 tailles d’effet, 14 études) :

  • Hedges’ g = 0,548 (IC 95 % : 0,399-0,697 ; p < 0,001).
  • Hétérogénéité modérée (I² = 34,95 %).
  • Test d’Egger statistiquement significatif (z = 2,264 ; p = 0,024) suggérant un biais de publication potentiel, mais Fail-safe N de Rosenthal = 654 (résultats relativement robustes).

Résultat — Sévérité de l’addiction :

  • Hedges’ g = 0,140 (non significatif ; p = 0,415).
  • Hétérogénéité modérée (I² = 50,95 %).
  • Pas de biais de publication détecté.

Résultat — TSPT :

  • Hedges’ g = 0,692 (IC 95 % : 0,36-1,02 ; p < 0,001).
  • Hétérogénéité faible (I² = 19,86 %).
  • Toutes les études incluses utilisaient la TF-EMDR (pas l’AF-EMDR).

Résultat — Dépression :

  • Hedges’ g = 0,640 (IC 95 % : 0,247-1,034 ; p = 0,001).
  • Hétérogénéité quasi nulle (I² ≈ 0 %).

Résultat — Anxiété :

  • Hedges’ g = 0,724 (IC 95 % : 0,35-1,10 ; p < 0,001).
  • Hétérogénéité nulle (I² = 0 %), résultats très homogènes entre études.
  • Pas de biais de publication détecté.

Modérateurs significatifs pour le craving (méta-régression) :

  • Caractéristiques des participants (Omnibus Q(2) = 8,571 ; p = 0,014) : effet significativement plus grand dans le groupe AUD par rapport au groupe tabagique (b = 0,387 ; p = 0,005). Les auteurs expliquent cela par le fait que les fumeurs étaient des fumeurs quotidiens/habituels sans diagnostic clinique de dépendance, présentant des niveaux de craving de base plus faibles.
  • Type de design d’étude (Omnibus Q(1) = 3,982 ; p = 0,046) : effet plus faible dans les études croisées/quasi-expérimentales par rapport aux RCT (b = -0,278 ; p = 0,046).
  • Non significatifs : type de groupe contrôle (actif vs passif), nombre total de séances.

Analyses en sous-groupes pour le craving :

  • Effet dans les RCT : g = 0,67 (IC 95 % : 0,46-0,88).
  • Effet dans les études croisées/quasi-expérimentales : g = 0,38 (IC 95 % : 0,20-0,55).
  • Effet dans le sous-groupe SUD : g = 0,75 (IC 95 % : 0,50-1,00).
  • Effet dans le sous-groupe tabagisme : g = 0,38 (IC 95 % : 0,24-0,53).

Mécanismes théoriques proposés par les auteurs (dans la discussion, à partir de la littérature) : modèle du traitement adaptatif de l’information (TAI), théorie de la reconsolidation mnésique, théorie de la taxation de la mémoire de travail.

Limites majeures explicitement reconnues par les auteurs :

  • Qualité méthodologique globalement faible des études incluses.
  • Informations limitées sur la phase de traitement lors de l’administration de l’EMDR (détoxification, post-détox, prévention de rechute).
  • Nombre limité d’études par domaine, empêchant la méta-régression sauf pour le craving.
  • Protocole initial prévoyait l’analyse des taux de rechute et d’adhérence au traitement, mais peu ou aucune étude ne les rapportait, empêchant la synthèse quantitative.
  • Absence de mesures standardisées de l’usage réel de substances (abstinence, biomarqueurs).
  • Tailles d’échantillon globalement petites, ce qui pourrait conduire à une surestimation des effets.
  • Impossibilité d’examiner les effets d’interaction entre TSPT, humeur et usage de substances.
  • Peu d’études avec suivi à long terme — méta-analyse de la durabilité impossible.
  • Études n’ayant généralement pas différencié les sous-types de SUD (alcool, opioïdes, nicotine).

À retenir pour la pratique clinique

Un éclairage nuancé sur l’intérêt clinique de l’EMDR dans les SUD : l’EMDR apparaît comme potentiellement utile pour réduire le craving et les symptômes émotionnels comorbides (TSPT, dépression, anxiété) chez les patients souffrant de troubles liés à l’usage de substances. En revanche, l’impact sur la sévérité de l’addiction n’est pas démontré par cette méta-analyse.

Craving : un effet cliniquement intéressant mais contexte-dépendant : l’effet sur le craving est modéré (g = 0,55) mais varie selon les caractéristiques cliniques. Il apparaît plus robuste dans les populations cliniquement diagnostiquées de SUD (notamment AUD) que dans les populations de fumeurs non diagnostiqués. Cela suggère de ne pas extrapoler les résultats obtenus sur des fumeurs quotidiens à des patients présentant une dépendance clinique, et inversement.

Deux approches à distinguer : la méta-analyse distingue l’AF-EMDR (Addiction-Focused : cible directement les images/mémoires liées à la substance) et la TF-EMDR (Trauma-Focused : cible les mémoires traumatiques sous-jacentes). À noter que toutes les études sur le TSPT dans cette méta-analyse utilisaient la TF-EMDR — les effets sur le TSPT ne peuvent donc pas être extrapolés à l’AF-EMDR.

Limites importantes pour la pratique :

  • La qualité méthodologique globale des études est faible (7 RCT sur 11 à « high risk of bias »).
  • Pas de donnée solide sur l’abstinence réelle, les rechutes ou l’adhérence — l’effectivité clinique à long terme ne peut pas être conclue à partir de cette méta-analyse.
  • Les résultats sont à interpréter comme préliminaires, pas comme une démonstration d’efficacité à long terme.

Piste clinique pour les patients en comorbidité SUD + TSPT : les auteurs soulignent que le TSPT et le SUD coexistent fréquemment (30-60 % des SUD en demande de soins) et entretiennent une relation bidirectionnelle. Ils suggèrent que des approches intégrées et concomitantes pourraient être plus efficaces que des prises en charge séquentielles ou compartimentées.

Timing de l’intervention à considérer : une étude mentionne que les symptômes de TSPT peuvent commencer à s’améliorer même avant la fin de la désintoxication, suggérant qu’une intégration précoce de l’EMDR dans le traitement hospitalier pourrait améliorer les résultats globaux.

Niveau de craving de base comme facteur potentiel : une étude incluse (Lemkes et al. 2024) n’a pas trouvé d’effet significatif, les auteurs l’expliquant notamment par l’environnement hospitalier qui limite l’exposition aux stimuli inducteurs de craving et par l’usage de médicaments anti-craving chez 26 % des participants. Les auteurs de la méta-analyse suggèrent que le niveau de craving de base pourrait moduler l’efficacité de l’EMDR.

Appel à la prudence sur l’effet « complet » de l’EMDR : la dissociation des effets sur le craving (positif) et sur la sévérité (non significatif) suggère que les bénéfices à court terme sur les symptômes proximaux ne se traduisent pas automatiquement en bénéfices à long terme sur les comportements d’usage. Les auteurs insistent sur le fait que la sévérité de l’addiction est intriquée avec des vulnérabilités psychosociales (trauma, attachement, régulation émotionnelle) qui requièrent des interventions plus prolongées et multidimensionnelles.

Recommandations des auteurs pour la recherche future : designs plus rigoureux, échantillons suffisants, suivis à long terme, différenciation des sous-types de SUD, populations sous-représentées (adolescents, femmes, détenus, minorités), analyses incluant des modérateurs (niveau de craving de base, type d’EMDR, comorbidités).

Éléments de contexte

  • Article publié en open access sous licence Creative Commons Attribution (CC BY).
  • Enregistrement : PROSPERO (CRD420251070837).
  • Équipe de recherche : Korea Institute of Oriental Medicine (Daejeon, République de Corée) et University of Science and Technology (Daejeon, République de Corée).
  • Soumission : reçue le 5 juillet 2025 ; acceptée le 1er septembre 2025 ; publiée le 17 septembre 2025.
  • Financement : Korea Institute of Oriental Medicine (KSN2313022) et Korea Health Industry Development Institute (RS-2023-KH138802), financé par le Ministère de la Santé et du Bien-être de la République de Corée.
  • Conflits d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
  • Utilisation d’IA générative : les auteurs déclarent avoir utilisé de l’IA générative pour l’édition linguistique (« Language Editing ») du manuscrit.
  • Disponibilité des données : les contributions originales sont incluses dans le matériel supplémentaire ; demandes additionnelles auprès de l’auteur correspondant.

En savoir plus 

Références de l’article : Seok, J.-W., Kim, K., & Kim, J. U. (2025). Therapeutic effects of eye movement desensitization and reprocessing for substance use disorders: a meta-analysis of addiction-related and emotional symptoms. Frontiers in Psychiatry, 16, 1660046.

Aller plus loin 

Formation : L’EMDR dans le traitement des addictions

et Journée de cas clinique sur le traitement des addictions en EMDR

Dossier(s) : EMDR et dépendances / addictions

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